Yves d'Alègre devint maréchal de France en 1724, cordon
Le marquis de Villars, ramenant son aile, la fit rentrer dans les intervalles d'une seconde ligne qui arrivoit au grand galop, car on avoit attaqué deux lignes des ennemis avec une seule. Les premiers escadrons que Yillars trouva furent ceux de Quadt. Le colonel vouloit charger, en arrivant, ceux des ennemis qui étoient auprès de lui. Le marquis de Yillars le fit attendre. Ceux du Maine, de Rohan, de Praslin et plusieurs autres arrivèrent, et Ton forma une ligne qui, alors, débordoit celle des ennemis, aussi soutinrentils très foiblement la charge, et on les poussa jusques au ruisseau. On revint sur ses pas, et le maréchal de Luxembourg, qui se vit sur l'armée des ennemis, laquelle revenoit très diligenunent et à trois grandes lieues de la sienne avec 70 escadrons seulement, n'eut d'autre parti à prendre que de se retirer. Tel fut le combat de I^uze, fort glorieux pour l'armée du roi, puisque dix-huit escadrons en battirent près de cinquante^ des ennemis. La perte y fut pourtant assez égale et la gloire fut la seule utilité qu'en retira le vainqueur 2.
On arriva à Tournay sur les six heures du soir, et le maréchal de Luxembourg avec les principaux officiers alla descendre à la Comédie. Jamais général n'a été d'une humeur si agréable : il aimoit la bonne chère, le jeu et tous les plaisirs, mais il souffroit que
blea en 1728, et mourut la même année à 80 ans; il était beaupère de Barbezienx et du maréchal de Maillebois.
1. Ici cesse la première partie du manuscrit : ce qui suit jusqu'à la fin de Tannée 1700 est emprunté à Tédition de 1734.
2. Villars fit faire, par Martin père, un tableau du combat de Leuze, et le mit dans le billard du château de Vaux.
140 MÉMOIRES DE YILLARS. [1694
ses favoris prissent sur lui un empire despotique, et Tabus qu'ils en faisoient lui attiroit souvent des enne* mis, quoiqu'il fût d'un caractère officieux et bienfait sant. L'on n'a pas parlé de M. le duc de Chartres^, qui étoit volontaire dans cette action et que sa valeur naturelle faisoit beaucoup souffrir de n'être pas dans le plus grand péril ; mais il ne fut pas maître alors de s'abandonner à toute son ardeur, et il se distingua avec beaucoup de gloire les campagnes suivantes à Steinkerque, à Nerwinde, et dans les autres occasions où son courage a pu paroltre. Le marquis de Yillars lui eut l'obligation d'avoir beaucoup parlé de lui sur ce qui s'étoit passé à Leuze ; et en effet ce fut lui qui avec adresse arrêta l'arrière-garde des ennemis, et qui mena toujours l'aile gauche à la charge avec grand avantage sur la droite des ennemis, qui la débordoit de quatre ou cinq escadrons. De son côté, M. de Luxembourg donna de grandes louanges à cette conduite : mais conune le marquis de Yillars n'étoit pas bien avec les favoris de ce général, qui avoient beaucoup de part aux relations, celles du maréchal de Luxembourg n'avoient pas expliqué qu'il lui devcnt l'occasion du combat, et la principale part au bon succès.
L'armée fut placée pour prendre des fourrages jusqu'au 20 d'octobre, temps ordinaire des séparations quand on n'est pas retenu par quelque projet.
Les armes du roi ne fiirent pas si heureuses en Irlande, où Jacques II avoit encore un parti considérable et des places importantes, entre autres celle de