‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · DU CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE XIV

NOTE

L'heureux essai que je fis d'un corps de nageurs au passage de la Linth, fut ensuite imité avec succès , dans la campagne suivante , par le général Lecourbe, pour passer le Danube. Ces deux exemples, qu'il suffît de citer , quoique sans doute il en existe encore d'autres, devraient engager à faire admettre, comme partie élémentaire de l'instruction des troupes, les exercices de natation. Combien d'occasions sont manquées, parce que , dans les attaques ou dans les poursuites, on est arrêté par des courants d'eau non guéables, qui font perdre beaucoup de temps! Combien de militaires , restés en arrière , sont perdus dans les retraites, parce qu'ils ne savent pas nager !

Ce que je viens de dire s'applique à toutes les

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armes , même à la cavalerie , quoiqu'elle en ait moins besoin que l'infanterie. On peut cependant rappeler, pour la cavalerie, le célèbre passage du Rhin par Louis XIV , et d'autres exemples encore.

En général, j'ai toujours pensé que les soldats français n étaient pas suffisamment exercés à la gymnastique, dont la natation fait partie, et dont les exercices sont si utiles au développement du corps et même à celui de l'intelligence. Les anciens y attachaient une grande importance. Je voudrais donc, (ju'à leur exemple , ces exercices entrassent dans l'éducation des troupes , et que les chefs eussent le bon esprit d'en faire un sujet de récréation et d'amusement , comme je l'ai souvent fait pratiquer. Je voudrais aussi qu'on accoutumât l'infanterie à faire de longues marches , en l'habituant par degrés à porter de fortes charges , enfin que tous les travaux auxquels elle peut être employée à la guerre , lui devinssent familiers , tels que ceux de l'artillerie et du génie. Déjà , dans une foule d'occasions, l'infanterie fournit des auxiliaires à ces corps spéciaux , car on la met partout. Pourquoi les canonniers et les sapeurs ont-ils généralement la supériorité sur les fantassins? C'est qu'ils sont sans cesse occupés, et qu'aucun genre d'instruction militaire ne leur est étranger. On ne dira pas que les détails du service de l'infanterie l'absorbent entièrement, et qu'en exiger davantage serait abuser de ses forces. Je connais, aussi bien que personne, jusqu'à quel point la force corporelle peut aller, et je sais, par expé-

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rience , qu'on l'augmente en l'exerçant; je sais aussi qu'à toute chose il faut du temps, et qu'il faut en accorder à l'infanterie, pour remplir l'objet de son institution; mais je sais qu'un fantassin n'est pas encore soldat, tel que je le conçois et tel que j'en ai vu, parce qu'il a appris à manier son fusil et à marcher en cadence. Pour le devenir, son corps doit être endurci aux fatigues et accoutumé au travail ; car c'est une erreur de croire que le soldat d'infanterie soit fait en trois mois, c'est-à-dire quand il sait l'exercice et qu'il a suivi les degrés des mouvements jusqu'à l'école de bataillon. Je suis convaincu qu'il faut plus de temps pour faire un bon soldat d'infanterie que pour faire un cavalier, et on sera de mon avis , si on considère que la sphère de celui-ci est circonscrite, tandis que le premier, par tout ce que l'on exige de lui, voit la sienne s'agrandir, à mesure qu'il avance dans la carrière. Les exemples, que j'aurai occasion de citer ailletu's , appuieront ces observations.

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