Villars au marquis de Croissy
Extrait. A Vienne, le 25 septembre rt87.
Il est arrivé des lettres de M' de Lorraine, du 18, de Ségédin,* que l'armée avoit beaucoup souffert dans la marche; quelui Turcs étoient toujours à Peters-Varadin ; qu'ils avoient fortifié la teste du pont en-deça; que leurs troupes diminuoient considérablement par la désertion ; Duneval s etoit rendu maître d'un château nommé Ponchin, sur les frontières de Croatie, où le général Souches avoit été dangereusement blessé et son lieutenant-colonel aussy. Voilà, Monseigneur, tout ce que l'on sait de l'armée. C'est une chose terrible que la quantité de cadavres et de morts dont'Bont couverts les chemins.
M. de Souvré, qui avoit voulu s'embarquer à Baya, a esté arresté sur le Danube par les vents contraires; les provisions lui ont manqué et tous ses gens ont pensé crever; plusieurs sont morts. Luy est enfin arrivé à Comorre; beaucoup de gens qui se sont bien portés toute la campagne tombent malades icy. C'est un vrai poison que l'air et tout ce que l'on boit en Hongrie. Il y a mesme de certaines rivières, comme le Tibisc, dont le poisson fait mourir presque tout ce qui en mange. J'attends toujours vos ordres avec impatience et suis, etc.