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Yillars écrivait au roi le 4 mai : o Étant au manège le

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L*ambas8adeur de Venise reçut alors un courrier, prit audience de l'empereur, et déclara que la République observeroit une très exacte neutralité : les généraux de l'empereur espéroient d'elle quelque diose de plus.

On eut quelque intention d'envoyer l'archiduc demeurer à Inspruck. Le comte d'Harradi fils, qjui avoit succédé à son père ambassadeur en Espagne, et qui depuis quelques jours étoit revenu de Madrid, devoit avoir une des principales diarges de la maison de ce prince. Mais cette résolution n'eut pas de suite. Le jeune comte d'Harrach apprit au marquis de Villars des particularités d'une conversation qu'il avoit eue à son sujet avec le roi d'Espagne.

Il lui dit donc qu'ayant demandé audience à ce prince pour l'informer, de la part de l'empereur, de la déclaration que le marquis de Villars lui avoit faite du traité de partage, le roi d'Espagne l'arrêta sur le nom du marquis de Villars, et lui dit : c fTestroe pas le fils de celui qui a été ambassadeur plusieurs fois

28 avril, le roi des Romains, finissant la course de lètet, après avoir pris la tête de l'épée, passa sous les balcons de la reine et Tentrctenoit, ayant toujours Tépée à la main : il jette en ce moment les veux sur moi, il frémit de colère et dit à la reine : c Si je m'en croyois, je commencerois par ce François, > et poissa son cheval à toutes jambes comme pour ne pas succomber & la tentation. Le comte d'Harrach, fils du dernier ambassadeur en Espagne, me dit il y a deux jours : que le roi des Romains, Fayant vu me parler pendant la revue du régiment de Savoie, lui demanda : < Que trouve le marquis de Villars de ces troupes? » Harrach répondit : • Il les loue fort. » I^ roi dit : i Je voudrois qu'elles lui eussent passé sur le ventre et à sa nation, » et cela avec des épithètos qui lui sont familières. Cette haine a commencé par la satisfaction à laquelle fut obligé le prince de Liehtenstein... »

ici ? > Le comte d'Harrach répondit seulement : c Je le crois, > et continua son discours sur la matière du partage de la monarchie, comptant avec raison que Sa Majesté Catholique en seroit plus occupée que du nom de celui qui Tavoit déclaré à l'empereur. Cependant le roi d'Espagne, sans répondre sur le sujet principal de l'entretien, reprit en parlant du marquis de Villars : t Mais c'est un homme bien fait, > et toutes les fois que le comte d'Harrach reprenoit la parole, le roi d'Espagne interrompoit un discours si sérieux et revenoit au marquis de Yillars.

Le comte d'Harrach lui dit que, surpris de voir le roi d'Espagne plus attentif à la personne du marquis de Yillars qu'à la plus importante affaire du monde, il montra son étonnement à un ministre d'Espagne avec lequel il étoit en confidence : € Ne soyez pas surpris de cette distraction du roi, » lui répliqua celui-ci, € parce que, après la mort de la reine Louise, ceux qui avoient voulu la perdre n'avoient rien oublié pour arracher du cœur du roi le fonds de tendresse qu'il avoit pour elle, et lui avoient montré un portrait du marquis de Yillars qu'on avoit trouvé dans une cassette de cette belle et trop malheureuse reine. >

On apprit dans les derniers jours d'avril que le Portugal s'étoit déclaré pour le roi d'Espagne. Ainsi la maison d'Autriche n'avoit plus de ressources que dans les puissances maritimes, qui de leur part n'étoient guères moins animées que la maison impériale. Cependant toutes les troupes destinées pour l'armée d'Italie continuoient leurs marches, et, par les calculs que Ton pouvoit faire du temps qu'elles seroient en route, le marquis de Yillars crut pouvoir assurer le roi et ses

généraux en Italie, que Tarmée impériale ne pouvoit tenter la sortie des montagnes que vers le 1 5* de juin au plus tôt.

U n'oublioit rien cependant pour retrouver cet homme qui lui avoit donné des avis sur les périls où étoit exposé le roi d'Espagne et sur ceux qu'il couroit lui-même. Les huit jours qu'il devoit passer sans parler au marquis de Yillars s'étoient écoulés sans qu'il parût, et il étoit aisé de voir que tout ce mystère n'étoit qu'un piège qui lui étoit tendu pour l'obliger à s'éloigner, sans que la cour de Vienne parût avoir de part à sa retraite. Néanmoins les bruits répandus dans le public ne se dissipoient pas et les querelles, où les domestiques du marquis de Yillars étoient exposés tous les jours, pouvoicnt enfin causer quelque désordre.

Loredano, ambassadeur de Venise, lui conseilla de passer quelques jours hors de Vienne sous quelque prétexte, car, bien qu'il eût lieu d'être tranquille par la sûreté que donne une conduite exempte de tout soupçon, il est certain que la haine de la maison impériale, et surtout celle qui animoit le roi des Romains, pouvoient porter le peuple à quelque violence propre à persuader à toute l'Europe que le ministre de France avoit part aux conspirations des Hongrois. Il est même fort apparent que, dans les circonstances présentes, quelque coup d'éclat n'auroit pas déplu, quoique la maison d'Autriche eût été médiocrement dédonunagée de la perte de la monarchie d'Espagne, par celle d'un lieutenant général des armées [du roi] de France et son ministre à la cour de Vienne.

Le marquis de Villars, continuant de parler avec force au comte de Kaunitz, le pressa de faire connoltre

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à Tcmpereur sa très juste indignation sur les Imiits qui se répandoient.

Quelques jours ensuite ce ministre lui dit : que Sa Majesté impériale étoit pleinement informée qu'il n'avoit pas eu la moindre connoissance des mauvais desseins des Hongrois, et qu'elle esf>éroit aussi que le roi n^écouteroit pas des sujets rebelles, surtout la guerre n'étant pas encore déclarée ; qu'au surplus il rendroit publics les sentiments de l'empereur au sujet du marquis de Yillars, lui avouant qu'il s'en étoit peu fallu, peu de jours auparavant, que sa maison ne fût attaquée, et que, si deux ou trois de la canaille n'avoient dit : € Attendons le jour, l'empereur nous en saura gré, > lui et tous ses gens auroient été assommés. Il arriva même alors une aventure fort malheureuse. Un capitaine du régiment de Gommercy, et un autre du régiment de Savoie, tous deux Lorrains, mais qui avoient assez l'air françois, furent pris pour tels dans un cabaret. La canaille s'attroupa et les assassina tous deux. On peut juger que, dans de pareilles conjonctures, le séjour du marquis de Yillars à Vienne n'étoit pas agréable.

Cependant le comte de Kaunitz ayant expliqué en public les sentiments de l'empereur sur le marquis de Yillars, les honnêtes gens, parmi lesquels il avoit beaucoup d'amis, lui en marquèrent leur joie, rentrèrent en commerce avec lui, et peu après la mauvaise humeur du peuple se calma.

Il y eut cependant quelques braves qui crurrait marquer leur zèle à l'empereur en cherchant une querelle avec le marquis de Yillars. Entre autres, un seigneur napolitain dit en sa présence que les serviteurs

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de la très auguste maison ne voyoient qu'avec horreur Tusurpation de ses royaumes, et que, sans les égards dus à un ministre étranger, Ton seroit souvent tenté de commencer une petite guerre avec lui. Le marquis de Yillars répondit : que cette ardeur de guerre étoit plus naturelle dans les armées de Tempereur que dans une cour, que cependant, s*il y avoit quelqu'un qui s'en trouvât si pressé, et qu'il ne fÙt retenu que par le respect que l'on doit au ministre du roi, la civilité du ministre le porteroit à faire toutes les avances, c Lorsque les actions générales sont sur le point de conmienccr, > ajouta*t-il, € les particulières peuvent amuser les fainéants de cour. » Le seigneur napolitain ne répondit point à cette politesse, et ceux qui auroient voulu faire les braves connurent bien qu'ils îi'en seroient pas quittes pour la démonstration.

On apprit alors par un courrier que l'Angleterre et la Hollande avoient reconnu le roi d'Espagne. Ces deux puissances ne laissoient pourtant pas de se préparer à la guerre, et attendoient pour la déclarer des occasions favorables. La France, qui avoit perdu celle de faire sûrement le siège de Maestricht, en retenant les troupes de Hollande arrêtées dans les places des Pays-Bas, attendoit aussi l'événement des traités qu'elle tàcboit de faire, et dont le but étoit d'engager dans les intérêts des deux couronnes plusieurs puissances, conune l'électeur de Bavi^^e, celui de Cologne, le duc de Wolfenbuttel, et le duc de Savoie en Italie.

Revenons aux mouvements des troupes impériales, à la tête desquelles le prince Eugène devoit passer les Alpes.

Il est certain que la guerre d'Italie fut entrqirise

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par la résolution en général d'attaquer et de commencer en quelque endroit.

L'Angleterre et la Hollande, n'ayant pas encore de mesures prises, n'ayant pas même eu le temps de les prendre, étoient dans la nécessité d'attendre une autre campagne pour agir. D'une autre part, on ne vouloit ébranler les princes de l'Empire que lorsque la liaison des puissances maritimes rendroit les projets de guerre plus faciles, et donneroit des espérances de la faire heureusement.

Cependant il étoit de l'intérêt de l'empereur d'embarquer la guerre ; il ne le pouvoit faire qu'en Italie, et, au hasard de n'y avoir pas de grands succès, il falloit toujours commencer à agir.

Un courrier du prince Eugène arriva le dernier mai, et l'on sut que ce prince ayant fait reconnoitre par le général Goudelstein^ les postes qu'occupoient les troupes de France vers Rivoli, il avoit trouvé impossible de forcer ces passages, et qu'il prenoit le parti de marcher par une autre route, comptant aller descendre vers Legnago, place des Vénitiens sur l'Adige, au-dessous de Vérone.

Quelques jours après, on apprit que l'armée de France s'étendoit le long de l'Adige pour en disputer le passage au prince Eugène; et tout le mois de juin se passa de la part de ce général à trouver les moyens de s'étendre, et du côté du maréchal de Gatinat à l'empêcher de pénétrer au-delà de l'Adige. La cour de Vienne, durant ce temps-là, fit un traité avec celle de Danemarck, par lequel celle-ci s'engageoit à donper

l.'Gutenstein.

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douze mille hommes de ses troupes pour le service de Tempereur.

Ce prince reçut aussi des nouvelles Irèa^Awrables d'Angleterre et de Hollande, dans le lemfl^ 4néme qu'il apprit que le mariage de Marie-Gabrielle, seconde princesse de Savoie, étoifc résolu avec le roi d'Espagne^ et que les troupes du duc de Savoie étoient en n^arche pour joindre l'armée de France.

Le comte de Staremberg, président du conseil de guerre, mourut alors. Le prince de Bade avoit dit au marquis de Yillars, pendant son séjour à Vien/ae, qu'il ayoit autrefois refusé cette charge. Le prince Eugène en étoit sans difficulté plus digne. Mais elle fut destinée au comte de Mansfeld, et ce choix fut déclaré huit jours après la mort du comte de Staremberg.

On envoya au prince de Bade des ordres pour commander dans toutes les places de l'empereur en Allemagne, sans être obligé de rendre oompte audiancelier de la cour de ceux qu'il trouveroit à propos de donner dans ces différentes places. Cette distinction étoit une nouveauté sans exemple, et jusque-là tout ce qui regarde le Tyrol , le Frioul , et tous les autres états soumis autrefois aux archiducs, étoient de la dépendance du chancelier de la cour.

Ce chancelier fut nommé pour aller interroger le prince Ragotski que l'on avoit conduit dans le château de Neustatt, où ce Longueval, qui avoit donné les premiers avis de la conspiration, lui fut confronté. Ainsi l'on ne douta plus qu'il n'y eût un dessein formé

1. Le mariage de Marie-Louifie-Gabrielle de Savoie avec Philippe V se fit le 11 «eptembre 1701.

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de faire le procès à ce prince malheureux ; on oonti* Duoit même à répandre que le marquis de Villars y seroit nommé, quoique la déclaration faite de la part de l'empereur par le comte de Kaunitz eût détruit cette opinion dans l'esprit de tout ce qu'il y avmt d'honnêtes gens.

Le marquis de Yillars reçut ordre de donner part à l'empereur de la mort de Monsieur, firère unique du roi ^. Dans l'audience qu'il prit pour cela, le marquis de Yillars dit un mot à Sa Majesté impériale sur les injustices que les gens mal informés ou mal intentionnés lui avoient faites au sujet des affaires de Hongqp. L'empereur lui répondit avec beaucoup de bonté qu'il connoissoit trop son caractère pour n'être pas per^ suadé qu'il n'y auroit jamais rien dans sa omiduite que l'on ne dût attendre d'un honune d'honneur, et il l'assura que sur cette affaire il ne lui étoit rien revenu qui pût lui causer la moindre peine.

Outre le chancelier de la cour, qui étoit à la tète des commissaires pour juger le prince de Ragotski , Ton nomma deux des plus anciens conseillers de diaque tribunal, et le délateur Longue val, mis en liberté, publia que dans ses confrontations on avoit convaincu tous les accusés. On jugea cependant que l'intérêt de bien approfondir une matière si importante en retarderoit la décision pour quelque temps.

Il arriva le 7 juillet un courrier par lequel on apprit que le prince de Savoie^ avoit passé l'Adige; qu'il

1. Philippe, duc d^Orléans, mort subitement à Saint-Glond le 9 juin 1701.

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