‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 76 sur 130 · ViUars au marquis de Croissy · texte numérisé non relu

ViUars au marquis de Croissy

A Vienne, le 6 octobre 1687.

J'ai l'honneur de vous remercier. Monseigneur, de la gratification dont le Roy m'honore ^ Je sais ce que je vous en dois

1. Par lettre du 11 septembre, le roi avait accordé à Villars une gra- Ufication de 6,000 livres.

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de reconnoissance, je vous assure, Monseigneur, que je tais bien incapable de Toublier. Je regarde comme un des plus gnnds bonheurs de ma vie de pouvoir rendre quelques services à 8a Majesté. Mais je ne puis m'empescher de vous dire, Monseigneur, que [exemple de la pernicieuse fortune de mon père m*étonne et me trouble à un point, que si je ne me vois point assuré de quelque grâce du roi présentement, j*avoue. Monseigneur, que je ne saurois avoir l'esprit assés libre pour bien servir; car estre tonjours agité de la crainte de me trouver plus gueux en revenant, après trois ou quatre ans peut-estre, en France, que quand j*en suis parti, je ne saurois m'aprivoiser à cette imagination. J*ay trente-cinq ans; j'ay bien servy dans les armées, et de tout ce qui sert de mesmc tems que moi, il n'y a quasi personne qui n'ait des pensions, et je vois de mes cadets avec de gros gouvememens. Il est juste et il est tems que je voye quelque commencement i ma fortune ou que j'y renonce pour n'en estre pas la dupe tonte ma vie. J'espère, Monseigneur, que vous trouvères quelque raison dans ce que j'ay l'honneur de vous dire. Vous trouvères toujours dans ma conduite toute la reconnoissance et tout le respect que je vous dois.

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