L'EMPEREUR
Le texte des Mémoires (voy. ci-dessos pp. 88-91, 93-108) nous déerit les efforts de Yiilars pour amener l'Électeur de BaTière, selon les instmetions de Louis XIV, à abandonner Talliance autrichienne pour rallUnoe française ; il nous montre les espérances de succès que l'envoyé da roi a conçues pendant quelques mois et l'échec qui a terminé cette longiie négociation. Les correspondances nous font assister de plus près à cette lutte de chaque jour où les Influences de cour et les intrigues féminines sont tour à tour mises en œuvre par les deux partis : elles permettait surtout d'apprécier le personnage de Max-Emmanuel, singulier mélange de hautes qualités militaires et de faiblesse de caractère, esprit inquiet et vaniteux qui rêvait de grandes destinées sans calculer les vériUbles moyens de les réaliser, et qui, placé entre la France et l'Autriche, cherchant à exploiter à son profit leur rivalité, n'a réussi qu'à s'associer snecessivement à la mauvaise fortune de l'une et de l'autre.
Les correspondances relatives à cette négociation se trouvent à Paris, aux archives du ministère des Affaires étrangères; à Vienne, aux archives imp. roy. de la Cour et de l'État ; à Miinich, aux archives secrètes de la Cour et de l'État. Je possède en outre la copie des minutes de la plupart des dépêches écrites par Villars, la copie des dépèches que Vlllars recevait de Versailles et de quelques autres lettres dont les originaux se sont perdus. Cet ensemble de documents ne saurait être reproduit ; mais on lira, je pense, avec intérêt des extraits et des analyses des pièces principales, de celles qui, complétant ou rectifiant les Mémoérm de Villars, permettent de se rendre un compte définitif des événements auxquels notre auteur a été mêlé.
i. Villars au roi.
Extrait, A Munich, 2 novembre 1687.
Je Tay (rÉlecteur) un peu plus ébranlé que dans les pre-
mièros conversations et il ma dit : premièrement qu'il avoit une
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extrême reconnoissance de toutes les bontés de Votre Majesté et qu41 ne feroit jamais rien qui pût l'empescher de l'honorer de son amitié; ensuite, parlant de ses intérêts, il m'a avoué qu'il étoit persuadé qu'il pouvoit en trouver de fort grands i s'attacher à Votre Majesté; mais qu'il ne falloit pas que je crusse aussi qu'on lui en promît de médiocres de l'autre côté, et que, si l'Électrice avoit des cnfans et que le Roi d'Espagne n'en eût point, il contoit d'avoir de bons morceaux en Italie.
J'ay répondu à cela qu'il y avoit beaucoup d'aparenoe que l'Électrice n'auroit point d'enfans et que, si Ton ne lui faisoit espérer des avantages qu'en ce cas-là, il pouvoit bien juger qu'on ne vouloit que Tamuser; que lui-mesme m'avoit Mi l'honneur de me dire les raisons qui l'empeschoient de s'attendre à avoir des enfans, que je croyois bien que le Roi d'Espagne n'en auroit pas, mais aussi qu'il devoit savoir que l'on avoit résolu à la cour de Vienne d'envoyer à Madrid un des enfants de l^Empereur; que, d'ailleurs, Votre Majesté, par la justice, avoit plus de prétentions que personne à cette succession, et que ce seroit avec elle qu'il faudroit conter. Je lui ay demandé quelle seûreté on lui donnoit de partager avec lui les États d'Italie. H m'a dit : c quelle seûreté me donnés- vous de mon avancement? t Je lui ay représenté que l'on ne pouvoit pas traiter avec un prince qui servoit actuellement la maison d'Autriche et qui se préparoit encore à faire la campagne prochaine ; mais que je lui donnois ma parole que, quand il se mctroit en état que Votre Majesté peut traiter, avec lui, il y trouveroit son conte. Voicy ce qu'il m'a répondu sur la campagne prochaine : que ses troupes étoiont toutes au milieu de la Hongrie ; que, quand il le voudroit, il ne pouroit pas les retirer; que du reste Votre Majesté devoit croire que ces campagnes ne l'engageoient point avec l'Empereur ; qu'il n'avoit plus de traité avec lui ; qu'il n'en feroit point de nouveau et que, la guerre finie, il répondoit à Votre Majesté que ce seroit chose nouvelle.
Je lui ay dit que je ne pouvois pas me flatter d'un grand changement; qu'il étoit toujours amoureux de Madame de Kaanits (et cela est vray quoique l'autre^ soit grosse, il vient de me l'avouer), que tous ses minisires étoient autrichiens. Il m'a dit qu'ils ne le gouvemoiont pas. « Non, lui ay-je dit, mais vous faites ce qu'ils souhaitent »
(Minute aux Areh. des Affaires étrangères.) t. M"' de Welen.
iOO APPENDICE.
2. Mémoire du roi pour servir d'instruction au sieur de Villars.
Analyse. Fontainebleau, le 3 novembre 1687.
LHntentioQ de la cour de Vienne est de faire élire rarchiduc Joseph roi des Romains et d'obtenir de tous les États de l'Empire un armement général, dans le but d'arriver à rendre la couronne impériale héréditaire dans la maison d'Autriche.
Le prince allemand qui a le plus d'intérôt à empêcher rezécution de ce projet est l'Électeur de Bavière. S'il était résolu à faire tout ce qui dépend de lui pour l'entraver et décidé à s'appuyer sur l'aiTcction du Roi, il pourrait arriver à être élu roi des Romains. Les voix dont le Roi dispose dans la Diète assureraient son élection.
Le sieur de Villars devra saisir toutes les occasions d'éclairer l'Électeur sur ses véritables intérêts, lui montrer que l'archiduc ne poursuit que la destruction de sa maison et que la France seule peut en favoriser l'agrandissement. Il devra en outre pousser au mariage de la princesse de Bavière avec le prince de Toscane et du prince Clément avec une princesse qui ne soit pas d'une maison attachée aux intérêts de TAutriche.
Le Roi, par lettre du il novembre, confirme et développe ces instructions.
(Min. Arch. des Aff. élr.}