Le prince iilugène
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avoit un pont sur le Pô , et une tète de pont fortifiée au-delà de cette rivière. ».
A cette nouvelle la joie se répandit ^pa la cour de Vienne, et on y étoit tellement persuadé de toutes les difficultés que trouverait le prince Eugène à sortir des montagnes, à passer des* rivières et à s'étendre, que Ton regarda ce premier succèMX>mme le plus glqpieux et le plus important qui pût arriver d'abord. Aussi| dès que le marquis de Yillars parut dans Tanticbambre de l'empereur, tous les courtisans s'empressèrent autour de lui pour lui conter leurs prospérités.
Jie marquis de Yillai's leur répondit : c L'armée du roi a ordre de défendre les états du roi, son petit>^s, et point du tout ceux des Vénitiens ni des autres princes d'Italie. >
Le 1i juillet, le comte d'Altein, adjudant général, arriva envoyé par son* général pour informer l'empereur d'un avantage remporté en Italie, succès qui paroissoit fort augmenté par les relations, de qu'il y a de certain, c'est que le prince Eugène passa leTanaro auprès de Garpi ^ , qu'il poussa quelques troupes commandées par le comte de Tessé et par Saint-Frémont , maréchal de camp ; qu'il emporta un poste de 500 grenadiers, et qu'il y fut légèrement blessé. Ce petit avantage fut extrêmement relevé à Vienne, et, conune je l'ai déjà dit, ce qui augmentoit la joie, c'est que Ton ne comptoit pas qu'il ((A possible de passer aucune rivière en présence de l'armée de France, postée et établie depuis plusieurs semaines.
1. 9 juillet 1701. Voyei à Tappendice des détails oomplômentaires sur celte affaire.
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Le marquis de Yillars reçut le 1 9 juillet la permission qu'il sollicitoit depuis longtemps de partir de Vienne. U eut ordre en même temps d'y laisser son premier secrétaire ^ et le 26, il prit congé de Tempereur, en l'assurant, de la part du roi, que son intention avoit toujours été d'observer ponctuellement les derniers traités, et d'entretenir avec Sa Majesté impériale la bonne intelligence si nécessaire pour le bien de l'Europe et pour celui de la religion. Les réponses de l'empereur, de l'impératrice, du roi et de la reine des Romains furent très polies, et M. l'archiduc se découvrit à la première et à la dernière révérence du marquis de Yillars ; politesse qu'il avoit refusée longtemps, et dont le refus avoit empêché le marquis de Yillars de voir ce prince. Â son départ, il reçut mille marques d'amitié à la cour de l'empereur où véritablement il étoit fort aimé des ministres et des généraux.
En se séparant du prince Eugène, lorsqu'il partit pour conunander l'armée de l'empereur en Italie, ils
i. M. de Moreton. Yillars prit en outre des mesures pour assurer le service des informations après le départ du secrétaire : c J'ay engagé, écrit-il à Torcy dans sa dernière dépèche du 27 juillet, un gentilhomme qui a servi les deux derniers ambassadeurs de Venise dans cette cour, lequel me paroît un homme d'esprit, à se donner l'honneur de vous rendre compte fidellement de tout ce qui se passera ici. Je lui ai fait espérer une pension de 600 livres.
Le S' de Moreton lui laissera des chiffres, si vous l'avez pour
agréable. > Les correspondances devaient passer par Bruxelles.
Ce gentilhomme, italien, se nommait Angelo Piantoni et recevait 600 livres. De plus, des renseignements étaient envoyés par un Silésien du nom do Schûltz, un baron d'Horst qui signait ses lettres Atis et un certain don Carlos qui reçut une pension de 4,000 liv. M. de Moreton resta à Vienne jusqu'au 8 mai 1702.
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se donnèrent Tun et l'autre des marques réciproques de leur estime et de leur amitié. Les courtisans, étOD* nés des assurances de pareils sentiments entre gens qui alloient se faire la guerre, leur demandoient à tous deux s'il étoit possible que, sur le pmnt de se voir le pistolet à la main, ils s'aimassent tant, c Messieurs, » leur dit le marquis de ViUars, c je compte sur les bontés de M. le prince Eugène, et je suis très persuadé qu'il me souhaite toutes sortes de bonheurs, conune de mon c6té je lui désire toutes les prospérités qu'il mérite» excepté celles qui peuvent être contraires aux intérêts du roi. Mais voulez-vous que je vous dise où sont les véritables ennemis du prince Eugène? C'est à Vienne, et les miens sont à Versailles ^ » Ainsi finit le séjour de près de trois ans que le marquis de Villars avoit fait auprès de l'empereur.
Il est certain que le dessein de ce prince et des comtes de Kinsky, d'Harrach et de Kaunitz, ses principaux ministres, avoit été de faire entre le roi et Sa Majesté impériale un partage de la monardiie d'Espagne qui les faisoit tous deux maîtres de l'Europe. L'empereur consentoit que le roi, pour sa portion, eût sur sa tête toutes les Espagnes, les Indes, les Pays-Bas catholiques, et toutes les places de l'Afrique. L'empereur vouloit pour la sienne les royaumes de Naples, de Sicile et l'État de Milan ; il s'engageoit à soutenir
1. Seize ans plus tard (octobre 1717), écrivant au prince Eugène pour le féliciter de la prise de Belgrade, Villars fait allusion à cette conversation et la reproduit dans des termes pres<{a'identiques. La lettre, retrouvée par le chevalier d'Ameth aux Archives de la guerre à Vienne, a été en partie publiée par lui dans sa VU du prince Eugène (III, 517).
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les intérêts du roi au-delà du Rhin, ses desseins pour rétablir le roi d'Angleterre dans ses états et encore les projets qu'il pouvoit former sur les Propvînces- Unies, irrité de ce que TAngleterre et la Hollande paroissoient Vouloir s'unir à la France. La crainte qu'eurent ces puissances de voir un partage si considérable entre les maisons de France et d'Autriche, et d'ailleurs si manifestement utile à la religion catholique, leur fit entreprendre ce malheureux traité de partage qui a ébranlé tous les états de l'Europe.
Après que ce traité fut déclaré, conune il offensoit également l'empereur et le roi d'Espagne , qui vécut six mois depuis, les ordres furent donnés pour recevoir toutes les troupes de l'empereur en Italie, dont le marquis de Yillars empêcha la marche avec beaucoup d'adresse. Cependant le marquis d'Harcourt et le comte de Tallard ayant reçu des récompenses magnifiques, le marquis de Yillars ne fut honoré que de paroles pleines de bonté et d'estime de la part du roi, et elles ne furent accompagnées d'aucune grâce. Le marquis de Barbésieux étoit lié d'une amitié très vive avec le marquis d'Harcourt ; le marquis de Torcy ne l'étoit pas moins avec le comte de Tallard, et nous verrons dans tout le cours de ces Mémoires que le marquis de Yillars n'a jamais eu pour lui que ses services, les périls de la France, et la nécessité indispensable de lui confier le commandement des plus grandes armées.