‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 38 sur 59 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Dantxic semble destinée a être une place forte : baignée au nord par la Vistule , protégée au sud-ouest par une chaîne de hauteurs escarpées, elle est défendue dans le reste de son pourtour par une inondation qui s'étend au moyen de deux rivières c[ui la traversent, la Radaune et la Mottlau* Frappé des avantages d'une position si belle , IVapoléon -avait résolu de la rendre ine>i:pugnable ; il avait fait ouvrir des trayaux immenses. Des têtes de pont , des forts , des camps retranchés devaient la mettre a labri d'insultes et dominer le cours du fleuve; mais le temps avait manqué , et la ])lupart des ouvrages étaient ou imparfaits ou* a peipe ébauchés : aucun ma-' gasîn n'était a re])reuve de la bombe; aucun abri assea solide pour que la garnison pût y être avec sécurité; les casemates étaient inhabitables , les logements éii ruines et les parapets dégradés. Le froid , toujours plus sévère, avait solidifié les eaux; et Daiitaic, dont l'assiette est naturellenient si heureuse et si forte, n'é-» tait plus qu'une place ouverte sur tous lespoints.

La garnison n'était pas dans un meilleur étatf elle se composait d'un ramai confus de soldats de toutes armes et de toutes nations: il y avait dés Français, des Allemande, des Polonais , des Africains , des Es2>agnoIs , des lïoUandais^ des Italiens. La plupart, épuises, malades , s'étaient jetés lî Dautisick faute de

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pouroît continuer leur route : ils s'étaient flat-tés d j trouver cuelque soulagement ; ^ mais, dépou^rvu de médicaments , de viande , de légumes , sans spii^itueux , sans fourrages , j'étais obligé de renvoyer ceux qui n'étaient j^as absolument incapables d'évacuer la place. Néanmoins il m'en resta encore plus de trente-cinq mille , qui ne fournissaient pas au delà de huit H dix mille combattants: encore étaientce presque tous des recrues qui n'avaient ni expérience ni discipline. Cette circonstance k la vérité m'inquiétait peu ; je connaissais nos soldats ; je savais que, pour bien faire, ils n'ont besoin que de l'exemple; j'étais résolu de ne pas m épargner.

Tel était l'état déplorable où se trouvaient la place et les troupes chargées de la défendre. Il fallait d'abord pourvoir au plus pressé , et nous mettre a l'abri d'insultes; la chose n'était pas aisée: la neige encombrait les fortifications; elle obstruait tous les chemins couverts, toutes les avenus; le froid était extrême; le therniomètre marquait au-delk de vingt degrés , et la glace' ^avait déjk plusieurs pieds d'épaisseur. iSéanmoins il n'y avait pas a balancer; il fallait se résoudre a être enlevé de vive force , ou se soumettre à de nouvelles fatigUes presque aussi excessives que celles que nous avions essuyées. Je me concertai avec deux hommes dont le dévouement égalait les lumières: c'étaient le colonel Richemont et le général Campredon, tous deux attachés au génie , dont le dernier avait le commendement. Je donnai Tordre d'élever de nouveaux ouvrages et de dégager les eaux de la Vistule. Cette entreprise semblait'inexé-

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cutable par une saison aussi rigoureuae ; néanmoins les troupes sV portèrent avec leur aèle accoutumé , maigre le froid qui les accaBlait, elles ne laissaient échapper ni plaintes ni murmures. Elles exécutaient les travaux qui leur étaient prescrits avec un dévouement, une constance au-dessus de tout éloge. Enfin, après des peines inouïes, elles triomphèrent de tous les obstacles ; la glace , détachée à coups de hache, et poussée avec des leviers vers la mer, dont le courant augmentait encore l'impulsion, laissa avoir au milieu du fleuve un canal de seize a dix-sept mètres de large, dans une étendue de deux lieues et demie. Mais nous étions destinés a voir les difficultés renaître a mesure qu elles étaient vaincues : a peine un succès inespéré avait-il couronné nos efforts , que le froid se fit sentir avec plus de violence ; en une seule nuit , la Vistule , les fossés , furent tîou verts d une couche de glace presque aussi épaisse que celle que nous avions rompue. En vain des bateaux circulaient sans relâcne pour entretenir la fluidité des eaux ; ni ces soins, ni la rapidité du fleuve, lîte purent les préserver: il fallut reprendre ces travaux qui nous avaient tant coûté, et qu'un instant avait détruits. Appliqués jour et nuit a rompre la glace, nous ne pûmes cependant Tempêcher de se tendre une troisième fois ; mais, plus opiniâtres encore que les éléments déchaînés contre nous, nos soldats se roidissaient contre les obstacle, et parvinrent enfin à en trionq^her.

Sur tout le reste du front de la place, c'étaient même zèle et mêmes difficultés ; la terre, gelée a plusieurs pieds de profondeur , repous-

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sait la bêche et bravait les oiFoçts du pionnier; rien ne pouvait désunir cette masse compacte : la hache même rebondissait. Il fallut recourir au feu pour l'amollir; de grands amas de bois, disposés de distance en distance , et alimentés long-temps , furent les seuls moyens qui permirent de faire les terrassements , d'élever les palissades nécessaires. A force de travail et de persévérance, nous eûmes encore la satisfaction dé voir en état de défense des ouvrages a peine ébauchés. Le Holm , Weichsèlmunde, le camp retranché de INeufahrwasser, et cette multitude de forts qui protègent les avenues de Dantsic, furent mis a même d'opposer, uac noble résistance; et si cette ville ne reçut pas le degré de force dont elle est susceptible , elle fut du moins capable de soutenir un siège dont la durée et les épisodes lie sont pas ce qui honore le plus les armes étrangères.

Ces fatigues étaient au-dessus des forces hur - màines: lel>ivouac, les privations , un service continuel, les aggravaient encore; aussi les maladies ne tardèrent pas a paraître. Dès les premiers jours de janvityr, chaque soleil nous emportait cinquante hommes : a la fin du mois suivant, nous en perdions iusqu'k cent trente, et nous comptions plus de quinze inille mâla^ des. Des troupes , l'épidémie était passée. au:ic habitants ; elle faisait parmi eux les plus affreux ravages ; ni l'âge iii le sexe n'étaient épargnés : ceux qu'assiège la misère , ceqx que l'aisanpe, que le luxe environnent, sont également. sa' proie. Tput succombe , tout périt, et le jeune ^ nomme qui essaie la vie, et le vieillard qui achève sa carrière: le deuil règne dans toptes

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les -Êonilles , la consternation est dans tous les cœurs. Dantaicy autrefois si anime, plongé maintenant dans un morne silence, n'oflre |>artout a Tceil attristé que des pompes , que des chars funèhres. Le son des cloches, ces catafalques, ces images de la mort, reproduites sous toutes les formes, aggravaient encore une situa*tion déjà si déplorable. L'imagination des troupes comnciençait a s'ébranler; je me hâtai de couper le mal à sa racine : j'interdis ces funérailles solennelles que la piété de ceux qui vivent consacre a ceux qui ne sont plus.

Je n'avais pas attendu que Fépidémie fût dans toute sa force pour la combattre. D^s qu'on ' en eut remarqué les premiers symptômes, j'avais fait ouvrir des hôpitaux , acheter des médicaments, des lits et tout ce qui est n'écessaire pour cette partie du service: une nourriture saine et abondante exit été bien plus efficace; mais nous étions si mal approvisionnés , qu'a peine pouvibns-nous fournir a une distribution lournalière de deux onces de viande fr^uche.

iJn peu de viande salée, quelques légumes secs, composaient tout ce qu'il m'était permis d'offrir a des hommes épuisés par de longues privations. Cet état de choses était. cruel; je n'y S pouvais cependant apporter aucun remède, f^avais inutUement expédié un bâtiment pour Stràlsund, afin de tirer de la Poméranie suédoise, que nous possédions encore,, des vivres et des médicaments : l'aviso chargé de n»es dépêches, assailli par une violente tempête, fut rejeté sur la côte. Nous touchions a l^équinoxé, la Baltique était déjk soulevée par les orages;

il ne fut pas possible dé faire une seconde tentative.

•11 ne nous restait de ressources que celles du courage : ce n'était plus qu'à la pointe de répéè que nous pouvions obtenir des subsistances, ; mais quel que fut le dévouement des trou- Ses , la j^rudence ne permettait pas de les conuire a Tennemi, consumées comme elles étaient par les maladies et la misère. Il fallut se résigner a son étoile, et attendre patiemment que la douc^ influetice de la belle saison vînt reparer leurs forces : ce terme ne paraissait pas éloigné; tous les signes qui l'annoncent se manifestaient déjà. La température s'était adoucie , les glaces commençaient a fondre , la débâcle était prochaine , et l'on se flattait que l'inondation apporterait enfin quelque relâche aux fatigues qu on essuyait; mais ce qui devait soulager nos maux était toujours ce qui les portait au comble.

La Vistule se dégagea avec violence : depuis 1775, on n'avait pas eu d'exemple d une telle impétuosité; la j>lus belle partie de Dantaic, ses magasins , ses chantiers , devinrent la proie des eaux ; la campagne en était couverte ; elle né présentait, dans une étendue de plusieurs lieues , que l'affligeant spectacle d'arbres déracinés, de maisons détruites, d'hommes, d'animaux sans vie, flottant pêle-mêle au milieu des glaçons. Notre perte semblait inévitable: tous nos ouvrages étaient détruits ; nos ]>alissades emportées, nos écluses rompues, nos'fort^ entr ouverts et minés par les flots , nous laissaient sans défense devant un ennemi nombreux.

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Nous ne communiquions plus avec le Holm, position si importante et dont les fortifications étaient presque anéanties. L'île d'Ueubude était dans un état déplorable; nos postes du Werder , ceux du Nerhung avaient été submergés. Pour comble de maux, nous étions menacés, quand la Vistule reprendrait son cours, de voir tarir l'inondation qui couvre habituelle* ment là place.

aîAPITRE XXXVII.

Mais les alliés secondèrent mal les éléments qui combattaient pour eux. Au lieu de venir a nous , ils se cpusumai^nt en intrigues misé-» râbles : c'était proclamations sur proclamations ^ il y en avait pour la magistrature, pour les habitants , pour les soldats. Lee uns étaient excités a la révolte, les autres H la désertion > les braves Polonais^, les Westphaliens, les Bavarois, étaient tour a tour sollicités, pressés, menacés. Ciîtte guerre de plume m'inquiéta peu; ]e connaissais la loyauté de mes troupes, j'avais en elles la plus' entière confiance. Je leur en donnai la preuve: dès que les proclamations nous arrivaient, je les faisais lire k la tête des régiments. Cette manière franche leur plut, ils m'en surent gré ; ils n'en conçurent que plus de mépris pour un ennemi qui se promettait d'avoir meilleur marché dé leur honneur que de leur courage , et souvent ils m'apportaient eux mêmes, sans les avoir lues, ces belles productions du génie russe.

Lés assiégeants persistaient a se tenir les bras croisés dans la place ; je les tirais de temps a autre de la léthargie où ils étaient plonges. Ces messieurs nous menaçaient hautement d'un assaut; ils avaient même , sur la fin de ja/ivier, commandé un grand npmbre d'échelles dans les villages du Wherder* Je résolus de leur faire sentir que nous n'en étions pas encore la : le 29 , je mis quelques forces en mou-*

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vement dans la direction de Br^ntau; le gêné- . rai Granjean déboucha de Stries avec quatre bataillons, un peloton de cavalerie, et deux pièces de campagne: il dispersa dans sa tournée des partis de Baskirs et de Cosa(|ues. Il préludait a une action plus sérieuse;

Je savais que des ' troupes fraiches étaient arrivées devant la place , quelles s'étaient ré-, pandues dans le Nerbung , et occupaient en Forces Bohnsack et Strie je les fis reconnaître. ' Le général Detrées fut chargé de cette expédition. Il culbuta d'abord tout ce qui se présenta sur son passage ; mais ses tirailleurs s'abandonnèrent trop a la ]>oursuite, et faillirent être victimes de leur témérité : une nuée de Gosaqu€fs fondit sur eux, «t les eût taillés en pièces SI le colonel Farine ne les eût dégagés. Nous fumes moins heureux sur un autre point; nos avant-postes avaient ordre de se tenu' sous les armes, d'observer les mouvements dje Teupemi, mais de ne pas engager d'action. Le colonel* de Heering, qui commandait a Stobenberg, ne

Îmt se contenir; il descendit mal a propos dans a j>laine , ^>oussa les Cosaques avec une impétuosité irréfléchie: ses troupes, surprises dans un défilée , rie purent résister au choc de la cavalerie, et furent enfoncées. Cette imprudence nous coûta deux cents cinquante hommes.

L'ennemi s'échauffa: ce petit succès lui avait \lonné de la confiance, vçrs les trois heures de ra2>rès-mîdi, ses colonnes se présentèrent devant Langfuhr , et parvinrent à, s'y établir. Trente hommes postés en avant de ce village furent faits prisonniers; ils s'étaient jetés dans une maison, et avaient opposé ,une longue ré-

sîstance; la terre était jonchée de morts, mais, ne se voyant point secourus , ils furent contraints de mettre bas les armes, faute de munitions. Je donnai aussitôt Tordre de reprendre cettt position; le général Granjean so mit en marche avec huit bataillons, quatre pièces d'artillerie'', et -quelques troupes à cheval : l'attaque eut un plein succès , les Russes fuirent culbutés et mis en fuite. Ils tentèrent de revenir a la charge; mais, toujours rompus, toujours écrasé? par notre cavalerie , ils parurent * enfin se décidera la retraite. Nous ne tardâmes pas a suivre leur exemple: le champ de bataille était presque évacué, lorsque les Napolitains, laissés a Langfuhr, furent tout a coup assaillis par des nuées de Cosaques que soutenait une infanterie nombreuse. Le général Husson, le commandant Sxembeck , accourent en toute hâte avec' un bataillon polonais, chargent l'ennemi a la baïonnette, et en font une boucherie affreuse.

Cet échec calma la pétulance dès alliés : il ne fut plus question d'échelles ni d'assaut. De mon côté , je les laissai tranquilles : je n'étais pas k même de leur donner des alertes bien fréquentes ; mes troupes étaient exténuées :

sur pied nuit et jour, consumées parles maladies, transies de froid, mal vêtues, plus mal nourries encore , elles se soutenaient a peine ; rien n'égalait leur misère que la résignation avec laquelle elles la supportaient. Des soldats, dont le ne^ , les oreilles étaient gelés , ou les blessures encore ouvertes , faisaient gaiement le-service des avant-}>ostes. Quand je les voyais défder a la parade affublés de peaux , la tête

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enveloppée dans des linges , ou marchant a laide d un bâton, j'étais touché jusqu'aux lar* mes. J'eusse voulu donner quelque relâche a des hommes si malheureux , et pourtapt si dévoués ; les Russes ne le souffrirent pas. Ils s'é-* taient imaginé que leurs proclamations avaient produit tout l'effet qu'ils en attendaient, que . nous nous battions entre nous , que le peuple était en révolte. Ils résolurent de profiter d aussi belles circonstances, et de nous enlever.

Nous étions au mois de mars. Le 5 , dès la pointe du jour, ils fondent comme des essaims, sur mes avant-postes; ils couvrent, ils inondent toute ma ligne , et se répandent par torrents dans les villages quelle renferme. Au bruit dune aussi brusque attaque, je donne les ordres nécessaires et je m'achemine vers Langfahravec le général de division Granjean. Nous avions a peine fait quelques pas que nous entendîmes battre vivement la charge; c'étaient le$ chefs de bataillon Claumont et Blaer oui se précipitaient a la baïonnette sur une colonne de trois a quatre mille Russes, et la dispersaient. Nous doublâmes de vitesse pour les soutenir; mais le choc avait été si impétueux que nous ne piimes arriver à temps : nous touchions au village , lorsque les acclamations des soldats nous annoncèrent la victoire. J'accourus pour les féliciter de ce beau fait d'armes; car c'en était un, puisque moins de huit cfents hommes avaient fait mordre la poussière a des masses quadruples d'infanterie et ,de cavalerie. Ils avaient même failli s'emparer des ]>îèces: trois voltigeurs napolitains coupaient déjà les traits

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des chevaux morts, lorsqu'ils furent chargés a leur tour et obliges de lâcher ptise.

La fortune nous était moins favorable sur d'autres points j le général Franceschi se maintenait avec peiné en avant de Alt-Schottland ; il cédft-it le terrain , mais en le défendant pied a pied: il suivait ses instructions, il gagnait du temps. Le brave colones Buthler accourait en toute hâte a son secours. A peine ]>arvenus aux premières maisons du village , les bavarois se jettent avec impétuosité sur lennemi, le poussent , le chargent a la baïonnette , et parviennent k le contenir; mais pendant qu'ils font face d'un côte , les Russes les menacent de l'autre. Après trois , attaques infructueuses , ils avaient enfin triomjihé de la belle résistance du chef de bataillon Clément, et s'étaient emparés de Stolaenberg; ils débouchaient déjà de ce village , et allaient nous prendre en flanc. Ce mouvement eût été décisif: je me hâtai de le prévenir; je donnai ordre au sixième régiment napolitain d'occupersur la droite un monticule qui assui^ait notre position. Le général Detrées c^onduisit l'attaque et enleva 1« plateau au pas de charge; l'ennemi accourut pour le reprendre, mais il ne put y parvenir. Tout couvert de contusions, ses habits criblés de balles, le colonel Degennèro lui oppop une résistance invincible, et le força a la ^traite. Cependant te général Bachelu, avec quatre bataillons sous ses ordres , gravissait les hauteurs a droite de Schidlitx ; tout a coup il fond sur les alliés, les attaque a revers et les culbute. En vain ils se jettent dans les niai-

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sons es s y retranchent; nos voltigeurs, conduits par le lieutenailt Bouvenot et le sous-of- (icier Tarride , enfoncent les croisées , brisent les pox%es , tuent , prennent ou dispersent tout ce qu'ils rencontrent , et s'emparent d'une pièce d'artillerie : un général Aisse animait les siens a la défendre ; mais l'impulsion était donné ; trois ï>raves , le sous-lieutenent Vanus, le maréchal- des -loffis Autresol, et le fourrir Hatuite, s'élancent a la course et s'en emparent. Il était trois heures après midi, et les alliés occupaient encore Schottland et Ohra; malgré tout son courage le chef de bataillon Boulan n'avait pu les déloger. Je résolus d'essayer une seconde fois d'une manœuvre qui m'avait si bien réussi, je les tournai. Pendant que je menais une fausse attaque par la tête de Schottland, le général Bachelu masquait sa marche et se j>ortait sur Ohra; il était suivi de trois bataillons d'infanterie, de cent cinquante chevaux, et d'une batterie légère. Nos troupes bouillaient d'impatience : dès qu'elles entendirent battre la charge, ce furent des cris de joie; elles s'élancent sur l'ennemi, le rompent et le culbutent.

Il se rallie et, revient a la charge. ' Mais la mitraille redouble, la baïonnette porte le désordre dans ses rangs. Il fuit, il s*échap2)epar toutes les issues, et n'en trouve aucune qui ne soit interce'j^tée. La nécessité réveille son courage, il se recueille, débouche, fond sur nous* La mêlée devient terrible: il veut se dérober a la honte, nos soldats veulent consommer la victoire: de part et d autre on se presse, on se pousse avec lureur. Un adjudant-major du 29« de ligne, Delondres , s'élance au milieu des

Russes; quelques braves le suivent: la mort et la confusion volent sur ses pas; accablé bientôt par le nombre , épuise par de larges blesr sures , il «st obligé de rendre les armes : mais ses esprits reviennent, il se remet; l'indignation lui doiftie des forces: il attaque, amène son escorte , et vient prendre part a la victoire: elle n'était plus disputée. Nos trqupes, accourues au bruit de la fusillade, s'étaient formées en avant d'Ohra , et avaient ouvert un feu meurtrier: l'ei^nemi en est accablé; il plie, se débande , et n'échappe a la mort qu'en invoquant la clémence du vainqueur.

Dans un instant les rues sont jonchées de morts. Cinq cents hommes mirent bas les> armes : la plupart étaient de cette armée de Moldavie que nous avions presque détruite au passage de la Bérésina.

L'ennemi fuyait sur tous les points. Dans le Nerbunç, k Neufàhrwasser, partout il avait expié^ par la défaite les succès que la surprise lui avait donnés. Le major Nougarède n'avait eu qu'a paraître pour disj^erser des nuées de Cosaques qui s'escrimaient sans succès contre de faibles postes napolitains que nous avions sur les derrières. Des postes de dragons donnèrent la chasse aux Russes qui s'étaient portés en avant de Saspe , et enlevèrent Brasen,

Nous occupions de nouveau les positions -que nous tenions avant l'attaque : malheureusement elles nous coûtaient assez cher. Nous avions six cents hommes hors de combat; il est vrai que la plupart se rétablirent bientôt de leurs blessures. De ce nombre étaient le major Horadam , le colonel d'EglolFstein et le géné-

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rai Devilliers, quon verra si souvent figurer dans ce récit.

L'ennemi avait été bien plus maltraité:

deux mille des siens étaient couchés dans la poussière; nous avions onxe a douze cents prisonniers dans nos mains , et une pièce d artillerie- Cette journée fut une des plus belles du siège; .elle était un nouvel exemple de ce que peuvent le courage et la discipline. Sous les murs de Dantzic comme au passage de la Bérésina, consumés par la misère ou les maladies, nous étions toujours les mêmes; nous paraissions sur le champ de bataille avec le même ascendant, la même supériorité.

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