Villars au Roi
Extrait. A Munich, 14 juillet 1688.
L'Électeur m'a prié de vouloir bien ne point le suiTre,
comme je l'ay vu dans cette intention, je luy ay dit que je devois attendre les ordres de Votre Majesté, que le courrier que j'avois dcpesché, chargé d'une lettre de l*Ëlecteur^ me rapporteroit incessamment; qu'il me paroissoit un peu dur pour son Altesse Électorale que l'Empereur exigeât d'elle que, pour prendre la qualité do son général d'armée, elle perdît quasi celle de souverain qui consiste à estre toujours un peu le maistre et à pouvoir au moins tenir auprès de lui ceux que bon luy semble; et enfin, l'ayant assez pressé, il m'a dit qu^il étoit d'une extrême conséquence pour luy do ne pas donner une entière défiance à l'Empereur,
Je luy ay répondu d'abord qu'une cooséquenoe pour le moins aussi grande estoit de n'en point donner à Yostre Majesté, et qu*il étoit de son intérest que Yostre Majesté, qui a^oit de si bonnes intentions pour son Altesse Électorale, pust les conserver.
J'ay si bien fait que j'en ay tiré beaucoup plus que je n'aurois pu prétendre si TËmpereur ne s'estoit opposé à Tenvie qu'avoit ce prince de me mener avec luy. Car il vient de me donner une lettre*, écrite comme la première de sa main, qui, hors un traitté avec Yostre Majesté, est, ce me semble, ce qu'on peut désirer de plus fort. Je ne Tenvoye point à Yostre Majesté, parce que ce Prince m'a prié de ne la point exposer au hazard des voies ordinaires, et de la rendre moy-mesme si Yotre Majesté me permet de m'en aller faire un tour en Francet, m&is en substance il s'engage à Yostre Majesté de ne faire aucun traité avec l'Empereur, et proteste que celuy qu'il a présentement n'est que pour cette année. Il prie Yotre Majesté de me renvoyer icy dèz qu'il y sera de retour sous prétexte des complimens sur le mariage de la princesse sa sœur, engage sa parole de traiter pour lors solidement avec Yostre Majesté. L'Électeur a consulté cette lettre avec le chancelier Schmit, avec lequel il a voulu que j'eusse aussy plusieurs conférences, et ledit chancelier qui, par l'intérest de son maistre et par le sien , désire fort qu'il se rapproche ^de Yostre Majesté ne croyoit pas que nous poussions tant tirer, et conseille à l'Électeur d'oster autant qu'il luy sera possible toutes sortes d'ombrages à la cour de Yienne, jusques à ce que sa personne et ses troupes soient de retour en Bavière.
(Orig. Areh. des Aff. étr.)
26. Mémoire du Rai pour servir d'instruciion au Marquis de ViUars 5*en allant présentement à Munich en qualité d^Envoyé m^racrdi* naire de Sa Majesté auprès de V Électeur de Bavière.
Analyse. Yersailles, 21 septembre 1688.
Yillars complimentera l'Électeur de sa belle conduite et de ses succès eu Hongrie. Dans l'affaire de Cologne, il s'efforcera de démontrer à l'Électeur que c'est le Roi et non l'Empereur qui agit dans les véritables intérêts de sa maison. Les bons casuistes et gens de probité reconnaissent que les Brefs et dispenses du Pape ne peuvent rendre un Prince de dix-sept ans capable d'être
1. Cette lettre ne se trouve pss aux Archives des Alfiiires étringtoes.
évéque au mépris du Concile de Trente : Télection du prince Clément, faite en vertu d'un bref irrégulier, est nulle ; l'autorité du Pape ne peut suppléer à ce qui lui manque ni renverser Tordre de rÉglise contre tout droit et équité. La maison d'Autriche et celle de Ncubourg ont intérêt à ce que le prince Clément, engagé dans les liens de l'Église, n'ait pas de postérité, afin que, si TÉleoteur continue à ne pas avoir d'enfants , sa branche s'éteigne à leur profit.
Si rÉlecteur veut entrer en alliance avec le Roi, celai-ci autorise Villars non seulement à confirmer ses anciennes propositions, mais à lui dire qu'il aidera le prince Clément à être coadjuteur de Cologne, et qu'il espère bientôt être en mesure de faire une paix définitive entre la France, l'Empereur et l'Empire. Elle seule permettra aux Princes catholiques de s'opposer au dessein que le prince d'Orange a formé avec quelques Princes protestants pour opprimer la religion en Allemagne et en Angleterre et Tempechera de réussir dans l'horrible attentat qu'il projette contre la personne et l'autorité du roi son beau-père.
En joignant ses efforts à ceux du Roi pour obtenir cette paix définitive, l'Électeur aura bien mérité de la Chrétienté et de TEm* pire et satisfait à ce que demande de lui la qualité d'Électeur.
(Min. Arch. des Aff. étr.)