Villars au rai
Vienne, 46 septembre 4687.
Sire, Je ne scay si j'ay esté asses heureus pour que Vostre Majesté ayt esté satisfaitte du conte que j'ay eu l'honneur de luy rendre de tout ce qui s'est passé cette campagne, et si toutes mes lettres ont esU* receues. Je savois qu'elles estoient ouvertes, et, comme il n'estoit pas du service de Vostre Majesté qu'on me regardât toujours comme un homme suspect, j'ay évité de mander de car-
taines choses qui pouvoit desplaire aus AilemanB. Mais enfin, j'ay estudié autant qu'il m'a esté possible leurs manières de faire la guerre, le caractère de leurs généraus, le mérite des particulliers, la force de leurs troupes, et je crois que je pourray en rendre un bon compte à Vostre Majesté et qui ne seroit peut-être pas inutille, s'il arriyoit un jour qu'on eust la guerre avec eus.
Il est certain que celle des Turcs ne les a point instruits dans la guerre de campagne, et s'ils se gouvernoit contre les armées de Vostre Majesté comme ils font avec celles des ennemis auxquels ils ont présentement à faire, sans beaucoup hasarder il seroit aysé de les faire tomber dans de grands inconvéniens. Pour ce qui regarde les [chefs, ils sont insuffisants]^ et s'ils ne sont aydex de subalternes vigilans, appliquez et entreprenens, la lenteur et l'irrésolution, le peu de précautions dans les marches, les convois et les fourages, la négligence pour la subsistance et les munitions d'une armée les jettera dans de grands désordres ; ils ne viennent pas tous de la faute des ministres de Vienne, les ordres estoient assez bien donnés cette campagne, et l'on n'a manqué de rien pour tous les pons qu'il a fallu faire sur la Drave et sur le Danube; leur artillerie de campagne est très belle et très bien servie, et c'est peut-estre ce qui a le plus contribué aus aventages qu'ils ont remportés pendant cette guerre sur les Turcs; ça esté un miracle que la victoire que nous avons remportée, et je n'ay peu comprendre encore que les mesmes troupes qui nous atta* quoient tous les jours, qui en destail faisoient les plus belles actions et de la plus grande valeur, ayent esté saisies d'une si grande terreur au premier mouvement qu'on a fait pour marcher à eus. Les affaires des Turcs estoient dans le meilleur estât du monde, nous allions leur abandonner tout le païs dont on s'estoit rendu maistre sur la fin de la campagne passée, on leur laissoit la liberté de remettre des munitions et des hommes dans Ganise, Siget et peut-estre Albe Royalle, et, si le grand vizir s'estoit contenté de nous prendre des fourrageurs, de tenir nostre cavallerie toujours à cheval, il ruinoit l'armée en quinze jours ^; enfin Pennemy trouvoit toutes sortes d'aventages sans rien hasarder quand il a esté tenté de se faire battre. M' de Lorrayne évitoit le combat, et, quand il m'a fait l'honneur de m'en dire les raisons, il a conté