Le Comte Kaunitz au Comte Strattmann
Analyse. Munich, 4 janvier 1689.
L'Électeur est impatient de recevoir une réponse et s'étonne des
délais de la cour de Vieniit VillarB : • Demain ou aprè
; il H puurlant promis de congédier demain, Villars recevra son eompU-
[Otig, allem. Arch. 1. R. Ae Vienne.) 1!J. Vitlars au Roi.
Estrait. A Municb, h janvier 1689.
Toutes les troupes lie Saie, dp l'Empereur et de la Daviêre
seront à hauteur de Donavert, le dîiiesme de ce mois, les régiments de l'Électeur de Bavière ont déjà receu leurs ordres pour cela, et de là tout marchera rers la Necre el pourra y arriver vers le 20».
L'Électeur m'a dit qu'il attendoit un courrier de l'Empereur incessamment et qu'après cela il me diroit sincèrement ses intentions, et je luy ay dit qu'il pourroit bien me les dire dex à celte heure, et que je prendrois mon party ; et sans les ordres de Vostre Majesté qui me prescrivent d'attendre qu'il se soit déclaré conjointement avec l'Empereur ou séparément, j'surois déjà pris congé
de ce Prince Les mc'nan^emens que j'ay eii onl empesché la
marche de ses troupes, dimt l'Électeur de Sase vouloit èlre aseûré avant que de s'ébranler ; lu Comte de KauDii/. n fait ioub ses efforts pour que l'Électeur do Saxo commençât à marcher, l'assurant que l'Électeur de llaviere suivroit dans le moment sou exemple ; l'on a fait des diriicultés et j'ay gagné six sepmaines de temps; présentement tout est concerté, et j'aTOûe, Sire, qu'après avoir fait tous mes efforts pour persuader, je souhaitterois bien ardemment que Vostre Majesté m'employ&t pour faire repentir ceux qui n'ont pas voulu me croire.
Lo général Sereni fait parler iL tous les officiers franrois ; il parla Mer à Noblesse, qui est un ingénieur francois, et luy dit que l'Électeur avoit ordonné qu'on luy expédiât une patente de colonel, il a déjà une pension do quatre mil francs; après cela il luy demanda s'il ne servirait pas l'ËIecleur envers et contre tous. Noblesse luy répondit que si l'on vouloit le faire servir contre son Roy, au lieu d'une commission de colonel il failoil luy faire expédier un congé. Ils sont fort piqués de voir qu'aucun des François ne balance à montrer sun zèle pour Vàtre Majesté, et j'avoue, Sire, que je seray ravy de partir avec un assez grand nombre d'ofbciers honnêtes gens ot qui parient comme tels.
lies timides Bavarois reprennent un peu courage sur lo bruit
iUi Vi'tloifiupmani des troupes de Vôtre Majesté et de la déclaratioii iUi U'iir Prince
Si U'.n trou[ios do Vostre Majesté sont encore à Studgard, j'î^ay Uiui drrjit, KÎnon mon chemin le plus court et le plus seur est par la HtjJHKn
Vrmiro Miijiistô sera bien surprise de la fin de cette lettre.
lif. HifMir (1(3 Loydel, vice-chanceJier, est venu chez moy : après nriivoir (liMuandé audionce de la part de Son Altesse Électorale, l'i iipp^'s un fort mauvais compliment sur Testime et l'amitié que rj'*]|i'ri(nir avoit [)()ur moy personnellement, m'a dit que son maître IIP pouvoir H(> dittaclior dos intcrests de l'Empereur et de l'Empire iiiiii(|un (l(« tous les côtés, luy avoit ordonné de me venir trouver pour tnc din* qu'il désiroit que je sortisse de Munich dans trois joiirH, et. do SCS Kstats le phitost qu'il me seroit possible. Je Iny ay dil. (|iin jo un pouvois croire que cet ordre fut véritable, qu'il l'Htoii iiidi^nn de TÉlccteur de Bavière, et enfin j'ay traité le sieur lii'ydi'l, v.ï\ parlant toujours avec respect de son maître, comme il 1(» rn«'riU)it. J'ay ôtc sur-le-champ chez l'Électeur et je luy ay fait (li*inand(T audionce : il no vouloit point me la donner, mais enfin j(^ l'ay doniandt'o d'un ton à la vouloir avoir, et je suis entré dans son cahinntf ol je lui ay parlé avec toute la véhémence que méritoit In roinpliinont do son chancolier; il a désavoué le terme de trois jours ot do sortir de ses Estats le plustôt que je pourrais. Je luy ay parlô avoc touto la fierté ((uc je dcvois sur le reste. J'ay demandé à ri*)lortour s'il avoit quelque sujet de se plaindre de moy et que j'ainiorois iiiioux ({uo la manière indigne dont il en uzoit pût me rof<ardor porsonnollemcnt que comme envoyé de Vostre Majesté; il m'a Tait hoaucoup d'honnostetés pour moy, que du reste î'Empiro iHoil dodarô; je luy ay dit qu'il ne l'étoit point et que l'ÉIeotour do nr.inâebour^ même avoit mandé à Monsieur le Cardinal do l''iirsioinborjr qu'il ne se dôclareroit pas, et que je ne pouvois iina^iiior qu'il eût fait n'^floxion sur la conduite qu'il tenoit; que, pour moy, jVn cstois touché comme la chose le méritoit, que je lo sup]>liois do faire une rôprimande a Leydel et que j'espérois ({u'il lo dôsavoiïeroit d'une conduite aussy extraordinaire que celle qu'il a oùo avoc moy. Enfin, Sire, après m'avoir bien écouté, ne mo roponilant rion, il est sorti de son cabinet, est monté sur le sio^o ifun coolior et ost allô courro les rues, avec ses courtisans dorrit^ro li» oarmsso. Lo grand chambellan vient de m'envoyer diro ()u'il avoit quoUiuo choso à me dire et si je voulois bien aller l'airo un tour à la cour; jo luy ay mandé que j'avois affaire, ot quo s'il vouloit venir chez moy, je l'attendrais.
Enfin, Sire, je partiray demain, et si rfilecteur de Bavière ne me fait pas faire quelques honnestetés, je suis bien tenté de ne pas prendre congé de luy.
Je luy ay reproclié son ingratitude pour toutes les grftces qu'il a receûes de Vostre Majesté; l'honneur qu'il a d'estre frère de Madame la Dauphine m'a empesché de m^emporter, mais, Sire, j'auray l'honneur d'entretenir Vostre Majesté de sa personne et de ses forces, et je la supplie de croire que le plus grand service qu'il pouvoit rendre à Vostre Majesté estoit de ne pas faire marcher ses trouppes, il y a six sepmaines, car, du reste, ses Estats gouvernés comme ils le sont, ny toutes ses forces ne valent assurément pas les subsides que Vostre Majesté auroit peu luy donner. Pour moy, Sire, je ne saurois à quoy attribuer cette boutade de ce Prince, si ce n'est que dans la journée d'hier il arriva icy le Prince Louis de Bade, l'Envoyé de Saxe, Scarlati avec des lettres du Pape, et un courrier de Hollande avec des nouvelles d'Angleterre : tout cela ensemble a troublé la teste du Prince, d'ailleurs très capable de telles saillies.
Le Grand Chambellan vient de m'écrire un mot et me mande que Son Altesse Électorale a été étonnée de l'emportement avec lequel je luy ay parlé, que, du reste, c'est Tusage de leur cour de ne donner que trois jours en de pareils occasions, mais que, si j'avois besoin de quelques jours de plus, je pouvois les prandre. J'ay répondu qu'en parlant à Son Altesse je n'étois jamais sorty du respect que je luy devois, et que dans mon discours le terme respect avoit été plus emploie qu'aucun autre; que, du reste, je contois de partir dès demain, et que je n'attendois que les passeports et les escortes pour me retirer.
Je ne sçay. Sire, si je feray une faute, mais si l'Électeur de Bavière ne me fait pas faire quelque honnêteté sur le procédé du sieur Leydel et sur toute cette conduite si surprenante qu'on a tenue à mon égard, je crois devoir partir sans prendre congé de ce Prince et sans recevoir aucun de ses présens.
L'on vient de proposer à Monsieur le Marquis de Spinchai un régiment dans le service de Monsieur le Duc de Bavoye, lequel il a refusé. Gomme cette proposition marqueroit une intelligence avec Monsieur de Savoye dont je n*ay jamais eu lieu de m'appercevoir, à moins que ce ne soit une proposition en Tair pour ne pas perdre un homme qu'ils craignent assurément; il a aban* donné cinq mil francs qu'on lui devoit de ses appointements poor trois cens escus, et un des ministres de l'Électeur de Bavière, en le faisant payer, luy a dit que, pour le reste, l'Électeur de Bavière
esperoit qu'il viendroit le retirer un jour en reprenant son service ;
Spinchal a répondu fort haut qu'il estoit bien aise qu'on luy donnât
des prétentions légitimes sur la Bavière ; il est homme de mérite
assurément.
(Orig. Arch. des Aff. étr.)