Villars au M
Extrait. A Munich, 25 may 1688.
En ce qui regarde le mariage (de la princesse de Bavière),
l'arrivée du comte de Kaunitz, qui a relevé le courage de nos ennemis, n'a pourtant pu en rompre la eondusion. Votre Mi^esté
verra par la suite de ma lettre que son quatriesme voyage icy depuis cinq mois sera aussi infructueux que les autres. Il eat donc venu comme je Tavois bien prévu, sur l'en vol du secrétaire Mayer à Vienne et pour aplanir toutes les difficultés qui sembloient empescber TËlecteur de se déterminer entièrement à faire la campagne, quoique tout fût prest à partir; ce ministre a apporté des létres pressantes de l'Empereur : on promet tout à FÉlectear, înesme de commander la grosse armée; que M. de Lorraine se retirera plus tôt que si l'Électeur pouvoit avoir le moindre mécontentement. Ces grandes instances ont donné des inquiétudes à l'Électeur; elles ont été augmentées par Mademoiselle de Welem et fortifiées par la comtesse de Paar... Enfin tout Fa obligé à faire des réflexions et il a bien voulu, par les bontés dont il me donne des marques en toutes occasions, me consulter sur toute cette affaire et me dire toutes les craintes qu'il avoit, qui consistent en trois points principaux : Premièrement, il sçait que TEmperear veut encore le presser de ne point achever le mariage de Florence, et on luy représente que , puisqu'on luy a accordé tout ce qu'il a désiré sur celui du Roy de Hongrie, il est injuste de ne pas consentir à une chose apparemment si avantageuse. En second lieu, on veut l'engager à promettre sa voix au Roy de Hongrie pour l'élection du Roy des Romains, et en troisième lien il a quelques sujets de craindre que l'Empereur ne soupçonne quelque chose de ce dessein que j'ay communiqué à Votre Majesté par une feuille séparée ^
Il m'a donc demandé mon conseil sur tout cela et si sa gloire n'étoit point engagée à manquer l'occasion de faire une campagne. Je luy ay représenté que la première [gloire] des souverains étoit le bon gouvernement de leurs États et que j'osois lui dire que c'étoit celle qu'il avoil le plus négligée, et dont il se ressentiroit toute sa vie, si dès ce moment il ne prenoit la résolution de donner plus d'attention qu'il n'a fait à rétablir ses finances, empescber que son argent ne sorte toujours de son paîs, et enfin corriger milles désordres que son absence et le manque d'application on le peu de fidélité de ses ministres cause journellement ; que cinq campagnes, dont la dernière couronnoit si glorieusement toutes ses peines et tous les périls qu'il a courus, ne lui laissoit rien à désirer sur sa gloire militaire, et qu'enfin le siège de Témiswar qu'on lui proposoit n'étoit point une si grande occasion que, pour l'avoir, il dût passer sur toutes les considérations qu'il m'avoit lui-mesme