‹ Mémoires du Maréchal de VillarsChapitre 98 sur 130 · JLe comte Kaunitz au comte Strattman · texte numérisé non relu

JLe comte Kaunitz au comte Strattman

Analyse. Munich, 22 mai 1688.

Parti de Vienne le 16, il rencontre trois estafettes envoyées de Munich à Vienne qui se cachent de lui, et est devancé par an cour^ rier expédié de Vienne par Mayr, Tenvoyé bavarois : il arrive à Munich le 19, à cinq heures et demie du soir. La cour était à Schleisshoim pour fêter le jour de naissance de la princesse Violante. II s'y rend immédiatement et arrive avant le souper; il remet aux Altesses Électorales les lettres de TEmpereur. L'Électeur Tcmbrasse et lui dit en français : c Quelles nouveUesf » — c D'aussi bonnes que V, A, É, pourvoit souhaiter, » répond Kaunitx. L'Électeur s'informe aussitôt des dispositions prises pour La campagne de Hongrie, de la part qui lui est réservée dans le coiomandement, de la possibilité de créer deux armées avec les effectifs dont on dispose. Kaunitz assure que l'Empereur a le désir de contenter l'Électeur, que les effectifs seraient suffisants et que l'Électeur choisirait celle des deux armées qu'il voudrait commander. On se met à table : il y a 60 convives. Kaunitz est assis à la droite de la comtesse Paar, qui a le prince Egon de Fûrstenberg à sa gauche. Elle dit à Kaunitz qu'il devrait empêcher TÉlecteur de faire la campagne, que l'horoscope tiré à sa naissance lui prédit de grands malheurs, et qu'à la cour de Vienne même on n'a pas toujours désiré voir l'Électeur aller à la guerre. Kaunitx répond ({u'il est venu pour exécuter les ordres de l'Empereur et non pour les

1. Le texte est en allemand mêlé de mots latins, français et italient. LcA mot» en italiques sont dans l'original. — Les lettres de créances originales du comte Kaunitz, datées de Vienne 15 mai 1688, sont aux Arcliivcs de Munich.

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enfreindre, que TÉlectear était trop brave pour s'inqniéter de prédictions superstitieuses, que Dieu rayait protégé dans six campagnes et qu'il fallait se confier à sa providence. Après le sonper, Kaunitz raconte la conversation à TÉlectenr qni sourit, mais reste soucieux. On danse jusqu'à quatre heures du matin.

Le lendemain 20, Kaunitz se rend à Manich, au' Palais ; mais il ne peut voir TÉlecteur qu'à cinq heures du soir : celoi-ci se montre indécis, hésitant à affirmer s*il va on ne va pas en Hongrie. Kaunitz le presse autant qu'il peut, excite son amour-propre, lui dit que, s'il renonce à la guerre, on l'accusera d*nne faiblesse inspirée par l'horoscope ; il ne peut amener l'Électeur à lui donner une réponse catégorique. U se plaint amèrement de la comtesse Paar qui négocie séparément sous l'inspiration d'un ministre de l'Empereur et sans doute avec l'autorisation de la cour ; elle est ruinée, elle a dévoré un capital de 300,000 florins ; il faut qu'elle se crée des ressources per fas et nefàs, Fûrstenberg ne la quitte pas; Villars a de longs entretiens avec eUe et lui dit des secrets; le P. Benfati a recours à elle et tous les Savoyards lui font la eour. Le grand chambellan (Berkheim) et Leidel ne doutent pas que la France n'y ait la main. Villars verrait avec déplaisir le départ de l'Électeur pour la Hongrie : cela est tout naturel; mais qu'un ministre de l'Empereur s'entende avec une comtesse Paar pour agir contre les intentions de l'Empereur, cela ne peut se comprendre. Kaunitz décrit ses souffiranoes d'esprit et demande la permission, dans le cas oùja situation s'aggraverait, d'aller dire à l'Empereur ce qu'il ne saurait lui écrire. Il est évident pour lui qu'avant de lui répondre l'Électeur attend le retour d'un courrier qu'il a envoyé à Vienne auprès du ministre avec lequel il correspond secrètement. Si l'Empereur n'agit pas vigoureusement sur ce ministre, le voyage de l'Électeur n'aura pas lieu; dans ce cas, Kaunitz demande à être promptement relevé d'une mission qu'il ne pourrait conserver utilement ni pour le service de l'Empereur ni pour ses propres convenances.

(Orig. Aith. L R. de Yienne.)

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