‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 3 sur 130 · NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Les mémoires que nous publions ne sont pas entièrement inédits, mais c'est la première fois qu'ils sont imprimés dans leur complète intégrité. En 1734 , un an après la mort de Villars, il parut à La Haye, chez Pierre Gosse, libraire, un volume in-12 qui est la reproduction assez exacte du manuscrit original jusqu'à la fin de l'année 1700 : arrivée à cette date, la publication fut interrompue, pour une cause restée ignorée, et le manuscrit fut évidemment retiré des mains de l'éditeur. La première édition ne comprend donc qu'un seul volume. Quelque temps après son apparition , lelibraire, ayant sans doute renoncé à l'espoir de ravoir le manuscrit authentique, ne voulut pas laisser sa publication incomplète, et s'adressa, pour la terminer, à un homme de lettres que Ton croit être l'abbé de Margon, l'auteur de plusieurs ouvrages apocryphes ; celui-ci lui composa de toutes pièces, avec des extraits de gazettes et des souvenirs recueillis de droite et de gauche, un récit commençant avec l'année 1701 et ne finissant qu'à la mort de Villars; ainsi parut en 1736, sous le titre de Mémoires du duc de Villars^, un ouvrage en trois volumes in-12 dont le premier est la réimpression textuelle du volume unique de 1734 et dont les deux autres sont l'œuvre apocryphe, soit de l'abbé de Margon, soit d'un autre.

1. En Toici le titre complet : Mémoires du duc de Villars j pair de Francey maréchal général des armées de Sa Majesté très chrétienne, etc. Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 1736. Le tome II porte : A La Haye, che% Pierre Gosse, Ubraire, 1736.

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Cette compilation fut réimprimée une première fois à Londres en 1739, chez Jean Nourse, avec quelques corrections et une table, une seconde fois à La Haye en 1758.

En 1784, Anquetil donna, sous le titre Vie du maréchal duc de VillarSy écrite par lui^-même^ en quatre volumes in-12, un travail beaucoup plus sérieux, mais qui n'était pas beaucoup plus authentique. Voici comment il raconte, dans sa préface, les circonstances qui Tont amené à le faire et la méthode qu'il suivit :

« M. le maréchal de Castries et feu M. le marquis de « Vogué s'intéressant à la gloire de Villars. . . ont désiré que 4c sa vie fut refaite et m'ont remis ce qui leur est parvenu à < ce sujet : savoir*, cent quarante-deux cahiers de mémoires 4c composés chacun depuis vingtr-quatre jusqu'à trente-deux 4c pages in-folio; deux cent treize feuilles volantes du même « format composoient chacune quatre pages ; et quatorze * volumes de lettres, aussi in-folio, dont quelques-uns de « douze cents pages. C'est là-dessus que j'ai travaillé, c'est- « à-dire que j'ai refondu les mémoires, ajouté les liaisons, « fait parler le maréchal lui-même pour donner plus de viva- 4c cité au style, et inséré les lettres dans le texte. »

Il est résulté de ce travail de remaniement et de refonte une œuvre incontestablement sincère, mais personnelle à Anquetil. Le texte de Villars n'apparaît nulle part dans son intégrité absolue. La partie de l'ouvrage qui se rapproche le plus de l'original est la fin, celle qui porte, dans les deux derniers volumes d' Anquetil, le nom de Journal de Villars et commence en 1723; encore offre-t-elle, à chaque page, des modifications et des corrections nombreuses ; non seulement l'éditeur a mis à la \^ personne tout ce que Villars avait mis à la 3*, mais il a corrigé le style suivant le goût ou les préjugés de son temps, efiaçant les personnalités

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trop vives, supprimant des noms propres, enlevant enfin à Tensemble l'intérêt qui s'attache à tout écrit, même incorrect, d un personnage historique.

Cayx, l'éditeur de Villars dans la collection Petitot (1828), puisa aux deux sources que nous venons de mentionner, sans se dissimuler leurs défauts : il réimprima le premier volume des Mémoires^ dont il avait reconnu l'authenticité relative, et à partir de 1701 réimprima la compilation d'Anquetil. M. E. Monnais fit de même dans la collection Michaud etPoujoulat(1839).

Plus heureux que ces deux éditeurs, nous avons entre les mains le manuscrit original de Villars et c'est lui que nous reproduisons intégralement : il nous reste à exposer rapidement l'histoire de ce manuscrit et à établir ainsi son authenticité.

Anquetil, après avoir donné, des papiers qui lui furent confiés, la description reproduite ci-dessus, termine la préface de son ouvrage par les lignes suivantes :

€ On peut examiner les originaux : ils sont déposés dans « la Bibliothèque de Sainte-Geneviève de Paris. De l'aveu « de M. l'évêque de Dijon et de son frère, M. le marquis de « Vogué, maréchal des camps et armées du Roi, ils appar- « tenoient à M. le marquis de Vogué leur père, qui les < tenoit par héritage du feu comte de Vogué, colonel du « régiment de son nom, fils d'une sœur du maréchal de Vil- « lars, auquel le dernier duc, fils du maréchal, les avoit 4r légués. ^

Honoré-Armand de Villars, fils du maréchal, mort sans postérité à la fin d'avril 1770, avait en effet, par testament en date du 8 octobre 1764, jmrtagé son héritage entre Pierre de Vogué, fils de Charlotte de Villars, et la comtesse de Vezins, née du mariage de Louise de Villars, autre sœur du mare-

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chai, avec le comte Éléonor de Choiseul. Les papiers du maréchal firent partie du lot de Pierre de Vogiié, mais ils ne furent pas remis entre ses mains : à la mort d'Honoré- Armand de Villars, ils n'étaient pas à l'hôtel de Villars, rue de Grenelle ; ils étaient depuis sept semaines chez le maréchal de Castries, auquel ils avaient été prêtés par Limanton, avocat au Parlement, homme d'afiaires de Villars. Cela ressort du reçu suivant conservé à la Bibliothèque Sainte- Geneviève (coté SL' 664) :

Je reconnais que M. Limanton m'a prêté quatorze volumes reliés de lettres de feu M. le mareschal de Villars, des années 1687, 88, 89, 90, 91, 1700 jusques et y compris 1705, et des années 1709, 1710 et 1711, plus cent cinquante quatre cahiers de ses mémoires manuscrits à l'exception des n°* 19 et suivants jusques et y compris le trente-huit, avec deux cent treize feuilles servant à la suite desdits mémoires.

A Paris, ce 9 mars 1770.

Castries.

Les papiers paraissent être restés assez longtemps chez le maréchal de Castries. Sur ces entrefaites, Pierre de Vogiié était mort (6 juin 1773), et c'est à son héritier, Charles- François Elzéard, marquis de Vogué, lieutenant général, mon trisaïeul, que le maréchal de Castries eut à les remettre ; il s'entendit d'ailleurs bientôt avec lui en vue d'une publication qui fut confiée à Anquetil. Le savant prieur de Châteaurenard eut terminé son travail au commencement de 1783. Le marquis de Vogué était mort depuis le 15 septembre précédent. Anquetil s'adressa à un de ses fils, Jacques- Joseph-François de Vogué, évêque de Dijon, et lui demanda à qui il devait remettre les papiers, tout en indiquant qu'à son sens la meilleure destination à leur donner serait de les déposer à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il reçut la réponse suivante :

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A Dijon, le 29 mars 1783.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m*écrire. Les manuscrits sur lesquels vous avés fait la vie de M. le maréchal de Yillars ne sauroient être mieux placés que dans un dépôt public tel que la Bibliothèque de Sainte-Geneviève. J'y consens pour ce qui me regarde avec d'autant plus de plaisir que je sais que c'étoit l'intention de mon père de les y faire déposer. Je suis fort aise que vous ayés terminé cet ouvrage, je ne doute pas qu'il ne soit très intéressant et qu'on ne le lira avec la môme avidité que les autres ouvrages sortis de votre plume.

J'ai l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très

humble et très obéissant serviteur,

f J., évêque de Dijon.

A momieur Anquetil, prieur de Châteaurenard, par Montargis,

(Orig. aut cacheté aox armes da Prélat. Bibl. Sainte- Geneviève, SLf 664, 2.)

Le consentement de Tévêque entraînait celui de son frère et le dépôt des papiers fut régulièrement fait à la Bibliothèque de Tabbaye. Le bibliothécaire en informa Tévêque de Dijon qui lui exprima sa satisfaction par une lettre du 26 juillet 1783 consenrée avec la précédente à la Bibliothèque Sainte- Geneviève.

Lorsque sept ans après l'abbaye fut sécularisée, mon arrière-grand-père était en émigration ; son frère, Tévêque de Dijon, était mort; madame de Yezins était morte sans enfants, laissant son héritage à Tun de ses cousiùs, le baron de Choiseul, ancien ambassadeur à Turin, Un des deux gendres de M. de Choiseul, le comte A. de Sérent, excipant de la qualité de cohéritier de M°* de Vezins , réclama les papiers de Yillars. Après une assez longue négociation, le directoire du département de Paris, par décision du 31 décembre 1791, admit sa réclamation. En vertu de cette délibération, M. de Grimoard, mandataire du comte A. de Sérenty se fit remettre par MM. Pingre et Yiallon, bibliothécaires de Sainte-Geneviève, les dix-sept volumes de

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