‹ Mémoires du général Rapp: aide-de-camp de Napoléon, écrits par lui-même, etChapitre 43 sur 59 · CHAPITRE XLIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIL

La. saison devenait chaque jour plus âpre.

Les pluies ne discontinuaient pas et entretenaient un brouillard fétide , qu un soleil sans chateur pouvait a peine dissiper. Mais , ce qui était bien plu$ grave, la disette allait toujours croissant. Les chevaux, les chiens, les chats, étaient mangés ; nous avions épuisé toutes nos ressources , le sel même nous manquait^ Il est vrai que l'industrie y suppléa. Quelques soldats imaginèrent de faire bouillir des débris de vieilles planches, qui avaient autrefois servi dans un magasin ; l'expérience réussit. Nous exploitâmes cette mine de nouvelle espèce, et les hôjntaux furent approvisionnés. La population était réduite aux abois elle. ne vivait plus que de kon et de drèche^ encore n en avaitelle pas de quoi se satisfaire. Dans cet état dedétresse, je pensai que les philanthro]>es alliés ne repousseraient pas des compatriotes, et j'expidsai les détenus et les mendiants , tous ceux, en un mot, qui n'avaient pas de subsistances. Mais les Prussiens furent inexorables; et sans les habitants de Saint* Albrecht, ils les eussent fait périr d'inanition. D'autres se dirigèrent du du côte qu'occupaient les Russes, et ne furent pas miéu^ accueillis. ' Sans abri , sans aliments d'aucune espèce , ils eussent exjjiré sous les yeux de ces libérateurs de l'humanité, si je n'eusse pris pitié de leur misère. Je leur distribuai quel^^ues secours et les renvoyai chex * ^

268 , Méinoirès.

eux. Plusieurs demandèrent a être enijjlojes aux fortifications, et recevaient la moitié ou le quart d'un pain de munition pour salaire. ■

Cependant rehnemi avait perfectionné ses ouvrages* De temps a autre il essayait ses batteries, et semblait préluder à Une action. plus sérieuse. Le 10, en eiFet, toutes sont en feu dès la chute du jour. La ville, le Holm, le camp retranché de Neufahrwasser, sont inondés de bombes, d'obus, de boulets rouges. L'incendie éclate et dévore le couvent des Dominicains. Les prisonniers russes soignés dans cet édifice allaient périr; nos soldats accourent et les arrachent a la mort. Toujours plus ardentes, les flammes tourbillonnaient sûr les maisons voisines et menaçaient de les réduive en^ cendre^. En même temps , les alliés se présentaient en force devant nos postes d'Ohrà et les repliaient jusqu'h Stadtgebieth. J'aocôujL's avec le comte Heudelet. L'ennemi culbuté a ki baïonnette essaie vainement de revenir à la charge; le général Husson., le major Legros, riepoussent toutes ses attaques. IJhe rapprise augmenta ses pertes. Deux de ses colonnes se prennent pour ennemies, et en viennent aux mains. £lles se recoHuaissent aux cris de» J>lessés; mais plus de trois cents hommes étaient déjà coucliés dans la poussière. De notre côté, nous en avions^ une centaine hors de combat.

Dès le lendemain il reparut devant les maisons situées au-delà de Stadtgebieth. Repoussé deux fois, il y mit le feu. Quoique ohargé de deux blessures , le capitaine Bafeset hésitait encore a les évacuer; mais le progrès des flammes ne tarda pay a Xy contraindre: il se retira en

du général Happ. '2C9

combattant toujours^ Maîtres* du vilïage, les alliés se précipitent tout d'une haleine sur le plateau de TEtoile , et s'en emparent-*- Les postes qui restaient sur le rampant de la montagne étant désormais trojy iaibles, ]< les rappelai. L'ennemi occupait enfin la position; mais il la payait assez cher pour une simple levée de terre. ■

^ Plus il cheininait du côté de Langfulir, plus sa position devenait fâcheuse ; pris en flanc et a revers, foudroyé "pâT les batterie» du Holm, il ne put bientôt plus déboucher de^ redoutes qu'il avait élevées à Kabrun. Confus de s être mépris sut le véritable point d'attaque, il porte, il concentre ses forces sur les hauteurs* d'Ohra. Il tente tous les moyens de s'en rendre maître ; je n'en néglige aucun de les défendre: J'améliore, je multiplie mes ouvrages. Je mets k contribution toutes les lumières. Des officiere supérieurs de chaque arme, présidés par le général Grandjean, aviseM aux mesures qu'exige la sûreté de la place. Ils mettent nos vivres, nos munitions k labl-i des ravages de l'incendie. Ils divisent les approvisionnements^ organisent le servioe-des pompes, et font construire d^s moulins^ afin que si les bombes venaient a détruire ceux qu'on possédait encore, on fût k même de les suppléer. Ce^>endant le feu deà alliés allait toujours croissant. Les incendies succédaient aux incendies et menaçaient de tout réduire çn cendres. Tout a coup les batteries se taisent, la fusillade est suspendue. A ce silence inopiné j les habitants reprennent courage ; ils courent, ils volent au secours des quartiers embrasés. Malheureux! ils disputent aux

flammes quelques pans d édifices , et la place touche a sa ruine ! . . .

L'ennemi n avait cessé le feu que pour le rendre plus terrible. Dès que ses dispositions sont faites , il l'ouvre avec violence. Les batteries de l'Étoile, celles du Johànn^sberg, de Kabrun, de SchellmuUe, de Langlubr» tirent a coups redoublés et nous accablent de bombes, de fusées et de boulets rougea. Les incendies éclatent; les édifices tombent; s'écroulent.

Dantzic ne présente plus que l'image d'un volcan dont les éruptions s'échappent» s'^eignent, se reproduisent sur tous les points. Les deux rives de laMoltlau, le Butter^Mark, leProggepfuir," le Si>eicher-Insel , tout est consumé. En vaîn les troupes accourent au secours; une grêle continue de projectiles triomphe de leurs efforts, et une perte de plusieurs millions vient aggraver encore les malheurs d'une population désolée.

]Nos forts t nos villages n'étaient pas dans un meilleur état; Ohra surtout n'était plus qu'un amas de cendres. Cinq batteries le foudroyaient sans relâche; des nuées de tirailleurs, abrités par les accidents du ^terrain, nous accablaient de balles , et entravaient le jeu de nos pièces. La première coupure, presque anéantie par le feu et les boulets , résis*» tais toujours. Le major Schneider la défendait avec une valeur , une sagacité qui promettaient encore une. longue résistance; mais elle était sur le j[>oint d être prise par la tranchée; je la fis évacuer. Je cédai également la tête de Schidlit?. L'ennemi avait essayé quelques jours aupai?avant de s'en rendre maître.

du général Rapp. 271

Trois compagnies s'étaient présentées devant nos postes; chargées avec vigueur par le capitaine Leclercct le lieutenant Ko walzky, elles furent mises en dérpute, et cherchèrent leur salut dans la fuite. Cette leçon ne fut pas perdue^ les alliés revinrent avec des forces plus considérables, et s y établirent. Un accident plus grave nous survint bientôt après.

Une bombe éclata dans un magasin de bois et l'incendia. La poudre n est pas plus promptiî : en un instant tout est embrasé. Les flammes^ développées par un vent impétueux , se commanii{U(ent de proche en proche ^ et présentent une masse de feu qu^aucun effort ne peut domptet. Triste spectateur d'un désastre aus§i cruel, }*espérais au moins préserver les bâtitiments éloignés. Mon attente fut encore déçue, et noua eûmes la douleur de voir consumer sôus nos yeux la plus grande partie de nos subsistances. Officiers et soldats, tous étaient ploQgés dans un morne silence , tous co|itemplaient avec stupeur cette scèoe de désolation, quand tout à coup une fusillade terrible se fait entendre. L'ennemi attaquait l'avancée Frioul et s'en emparait. Le capitaine Chanibure yole au secours. Ce brave commandait une troupe d'élite appelée la compagnie/branche ou les enfants perdus ; il s'élance dans la redoute et taille les Kusses en pièces. Aucun n'échuppe ; ceux qui évitent la baïon* nette tombent sous le feu des chefs de bataillon Clamon et Dybowski, Le lieutenant Con- .

rad Bt preuve , dan&cette occasioQ , d'une rare constance. L'épaure fracassée i>ar une balle, il se jette au plus épais de la mêlée. Cham-

bure le dégage : „Vous .êtes- blessé, iui dit-il, „votre place n est plus ici; allez annoncer au .„général que nous sommes dans, la redoute. — ^Capitaine , répond Tintrépide lieutenant , j'ai „encore mon bras droit , vous n^avea que le „gauche!'* et il continue de combattre.

Battu à la gauche, ^ennemi se jette sur la droite et nous replie jusque sur nos fcprts. Je ne jugeai pas a propos de reprendre Tattaque

E\x une nuit obscure , j'attendis au lendein^iin. eux colonnes commandées par les généraux Breissan et Devilliers se portant a la fois sur Stolzenberg «t Schidlita: les. Russes les occupaient en force ;. mais nos troupes combattent avec tant d'abandon , le major Deskur, les chefs de bataillon Poniatow^ki , Crikicoyviski et Carré, le» Capitaines Fahrenbeck, Perrin, Kalîsa et Ronsin, lès guident avec tant d'habileté et de bravoure, que les alliés, rompus, laissent le champ de bataille jonché de morts. Malheureusement ie succès nous^ coûtait cher: le général Breissan, si recommandable par s?s talents et son courage, était dangereusement blessé. On lui prodigua vainement tous le^ secours imaginables, u expira après un mois de souffrances aiguës.

Nos troupes étaient victorieuses ; Jiiais quel spectacle les attendaitdans la place ! domines, ces décombres, voilà ce qui restait de nos. magasins. Un seul aVait^chappé. Sa conservation, due au colonel Cottin et au sous-chef d etatmajor Marquessac , n'avait été assurée qu a force de xêle et de cpnst^ce. Le chef d'escadron Turckheim , qui avm déjà donné tant de preuves de dévouement, et le lieutenant Fleury ,

étaient

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étaient aussi parvenus k sauver quatre mille quintaux de grains; tout le reste était flagrant, tout le reste avait péri. Nous ne conservions l>as pOur deux mois de subsistances , que les flammes toujours plus actives et un bombardement continuel menaçaient encore.

Les Russes cheminaient lentement , mats ils cheminaient toujours. Ils s'étaient emjiarés de divers ])ostes et s'étaient portés en masse sur Stolxenberg. Trop faibles pour opposer une ré* sistance efficace , nos soldats l'avaient évacué. Le général Uusson rassemble quelques troupes et fait battre la charge. Elle eut lieu avec une rare impétuosité. Le capitaine Milsent»

l'adjudant-major Rivèl , s'élancent a la tête des plus braves, joignent l'ennemi et le culbutent.

Le capitaine Chambure lui préjîarait une leçon plus, sévère.' Il s'embarque par une nuit obscure, trompe la vigilance de la flotte et descend vis-a-vis Bohnsack. Il surprend le village, incendie les habitations , les magasins , tue , égorge les hommes, les chevaux, et regagne ses chaloupes. Elles n'étaient plus sur le rivage. Les trompettes sonnaient, la générale se taisait entendre: la mort paraissait inévitable. Néanmoins il ne perd pas courage; il calme ses soldats, se jette a travers les retranchements ennemis, et arrive sain et sauf au moment où on le croyait perdu. Il se remet bientôt en route et marche s]ur Brœsen ; il tombe a l'iinproviste sur les troupes qui l'occupent , les renverse, et ne se retire qu'après avoir bmlé leur camp. ^ peine rentré, il court k une expédition plus périlleuse. Il pénètre dans la tranchée de l'ennemi, culbute, chasse sespos-

tes, et vient s'abriter derrière nos batteries. Le lieutenant Jaimebon/ grièvement blessé en commençant l'attaque , combattit comine s*il n'eût pas été brisé par la douleur; elle était si aiguë que la erainte de décourager les soldats fut seule capable d'étouffer ses plaintes. Il mourut cinq jours après: honneur k sa mémoire! m* La compagnie franche devenait chaque jour plus audacieuse. Lés tranchées , les palissades étaient des obstacles illusoires; elle pénétraiit partout. Au milieu d'une nuit épaisse , elle se glisse d arbre en arbre le long de lallée de Langfuhr^ et s'approche sans que les Russes 1 aperçoivent. Elle saute aussitôt dans leurs ouvrages , tue les uns , chasse les autres et les suit jusq;ue dans Kabrun. Le brave Surimont, l'intrépide Ro^ay, Payen , Deaeau , Gonipet et Francou, se précipitent dans la redoute et l'emportent. Une centaine d'hommes furent

{>assés au fil dé l'épée, les autres ne durent eur salut qu'a la fuite.

Nous faisions a l'ennemi une guerre de surprise et d audace ; il nous en faisait une de ruses et de }>roclàmatrons. Ses batteries n'arrêtaient pas, et nos magasins étaient détruits. Kôs troupes , exténuées , hai^assées de corvées et d'insomnies , n'avaient pour réparer leurs forces qu'un peu 'de pain et une once de viande de eheval, si toutefois on peut appeler ainsi les débris d'animaux qui, rebutés parla cavalerie, rebutés par les charrois , tournaient la meule jusqu'à ce que, devenus incaj^ables de se soutenir, ils étaient traînés a la boijcherie, C'est à des hommes si las de combattre^et desouf&ir que les Russes promettaient le repos et Tabon-

du général Rapp. 275t

dance. Tous les genres de séduction étaient employés: lor, l'argent , les menaces» la colère du prince, la voix de la patrie, étaient offerts et invoqués. Le duc se joignait a ses émissaires; il écrivait, priait, protestait, circonvenait les ctiefs et les soldats. La désertion se -mit dans les troupes étrangères, et bientôt elle» refusèrent tout service. Les Bavarois, les Polonais eux-mêmes , trop convaincus de nos malheurs , craignaient de faire de leurs armes, un usage sacrilège et se tenaient dans Tinaction. Nous étions réduits aux seules forces nationale», cest-a-dire a moins de six mille hommes; et nous avions j)lus de deux lieues d'étendue a défendre. Je résolus de faire connaître a lempereur la situation fâcheuse où nous étions. La cnose n'était pas aisée ; TAUemagne entière était en insurrection; la mer était couverte de croisières ennemies. Mais aucun péril, aucun obstacle n'étonnait le capitaine Marnier; il pact

£our cette expédition aventureuse, capture un* âtiment, convoie avec la flotte anglaise^ et luè échappe.

Le duc de Wurtemberg semblait avoir le projet de tout séduire. Je ne fus pas moi-même a l'abri de ses tentatives. Il exaltait ses ressourr ' ces, dépréciaitles miennes, parlait de la France, . de la Sibérie , et me proposait de rendre la place. Ces menaces, ces oppositions s'adressaient mal ; je le lui témoignai , et il n'en fut plus question. Des moyens plus convenables furent mis en œuvre; le» feux furent doublés, et le bombardement, toujours plus terrible, ne discontinuait ni le jour ni la nuit. La villes le Bischfberg , les redoutes Frioul , étaient

mè Mémoires

é&B&éB. Soutenus pat un fe« d'artillerie si formidable, les Russes imaginent de nous enlever. Ils s'avancent munis de bâches , d'échelles, et fondent sur la batterie Gudin. Le capitaine Rasumskj la commandait; il les accueille par des décharges a mitraille, et les renverse. Ils se remettent néanmoins , et tentent l'escalade; mais , accablés par une fusillade meurtrière , ils se disj^ersent a la vue du major Deskur et laissent armes et échelles dans les mains des braves capitaines Zbiew^iski et Propocki. Ils essaient , avec aussi peu de succès, ae se rendre maîtres de la batterie Fitzer, dans l'allée de Langfuhr. Le ^3olonel Plessmann, le capitaine Renouard et Tadjudant Stolling leôr opposent une résistence qu'ils ne peuvent vaincre: trois fois ils reviennent a la charge, trois' fois ils sont défaits.

Cependant lej^ redoutes Frioul çtaient dans un était déplorable : sans parapets < sans fougasses, accablées par les obus et la mitraille, eéles ne présentaient plus aucun moyen de défense; je les fis évacuer. La plus grande partie des fortifications était encore intacte; mais nos vivres touchaient k leur terme. Le temps des

glaces était arrivé. Il aurait fallu vingt mille ommes pour m'opposer aux progrès du siège, f garder les forts , l'inondation , et maintenir ibre le cours des eaux. La lutte était trop inégale; c'eût été verser le sang pour le seul plaisur de le verser.

Je crus trouver un moyen qui conciliait mes devoirs et l'humanité, je calculai le nombre de jours que devait fournir ce qui nous restait de subsistances ; je proposai de suspen-

du général Rapp. Zll

Are les hostilités et de remettre la place k cette époque , si le cours des choses n'en disposait autrement. Le conseil ado]fta cet avis a i' uniilnimité. Les négociations s'ouvrirent , le feiu cessa. Le général Heudelet et le colonel Richement se rendirent au camp , et arrêtèrent* une capitulation où la faculté de reÀtrer e^ France nous était spécialement garantie. Une

{>artie de ces conventions était déjà exécutée^ es prisonniers russes avaient été rendus, les forts livrés , lorsque j'appris que l'empereur Alexandre refusait sa ratification. Le. duc de Wurtemberg m oJBfrait de remettre les choseif dans leur premier état. C était une dérision.. Mais que mre? nous n'avions plus de vivre»^ Il fallut se résigner. Il régla les choses comme il l'entendit , et nous primes le chemin de la Russie.

Touchés de nos malheurs , }es, auxiliaires eussent voulu les ]>artager. Les Polonais brisaient leurs armes; les Bavarois juraient de ne jamais les tourner contre nous. Mais le devoir fait taire les affections. Il fallut se sépairer. Le généraVprince de Radaiwil et le colonel Butt- 1er, si distingués l'un* et l'autre par leur caractère et par leurs actions, les reconduisirent datis leur patrie,

Ainsi nnit , après un an de combats , une défense pénible, où nous eûmes a lutter contre, tous les fléaux, tous les obstacles , et qui n'est pas une des moindres preuves de ce que peuvent le courage et le patriotisme des soldats français.

. . .• CHAPITRE XLIIL

Nous fûmes conduits a Klow. Nous y apprîmes les prodiges de cette i>oignée de braves qui nWaient pas désespéré au salut de la patrie. Us avaient triomphé a Montmirail, a Sezanne, k Champaubert, partout oiirenneini avait osé les attendre. L'Europe entière fuyait devant eux, la coalition éu^'t dissoute.... L'obstination d'un soldat nous arracha les fruits de la victoire. Il fallut combattre, vaincre encore; mais les munitions manquaient, les corj>s n'arrivaient pas, les généraux haranguaient la tr6upe pour lui faire recevoir des capitulations, fout fut perdu: notre gloire, nos conquêtes s'évanouirent comme une oiAbre; les signes même en furent répudiés.

Le but de la coalition était atteint. Notre captivité n'était plus profitable; nous fdmes rendus k laliberte. Nous revînmes en France:

quel spectacle elle présentait! L'émigration avait envahi l'armée, les antichambres; elle

{diait sous les insignes du commandement et es décorations. La première ])ersonne que ]e rencontrai aux Tuileries fut un chef de bataillon que j'avais autrefois secouru et p|^otégé: il était devenu lieutenant - général ; il ne me retonnut plus. Un autre que j'avais eu longtemps k Dantxic, n'avait pas mieux conservé sa mémoire. Je l'avais accueilli a la recommandation dû duc de Cadore; j'avais essuyé ses fades adulations: il me traitait de monseig-

du général Rapp. 379

neur, d'excellence; il m'eût volontiers appelé l'éternel. Plus je lui témoignais combien ces sottises me déplaisaient, plus il renchérissait; il imagina même d'assister a mon lever. Il ne tint pas a lui que je ne me crusse un souve* rain. §es malversations me délivrèrent de cet obstiné ^atteur; elles devinrent si criantes que le gouvernement fut près de sévir. Je sauvai au gentilhomme la honte d'une condamnation ; mais je le fis éloigner: il alla exercer son industrie a Il eut bientôt connaissance d(S

nos revers , s'efFraya , prit la poste , et n'arrêta pas qu'il ne lut en-deça du Rhin: la peur le servit mieux que n'eût fait le courage. Il avait des épaulettes a gros grains, et auatre ou cinq décorations: c'était assea bien débuter dans la carrière ; on ne va pas si vite sur le champ de bataille. Il s'éloigna dès qu'il m'aperçut: apparemment que son costume lembarrassait. O'en rencontrai un troisième , que ma présence rie mit pas a l'aise. Attaché autrefois a Joséphine, il avait fait preuve d'une prévoyance'véritablement exquise: afin d'être en mesure contre les cas imprévus qui pouvaient survenir dans les promenades etlesyoyages , il s'était muni d'un vase de vermeil, qu'il portait constamment sur lui. Quand la circonstance l'exigeait , il le tirait de sa poche, le présentait , le reprenait, le vidait, Tessu-

Îrait, et le serrait avec soin. C'était avoir 'instinct de la domesticité.

Mais tous ces preux si ardents k la caisse^ aux décorations, aux commandements, donnèrent bientôt la mesure de leur courage.

Napoléon parut, ils s'éclipsèrent, tls avaient

assiégé Louis XVIII dispensateur des grâces; ils n eurent pas une amorce à brûler pour Louis XVIII malheureux. Nous essayâmes quelques di^|>bsitionsî mais le peuple, les soldats îi'avaient jamais été complices des humiliations de la France ; ils refusèrent de'^ combattre les couleurs qu ils adoraient^' etrempereur reprit tranquillement les rênes de Fétat.

Les généraux Bertrand et Lemarrois m'écrivirent de me rendre aux Tuileries. Je revins à Paris. Une nouvelle invitation m attendait à tnon hôtel; le grand maréchal m'annonçait que sa majesté désirait me voir. Je ne voulus pas me faire attendre ; j allai tel que je me trouvais, bien siir que Napoléon saurait Êaire la part du devoir et celle des affections. Je fus introduit sur-le-champ.

„NapolÉon. Vous voila ^ monsieur le géné- „ral Rapp ; vous vous êtes, bien fait désirer ? nD'où venez-vous?

„Rapp, D'Écouen , où j'ai laissé mes trou-»

„pes a la disposition du ministre de la guerre.

„Napoi.eon. VoulieX'Vous réellement vous y^battre contre moi ?

,jRapp; Oui, sire.

^Napoxeois. Diable!

„Kapp.> La résplution était obligée.

i, Napoléon. (2? MU ton animé.) F....e, je j^savais bien que vous étiez devant moi. Si Ion ,,se fût battu , j aurais été vous chercher sur le „champ de bataille. Je vous aurais fait voir la ^téte de Méduse: auriez-vous osé tirer sur moi?

„Rapç. Sans doute; mon devoir....

„N APoi^Eow . C'est trop-fort. Mais les soldats ^e, vous: auraient pas obéi; ils m'avaient çon-

du général Bapp. 28 i

„servé plus d'affection. Si d'ailleurs vous aviez \^tiré un seul coup, vos paysans d'Alsace vous ,,auraient lapidé.

„Rapp. y ous conviendrez, sire^,4K{ue la posi- ,,tion était pénible : vous abdique» , vous par- „tex, vous nous engages a servir le roi; vous f^revenez...' Toute la puissance des sMVenirs ,,ne jieut nous faire illusion. ^

„Napoleo:n. Comment cela? Que vôuIck- „vous dire? Crojex-vous, que ]e sois revenu ,,sans alliance, ^ans accord?... D'ailleurs mon ^système est changé: plus de guerre, plus de ,,conquéte8; je veux régner en paix, et faire „le bonheur de mes sujets.

^ ,,Rapp. Vous le dites: mais vos anticham- „bres sont déjà i>leines de ces complaisants uui ,,ont toujours flatté votre penchant pour les ,, armes.

„NapolÉon. Bah! bah! l'expérience... Al- „liez-vous souvent aux Tuileries?

„IIapp. Quelquefois, sire.

„Napoléon. Comment vous traitaient ces „gens-ra?

„Rapp. Je n'ai pas a m'en plaindre.

„]Napoxeon. Le roi paraît vous avoir bien ,,reçu a votre retour de nussie ?

^,Rapp. Parfaitement, sire.

„]MApoLÉoijr. Sans doute. Cajolé d abord, mis „ensuite a la porte. Voilà ce qui vous attendait „tous; car enfin vous n'étiez pas leurs hommes, „vous ne pouviez leur convenir: il faut d'autres ,^titres, d'autres droits pour leur plaire.

„Rapp. Le roi a débarrassé la Ifrance des ,^alliés. -

„Napoléon. C'est bien; mais a quel prix !

%St Mémoires

,,E^ ses engagements, les a-t-il tenus? Polir- ^,qiioi n'a-t-il pas fait pendre .Ferrand pour son ^jdiscours sur les biens nationaux? C est, cela; j,c'est J'insfttence des nobles et des prêtres qui ,,m*a fait quitter Tlle d'Elbe. J aurais pu arriver . ^,avec trois millions de paysans qui accouraient ,,pou|ft|e plaindre et m offrir leurs services. ,,Mai3o ^^^is sur de ne pas trouver de résis- „tance de.vant Paris. Les Bourbons sont bien „heureiiic que je sois revenu: sans moi ib ^auraient fini par une révolution éj>ouvantable.

„Avea-vous vu le pamphlet de Chàteau- „briand, qui ne m'accorde pas même du courage '„sur le champ de bataille? Ne m'avea-vous „pàs vu quelquefois au feu? Suis-je un lâchée

,,Rapp. J'ai ]>artagé l'indignation qu'ont res- „sentie tous les honnêtes gens, d'une accusayytion aussi injuste qu'elle est ignoble.

„NapoilÉon. Voyiea-vous quelquefois le duc „d'Orléans ? \ ^

„Rapp. Je ne lai vu qu'une fois.

„Napol,éon. C'est celui-là qui a de l'esprit „de la conduite et du tact! Les autres sont „mal entourés, mal conseillés. Ils ne m'aiment ,,pas. Ils vont être plus furieux que jamais: „il y a de quoi. Je suis arrivé sans coup „férir. C'est maintenant qu'ils vont crier a „rambitieux: c'est la l'éternel reproche j ils „ne savent dire autre chose.

„Rapp^ Ils ne sont pas les seuls qui vous ^accusent d'ambition.

jjNapoleon. Comment... suis-je ambitieux, „moi? Est-on gros comme moi quand on a „de l'ambition? (Il se frappait avec les deux „mains sur le ventre.)

du général Rapp. 283

„Rapp. Votre majesté plaisante.

„Napoleoî^. Non j ai voulu que la France:

„fût ce quelle doit être; mais je n'ai jamais „été ambitieux. D'ailleurs de quoi s'avisent „ces gens-la? Il leur convient bien de faire „de luïiportance avec la nation et avec l'ar- *,mée. Est-ce leur courage qui les rend si ,,avantageux ?

„Rapp. Ils en ont quelquefois montré, \ „r*rinée de Condé par exemple.

y^hVoiÂo^. Quel est cet ordre que je vous ,„aperçoisy

„Rapp. La Lépion-d'Honneur.

„1Napoleon. Diable! Ils ont eu au moins „resprit d'en faire une belle décoration. Et ces ,ydeux croix-la? (Il les touchait.)

,,Rapp. Saint-Louis et le Lis. (Il sourît.)

„Napojleon. Concevea-vous cette b.... de ^Bcr^'^^i*^''» qui ï^'^ P»s voulu rester. Il revien- .,dra; je lui pardonne tout, a une condition „cei>eiidant : c est qu'il mettra son habit de garde „du corjis pour paraître devant moi. Mais tout ,,cela est fini. Allons, monsieur legénérrfl Rapp, . '„il faut encore une fois servir la France, et nous *„ROU s' retirerons d'où nous sommes.

„Rapp. Convenez , sire (puisque vous avea „eu quelquefois la bonté de me permettre de „vous parler avec franchise), convenez que vous ,,ave2 eu tort de ne pas faire la paix a Dresde: „tout était réparé si vous l'eussiez conclue. Vous „rappele?-vous mes rapport^sur l'esprit de l'Al- „Iemagne ? vous les traitiez de pamphlets; vojus „ine faisiez des reproches.

„]N APOLLON. Jfe ne pouvais pas faire la paix ,,k Dresde; les alliés n'étaient jpas sincères. Si

„d'aillèurs chacun etit fait son devoir au renou- „vellement des hostilités , j'étais encore le maî- „tre du monde. J avais déjà pris de mon côté ,,trente-deux mille Autrichiens.

„Kapp. Il n'y a qu'un instant que votre „majesté n'avait pas d'ambition,^ et voici qu'il „est encore question.de la souveraineté du- „monde.

„Napoleon. Eh! mais, oui. D'ailleiu'S, Mar- „mont, les sénateurs... Mon plan était combiné ,^de manière a ne pas laisser échapper un seul ,,allié. '

„Rap1p. Tous ces malheurs sont la consé- ,,cmence des revers de Leiptxic: vous les eus- „sie5î prévenus en acceptant la paix a Dresde.

„Napojléon. Vous ignore» ce qu'eut été une ,,paix semblable.** Et s'animant tout a cpup, „ Aurais-tu peur, nie dit-il avec vivacité, au- „rais-tu peur de recomipencev la guerre, toi ,,qui as été quinze ans mon aide - de -^ camp? ,,Lors de ton retour d'Egypte, a la mort de De- „saix, tu n'étais qu'un soldat, j'ai fait de toi „un honrnie; aujourd'hui tu peux, prétendre ^,a tout.

„Rapp. Je n'ai jamais laissé passer une occay,inon de vous en témoigner ma reconnaissance; „et si je vis encore, ce n'est pas ma faute«

„Napoleoiï. Je n'oublierai jamais ta cony,duite a la retraite de Moscou. Ney et toi, ,,vous êtes- du petit nombre de ceux qui ont ,4'âme fortement' tpmpée. D'ailleurs a ton „siége de Dantsic , tu as fait plus que l'im- „possible."

Napoléon, me sauta au cou, me $erra avec véhâfiience contre lui pendant au moins dçux

du général Rapp. 285

minutes. Il m'embrassa plusieurs fois , et me dit çn me tirant la moustache:

„ Allons, un brave d'É^ypte, d'Austerlitg, „ne peut m'abandonner. Tu prendras le com- „mandement de Tarmée du Rhin , pendaiit ,,que je traiterai avec les Prussiens et l^s Rus- „ses. J'espère que d'ici à un mois tu receyyVras ma femme et mon fils à Strasbourg. Je „veux que dès ce soir tu fasses ton service „d'aide-de-camp auprès de mpi. Ecris au comtef ,,M^ison de venir m'embrasser: c'est un brave ,,homme; je veux le voir,"

Napoléon raconta une partie de cette conversation a quelques personnes de ses alentours. Il leur dit que je lui avais parle avec trop de liberté , qu'il m'avait tiré les oreilles.

La fortune lui souriait. Les courtisans accouraient en foule; c'était un abandon, un dévouement ! ils bouillaient de xèle. • Ces protestations n'eurent pourtant pas tout l'effet qu'ils s'en étaient promis. Beaucoup furent repoussés: un sourtout, qui s'obstinait a faire accepter ses services, fut durement écarté.

Comiblé de faveurs , d or et de dignités , il avait accablé d'outragés son bienfaiteur malheureux ; il fut conspué , traité de misérable. Ces messieurs se targuent aujourd'hui d'une fidélité a toute épreuve. Ils accusent l'indulgence du roi dans les salons du faubourg Saint- (brermain. Ils voudraient voir conduire k l'échafaud tous ceux qui ont été employés dans les cent jours. Le hasard les a servis, les apparences sont pour eux ; a la bonne heure :

mais les généraux, lés. ministres de Napoléon, les offiéiers attachés à sa personne, sa-

.-,.''. • Vi-

vent ce qu'ils doivent penseï: de ces stoïciens

d'antichambre. Tôt ou tard 4e gouvernement

royale sera éclairé : il y a de quoi suppléer

au livre rouge. \

Napoléon me fit demander le 29 mars^ et m'annonça qu'il fallait partir pour larmée du Rtiin. Il n«e donna le grand aigle de la Lé*

f;ion-d'Uonneur , qu'il m'avait destiné après e siège de Dantzic. Il me dit qu'avant quinae jours mes troupes seraient ])ortées a quarante mille hommes (j en avais quinze mille 'au commencement des hostilités); je lui observai que c'était bien peu en comparaison de celles que nous allions avoir sur les bras, que le congrès (sa déclaration était déjà connue) nous mena* çait d'uh déluge de soldats. ,,La déclaration à ,,laquelle vous faites allusion est fausse, répli- ,,qua-t-il avec humeur; elle est fabriquée à ,)Paris. Au reste, allez. Lecourbe commandera „en Franche - Comté , Suchet dans les Alpes.

„Clausel sur la Gironde. INous. ayons bien des ^chances. Gérard va a Meta; il vient de me 9,tourmenter pour que je lui donne ce Bour- ,,mont, je lui ai accordé a regret; je n ai ja- „niais aimé cette figure-la.

„Le8 propositions que j'ai faites aux soujjVerains ont, été froidement accueillies. Cepen- „dant toy t espoir d'arrangement n'est pas dé- ,,truit. Il est ]>ossible que l'énergie avec la- „quelle se prononce l'opinion les ramène k „des sentiments de paix. Je vais encore faire 9,une tentative. Voici la lettre que je leur f, écris:

du général Rapp. 28?

^yMonsieur mon frère y

^Vous àures appris dans le cours du mois ^dernier mon retour sur les côtes de France, ^,mon entrée a Paris ^ et le départ de la famille „des Bourbons. La véritable natur de ces évë- „nements doit maintenant être connue de votre 9,majesté. Ils sont l'ouvrage d'un^ irrésistible ,,puissance , l'ouvrage de la volonté unanime y^d'une grande nation qui connaît ses devoirs ,,etses droite. La dynastie que la force avait ,,rendue au peuple français n^était plus faite „pour lui: les Bourbons n'ont voulu s'associer y^ni a ses sentiments ni à ses mœurs; la France „a dû se séparer d'eux^ Sa voix appelait un li- „bérateur. L'attente qui m'avait décidé au plus y^grand des sacrifices avait été trompée. Je suis „vcnu; et du point où j'ai touché le rivage, „ramour de mes peuples m'a porté jusqu'au ,,sein de ma capitale. Le premier besoin de ,,mon cœur est de payer tant d'aifection par le ,,maintien dfune honorable tranquillité. Le ré* ^établissement du trône impérial était néces- ,,saire au bonheur des Français: ma plus douce ^pensée est de le rendre en même temps utile ^ „a raffermissement du repos de l'Europe. Assex „de gloire a illustré tour a tour fcs drapeaux. „des diverses nations; les vicissitudes du sort „ant assez fait succéder de grands revers à de ,ygrands. succès. Une plus belle arène est ou- „verte aujourd'hui aux souverains, et je suis „le premiier a y descendre. Après /ivoir pressente au monde le spectacle de grands corn- „bats, il sera plus doux de ne connaître désor- ^inais daûtre rivalité que celle des avantages

„de la paix, d'autre lutté que la lutte sainte de „la félicité des peuples. La France se plait a „proclainer avec franchise ce noble but de tous „ses vœux. Jalouse de son indépendance, le ,, principe invariable de sa politique sera le „respect le plus absolu pour Tinciépendance „de8 autres nations. Si tels sont, comme j en „ai rheureusé confiance , les sentiments peryysonnels de votre majesté , le calme général „est assuré pour long- temps, et la justice, as- „sise aux confins des divers états , suffira seule „pour en garder les frontières.

„Je suis avec empressement, etc.'*^ Mais toutes ouvertures furent inutiles. Il était hors des proportions humuines , il assurait la suprématie de la France : c'étaient la des griefs que rien ne pouvait balancer; j'en étais convaincu. Sa perte était résolue.

Je partis pour l'Alsace; l'attitude hostile des cours étrangères y avait excité une indignation générale : toutes les âmes généreuses , tous ceux qui abhorrent le joug .de l'étranger, se disposaient a repousser cette ligue de rois qui , sous prétexte de combattre un homme , ne cherchaient qu'à s'enrichir de nos dépouilles. Les habitants, de concert et par un mouvement spontané , s'étaient portés sur les hauteurs qui dominent les défilés, les routes ou passages, et travaillaient a y construire des retranchements; les femmes, les enfants mettaient la main à l'œuvre. On s'égayait, on s'animait l'un l'autre en chantant des refrains patriotiques. Il y avait entre tous les citoyens rivalité de nèle et de dévouement: les uns élevaient des redoutes, les autres coulaient des balles , remontaient

de

de .vieux fusils , confectionnaient des cartouches. Enfin tous les bras étaient en mouvement; chacun voulait travailler a la défense commune. ' ' '

Une scène touchante et digne des temps antiqii^s eut lieuaMuhlhausen lorsque j y arrivai. On donnait un bal , les personnes les plus distinguées de la ville étaient réunies; l'assemblée était brillante et nombreuse. Vers la fin de la soirée on parla de la guerre , de l'invasion du territoire; chacun communiquait son avis, chacun faisait part de ses- espérances et de ses craintes. Les dames discutaient entre elles, et s'entretenaient des dangers de la patrie. Tout a coup une des plus jeunes propose a ses compagnes de jurer qu'elles n'épouseront que des Français qui aient défendu les frontières. Deà cris de joie, des battements de mains accueillent cette proposition. De toutes les parties de la salle on se dirige vers cet essaim de beautés ; on les environne , on se presse autour d'elles. Je me joignis a la foule , j'applaudis a la motion généreuse qui avait été faite , et j'eus l'honneur de recevoir le sermentéque chacune des jeunes patriotes vint prêter entre mes mains.

Ce trait rappelle les mariages des Samnites, mais il a peut-être quelque chose de plus admirable encore : ce qui était une institution chéa ces peuples fut parmi nous l'effet dune résolution spontanée; chez eux le patriotisme était dans la loi, chez nous il était dans le cœur des jeunes filles. /

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