‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 88 sur 130 · Villars au roi · texte numérisé non relu

Villars au roi

Extrait. Keysenfelt, 16 novembre 1687.

Gomme je l'ay (l'Électeur) trouvé plus disposé à parler

d'affaires qu'il n'est ordinairement, j'ay entamé toutes les autres matières contenues dans l'instruction de Votre Majesté et je lui ay parlé ainsy : c Si je disois à V. A. É. que l'estime que le Roi a pour elle, que la gloire qu'elle a acquise, que sa réputation répandue partout, que d'estre frère de Madame la Dauphine sont les seules raisons qui portent Sa Majesté à vouloir travailler à ses avantages, vous pouriés prendre cela pour des compiimens, mais si je vous fais voir qu'entre toutes les raisons qui portent le Roi à vous croire capable de grands desseins, son intérest est de travail* 1er à votre agrandissement, alors, ajoutés foy à mes paroles et songés-y sérieusement. N' est-il pas vray que nous devons nous opposer à une trop grande puissance de la maison d'Autriche, et souhaiter

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qu'il y ait un prince dans l'Allemagne assez piiissant pour luy disputer l'empire ; que vous êtes le seul prince sur qui nous pouvons jetter les yeux ; et n'est-il donc pas certain que nous devons travailler à vos intérests comme aux nôtres et ut maison d'Autriche craindre autant votre élévation que nostre puissance ? »

Il m'a dit : c Mais comment travailler à cette élévation ? Faisons un projet. — Oûy, luy ay-je dit, pour l'aller dire à Madame de Kaunitz. » H m'a dit que, pour ces sortes de choses, il en connoissoit assez l'importance pour n'en pas parler légèrement, qu'il donnoit sa parole de n'en ouvrir la bouche à personne, mais, enfin, que comme il étoit en une assés bonne intelligence avec VBmpereur, avant que de songer à s'en détacher et prendre des mesures si différentes, il voudroit bien savoir à peu près quelles espérances on luy donneroit, qu'il demandoit un entier secret sur cela. Je luy ay fait voir que le secret étoit seur du costé de V. M., et que, si je ne le découvrois moy-mesme, il ne pouvoit estre sceu de personne, que Y. M. ne parloit de ses affaires qu'à deux ou trois ministres, et que le secret enfin étoit aussi seûr dans le conseil de V. M. qu'il Test peu dans celui de l'Empereur. Ainsy Votre Majesté peut me faire sçavoir ce que je puis luy découvrir, et je preodray encore la liberté de dire à Votre Majesté, sur cela, qu'il y a deux partis à prendre : ou l'embarquer par l'espérance des grandes utilitez qu'il peut retirer en s'unissant d'intérests avec V. M., au hazard qu'il en découvre peut estre quelque chose en passant et repassant à Vienne ; ou de n'entrer en aucune sorte de traitié avec ce prince, avant la fin de la campagne prochaine.

J'ay eu l'honneur de dire à Votre Majesté les raisons que je voyois pour prendre ce dernier parti ; mais peat-estre que présentement qu'il a témoigné vouloir sçavoir. quelque chose des esjpérances qu'on luy peut donner, qu'il est plus à propos de luy Ûte quelques propositions. J'attendray sur cela les ordres de Votre

Majesté.

(Orig. Areh. des Alt ètr.)

\. Uroià ViUars.

Analyse. Marly, 3 décembre 4687.

Envoi d'un mémoire pour servir d'instructions à Villars.

Il pourra faire connaître à l'Électeur tout ce que le Roi est dis* posé à faire pour son élévation s'il veut se détacher de la maison d'Autriche et s'engager avec lui.

Les succès de l'Autriche en Orient, les facilités que lui ont données les États de TEmpire permettent de prévoir le moment où l'Empereur voudra acquérir un pouvoir absolu. Le seul moyen pour les princes et États de TËmpire de sauver leurs droits et prérogatives menacés est d'empêcher l'élection de Tarchiduc comme roi des Romains et de préparer l'élection d'un des électeurs qui puisse gouverner l'Empire selon ses lois et constitutions, tandis que la maison d'Autriche s'étendra en Orient aux dépens de It Turquie.

Le roi offre donc à l'Électeur de Bavière, en échange d'une alliance offensive et défensive, ses bons oflices pour obtenir la dignité de roi des Romains , sa coopération effective pour l'aider à rentrer dans les droits que la Bavière a eus sur Ratisbonne, Nuremberg, Augsbourg, et sur des territoires situés entre l'Inn et le Danube, et enfin des subsides, s'ils sont nécessaires.

Dans le cas où le roi d'Espagne mourrait sans enfants, si TËleeteur veut s'engager dès à présent à combattre par les armes ceux qui voudraient disputer au Dauphin la succession qui doit lui appartenir à l'exclusion de tout autre, le Roi et le Dauphin renonceront en sa faveur aux royaumes de Naples et de Sicile et le mettront en possession desdits royaumes.

(Min. Arch. des Aff. étr.)

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