Villars au roi
Extrait, A Munich, 5 novembre i687.
L'Électeur receut il y a deux jours un courrier de Vienne,
par lequel il apprist des nouvelles qui luy font beaucoup de plaisir. C'est la grossesse de cette fille. Il n'a pu me la cacher et m'a mesme montré ses lettres. Nous avons parlé des fureurs de l'Impératrice qui le hait et la demoiselle parfaitement. Il m'a dit: 0 Si elle ne craignoit point de me fascher, elle la feroit jetter par les fenestros, mais comme ils vous sçavent icy, ils ont peur. » Je luy ay dit : c Je vois bien que vous ne m'honorez de vos bonnes grâces que pour qu'on traitte un peu mieux vostre maistresse, vos généraux et vos trouppes; je n'en suis point la dupe et je le manderay au Roy. t
Je n'ay pas voulu dire : c Je Tay mandé, » pour n'engager V. M. à rien, mais je prendray la liberté de lui dire qu'autant que mes médiocres lumières se peuvent étendre, je suis persuadé que l'on doit garder jusqu'à la fin de la campagne prochaine tout ce
que Ton peut croire de plus propre à engager l'Électeur^ car ces voyages de Vienne effacent les obligations. H m'a assuré qu'il feroit venir, au retour de la campagne, Madennipiselle de Welen à Munich, et je luy ay dit qu'alors j'y reviendrois, mais que jusquelà il n'y avoit rien à faire. D est constant que jusqu'à présent la Kaunitz et cette autre sont les seules choses qui l'occupent. Les difficultés qu'il a trouvées à voir la première, pendant tout le séjour qu'il a fait à Vienne, ont réveillé sa passion. H n'a pu la voir que deux heures. Monsieur de Kaunitz a pensé nous faire tourner l'esprit, promettant toujours de petits voyages à la campagne et ne les faisant jamais, et peut-estre qu'on a moins d'attention aux négociations dont on le charge à l'heure qu'il est qu'à
son absence
(Orig. Areh. des Aff. étr.)
^ Vifla
rs au rot.
Extrait. A Munich, 26 novembre i687.
Ma grande affaire présentement est de rompre le voyage
qu'on devoit faire à Vienne pendant le carnaval. Je crois que j'en viendray à bout et qu'on préférera celui de Venise, ce qui seroit très désirable, premièrement pour avoir le temps de donner d'assés fortes impressions à l'Électeur pour que les V03rages de Vienne ne puissent pas les détruire ; et, d'ailleurs, c'est que je n'auray là que gens qui, de concert avec moy, travailleront à donner à Bon Altesse Électorale les sentimens que je dois luy inspirer.
L'Électeur me parlant il y a quelques jours de tous les plaisirs de Venise, je luy dcmanday pourquoy il n'y alloit donc pas. La première raison qu'il m'alléga fut la dépense, et je lui fis voir qu'une chasse de sangliers à vingt lieues de Munich, où il fiuit mener toute sa cour, lui coûte plus qu'un voyage à Venise, et j'ay rompu celui de Landsut, où l'oa devoit encore ftdre une chasse de sangliers, dans la veuê d'épargner cet argent pour aller à Venise. Il n'i a donc qu'une inclination que l'Électeur commence à avoir icy, et que j'ay assurément fait naistre avec plus d'art peut-estie que V. M. ne m'en croit, qui puisse l'empescher. Mais toujours suis-je presque assuré qu'il n'ira point à Vienne. J'ay rompu une affaire qui auroit rengagé peut^-estre l'Électeur avec l'Empereur, quand Madame de Kaunitx mesme ne le retiendroit pas. C'est qu'il étoit résolu à marier Mademoiselle de V^elem à un Autrichien. Il donne cens mille éctas à cette fille, et, quand
il rne diçt qu'il la marioit, je lay fis voir que paûqoil IVyiaoil a«MrK pour la payer Fi bien, il lalloit an moins ne la pu donner à uù AuRtrichi^'O, et lu y montray tant de bonnes raisons qn*il a envoyé un courrier p^iur qu'on n'allât pas phis aTint sor le mariage, et il eftt réfK>lu de la faire venir icy; U n'est plos question f{ue de» moyens de la faire sortir dn palais et la tirer des
maiuH (le l'Imp^fratrice
(Orig. Arrh. des Aff. élr.)