Villars au roi
Extrait. A Munich, 19 may 1688.
J'ay parlé si fortement à l'Électeur et à ses premiers
ministres, qu'enfin ce prince leur a ordonné de finir et d'accorder que cela se remette au jugement du Pape; que, si pourtant le Saint Père n'en vouloit prendre aucune connoissance, la Princesse auroit toujours les trente mille écus, ou que, si l'on vouloit régler
dès à présent quelque chose, en ce cas-là Ton se contenteroit de vingt-quatre mille écus. Outre cela, Monsieur rËlecteur, pour ne pas perdre de temps, a ordonné de dresser incessamment les articles, et présentement on les doit signer ; on laisse seulement en blanc ce dernier article. Mais il n'i a pas d'aparence que M. le Grand Duc, à moins qu4l ne voulût se servir du plus léger pr^ texte du monde, ne ratifie sur-le-champ. Enfin, Sire, ce qoi fiait la difficulté est un cas douteux en quatre ou cinq manières différentes. La princesse peut n'estre point veuve, elle peut Testre ayant des enfants, auquel cas elle aimeroit mieux estre régente i Florence que d'estre inutile icy. Elle peut encore, étant veuve sans enfans, préférer le séjour de la Toscane à celui de la Bavière, et il n'y a pas mesme lieu d'en douter; elle-mesme en assure dès à cotte heure ; et au cas qu'elle veuille revenir, on s'en remet an jugement du Saint Siège, comme le Grand Duc l'a désiré. L'on met seulement cet article en blanc, qu'au cas que le Pape ne voulût point s*en mêler, la princesse auroit trente milles écus ou qu'on en règle vingt-quatre milles dès à cette heure. Lo Grand Duc, consentant d'en payer quarente dans ses États, ne se doit jamais plaindre si, au lieu de quarente chôs lui, il en paye ving^quatre ailleurs.
J'explique tout cela à Votre Majesté pour lui faire voir manifestement qu'il n'y a plus la moindre dificulté de ces côtés, et que s'il en arrivolt, ce que je ne crois pas, ce ne seroit que du côté de Florence, dont les envoyés ne paraissent avoir aucune crainte. Le premier envoyé a beaucoup de flegme, mais le moine est un bon homme et fort expéditif. Les ministres de l'ËIecteur se sont plains à lui de mon impétuosité sur cette affaire. Je réponds a Votre Majesté qu'elle étoit très nécessaire. Monsieur l'Électeur a tonjours eu bonne intention, mais je sçavois qu'on le pressoit du costé de Vienne de ne rien conclure encore, or je jugeois du péril dans le retardement après des lettres très fortes de ce prince au
prétendu mary de Mademoiselle de Welem Je finis la lettre
que j'ay l'honneur d'écrire à Votre Majesté pour lui dire que je ne puis pas douter que le mariage ne se fasse ; mais assurément les ministres de Bavière et ceux de Florence aussy me feront perdre le peu d'esprit que Dieu m'a donné. Ce matin je les ay laissé convenus de signer présentement sur une dificulté que fait l'envoyé de Florence a l'égard de quelques termes qu'il veut faire changer dans les articles : il faut rassembler le conseil; ii est certain que les ministres de Bavière font tout ce qu'ils peuvent pour éloigner, et ceux de Florence ne font pas tout ce qu'ils
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peuvent pour avancer; ainsy celuy qui veut empescher la perle (tu temps n'a pas peu d'affaires. Je crois poartutt, Bire, en venir i bout...