Ce combat eut lieu près de Goûsarbrûck, le i\ août
et soutint le siège pendant plusieurs jours avec beaucoup de fermeté. I] se flattoit même que, soit par ropiniâtreté et la vigueur de sa défense, soit à la faveur des pertes que les ennemis avoient faites dans la bataille ou dans plusieurs attaques que son courage leur avoit rendues très sanglantes, il viendroit à bout de la sauver ; mais la garnison persuadée qu'il vouloit la sacrifier à son désespoir, et excitée par les discours séditieux d'un capitaine nommé Beaujourdan, livra la brèche et le général aux ennemis, et tout fut fait prisonnier. Ce capitaine paya de sa tète sa perfide lâcheté ; il fut exécuté six semaines après. Ainsi cette campagne fut malheureuse sur la Moselle, aussi bien qu'en Allemagne par la prise de Haguenau et par le blocus de Philisbourg, mais plus fatale encore par la mort du maréchal de Turenne, dont le génie supérieur, la fermeté et les rares talents pour la guerre avoient non seulement soutenu nos frontières, mais poussé la guerre bien avant dans l'Empire, et avec une armée médiocre et dépourvue de tout, un peu par la mauvaise volonté de M. de Louvois, son ennemi déclaré, lequel n'avoit point pardonné à ce général la manière dont il en avoit été traité l'hiver qui précéda sa mort.
Nous reprendrons ce trait d'histoire en rappelant ce qui se passa à la cour l'hiver de 1674 à 1675. Nous avons vu que M. de Turenne avoit marché à Montecuculli dans la plaine de Franconie, après avoir mandé plusieurs fois à la cour qu'il ne pouvoit, en même temps, couvrir le haut et le bas Rhin. Les projets qu'il envoya à la cour étoient beaux et solides, mais au lieu de les suivre, il en reçut des ordres peu
convenables et au service du roi et au mérite d'un tel général. Le ministre déclaré contre lui lui suscitoit des ennemis dans Tarmée. Un des premiers lieutenants généraux osa lui reprocher tout haut des fautes dont ce grand homme n'étoit point capable. M. de Turenne lui répondit avec plus de sagesse qu'un autre n'en auroit peut-être eu en sa place : € Ecrivez à la cour. Monsieur ; vos raisons, quoique mauvaises, ne laisseront pas d'être écoutées. > Le maréchal de Turenne revenu à Versailles convint, à ce que Ton prétend, avec le prince de Gondé, de perdre un ministre de la guerre qui ne les ménageoit guères tous deux. On crut que M. le Prince avoit promis de seconder Turenne, mais que l'évêque d'Autun, dévoué à Louvois et à son père, Le Tellier, regagna M. le Prince sur lequel il avoit grand crédit, lui faisant voir que
M. de Turenne ^ par deux ministres habiles et fort
accrédités, il seroit seul le maître de la guerre, et que ces deux honunes lui devant leur conservation lui seroient éternellement dévoués.
Il est certain que M. de Turenne suivit sa résolution et son juste ressentiment, et fît voir au roi à son retour les fautes de M. de Louvois, le peu de solidité des ordres qu'il en avoit reçus ; que M. de Louvois avoit beaucoup d'esprit, excellent pour les détails, mais que la connoissance et l'expérience nécessaire pour gouverner la guerre de campagne lui manquoient entièrement, et où auroit-il pu l'apprendre? Le roi écouta avec son discernement ordinaire les solides raisons de M. de Turenne, et s'il avoit été secondé
i. Il y a ici un blanc dans le manuscrit.
1676] BiÉMOIRES DE VILLAR8. 31
par M. le Prince, Louvois étoit perdu. Mais ce dernier oe le poussant pas avec la même ardeur, certaines fautes ne parurent pas capitales, et le roi lui-même étoit bien aise de ne les pas trouver telles. Louvois eut seulement ordre d'aller demander pardon à M. de Turenne. Ce général le reçut avec la hauteur convenable à sa dignité et au sujet qu'il avoit de s'en plaindre, et lui reprocha sa conduite par rapport à œlle de la guerre ; que pour son amitié, quand il auroit fait autant de choses pour la mériter qu'il en avoit fait pour la perdre, il verroit ce qu'il auroit à faire. C'est ainsi que se passa cette scène de cour. Louvois continua dans son crédit et dans son dessein de nuire à M. de Turenne, qu'il suivit si soigneusement que la cs^pagne, qui nous coûta ce grand homme, pouvoit nous attirer d'autres malheurs, si le grand âge de MontecucuUi et sa prudence outrée ne l'avoient porté à se contenter de médiocres avantages après la mort de M. de Turenne.
1 676. La campagne de 1 676 commença par le siège de Gondé que le roi fit en personne, et le marquis de Yillars continua de servir à sa manière, c'est-à-dire, quoique colonel de cavalerie, de chercher aux sièges les actions de l'infanterie. Le roi même lui tint sur cela des discours très obligeants. Sa Majesté fit faire ensuite le siège de Bouchain par Monsieur, et elle se plaça avec l'armée d'observation pour assurer cette entreprise.
Le prince d'Orange, s'étant avancé au secours de Gondé, passa l'Escaut à Valenciennes et parut vouloir attaquer l'armée du roi qui fut mise en bataille der-
32 MÉMOIRES DE VILLÀRS. [1676
rière la censé d'Urtebise. Sa Majesté donna au marquis de Villars le commandement d'une réserve de cavalerie entre les deux lignes d'infanterie. On proposa d'attaquer le prince d'Orange, et le roi le vouloit, mais il déféra à l'avis du maréchal de Schomberg, qui, à l'instigation des ministres et de quelques courtisans^ répondit lorsqu'on le consulta : € que quand on faisoit un siège, la gloire étoit uniquement d'assurer l'entreprise, » et par ce conseil, d'une prudence adroite, sauva le prince d'Orange dont l'armée mal placée et trop resserrée pour faire ses mouvements étoit perdue sans ressource, si elle eût été attaquée. Bouchain fut pris. Le prince d'Orange mena son armée sous Mens et projeta le siège de Mastrict, et le roi s'en retournant à Versailles ordonna les dispositipns pour le siège d'Aire, que son armée investit sous les ordres du maréchal d'Humières, le maréchal de Scbomberg commandant l'armée d'observation. A l'armée du siège où M. de Louvois voulut être présent, ce ministre vint en Flandre, et c'étoit proprement en lui qu'étoit toute l'autorité, puisque, interprète des volontés et des ordres du roi, il régloit les marches et les dispositions des armées, écrivant souvent aux généraux : € L'intention du roi est que son armée, commandée par un tel, fasse tel mouvement. > L'artillerie étant plus à ses ordres qu'à ceux du grand maître fut servie avec une grande vivacité. Le marquis de Villars eut le commandement d'une brigade de onze escadrons à l'armée du siège qui finit bien plus tôt qu'on ne l'avoit espéré par la grande vivacité avec laquelle l'artillerie fut servie par Du Metz^ qui la conmiandoit. La fortune même
1. Officier d'artillerie de grand mérite, blessé à Sénef, maréchal
favorisa les assiégeants, et une bombe étant tombée dans un magasin de poudre, l'effet en fut si violent qu'un bastion fut entièrement ouvert et que le gouvameur capitula.
Cependant T entreprise du prince d'Orange sur Mastrict tiroit fort en longueur par le peu de succès de ses ^attaques. Cette lenteur nous engagea insensiblement, non à secourir cette place, mais du moins à nous en approcher, en rassemblant cependant toutes les forces qui pouvoient donner de la terreur aux ennemis. L'ordre qu'avoit reçu le maréchal d'Humières, après la prise d'Aire, de s'emparer du fort de Watte, qui pouvoit très aisément se défendre dix oa douze jours, étoit une marque bien visible du peu d*ardeur que l'on avoit pour conserver Mastrict, tout considérable qu'il est; mais la raison de cette indifférence étoit la néctsssité plus pressante où Ton se trouvoit de secourir Philisbourg , place d'une bien plus grande importance pour nous, et dont la perte non seulement nous otoit les moyens de soutenir aucun des états ou des princes de l'Empire qui étoient dans les intérêts de la France et donnoit lieu à l'empereur de les réunir aux siens, mais nous privoit du secours de l'électeur de.Bavière qui, s'étant maintenu neutre, avoit sur pied 12 à 15,000 hommes que la France payoit.
Après des efforts inutiles du maréchal de Rochefort pour jeter des secours dans cette place qui avoit été 'bloquée dès l'hiver, le maréchal de Luxembourg avec une puissante armée eut des ordres précis de tout
de camp en 1689, puis lieutenant général, gouverneur de Gravelioes, tué à Flearus (1705).
34 MÉMOIRES DE YILLARS. [1676
tenter pour la secourir; dans ce dessein général, îi s'en approcha, mais il trouva impossible d'y réussir, et le roi, ne voulant pas perdre encore Mastrict que Calvau^ défendait toujours avec beaucoup de courage, ordonna enfin au maréchal de marcher à l'armée du prince d'Orange qui avoit déjà perdu beaucoup de monde dans plusieurs assauts à des bastions détachés, nouvelle manière de fortification inventée par Vauban, et très bonne pour de grandes places qui peuvent contenir une nombreuse garnison. Dans le dernier des assauts qu'eut à soutenir le bastion nommé Dauphin, ouvrage bien revêtu, placé derrière un chemin couvert, et dont la prise coûta si cher au prince d'Orange, le Rhingrave avoit été blessé à mort.
L'armée du roi étoit campée à Bonif, et le comte de Montai, ancien lieutenant général, fut détaché avec 4,000 chevaux pour aller reconnoltre les mouvements des ennemis à l'approche de cette armée. Le marquis de Yilleroy, qui fut depuis maréchal de France, y alla comme maréchal de camp, et le marquis de Yillars eut le commandement de 1 ,000 chevaux. Quoique accablé d'un violent rhume, il ne vouloit pas perdre une occasion de se distinguer; mais, sentant bien qu'il avoit besoin d'un peu de repos qui le mit en état de pouvoir soutenir les fatigues qu'il prévoyoit, il quitta pour quelques heures ce détachement qui n'étoit encore éloigné de l'armée que d'une lieue, et le rejoi-
1 . « Galvo commandant à Mastricht en l'absence du maréchal d'Estrades, y fait des prodiges de valeur • {Gazette de France, 10 sept, 1676). Il s'était déjà distingué en Espagne et à Sénef : nommé lieutenant général le 12 sept. 1676 : cordon bleu en 1688; meurt à Tarmée de Flandre le 29 mai 1690.
1676] MÉMOIRES DE YILLARS. 35
gnit à deux lieues de rarmée ; car il ne r^arda pas comme une faute de passer par dessus une simple formalité du service pour Tintérèt du service même.
A peine découvroit-on les tentes des ennemis qu'ofi vit venir un trompette du prince d'Orange qui demandoit un passeport pour le Rhingrave mortellement blessé, ce qui fit juger que Tintention de ce prince n'étoit pas de nous attendre, car il n'eût pas eu besoin de passeport, s'il n'eût pas songé à marcher. On envoya au maréchal de Schomberg pour le presser de fidre avancer l'armée, et l'on s'approcha toujours dans les plaines le long de la grande chaussée. L'ardeur du marquis de Yillars et le désir de connoitre des premiers les dispositions des ennemis pour découvrir s'il y auroit quelque chose à entreprendre le portèrent à s'avancer de hauteur en hauteur avec huit ou dix officiers fort bien montés, et, voyant parmi eux un mouvement qui avoit tout l'air d'une retraite, il revint trouver le comte de Montai qui envoya encore au maréchal de Schomberg pour presser la marche ; mais ce général qui, sans doute, avoit ses raisons, et peut-être même des ordres précis de ne donner qu'un simple secours sans action, n'arriva que sur le soir à vue des ennemis, lorsqu'on ne pouvoit plus douter de leur retraite. Le jour d'après, de grand matin, comme on étoit assez près de leur arrière-garde pour engager une action, le comte d'Auvergne ^ colonel général de la cavalerie, pressa le maréchal de l'entreprendre. Le marquis de Yillars, s'approchant de divers escadrons des ennemis, eut son chapeau percé d'un
1. Fréd. -Maurice de la Tour, neveu de Turenne, lieutenant général en 1677, mort le 23 novembre 1707, à 65 ans.
coup de pistolet, et, voyant du désordre dans leurs dispositions, il alla au maréchal de Schomberg et lui représenta avec respect, mais pourtant par de bonnes raisons, qu'il y auroit de l'avantage à les attaquer. Ce général, qui n'avoit pas ce dessein, ne put s'empêcher, malgré l'amitié qu'il avoit d'ailleurs pour lui, de lui répondre avec une certaine aigreur qu'excitent assez naturellement les bonnes raisons quand on* ne veut pas s'y rendre. Le marquis de Yillars, n'ayant pu obtenir qu'on attaquât l'arrière -garde, auroit du moins bien souhaité qu'on fût tombé sur les dernières troupes des ennemis, et s'en étant approché, il eut un cheval tué sous lui. Il revint auprès du maréchal de Schomberg qui l'appela, et lui dit avec amitié : c Quand une place conmie Mastrict est secourue sans bataille, le général doit être content, et, pour satisfaire un jeune colonel avide de gloire, il faut lui donner un parti de 1 50 chevaux. Faites-les conmiander, prenez les officiers que vous voudrez, et, en suivant l'armée ennemie pendant trois ou quatre jours, vous verrez ce qu'elle deviendra et ce que vous pourrez faire sans vous commettre. » Le marquis de Yillars suivit son ordre, et le lendemain, sur le soir, ayant trouvé à une demi-lieue de l'armée ennemie des escortes médiocres qui couvroient des fourrageurs, il les attaqua et ramena près de 150 prisonniers à l'armée du maréchal de Schomberg qu'il trouva en marche.
Il rendit compte de sa commission au maréchal qui, oubliant la vivacité avec laquelle le marquis avoit osé le presser d'attaquer les ennemis, lui dit : c Nous aurions été brouillés ensemble, si je ne vous avois
pas donné un détachement pour suivre vos amis que vous ne sauriez perdre de vue. »
Le marquis de Yillars avoit passé cinq ou six nuits sans dormir. Accablé de sommeil et de lassitude, il se coucha sur le revers d'un fossé et ordonna à ses gens de l'éveiller quand Tarrière-garde passeroit. Pendant son sonmieil, il y eut un grand orage, en sorte que le fossé sur le revers duquel il étoit couché fut rempli d'eau, et ses gens aussi endormis que lui ne l'éveillèrent qu'après qu'il eut été dans l'eau trois quarts d'heure ; il monta à cheval saisi de froid, et, dès la nuit, Jl fut attaqué d'une dyssenterie si violente qu'on le porta très dangereusement malade à Gharleroy; mais sa jeunesse et la bonté de son tempérament le sauvèrent. A peine sa santé étoit-elle rétablie que son régiment eut ordre d'aller joindre le maréchal de Gréquy . Ce général rassembloit une armée sur la Saare pour faire lever le siège de Deux-Ponts, petite ville mal fortifiée et attaquée par le duc de Zell, dont les troupes se retirèrent à l'arrivée de celles du roi . Ainsi finit en Flandre la campagne glorieuse pour la France, par la prise de Gondé, Bouchain, Aire, et par le secours de Mastrict. Elle ne fut pas, à beaucoup près, si heureuse en Allemagne. Le régiment du marquis de Yillars fut envoyé en garnison à Calais.
La campagne de 1677 fîit remarquable entre les autres par l'importance des conquêtes. Le roi prit des mesures pour attaquer les trois plus grandes et plus considérables places des Pays-Bas, Yalenciennes, Gambray et Saint-Omer, dont la prise d'une seule pouvoit illustrer une campagne.
Dès la fin de février, toutes les troupes se mirent en mouvement. M. de Louvois, qui possédoit éminenmient Tesprit d'ordre, de prévoyance et de détail, fit si bien que les subsistances, les vivres, les fourrages et toutes les conunodités nécessaires se trouvèrent en abondance. Le roi conmiença par Yalenr ciennes et en même temps commanda au maréchal de Luxembourg de faire investir Saint-Omer. Le régiment du marquis de Yillars partit de Calais le 26 février et occupa Tabbaye de Watte^. On resserra cette place dont la garnison étoit médiocre. Le vieux prince de Robecq^ de la maison de Montmorency en étoit gouverneur.
La fortune servit le roi dans le siège de Valenciennes qu'on attaquoit certainement par Tendroit le plus fort ; mais les difficultés du chemin dans une saison fort rude avoient obligé à se servir de la chaussée de Valenciennes à Saint-Amand, par conséquent à faire les dépôts du siège du côté de Saint-Amand et à commencer Tattaque par l'ouvrage couronné.
L'Escaut faisoit le fossé de la place, et les ennemis, par leurs écluses, pouvoient en faire un torrent ; mais, dès que l'ouvrage couronné eut été attaqué et emporté, le désordre se mit dans toutes les troupes qui le défendoient, et Tardeur de celles du roi les porta à suivre celles des ennemis avec tant de vitesse qu'elles entrèrent pèle-mèle avec eux dans le pâté, et de là, par une poterne qui se trouva ouverte, nos premiers grenadiers parurent sur le bastion. La terreur des
i. Watten, sur TAa, à 30 kil. de Calais et 10 de Saint-Omer. 2. Eugène de Montmorency, prince de Robecque, mort en janvier 1683.
eooemis fut si grande que 1 ,200 chevaux qui étoient en bataille dans les places de la ville n'osèrent jamais monter sur les remparts pour en chasser des gens qui n'aUoieot qu'un à un, et par un petit degré fort étroit. On contint les troupes sur les remparts, leur petit nombre fit leur sagesse dans les conmiencements, la ville ne fut pas pillée et tout fut fait prisonnier de guerre. Après un aussi heureux événement, le roi envoya Monsieur avec le maréchal d'Humières et une augmentation de troupes assez considérable pour faire le siège de Saint-Omer. On resserra les quartiers qui, jusque-là, n'avoient été disposés par le maréchal de Luxembourg que pour empêcher qu'on ne jetât des troupes dans la place.
On fit deux attaques. Tune qu'on croyoit d'abord n'être qu'une fausse attaque par le Fort-des-Vaches, pays bas et très marécageux, et l'autre par les terres les plus élevées.
Dès le premier jour, les ennemis firent une sortie sur l'attaque du*^ Fort-des-Vaches. Le marquis de Yillars, auquel il sembloit que, par une destinée particulière, aucune occasion ne dût échapper, avoit son quartier de ces côtés-là et se promenoit à pied du côté de l'attaque. Dès qu'il vit les ennemis, il y courut avec presque tous les officiers qui se trouvèrent auprès de lui et les rechassa dans le chemin couvert . Le marquis de Languetot, qui étoit capitaine dans son régiment, y fut blessé.
Cependant, le prince d'Orange se disposoit à secourir Saint-Omer et rassembloit toutes ses forces derrière Ypres.
Il marcha avec son armée et campa au-dessous de
Mont-Gassel. Monsieur ne balança pas à lever ses quartiers; il laissa au marquis de la Trousse^ le commandement de la tranchée et marcha à Tarmée du prince d'Orange qui avoit devant elle le p^tit ruisseau de l'abbaye de Piennes^. Les ennemis le passèrent en divers endroits et il y eut dans le centre un assez rude combat d'infanterie où le régiment des gardes du roi perdit beaucoup de monde. Alors le maréchal d'Humières poussa la gauche des ennemis, et dans le même temps le maréchal de Luxembourg attaqua l'abbaye de Piennes. Il avoit donné au marquis de Yillars une réserve de cinq escadrons qui avoient la gauche de tout et qui par conséquent débordoient la droite des ennemis.
Le marquis de Yillars fit réparer un pont sur le ruisseau de Piennes et commençoit à le passer, pour prendre en flanc la droite des ennemis occupée des troupes qu'elle avoit devant elle, lorsque Ghamlay ' vint, de la part de Monsieur, lui donner ordre de marcher au centre où les troupes avoient perdu quelque ter^ rain. c S'il est arrivé quelque désordre dans le centre, lui dit le marquis de Yillars, j'arriveroi trop tard pour le réparer, mais je vois la droite des ennemis ébranlée, et je crois qu'il vaut mieux achever de mettre le
1. Ph.-Âug. le Hardy, créé marquis de la Trousse en 1651, se distingua dans toutes les campagnes ; maréchal de camp en 1675, lieutenant général en 1677, cordon bleu en 1688, mort en 1690.