‹ Mémoires du maréchal de GrouchyChapitre 22 sur 26 · POST - FACE · texte numérisé non relu

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J'étais fort jeune, lorsque le maréchal de Grouchy, mon grand -père, mourut; cependant j*ai pu garder son souvenir. Appuyé de ce que mon père et mon onde, les généraux Alphonse et Victor de Grouchy, m'ont dit de sa personne, de son caractère^ me basant sur les notes qu'a bien voulu me remettre M. le marquis d'Or* messon, petit*fils du maréchal par sa mère, ma propre tante, je crois pouvoir reproduire la figure historique du maréchal et faire suivre ces Mémoires d'un portrait destiné à le rendre sous son véritable jour, à perpétuer son glorieux souvenir et résumer en quelques mots sa vaillante et utile existence.

De retour de son exil aux États-Unis d'Amérique, en 1 823, mon grand-père ne paraissait pas encore atteint par les effets de rftge',bien qu'il eût cinquante-sept ans. 11 était de taille moyenne, n'avait pas les traits d'une grande régularité^ mais on était frappé de son regard beau, pénétrant et d'une grande puissance d'expression. Ses yeux^ d'un bleu d'azur, avaient parfois une douceur charmante^ et parfois aussi laissaient entrevoir l'ascendant qu'il devait prendre sur le champ de bataille, à la tète de la cavalerie, cette arme terrible, pour la conduite de laquelle il faut de la jeunesse, de l'audace, une détermination prompte, un coup d'ceil sûr et résolu. Il n'existe qu'un seul beau portrait du

maréchal de Grouchy ; il est de Dubu£Fe. Malheureusement ce portrait, peint avec beaucoup de talent, n'a été composé que fort tard, lorsque Toriginal était déjà septuagénaire. Pour se figurer Thomme dans l'élan de la jeunesse, il faut le refaire par la pensée. . Le maréchal avait les traits mobiles, accusant une vive sensibilité, laissant entrevoir des impressions rapides et ardentes. Il s'exprimait avec une grande facilité et aimait, dans sa conversation, à traiter les sujets les plus divers. Il parlait volontiers des généraux de la république, principalement de Hoche, de Morean, de Kléber. Rappelant un jour les conversations qu il avait eues avec l'empereur Alexandre, û racontait la stupéfaction qu'il avait éprouvée en entendant ce monarque, auquel il témoignait son horreur du meurtre du duc d'Ënghien, lui répondre : « Général, la morale des souverains n'est pas celle des peuples. » On le faisait parler facilement des guerres d'Allemagne , de la retraite de Russie, de son séjour en Amérique, des belles institutions de Philadelphie. Il était fort modeste, n'imposait pas ses opinions, et paraissait aussi éloigné des excès révolutionnaires que des idées des royalistes de 1815. C'était un libéral dans la meilleure acception du mot.

On comprendra les jugements si opposés, si contradictoires, qui furent souvent portés sur lui, lors^'on saura que, fort aimable lorsqu'il le voulait ftien, très-séduisant lorsqu'il se trouvait avec des personnes qu'il aimait, estimait ou qui lui plaisaient^ il savait mal contenir l'expression de ses sentiments contraires lors-

qu'il se trouvait avec des personnes qui lui étaient antipatiques. Sons l'empire de la pas8ion,Ia franchise altère quelquefois la pensée, en l'exagérant ; on n'est plus en* tièrement vrai parce qu'on va au delà de ce que l'on pense. Le maréchal subit souvent les inconvénients de aa niEtture ardente, impétueuse même; voilà ce qui explique pourquoi il fut en butte à des aversions véri* tables et inspira des affections profondes.

Dans sa jeunesse, Grouchy, au début de sa car* rière, par sa nature ouverte, par l'ardeur, la sym* pathie et quelquefois même l'exaltation qu'il mit au service du parti si loyalement embrassé par lui, se conquit la sincère affection d'hommes éminents, tels que les Hoche, les Moreau et autres. Il faut se reporter à cette première période de sa carrière pour bien com* prendre le cours de sa vie^ car elle se décida dès ce moment. On était dans ces années qui ont précédé la première révolution française ; or il importe de bien se représenter, telle qu'elle fut, cette époque d'ardeur généreuse, d'ivresse enthousiaste, pleine d'illusions sans doute, mais d'illusions élevées et sincères, oà, dans la confiance qu'inspiraient les idées nouvelles, on ne doutait pas que, par la réforme d'immenses abus^ on arriverait à ouvrir à l'humanité des destinées meil* leures. On ne prévoyait, hélas ! ni les tristes effets de la faiblesse d'un roi trop faible, ni le règne d'une hideuse populace, ni les échafauds, ni Robespierre, ni Marat, ni toutes les funestes causes qui ont entravé l'œuvre de rénovation qu'on méditait. Cette soif de vérité, de progrès et de vie qui s'était emparée de la

majeure partie de la nation, se déclarait surtout chez les esprits éclairés^ et enflammait les cœurs chaleureux dans tous les rangs de la société. Ce ne fut point seulement la classe moyenne qui forma le premier parti de la révolution. Dans la noblesse, dans l'armée, sur les marches même du trône, les Lafayette, les Rochambeau, les Montmorency, les Noailles, les Montesquiou^ les Custines et tant d'autres embrassèrent avec passion le parti national. Grouchy, par sa nature^ par ses sentiments élevés, ardents, enclins à Fexaltation, par ses liens de famille, par ses relations et à cause du milieu dans lequel il vivait, était plus que tout autre prédisposé à sacrifier aux idées nouvelles. Sa sœur, femme remarquable par son esprit comme par sa beauté, avait épousé le savant Condorcet. Grouchy avait pour onole le président Dupaty, unedes sommités du parti philo* sophique, pour beau-frère Doulcet de Pontécoulant« pour cousin le parlementaire Fréteau. Ces deux derniers firent partie depuis de la Convention. Marié à dix-neuf ans^ par inclination, avec une jeune personne sans fortune, mais d'une grande distinction, sœur de Doulcet de Pontécoulant, sa jeunesse, sous Tinfluence de ce sentiment, fut à l'abri de ces troubles, de ces désordres qui égarent si souvent cet âge. Son âme se livra avec d'autant plus d'entraînement à Tardeur enthousiaste qui animait son époque, qu'elle n'était détournée par aucune autre passion. Il s'y livra tout entier et adopta sans réserve, contre le parti de la cour^ la cause nationale. Il le fit avec toute la sincérité d'un caractère dont personne dans l'ar-

mée De suspecta jamais la droiture et la loyauté.

Voilà pourquoi dès le début de sa carrière, et quoique né dans les rangs les plus élevés de la noblesse d'épée, il sut plaire aux jeunes généraux républicains, patriotes sincères comme lui. Son éducation, ses talents leur rendirent ses services précieux ; aussi cherchaient-ils tous à se l'attacher comme chef d'éta^ major. Vivant dans leur intimité, il partagea leurs études, leurs dangers, fut consulté pour les plans de campagne et rendit, dès cette époque, des services qui expliquent et justifient son rapide avancement. Ce n'est donc nullement par ambition qu'il se jeta dans le parti de la révolution. Il ne renia jamais ses ancêtres.

Le maréchal revenait volontiers sur les généraux de Tépoque républicaine, sur Hoche ^ sur Moreau, sur Joubert, sur Lecourbe, sur Sainte-Suzanne, sur Gouvion Saint-Cyr. Il était plus di£Bcile de l'amener à parler de l'empereur. Souvent il racontait des détails sur la vie, le caractère, les habitudes des premiers. Un jour, la conversation se prolongeant sur la guerre, sur les batailles^ il s'arrêta court, disant qu'il se rappelait combien Moreau se rendait ennuyeux en se jetant dans de longues digressions sur les combats. Il vantait beaucoup la sagesse, le sang-froid, la profonde réflexion que ce général apportait dans toutes ses opérations, et le soin qu'il prenait de ménager le sang des hommes; mais il aimait surtout Hoche, c'était son héros. Il retraçait la pureté, la fermeté inébranlable de son caractère, son horreur et son mépris pour le

jacobinisme. « Il n'eut jamais, disait-il^ ployé devant l'empereur. »

Comme Hoche, Grouchy n'avait aimé la répobli<pie que dans ce qu'elle avait d'élevé et de pur, appréciant lesjacobins et les scélérats qui remplirent les prisons et couvrirent la France de deuil, comme ils méritaient de l'être. « Ces excès, disait- il, ne prouvent rien contre la forme du gouvernement; sous le règne de ces monstres, la république n'existait pas en France, c'était le contraire d'une république^ puisqu'on était sous le joug de la plus odieuse dictature. » Il ajoutait qu'à cette cruelle époque la république souillée, pervertie, dénaturée par les pouvoirs civils, n'avait conservé sa pureté que dans les camps, sous la sauvegarde de l'honneur militaire ; que là elle était représentée par des jeunes officiers, par des généraux aussi simples que courageux, qui abhorraient les lâches excès, dont la vanité et l'ambition n'altéraient pas le pur patriotisme, et qui mettaient autant de fermeté à maintenir la discipline et l'ordre autour d'eux^ quand l'anarchie était partout, qu'ils déployaient de valeursurles champs de bataille. Il n'ajoutait pas, mais on peut ajouter que lui-même faisait partie de cette pléiade de jeunes généraux d'une pureté de caractère antique, à la fois citoyens et hommes de guerre, dont la France doit redire les noms avec un juste orgueil.

Ces Mémoires ont prouvé la part glorieuse qu'à cette époque Grouchy prit à la bataille de Hohenlinden; chef d'état-major de Moreau, il contribua puissamment, à la tête d'un corps de troupes^ aux opérations qui ame-

nèrent cette belle victoire, dont les conséquences furent si importantes.

Ce fut peut-être alors, sinon la plus brillante, du moins la plus remarquable époque de sa vie ; très«jeune encore et déjà couvert de gloire^ au premier rang parmi les défenseurs de la patrie, associé aux plus beaux caractères de ce temps, il ne devait rien qu'à son mérite personnel et à ses services. Son caractère civique fut toujours à la hauteur de son courage mili« taire ; il se refusa à toutes les tentatives de réaction auxquelles cédèrent des âmes moins bien trempées que la sienne.

11 se présente à Thistoire^ au lendemain de Hohenlinden, avec un éclat pur, que ne sauraient effacer toutes les splendeurs de l'empire. Après cette bataille, le Directoire ayant fait remettre à Moreau, à titre de récompense nationale, une somme qui semblerait minime aujourd'hui, mais considérable alors, pour être distribuée par lui entre les compagnons d'armes qui avaient coopéré à la victoire^ Grouchy reçut de Moreau une vingtaine de mille francs, avec lesquels il acheta en Normandie, près d'Âulnay (Calvados), dont il avait commandé le bataillon de volontaires au début de la guerre^ quelques bois et quelques champs. Ce fut l'origine de cette propriété de la Perrière^ où il résida depuis et qui est devenue une terre de famille.

11 est bon d'observer par quel genre de services et par quel ordre de travaux se signalait alors Grouchy. Successivement chef d'état-major de Hoche et de Moreau, il concourt à la préparation et à l'adoption des

plans de campagne, embrassant par conséquent dans leur ensemble les opérations stratégiques et tactiques, n prend une part active à leur exécution, en commandant des corps de toutes armes ^ Plus tard, dans les armées impériales, mis à la tète de la cayalerie, il conduit cette arme avec une distinction qui détermine l'Empereur à lui confier souvent des commandements de même nature. Napoléon disait que Grouchy avait la confiance de Tarme à cheval ; aussi à plusieurs reprises le chargea-t-il de la direction générale de toute la cavalerie de la grande armée. C'est là ce qui fit accréditer l'opinion que Grouchy n'était qu'un général de ca- Valérie. Plus tard, la malveillance et la légèreté s'autorisèrent de ces circonstances pour réduire la capacité militaire du maréchal à une aptitude spéciale* Les esprits superficiels, peu au courant de Thistoire, s'attachèrent à cette idée; l'on fut jusqu'à parler du danger de confier des corps d'armée de difiérentes armes n aux généraux de cavalerie. » Ainsi, dans la campagne de 1815, les mécontents, Yandamme, Gé^ rard, refusèrent à plusieurs reprises d'obéir à un officier de cavalerie. Or, si nous nous reportons à la première partie de la carrière de Grouchy, aux fonctions quUl remplit alors près des chefs d'armée, à ses services dans les guerres de la république ; si nous nous rappelons le plan de campagne qu'il rédigea pour l'Italie, précédé d'observations critiques, plan qui fut remarqué à cette époque, ses observations sur la campagne de 1815, nous découvrons chez lui un coup d'œil aussi juste qu'étendu. Dans plusieurs de ses faits d'armes,

par exemple, à Friedland, à Yaochamps, la pensée s'allie à la vigueur et à la rapidité de l'exécutiou.

Par goût il aimait Tétude et s'occupait sans cesse de celle de la guerre, qu'il avait approfondie. Sujet à de fréquentes insomnies^ suite de son tempérament ner- Teùx^ il occupait ses veilles par la lecture. La vie intellectuelle tenait une place bien plus large danssonexis tence que dans celle de la plupart de ses frères d'armes. Il est bon de faire ressortir ces détails. lis prouvent que le maréchal de Grouchy était plus qu'un intrépide commandant de cavalerie, plus qu'un brillant général d'avant-garde, ainsi que veut bien le dire M. Tbiers. Ce n'est pas la première fois du reste que nous prenons en flagrant délit d'erreur^ dans le cours de cet ouvrage^ et surtout en ce qui a trait à la campagne de 1815, l'historien du Consulat et de l'Empire.

Lors de la décadence du régime républicain, Grou* chy, fidèle à ses principes, refuse de se prêter aux intrigues royalistes et d'entrer en relations avec Pichegru. Il rompt avec Moreau, malgré l'étroite intimité qui les avait unis. Le général des armées républicaines, quel que soit le cours des événements, servit sa patrie sous les divers gouvernements que la France accepta, et conserva toute sa vie ses principes et ses convictions^ qui se retrempèrent plus tard dans son séjour en Amérique. Quand Bonaparte, le jeune général de l'armée d'Italie^ se saisit du pouvoir^ Grouchy, qui par ses sentiments appartenait au groupe républicain de Tannée, ne lui apporta qu'une adhésion tiède et tardive. Il proclamait volontiers les

grandes qualités militaires de Bonaparte et reconnaisait Téclat incomparable de ses premières victoires, mais, en comparant à la simplicité et au désintéressement héroïques des jeunes généraux de la république, la manière d*èlre , Tamour de la pompe qui caractérisaient .le premier consul et bientôt TEmpereur, il ne se faisait pas faute, dans fintimité^ de critiquer cette mise en scènç dont Napoléon abusa si souvent.

La face des choses avait changé cependant; la nation presque entière, dégoûtée d'une république souillée par tant d'excès, céda au prestige de la gloire militaire ; Grouchy, qui avait voué son épée à son pays, suivit Pélan national . Il prit une part éclatante à toutes les phases de l'épopée napoléonienne, mais il garda toujours une indépendance rare à cette époque de gloire et de soumission sans bornes ; il manifesta la répulsion que lui causaient le meurtre du dernier Gondé et le crime politique de la guerre d'Espagne, et se retira, conser- •vant tous ses vieux liens et restant ostensiblement fidèle à des relations qui déplaisaient au maître. Il eut p9ur aide de camp Georges de Lafayelte, qui raccompagnait dans la fameuse charge d'Eylau. Il ne put jamais obtenir pour ce jeune et brave officier la moindre faveur. Le maréchal aimait à raconter le beau dévouement du brave jeune homme.

A cette bataille, le cheval de Grouchy ayant été tué sous lui, il va tomber aux mains de Tennemi lorsque Georges de Lafayette arrive, met pied à terre et supplie son général de prendre sa monture. Grouchy

refuse d'abord, mais, pressé par le jeune officier qui lui affirme pouvoir se tirer d'afiEaire, il se met en selle. Lafayette alors^ avec une présence d'esprit admirable, saisit la queue du cheval^ s'en entoure les bras et se laisse emporter loin de l'ennemi dans une course rapide. C'était le dévouement de l'homme de cœur, joint à la résolution de l'homme intrépide. Grouchy supplia l'Empereur de récompenser ce beau trait; il ne put rien obtenir. Lorsque Napoléon lut^ parmi les noms de ceux qui s'étaient distingués^ celui de Lafayette, il le raya d'un trait de plume de la liste des récompensées.

L'Empire s'étant écroulé, Grouchy, qui avait glorieusement lutté jusqu^à la dernière heure pour la défense du sol sacré de la patrie, ne rentra dans Paris, en 1814, que grièvement blessé. Le retour des Bourbons se liait à des événements trop désastreux, à des douleurs patriotiques trop cuisantes, pour qu'il pût les accueillir avec joie ; néanmoins il ne leur fut pas. hostile. Des procédés blessants de la part des princes le heurtèrent; ses sentiments intimes furent profondément froissés, et cependant il se borna d'abord à faire valoir ses droits.

Au retour de Napoléon, il ne s'empressa pas auprès de lui, n'entendant obéir qu'à une manifestation du sentiment national.

La dignité de. maréchal, qui lui fut conférée pendant les Cent-Jours, lui avait été accordée déjà dans la campagne de 1814, où if avait combattu avec tant

d'éclat. En présence de ces faits, on se demande

comment M. Thiers a pu écrire, de la même plume qui avait retracé les guerres de la République et de l'Empire, que l'élévation de Grouchy au maréchalat fut la récompense d'un service politique.

Maintenant reportons-nous.« pour terminer, à ces heures si graves, si décisives qui suivirent la lutte du 16 juin 1815. Le soir, Napoléon garde ses forces réunies autour de lui; les troupes prussiennes ont reculé; on n'en sait pas davantage.

Par une nuit sombre et orageuse, la grande armée française repose d'un sommeil troublé. Son chef, malade, assure-t-on, est à Fleurus, n'ayant donné aucun ordre. Grouchy, avant cinq heures du matin, le jour suivant, est au quartier-général de l'Empereur ; il sent que les moments sont précieux, qu'il faut agir, poursuivre sans relâche l'œuvre de la veille ; impossible de pénétrer jusqu'à Napoléon, on doit respecter son sommeil et son état de souffrance. Les heures passent, le maréchal insiste vainement. Dans l'anxiété qui le dévore,' il sent que chaque heure peut être fatale à la France ; et en effet chaque moment qui s'écoule rapproche l'armée prussienne de l'armée anglaise... Lorsque enfin Grouchy parvient à voir l'Empereur, dès les premiers mots il comprend que Napoléon a l'intention de diviser ses forces et de détacher du reste de l'armée l*aile droite qu'il commande. Avec un sens mihtaire que Grouchy, n'en déplaise à M. Thiers, possédait à -un plus haut degré que bon nombre de ses frères d'armes, il exprime vivement cette pensée fort juste qu'il faut, en toute hâte^ pro-

fiter de Téchec de l'armée prussienne pour tourner contre Tarmée anglaise toutes les forces réunies dont on peut disposer. Et, en effet, qu'on se retrace ce qui se passait le lendemain sur le plateau de Mont-Saint- Jean, ces attaques toujours impuissantes, ces assauts acharnés, la fureur de Ney, les charges de cavalerie sur ce sol profondément détrempé, charges si meur« trières et si vainement répétées, les carrés anglais se reformant toujours sans se briser jamais*. • Ohl si alors le corps de Grouchy^ conduit par son intrépide chef qui savait si bien électriser ses troupes dans l'ardeur du oombat, fût venu en aide à ces soldats si braves, à ces assaillants vainement héroïques» écrasés, décimés par la mitraille, que se fût-il passé ? • La c bataille n'eût pas été perdue, si j'y eusse été, » disait Grouchy vingt ans après^ avec un profond accent de douleur.

Mais c'est en vain que^ le lendemain de Ligny^ il s'efforce de changer les intentions de l'Empereur ; il insiste, il supplie. « Allons, Grouchy, voulez- vous m'en remontrer? j> s'écrie Naj^léon irrité^ dans une scène dont furent vivement frappés ceux qui en furent témoins et à laquelle assistait le jeune prince Jérôme, frère de l'Empereur^

Toute insistance devenait ini4^ile; Grouchy devait obéir, il obéit.. • A une heure seulement, il reçoit l'ordre de se mettse en marche . Depuis quatre heures du matin les Prussiens marchaient vers l'armée anglaise. Combien la situation et la conduite de Grouchy^ après sa séparation de l'Empereur, ressemble peu à

ce que racontent les relations prétendues historiques 1 Les pages écrites pour justifier l'Empereur en accablant ses lieutenants, et principalement Grouchy, représentent l'armée prussienne s'avançant en masse vers Waterloo, Grouchy hésitant, tâtonnant, ne sachant que faire, le général prussien détachant quelques troupes qu'il rassemble à Wavres, lui opposant une poignée d'hommes, un rideau que le mare* chai prend pour une armée, et^ dupé par cette ruse, laissant échapper l'armée prussienne.

Voilà sur quel fond d'erreurs et de fables a vécu depuis 1818 l'esprit public -, voilà ce que l'innombrable légion des esprits à la remoiquè de ceux qui ne pensent pas par eux-mêmes, et répètent sans examen^ n*a pas manqué de croire.

La vérité ressortira, nous l'espérons, de ces Mémoires. Une armée de trente mille hommes est bien forcée de laisser échapper une armée de cent mille hommes, et une armée de cent mille hommes ne se meut pas en bloc comme un régiment. Les forces prussiennes étaient partagées en plusieurs corps séparés les uns des autres. Il y avait le corps de BuW» qui n'avait point donné à Ligny ; le corps de Pirch, le corps de

Ziethen, celui de Thielmann, etc Ces diverses

grandes fractions de l'armée prussienne, dont chacune avait une sérieuse importance et dont la plus éloignée occupait Wavres, étaient échelonnées, à inégales distances, selon l'heure à laquelle elles étaient parties, depuis Wavres jusqu'à Waterloo. Eu attaquant les forces réunies à Wavres^ Grouchy engageait le combat

avec un corps d'armée égal au sien, un corps de trente mille hommes ; s'il ne Teût point fait, ce corps marchait comme les autres dans la direction de Waterloo. De plus, en attaquant Wavres, Grouchy obéissait à la fois aux ordres formels de l'Empereur et aux règles de la guerre, qui ne lui permettaient pas de laisser à quelques pas de lui des forces considérables, menaçant de l'envelopper dès qu'il serait engagé avec d'autres corps ennemis, s'il faisait une marche de flanc des plus dangereuses pour s'avancer au canon.

Au bruit de ce canon de Waterloo, un sentiment vrai, un instinct juste se manifesta chez les chefs et les soldats qui voulaient prendre part à la bataille ; on sentait qu*on devait soutenir l'Empereur dans la grande lutte... Grouchy l'avait voulu plus que iout le monde,

avant tout le monde mais on ne l'avait pas écouté ;

le 18, entre midi et une heure, il était trop tard ! D'ailleurs il avait des ordres trop formels pour oser les trans£;resser.

Un point doit particulièrement fixer Tattention dans la campagne de 1 8 1 5^ c'est la lenteur de la marche des troupes ; or, naturellement cette lenteur, indépendante de la volonté des généraux, est commune aux diverses armées. Du temps considérable que mettent les corps à parcourir de très-faibles distances, on a tiré des conséquences spécieuses, mais fausses. Dans cette partie de la Belgique extrêmement fertile^ le sol est formé de couches argileuses d'une grande profondeur^ sans aucun mélange de pierres ni de parties solides ; cela est si vrai qu'avant la création des voies ferrées, on cons-

truisait dans beaucoup de localités des chemios en briques, faute de matériaux plus solides ; les plaioes et les vallées y sont par suite sillonuées de chemins creux d'une grande profondeur. On comprend Tinflùence des pluies abondantes sur un terrain sans parties solides, où Ton enfonce sans rencontrer de résistance. En juin 1815, après les violents orages et les pluies torrentielles qui avaient inondé le pays, qu'on se figure Teffet du passage des troupes et du transport du matériel à travers des terrains de cette nature profondément détrempés. Ces conséquences se manifestent partout : les charges de cavalerie avortent en grande partie pour cette cause ; les Prussiens, partis à quatre heures du matin de Wavres, n'arrivent qu'à sept heures du soir sur le champ de bataille de Waterloo ; la marche de l'Empereur du côté des Anglais est retardée par une pluie diluvienne^ qui transforme, dit M. Thiers, tout le pays en marécage ; seulement, par une inconséquence qui étonnerait de la part d'un autre, M/ Thiers ne veut pas que la même cause ait pu retarder la marche de Grouchy, dont l'infanterie arrive à Gembloux à dix heures du soir par une pluie battante. Dans ces circonstances , la mesure ordinaire des distances n'est plus applicable ; le transport de l'artillerie devait rencoptrer des difficultés immenses ; si les corps prussiens, qui marchaient depuis les premières heures du jour, ne purent déboucher que vers les sept heures du soir^ comment les corps français^ en partant de Sarth-à-Vallin à une heure de l'après-midi, pouvaient-ils arriver à temps à Waterloo ? La marche de

Grouchy pouvait-elle empêcher l'arrivée des corps prussiens partis les premiers^ et qui avaient sur lui l'avance de seize heures?,.. Chose plus grave encore, Grouchy, pour atteindre Waterloo, devait traverser l'armée prussienne. Les troupes ennemies à Wavsrres^ Teussent-elles donc laissé faire ? En marchant à Faventure dans la direction de Waterloo, ne devait-il pas être arrêté par les divers corps prussiens qui se trouvaient devant lui, et sur son flanc droit ne devait-il pas forcément être entouré par des forces triples des siennes, s'il eût agi comme le voulait Gérard ; la conséquence de sa conduite eût été forcément la destruction de son corps d*armée, désastre qui venait s'ajouter inutilement à celui de Waterloo ? Tel est l'avis des militaires vraiment compétents, qui ont jugé la campagne sans parti pris d'avance. De ce nombre le colonel Charras, officier et auteur d'un mérite reconnu . Waterloo est la conséquence de Timmense erreur commise par Napoléon, lorsqu'il supposa que l'armée prussienne avait été en partie détruite à Ligny ; sans cette persuasion, il n'eût pas détaché Grouchy, croyant ne lui confier que la mission dç poursuivre une armée en pleine déroute. Sans doute, dans cette hypothèse, les forces confiées à Grouchy suffisaient; mais du moment qu'il s'agissait, non pas de poursuivre des troupes démoralisées, mais de paralyser les mouvements d'une excellente armée de près de cent mille hommes^ qui, avec une avance de seize heures, accomplissait dans un ordre parfait son plan de campagne en se rapprochant de l'armée anglaise, le faible corps

de Grouchy, devenu insuffisant, ne pouvait qu'échoûet dans une mission impossible à remplir : car, à moins que le général ennemi ne fût inepte, disposant de forces triples, il devait, quelque parti qu'il prît, opposer une fraction de ses forces à Grouchy, et diriger le reste de son armée sur Waterloo ; que Grouchy tournât donc à droite vers Wavres, ou qu'il se dirigeât sur la gauche vers Waterloo, il devait fatalement entrer en lutte avec une partie de l'armée ennemie, tandis que le gros de cette armée rejoindrait l'armée anglaise, résultat infaillible, puisqu'un long répit avait été laissé aux Prussiens après la journée de Ligny.

Triste et désolante situation que celle de Grouchy, dont l'action eût été ailleurs si puissante et si décisive, et qui là, où il a été placé malgré lui, se trouve fatalement voué à d'inutiles efforts, victime d'une erreur que non-seulement il n'a pas commise, mais qu'il s'est efforcé de faire comprendre et d'empêcher!

En attaquant Wavres, il avait chance de vaincre et il vainquit; il lui restait aussi une espérance qui, hélas! ne s'est point réalisée, mais qui cependant, n'était pas en dehors des choses possibles. Napoléon avait compté vaincre à Waterloo avec les forces qu*il commandait en personne. Si des circonstances plus heureuses l'eussent favorisé, s'il fût resté maître du champ de bataille et eût attendu de pied ferme les Prussiens, ceux-ci, poursuivis par Grouchy après Wavres, placés entre l'armée française victorieuse et l'aile droite, étaient infailliblement écrasés, et une double victoire couronnait la campagne.

. Mai& les évéDements devaient suivre un cours opposé. La fatale nouvelle du désastre arrive à Groucby le 19 au matin, au moment où, vainqueur^ il pousse l'ennemi; il est au désespoir, mais ne s'impute pas la défaite, comme l'insinue M. Thiers. Il a ^fait son devoir, et^ sans se laisser abattre^ il ordonne et commence cette belle retraite que les plus malveillants ont été forcés d'admirer, à Texception de l'auteur du Consulat et de l'Empire, qui l'appelle un hasard heureux. Groucby ramène intact, jusque sous les murs de Paris, ce corps d'armée qu'il est parvenu à sauver^ et qui eût été sans utilité pour le pays, enveloppé et détruit par les Prussiens, si le maréchal, écoutant d'imprudents conseils, se fût décidé à la marche qu'on lui a tant reproché de n'avoir pas opérée.

Dans les premiers moments du désastre, l'Empereur n'accusa pas Groucby, car il savait bien qu'il avait compté vaincre sans lui et qu'il ne l'avait appelé que trop tard. Il se plaignit des fautes commises à Taile gauche, de ce qui s'était passé aux Quatre-Bras^ de Ney qui, à Waterloo^ avait fait massacrer toute sa cavalerie I. . . Ney au contraire accusait Groucby. « Oh! Groucby, Groucby! » s'écriait-il en se frappant le front. En pleine chambre des pairs, il imputait le malheur à Groucby^ vainement attendu sur le champ de bataille. Ney avait raison. Groucby, hélas! n'y était pas; mais pourquoi n'y était-il pas? parce que l'Empereur ne l'avait pas voulu, ou ne l'avait voulu que lorsqu'il n'était plus temps.

Sur le rocher d'exil de Sainte-Hélène, l'Empereur

et ses familiers reportaient naturellement leurs pensées de préférence sur les circonstances décisives du drame lugubre qui avait clos l'épopée impériale. En portant ses regards sur 1815, l'Empereur, dont sans doute l'imagination voyait facilement les choses au gré de ses désirs, trouva facilement la preuve que tout ce que là prudence et Vhdbilité pouvaient faire pour le succès de la campagne, avait été accompli par lui, et que les fautes de ses lieutenants avaient tout perdu. Aussi^ d'après Gourgaud, les fautes commise à l'aile droite sont plus funestes, plus décisives encore que les fautes commise à l'aile gauche attribuées à Ney et à d'Erlon. Gourgaud^ ou plutôt Napoléon^ accuse Grouchy en termes violents ; il méconnaît les causes qui ont le plus influé sur la bataille du 18. Il oublie le temps énorme perdu à Ligny, les retards irréparables qui en ont été la conséquence ; après la cruelle expérience qui a été faite^ il représente toujours l'armée prussienne en déroute, démoralisée, ce qui est de toute fausseté. Il oublie sa propre erreur, quand il supposait que les Prussiens marchaient vers Namur, et qu'il indiquait cette route à Grouchy ; il ne tient nul compte de la difficulté, après de si longs retards^ de s'assurer de la route suivie par les Prussiens, de l'impossibilité pour Grouchy de maintenir ses communications avec lui quand des corps prussiens les interceptaient; il reproche à Grouchy les lenteurs de sa marche et ne voit pas combien celle de tous les corps a été retardée par l'état des terrains défoncés, circonstance qui a eu sous ses yeux, à Waterloo, de si terribles conséquences ;

il parle d'ordres qui n*ont jamais été reçus ni donnés et sont supposés ; le^ circonstances de temps, de lieu, de nombre sont changées. Tout se modifie, s'altère^ se transforme pour la gloire de TEmpereur dans cette justification passionnée. Introduite sous le nom d'un aide de camp de Napoléon , la version de Sainte-Hélène, expression de la pensée du grand empereur captif, se répand rapidement en France et à l'étranger. En France, elle est adoptée d'entraînement, non-seulement par les partisans fanatiques de l'Empire, par les compagnons d'armes du grand homme, par les soldats laboureurs, mais encore par tous les cœurs en qui brûlait l'étincelle patriotique ; on saisit avidement le moyen d'abaisser le triomphe de l'Angleterre et de relever la gloire de l'armée française, en faisant retomber la faute sur un seul ; personne ne contrôle ne vérifie les faits, tant par paresse d*esprit que par suite de cette fougue irréfléchie avec laquelle on adopte en France toute idée qui flatte les passions dominantes. Tout le monde accepte ce lieu commun mensonger : que, sans Grouchy, la France eût vaincu à Waterloo. Grouchy se défend^ mais ses défenses, quoiqu'elles continssent les points essentiels, ne sont ni assez vives, ni assez développées, ni assez saisissantes. Dans les premiers temps surtout, confiant dans la force de la vérité, il ne croit pas assez à la persistance des calomnieuses attaques dont il est l'objet ; il oublie trop combien la foule des esprits superficiels et crédules est disposée à accepter, sans examen, un fait, si faux qu'il soit, une fois consigné dans Thistoire ; seuls, les gêné-

raux ses amis, ceux qui l'ont suivi dans sa glorieuse carrière, tels que Belliard^Beker, Glausel, Molitor, etc., se défendent de partager les préjugés populaires et rassurent que le temps, en éclairant les esprits, ne tardera pas à dissiper des erreurs passagères fondées sur l'ignorance et sur la passion.

Les défenses du maréchal sont peu lues ; elles passent inaperçues ; au contraire, le Mémorial de Sainte- Hélène se propage de plus en plus ; il devient TÉvangile du peuple ; livres, journaux, dictionnaires répètent à l'envi ses mensongèreâ assertions...

Il semble que Grouchy aurait dû trouver dans Tarmée, en dehors du cercle des hommes qui se groupaient autour de Gérard, des défenseurs déclarés, et en effet quelques hommes, et des plus marquants, tels que Jomini, exprimèrent sur Waterloo une opinion diamétralement opposée au jugement des masses; mais en général, dans l'armée, on garda le silence; les uns, braves, intrépides, mais peu habitués aux études, à la recherche laborieuse des faits^ répugnaient à approfondir la question ; les autres s'en rapportaient pleinement aux relations publiées qui altéraient si complètement la vérité ; d'autres encore se laissaient dominer par le sentiment patriotique, qui se plaisait à relever l'honneur de nos armes^ en rejetant les revers sur la faute d'un seul; enfin^ faut-il le dire? si après ses bril* lants services, Grouchy couvert de blessures avait des droits manifestes à la dignité de maréchal^ d'autres sans contredit avaient également droit à y prétendre; la préférence donnée par l'Empereur à Grouchy avait

causé des froissements ; l'envie germe facilement dans le cœur humain, et cette disposition, sans être à coup sûr la cause principale^ ne fut pas étrangère à la tiédeur avec laquelle furent accueillies les injustes attaques dirigées contre le maréchal.

A mesure que les années s'écoulaient^ ses amis, ses frères d'armes, les témoins de sa glorieuse carrière, disparaissaient tour à tour; la génération nouvelle le connaissait surtout par cette campagne des Cent-Jours si odieusement dénaturée ; les imputations injustes et dénigrantes se répétaient, en s'amplifiant, et devenaient de plus en plus acres et blessantes ; le flot de l'impopularité montait et grossissait sans cesse..... Du sein même de la Chambre des pairs, dans un écrit noblement rétracté depuis par le loyal général Berthezène qui en était l'auteur, partit une accusation qui blessait si profondément l'honneur de Grouchy, alors presque octogénaire, qu'il dut porter plainte et réclamer l'autorisation d'exercer des poursuites. Il eut à s adresser au duc Pasquierj président de la Chambre des pairs, qui le reçut un jour, après la séance^ dans son cabinet, où diverses personnes entrèrent successivement. Le duc Pasquier, que cette affaire contrariait et mécontentait au plus haut point, manifesta sa mauvaise humeur au maréchal dans un langage déplacé. Malgré son âge, le vieux soldat de la République et de l'Empire, maintenant sa dignité justement blessée, sut rabattre la parole inconvenante du président de la Chambre des pairs avec une vigueur rare, un sang-froid et une autorité dont furent vivement impressionnés les

témoins de cette scène, qui l'ont eux-mêmes racontée.

Cependant le temps minait la puissante constitution du maréchal. Il conserva néanmoins au delà du terme ordinaire une remarquable \igue)zr* Il mourut en 1 847 ; des honneurs funèbres lui furent rendus avec pompe; le canon des Invalides retentit, mais aucun discours ne fut prononcé à ses obsèques; le vaillant combattant de Novi, de Hohenlinden, d'Eylau, de Friedland, de Wagram, de la Moskova^ de Yauchamps descendit dans la tombe sans qu'une parole de regrety sans qu'un adieu sympathique se fît entendre sur son cercueil ; un silence glacé oppressait les cœurs. N'avait-il pas, pour le vulgaire, fait perdre la bataille de Waterloo ?

La vie de Groachy^ qui offre aux hommes de guerre l'exemple d'une carrière pleine de courage, de droiture, d'honneur, et de talents militaires reconnus par les meilleurs juges, contient de graves enseignements pour ceux à qui incombe la tâche sacrée de retracer les faits de l'histoire ; cette pure renommée a été ternie par d'injustes reproches, injustement reproduits par des écrivains d'assez de talent et de mérite pour ne pas imiter la crédule légèreté des masses, et qui devaient chercher la vérité, scruter les faits et apprécier à leur juste valeur des assertions passionnées et suspectes^ qui devaient repousser les accusations de l'orgueil rejetant ses propres fautes sur autrui, qui en dernier analyse avaient le devoir d'éclairer l'esprit public^ au lieu de suivre et de propager d'injustes préjugés.

11 est une œuvre historique dont le tenace auteur n'a*

bandonne pas facilement les idées, si fausses qu'elles soient, lorsqu'il les a une fois adoptées. C'est pour la combattre, en fournissant à l'histoire d'irrécusables matériaux^ c'est pour remplir un devoir sacré que nous avons publié cet ouvrage, un peu long peut-être, mais consciencieux, nous l'affirmons.

Georges de Geocjchy.

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