II. i-i
Le général Masséna se réserva le commandement direct de l'attaque de gauche et du passage de la Limmath , avec les divisions d'infanterie Lorge, Mesnard et Mortier , qui , ensemble . avaient en ligne vingt-six mille combattants; il avait en outre la réserve , composée de cavalerie et d'un corps de grenadiers, qu'il donna au général Klein. L'artillerie, les équipages de pont, et tous les moyens dont le général en chef disposait, y furent ajoutés. Le général IMasséna me confia l'attaque de droite ; pour cela , il me fit passer au commandement de la 3® division d'infanterie, dont la force s'élevait à près de dix mille hommes, et que le général Chabran me remit. La 4" division , que je laissai sur l'Albis, fut donnée au général Mortier.
Je me rendis à ma nouvelle destination , le 27 août. La 3^ division occupait la gauche de la partie supérieure du lac de Zurich, jusqu'à hauteur de l'embouchure de la Lintli. Je devais remonter cette rivière, pour en reconnaître le cours, et chercher sur la rive gauche un établissement où je pusse me préparer à la franchir, lorsque Tordre m'en serait donné. Je dus aussi favoriser le mouvement du général Molitor qui, partant deSchwitz, avec une brigade retirée au général Lecourbe , devait se diriger, par le lirackel et le Klanthal, sur Claris, pour appuyer ma droite.
Le général Masséna avait d'abord eu la pensée
d'effectuer le passage de la Limmalh, à son confluent avec l'Aar ; cette opération devait se faire, le 29 août , et j'eus ordre de faire en même temps mon attaque sur la Linth. d'en forcer le passage, et, après avoir rétabli le pont de Grinau, qui avait été détruit, d'attaquer Uznacb ; enfin , si je réussissais, je devais me pcjrter ensuite sur Rapperscbwyl. Mais ces deux opérations étaient prématurées-, des incidents firent manquer celle du général Masséna, qui me donna contre-ordre, pendant que j'étais moi-même en opération, et il se décida alors à donner la préférence au point de Dietikon, qui était mieux choisi. De mon côté , je n'avais pas non plus réussi ; je n'avais pas eu le temps de faire des préparatifs suffisants, et je trouvai l'ennemi en force trop supérieure. Le seul avantage que j'obtins, et il était important, fut, de concert avec le général Molitor, de nettoyer d'ennemis toute la rive gauche de la Linth.
Je n'avais pas de bateaux pour passer la rivière; je fis lancer des radeaux, mais ils furent entraînés par la force du courant. En même temps, nous fûmes accueillis par le feu d'une artillerie trèssupérieure à la nôtre, et qui démontait nos pièces. Enfin nous voyions l'ennemi se concentrer en force à Uznacb et recevoir même des renforts de Zurich, par le lac, où il avait une flottille bien armée ; il réunit bientôt quinze mille hommes et
Gla
ns.
cinquante pièces de canon derrière les marais impénétrables qui bordent la Lintb. J'essayais cependant de trouver un passage au-dessus, lorsque je reçus le contre-ordre du général en cbef. Combats A ma droite, je fus plus beureux : j'avais dirigé
sur la Linth et à j i j ^ c
la 36^ demi-brigade sur Claris, pour faciliter le mouvement du général Molitor, m'emparer des ponts sur la partie supérieure de la rivière , et m'en servir pour redescendre sur Uznacb. Le cbef de brigade Lapisse rencontra les Autricbiens près de Bilten et les attaqua vivement. Une forte batterie , qu'ils avaient placée sur la rive droite de la Lintb, défendait l'entrée et le passage de ce long défilé qui aboutit à Nœfels. Malgré cet appui, ((ue nous ne pouvions atteindre, les ennemis furent culbutés et poussés jusqu'au pont de Mollis, qu'ils se bâtèrent de détruire, avant même que leurs troupes l'eussent entièrement passé. Ils y perdirent beaucoup de monde , et ils se séparèrent d'une avant-garde composée de quinze cents Suisses, à la solde de l'Angleterre, qu'ils laissèrent entre Claris et le Klantbal.
Dans ce combat , la 36" demi-brigade se conduisit admirablement. Dans mon rapport du lendemain, je disais au général en cbef: a J'admirerai toute ma vie le courage d'un bataillon de grenadiers que j'avais formé pour cette attaque ; il est passé sous le feu de vingt jjièces de canon qui
tiraient à mitraille, et, sans lui répondre un seul coup de fusil, il a chargé à la baïonnette, pendant une lieue. L'ennemi a été mis dans une déroute complète, et a laissé le champ de bataille couvert de morts et de blessés. » Mais, à la nuit, recevant l'ordre du général en chef de rentrer dans mes anciennes positions, et n'ayant pas de nouvelles du général Molitor, je laissai seulement la 36"" demi-brigade sur les hauteurs de Reichenbourg, avec des postes au delà de Bilten, pour être préparée à se porter sur Nœfels, quand le général Molitor paraîtrait.
Ce général avait reçu fort tard l'ordre de mouvement , et il fut retardé dans sa marche par les difficultés des âpres sentiers de Brackel et du Klanthal, de sorte qu'il ne put descendre dans la vallée de Claris que deux jouis après l'engagement de Nœfels. Il y rencontra les quinze cents Suisses qui étaient restés en avant de Claris , soutenus par trois autres bataillons autrichiens qui arrivèrent successivement. Le général Molitor leur livra plusieurs combats dans l'un desquels , manquant de cartouches, parce que les mulets pouvaient à peine franchir le Brackel , il fut réduit à faire rouler des pierres sur les ennemis ; il les repoussa cependant avec de grandes pertes, jusqu'à l'autre extrémité du lac de Wallenstadt; il occupa Claris, Netsthal , Mollis, le Sernsthal et
Krenzen, sur le lac ; il communiqua enfin à Nœfels avec les postes que j'y avais laissés pour l'appuyer.
L'occupation de la rive gauclie de la Linth et du canton de Claris jusqu'au lac de Wallenstadt, nous fut sans doute d'une grande utilité, en nous rapprochant de la ligne de défense des ennemis, et en nous donnant la facilité d'en chercher les défauts , pour nous préparer à la forcer. Mais le général Hotze en relira, de son côté, l'avantage de se concentrer sur un espace plus resserré, où les obstacles de localité, augmentés par l'art et soutenus par les forces dont il disposait, pouvaient lui paraître insurmontables et lui permettre d'attendre, en toute sécurité, l'arrivée du maréchal Souwarov^. 11 pouvait presque être indifférent à la perte momentanée du canton de Claris, et peut-être même s'applaudir de nous avoir entraînés à diviser nos forces. C'était cependant une sécurité trompeuse, et c'était trop se fier à la fortune.
Description La Llutli dcsccnd des montagnes, au sud de
de la vallée de la „, . . , 11% 1 - 1 i
Liuthetdeia Claris , qui prolongent la chauie du î^cherhorn jusqu'au Kunkels. La vallée qu'elle forme prend le nom de Linthal. Elle reçoit la Serns, au-dessus de Claris, et le Klanthal , un peu au-dessous decette ville ; plus bas , la rivière qui sort du lac de Wallenstadt vient s'y réunir, vis-à-vis Nieder-
Linimatli.
Urneii. La Liiitli a ensuite un cours de près de cinq lieues, poin* aller se décharger dans le lac de Zurich, au-dessous de Grinau. Celte dernière parlie esl navigable et exlraordinairement marécageuse , surloiil à la rive gauche , depuis le lac de Wallenstadt juscju'à la hauteur de Billen, et l\ la rive droite, depuis Benken jus(|u'au lac de Zurich. Deux ponls servent , en temps ordinaire , à lier les communicalions des deux rives. Le premier, nommé Zollhruck, est silué entre rsieder-[^rnen et Wesen , et le second, entre Grinau et L/nach. C'est là qu'aboutissent les routes qui se dirigent sur Zurich, ainsi que celles ((ui s'élè\ent vers les vallées de la ïoss et de la Thur, vers Lichtensteig et Saint-Gall. Sur la rive droite de la Linth, entre Cznach et S( hennis, la vallée est belle, bien cultivée el plus élargie (ju'it la rive gauche; mais depuis la chapelle , (jui esl au-dessus de Schennis , elle est bordée par les rochers à pic du Rolhenberg , au pied desf[uels passe la route qui vient à Wesen, en suivant la rivière.
On peul déjà juger que les points accessibles de la Linth, enlre les lacs de Zurich et de Wallenstadt, étaient réduits à un bien petit nombre, puisque, depuis AYesen jusqu'à la chapelle de Schennis, d'un côté les marais , et de l'autre les escarpements des rochers du Rolhenberg, ne permettaient à des troupes ni de se former, ni de se développer,
et qu'il suffisait d'une bonne batterie pour défendre l'étroit passage du pont de ZoUbruck. La batterie s'y trouvait en effet ; elle était couverte par un retranchement , et le pont était détruit. La majeure partie du corps du général Jellachich était placée, à Wesen, pour défendre ce passage; le surplus était devant les postes du général Molitor, dans les montagnes du lac deWallenstadt.
Depuis la chapelle de Schennis jusqu'au-dessus de Benken, les bords de la Linth, quoique encore marécageux, étaient, de place en place, plus accessibles. C'est aussi dans cette partie que les ennemis avaient multiplié leurs moyens de résistance, en élevant une ligne continue de redoutes garnies de canons, et en faisant camper leurs principales forces, entre Schennis et Kaltebrunn, où le général Hotze établit son quartier général. Une chaîne de postes garnissait les bords de la rivière, et rien ne pouvait échapper à sa vigilance.
Les grands marais, entrecoupés de canaux qui sont vis-à-vis Benken, rendaient cette partie inaccessible jusqu'au pont de Grinau. J'ai déjà dit que ce pont était également détruit, et qu'une forte batterie, placée en face sur la route, en empêchait le rétablissement. Au-dessous du pont, à mesure que la Linlh s'approche du lac de Zurich, elle s'élargit, et son courant devient plus rapide; les deux rives sont couvertes de grands bois qui n'of-
fraient alors aucune issue praticable ; et , d'ailleurs, s'il eût été possible d'en ouvrir sur la rive droite , on eût été forcément ramené au point central d'Lznach, où était campée la réserve du général Hotze , soutenue en arrière par une division russe. Le lac de Zurich a onze lieues de long; les ennemis occupaient en forces sa rive droite, et une flottille de trente bateaux bien armés, que l'officier anglais Williams avait organisée, les rendait maîtres de la navigation.
En sortant du lac , à Zurich , la Lintli prend le nom de Limmath ; elle reçoit , au-dessous de la ville, les eaux de la Sihl ; elle passe à Baden et va se jeter dans l'Aar, près du village de Vogelsang. Les deux rives sont très-boisées , la rive droite commande généralement la rive gauche ; sur chacune d'elles il y a une bonne route parallèle à la Limmath , facilitant ainsi , de part et d'autre , les mouvements de troupes. Des deux côtés, on avait élevé des retranchements que sans cesse on perfectionnait ; des camps , des postes multipliés étaient distribués sur tous les points, pour prévenir les surprises; et des réserves, placées en arrière, se tenaient toujours prêtes à se porter sur les points qui seraient attaqués. Celles des Russes garnissaient les hauteurs qui dominent Zurich, et s'appuyaient à la ville.
Telles étaient les célèbres positions, au pied des-
quelles les ennemis ne doulaient pas de voir échouer nos efToi ts , si nous avions la témérité de les y diriger. Séparées par toute la longueur du lac de Zurich, elles ne pouvaient avoir entre elles que des rapports fort éloignés, qui les laissaient complètement indépendantes; elles ne pouvaient, ni pour l'attaque, ni pour la défense, se prêter aucmi secours, aucun appui, aucune influence; elles n'avaient, en un mot, rien de commun entre elles, si ce n'était d'appartenir au même plan d'ensemble, de telle sorte que les succès obtenus ou les resers essuyés sur Tune conmie sur l'autre, devaient produire un effet égal sur l'ensemble du résultat. Aussi les ennemis avaient-ils affecté des corps d'armée tout à fait distincts à ces deux positions : les Russes à la position de la Limmath et de Zurich , les Autrichiens à celle de la Linth.
Je sentais la marque de confiance que me donnait le général en chef, en me chargeant, seul, de l'attaque de cette seconde position; mais j'avoue qu'après l'avoir examinée , je fus effrayé des difficultés de l'entreprise, surtout de la faiblesse des moyens qui m'étaient accoidés [)()ur la faire léussir. Je me vovais combattant, sur un terrain presque inabordable, un général distingué, dont les troupes, du double plus nombreuses que ma division , étaient soutenues par une artillerie formidable, et avaient en outre une division russe en
réserve. Jaloux, cependant, de justifier le choix du général Masséna, et d'ajouter, si je le pouvais, quelque chose à l'honneur des armes françaises , j'acceptai avec empressement le devoir qui m'était tracé , et avec la résolution de tenter, pour le remplir, tout ce qui élait humainement possihle.
On peut trouver que j'entre ici dans beaucoup de détails; cependant il ne me paraît pas que je m'arrête avec trop de complaisance sur cette action , et il est certes bien loin de ma pensée de chercher à relever le mérite du succès que j'eus le bonheur d'obtenir-, .l'écris poui- employer mes heures de loisir et pour l'utilité de ceux qui voudront y chercber des sujets d'instruction. J'ajoute que je considère le combat de la Linth comme un de mes meilleurs faits d'armes, et il est tout simple que j'aime à y reporter mes souvenirs.
A la gnerre, les moyens inattendus sont ordi- Prépara-ifs nairement ceux qui font réussir les opérations , même les plus difficiles, à la fois par la surprise qu'ils occasionnent, et par les soins qu'on a pris pour en disposer l'exécution; l'essentiel est de les tenir secrets , jusqu'au moment d'en faire usage , et de ne point laisser pénétrer sa ])ensée sans nécessité. Il faut bien connaître le lieu où l'on est, les obstacles et les facilités qu'il présente, le parti que l'adversaire doit en tirer, ses dispositions, les points qu'il néghge, ceux où il porte le plus d'at-
de passage.
tention ; il faut contribuer soi-même à fixer cette attention par de fausses démonstrations, ou d'autres fois, par une indifférence affectée, suivant les divers cas. Un chef militaire doit observer toutes ces choses.
Mon premier soin fut d'étudier et de reconnaître, pas à pas, le cours de la Linth, depuis son embouchure dans le lac de Zurich jusqu'au pont de Zollbruck. Mais les ennemis , dont les postes garnissaient les bords de la rivière , étaient si méfiants, qu'ils ne laissaient approcher personne de notre côté , sans le couvrir de coups de fusil et de mitraille. C'était peu favorable aux observations. Cependant , par une convention tacite , les simples sentinelles étaient respectées de part et d'autre. Je tirai parti de cette circonstance pour faire mes observations, car j'ai pour principe qu'un chef doit voir par lui-même , quelque confiance qu'il puisse, d'ailleurs, accorder aux rapports qui lui sont faits. Pendant dix à douze jours, je me rendis successivement à tous mes postes avancés ; là , avec la capote et le fusil du soldat, je me faisais conduire en faction , et relever au bout d'une heure; rentré au poste, je crayonnais ce que j'avais vu, compté, mesuré, et j'emportais mes notes. Le fruit de cette étude, qui devenait fie plus en plus attachante, fut, que les difficultés cessèrent de me paraître insurmontables ; de loin
elles m'avaient étonné ; de près , elles grandirent mes idées et me suggérèrent des expédients qui me donnèrent des espérances de succès.
Je gardai, sans aucun changement , la position que j'avais prise en arrivant sur la Lintli , ma gauclie à Pfeffikon , sur le lac de Zurich, et ma droite à Pieichenbourg, d'où elle étendait ses postes jusqu'au delà d'Ober-Bilten , pour éclairer Zollbruch et lier communication avec le général Molitor. Mon quartier général tut établi à Lacken. Mon principal campement était sur les hauteurs deGrinau, où je fis élever des batteries, pour protéger le rétablissement du pont, lors du passage, et pour fixer de ce côté l'atlention que lennemi v avait déjà portée, lors de mes premières tentatives. Je choisis ce point pour ma fausse attaque, et j'arrêtai que l'attaque de droite aurait lieu, un peu plus bas que le coude formé par la Linlh, au-dessus d'Ober-Bilten , vis-à-vis l'espace qui est entre Schennis et la chapelle de ce nom. Un détachement, jeté dans les marais de Benken , devait en outre faire diversion, en menaçant ce village.
Quoique secondaire , l'attaque sur la Basse- Linth était néanmoins très-importanîe, puisqu'elle avait pour objet d'occuper les réserves des ennemis, et de m'ouvrir le passage sur Uznach, par le rétablissement du pont de Grinau. De front et de vive force, je me serais exposé à échouer, comme
au premier essai. J'avais par conséquent à diviser, encore ici, Tattention de l'ennemi , et à me créer des moyens tout nouveaux ; les importunes bravades de l'Anglais Williams m'y eussent peut-être fait songer , lors même que je n'eusse pas trouvé convenable de les comprendre dans mon projet. J'eus donc aussi une flottille composée de douze grandes barques, que nous eûmes le bonheur de trouver sur le lac de Zurich, de plusieurs nacelles et de trois fortes chaloupes, chacune armée de deux pièces de canon , que je fis équiper à Lacken .
De tout cela je formai deux expéditions , qui emportèrent douze cents hommes de débarquement. La plus faible eut ordre de remonter la Linth, jusque près de l'emplacement du pont de Grinau , de faire son débarquement à l'entrée des bois, et sous la protection de ce premier détachement , de faire ensuite passer rapidement les troupes qui étaient réunies sur la rive gauche; on travaillerait en même temps au rétablissement du pont, pour lequel les matériaux étaient préparés. L'autre expédition fut destinée à opérer un débarquement à la rive droite du lac de Zurich , entre Bolingen et Schmerikon, pour s'emparer de ce dernier village , intercepter la route de Zurich , marcher sur Uznach et protéger le ralliement des troupes qui auraient passé la Linth.
Je complais sur celte manœuvre , exéculée de nuit, pour porter la confusion parmi les ennemis. Enfin je prévis (|ue la flottille de l'Anglais Williams, dont la relâche était au port de Rapperscbwyl , pourrait venir troubler mon opéraiion. Indépendamment des canonnières qui eurent ordre de l'observer, une forle batterie fut établie à la pointe de la presqu'île de Hulten, qui s'a- Tance au milieu du lac et réduit sa largeui- à celle d'une bonne portée de canon, vis-à-vis Rasperscbwvl ; son feu pouvait contenir la flottille ennemie ou y jeter le désordre, si elle sortait.
Les plus grandes difficultés étaient a ma droite; il fallait les aborder de front et s'v présenter à découvert. Elles étaient surtr)ut augmentées par rimpossibilité de prendre sur les lieux la moindre disposition , qui pût être vue et donner de Tombrac'e à Tennemi. Or, dans une vallée étroite, oii il suffit de faire quelques pas sur la montagne, pour découvrir tout ce qui se passe à l'autre bord, il est impossible de cacher quoi que ce soit. Je ne laissai donc , devant le point que j'avais choisi pour mon passage, qu'un simple poste, comme il s'v trouvait déjà. Le choix de ce point avait été déterminé par la configuration de la rive droite; mais il correspondait, de notre côté, à un marais qu'il fallait traverser, avant d'arriver à la rivière. Il était nécessaire par conséquent de commen-
22i MÉMOIRES
cer par y ouvrir une route, pour y faire passer les bateaux indispensables à l'établissement du pont.
Dans la nuit qui précéda le passage, deux mille hommes arrivèrent , portant une grande quantité de fascines, qui étaient aussitôt recouvertes de forts madriers; ils étaient disposés en chaîne, et ils travaillèrent avec tant d'ardeur, tant d'intelligence , tant d'ordre et de silence , qu'en quatre heures de temps, le nouveau chemin se trouva terminé, sur une longueur d'à peu près 1 50 toises, et assez solide pour supporter les plus fortes charges. Alors les mêmes soldats reprirent leurs armes et marchèrent au combat.
Je n'avais pas d'équipage de pont et je n'avais trouvé sur la Linth aucune barque qui pût y être employée. Je fis venir du lac de Zug les bateaux nécessaires; les voitures avaient été commandées, sous prétexte de transport de subsistances ; il fallut des peines infinies pour les faire passer à travers les montagnes d'Einsiedlen , quoique les chemins eussent été réparés et élargis à l'avance. Le temps du trajet avait été calculé , de façon que les bateaux ne partissent du lac de Z.ug et n'arrivassent sur la Linth qu'au dernier moment. Des précautions analogues étaient prises pour les batteries qui devaient protéger le passage; on ne les établissaient que dans la nuit , pour qu'au jour, les
canonniers se trouvassent à c-ouvert. Tout fut ponctuellement exécuté.
Ces dispositions me semblaient les meilleures; elles ne suffisaient cependant point encore. L'ennemi occupait une position telle, qu'il pouvait toujours, sans bouger de place, déjouer mes efforts. Il me fallait un moyen pour l'étonner, peutêtre l'intimider et jeter de la confusion dans ses rangs. J'eus l'idée d'en employer un, peu usité, et qui, par cela même, réussit au delà de mes espérances. Cent soixante bons nageurs, commandés par un intrépide officier, l'adjudant-major Delare, furent réunis à Lacken, et exercés, pendant quinze jours, à des évolutions, oii on les accoutumait à observer le bon ordre, à se maintenir en troupe , à garder le silence , et à porter sur la tète, ou à une main, leur armement, composé de longues piques, de sabres ou de pistolets; j'y mis aussi une vingtaine de tambours avec leurs caisses'. Je donnai à ce corps, comme à chacun de ceux qui avaient à jouer un rôle dans l'opération, des instructions spéciales que je rapporte plus loin ^
Toutes ces dispositions exigèrent beaucoup de temps, et plus que n'en comportaient les dangers
\ . Voir à la fin du chapitre , note n° 48. 2. Voir à la fin du chapitre, pièces n" 19.
226 MÉMOIRKS
de noire aile droite, alors menacée par les vingtcinq mille Russes du maréchal Souwarow, et bientôt forcée de leur céder le passage du Saint-Gothard , la vallée de la Reuss et les entrées des cantons de Scbwitz et de Claris M le dévouement de mes troupes, ni mon activité ne pouvaient empêcher des relards inévitables ; néanmoins tout fut prêt, le 25 septembre, jour concerté entre le général en chef et moi. J'avais déjà, depuis quelques jours, les instructions du général en chef; elles étaient ainsi conçues :
« Lentzbourg, le 2b fructidor an vu (H septembre 1799).
« Ci-joint, mon cher général, la partie qui vous concerne de Tinstruction aux généraux pour le prochain mouvement général. Prenez vos mesures, de manière à être prêt à l'exécuter, au jour qui vous sera fixé par une lettre particulière.
« Masséna. »
Extrait de C instruction aux généraux . pour le mouvement général qui doit avoir lieu,
« Le général Lecourbe doit marcher droit avec la majeure partie de ses forces sur Dissenlis , llanlz, et se rendre maître des deux ponts sur le Rliin à Reichenau. Sa droite doit se porter sur
Airolo, au point de jonction des trois vallées de Brenic , du Tessin et du Rhône ; le point de Splugen étant le seul débouché qui reste après I occupation de Dissentis, pour aller d'Italie dans les Grisons, le général Lecourbe doit envoyer des troupes pour l'occuper, dès qu'il croira pouvoir' le faire sans se compromettre.
(( La brigade qui est à Glaris doit faire filer un corps de troupes sur Flins; le reste de celte brigade doit menacer Wesen ; et si le général Soult ])arvient à passer la Linth, il y doit prendre position. Ce dernier corps de troupes, sous les ordres du général Molitor, doit rester à Wesen , à moins d'ordres exprès du général en chef ou du général Soult , ses mouvements étant absolument subordonnés à ce dernier.
M Le général Lecourbe, maitie de Reiclienau , doit faire descendre le Rhin à (quelques troupes , et menacer Coire , comme aussi envoyer quelques troupes sur Ragatz par le mont Kunkels.
« Le général Soult doit passer, s'il est possible, la Linth , entre le lac de Wallenstadt et celui de Zurich. S'il parvenait à effectuer ce passage, il diviserait sa troupe en deux corps; l'un prendrait à sa gauche et se porterait sur Rapperschwyl, et l'autre menacerait Lichtensteisr- H aurait soin encore de garder en force Wesen , et ne devrait quitter celte dernière position qu'après qu'elle
aurait été occiinée par les troupes du général
Molitor.
« M ASSÉNA,
Le général en chef me laissait libre de mes dispositions , en y comprenant la brigade Molitor, qui était à ma droite, dans la vallée de Claris. Cette brigade fut laissée en observation devant Wesen , pour contenir le corps du général Jellaclîich et intercepter, par une batterie construite également pendant la nuit de l'attaque, la route de la rive droite; elle avait aussi des détachements dans le haut du Linlhal et du Sernsthal, pour observer ces passages et pour communiquer avec le général Lecourbe.
Je transcris ici mon rapport au général en chef, sur le passage de la Linlh :
« Saint-Gall, 18 vendémiaire an vu.
Bataille « Le 3 vendémiaire (25 septembre), les troupes
(le lil LÏDtll. llonl-'- 1 I IT'1
de la 6 division recurent ordre de passer la J.intli , entre les lacs de Wallenstadl et de Zurich. Cette rivière rapide, non guéable et très-marécageuse sur ses bords, était défendue par plus de quarante redoutes et par de nombreux postes que fournissaient les trois camps autrichiens de Wesen, de Schennis et d'Lznach -, l'ennemi avait en outre une réserve à Raltebrunn. 11 était donc impossible
de le surprendre ; il fallait tout tenter de vive force et rendre, sinon nul, au moins peu nieuitrier, le feu de ses batteries. Pour y parvenir, je pris les dispositions suivantes :
« A trois heures du matin, pendant que le chef de brigade Lochet, à la tète de huit cents hommes partis de Lacken , opérait un débarquement à Schmerikon, sous la protection de trois chaloupes canonnières, C(jmmandées par le lieutenant Gauthier; qu'il suivait le chemin de ce village au bourg d'Uznach, qu'il s'emparait des redoutes de l'ennemi, qu'il attaquait son camp, qu'il faisait rétablir le pont de Grinau et facilitait le passage des troupes du général Laval, cent soixante nageurs , armés de lances , de piques , de pistolets et de sabres, réunis vis-à-vis Schennis, sous la conduite de l'adjudant-major Delare, traveisaient la Linth, enlevaient les postes ennemis, placés au point déterminé pour le passage, s'emparaient des redoutes, battaient la charge, portaient la terreur dans le camp autrichien , et facilitaient, par ce mouvement aussi hardi qu'extraordinaire, le moyen de lancer à l'eau les barques destinées à l'établissement d'un pont, ainsi qu'à porter sur la rive droite le bataillon de grenadiers. Cela s'exécutait, tandis que le chef de brigade Lapisse, chargé de la fausse attaque du centre, contenait,
d'une rive à l'autre, les iroupes de reufort qui arrivaient aux ennemis.
« Il était cinq heures, le jour commençait à paraître ; l'ennemi , revenu de sa surprise , forma des colonnes d'attaque et marcha sur nous. Six compagnies seulement étaient passées; trois fois, nous nous emparâmes de la tête du village de Schennis, et trois fois nous en fûmes repoussés. Le passage se continuait , nous nous maintînmes; la résistance fut extrême, l'acharnement si grand, et chacun y prit tellement part, que le lieutenant feld-maréchal Hotze, commandant en chef l'armée ennemie', y perdit la vie; quelques heures après , son corps fut trouvé sur le champ de bataille parmi ceux de plusieurs autres officiers su-
i. Le lieutenant feld-maréchal Hotze était un des plus distincjués des généraux de l'armée autrichienne , et d'un âge qui lui pronietiait un brillant avenir. INé à Richtenschwyl , sur le bord du lac de Zurich , ce fut presque à la vue de ses fovers qu'il trouva la fin de sa carrière. Les Suisses , ses compatriotes, et les Autrichiens, le regrettèrent beaucoup. Il était aussi utile aux allies , par ses talents, que par la connaissance particulière qu'il avait du théâtre de la guerre, et par l'estime générale dont il jouissait. iS'ous avons vu, qu'en quittant la Suisse, l'aichiduc Charles lui avait laissé le commandement de l'aimée alliée, pour le remettre au maréchal Souwarov^' Sa mort fut, sans aucun tloute , une cii constance très-favorable pour nous, surtout parce (pi'elle survint an commencement de la bataille.
Le lieutenant général Petrasch remplaça le général Hotze dans le commandement de l'armée autrichienne.
DU MARÉCHAL -GÉ^iÈRAL SOULT. 231
périeurs; je le fis enlever et rendre avec honneur aux ennemis.
a Déjà le 2^ bataillon de la ^.V denii-l)rigade d'infanlerie légère avait suivi les grenadiers, je m'en servis pour attaquer de nouveau Schennis; l'ennemi v fut forcé et mis en désordre; il se relira sur Kaltebrunn.
« Le passage étant effectué, et les troupes de l'attaque du centre n'y étant plus nécessaires, je fis poster, vers IJznacli, deux bataillons de la 36^ demi-brigade, commandés par le chef de brigade Lapisse. Pour s'y rendre, ils devaient passer sur le pont de Grinau, qui était létabli; mais à peine la troupe y était-elle engagée, que le pont se rompit. La réserve des Russes, venue de Raperscliwyl au secours des Autrichiens, s'avançant alors en colonne d'attaque, se présenta avec une audace rare, pour charger ce (jui était déjà passé sur la rive droite. 11 ne restait à cette troupe d'autre chance que la victoire ou la mort; le chef de brisade Lochet le lui fit sentir. Elle reçut la charge des Russes avec sang-froid, et après un feu terrible, qui mit le désordre dans les rangs ennemis, elle-même fit une charge, si à propos, que presque tout fut prison tué; un colonel, trois cents hommes et un drapeau restèrent en notre pouvoir. La terre était couverte de morts.
«A Kaltebrunn, l'ennemi tenait encore, mais peu
après, je fis emporter ce \illage à la baïonnette; nous y fîmes quatre cents prisonniers. La nuit mit fin au combat. »
Journée du 4 vendémiaire (26 septembre) :
ce Quoique l'attaque faite la veille sur Kaltebrunn eût parfaitement réussi, l'ennemi voulut reprendre ce poste, et, pendant la nuit, il porta d'Uznach, sur Benken , un corps de douze cents hommes d'infanterie et un escadron de Granitzhussards. Instruit de son mouvement, je le fis entourer, de grand matin , par la 36'' demi-brigade. Tout ce corps mit bas les armes , et avec lui nous prîmes cinq pièces de canon.
« Vers Wesen, l'ennemi faisait beaucoup de résistance ; neuf cents hommes et huit pièces de canon couvraient cette ville et la défendaient avec opiniâtreté. Le chef de brigade Godinot, qui, depuis la veille, tenait cette troupe en échec, en même temps qu'il garantissait mes derrières pendant les attaques de Schennis et de Kaltebrunn , fut chargé de prendre Wesen. Cet officier s'en acquitta avec autant d'intelligence que de bravoure; un bataillon tourna Wesen par les montagnes d'Âmon ; un autre attaqua la ville de front , et, après trois heures de combat, huit cents hommes, huit pièces de canon et vingt caissons furent en notre pouvoir.
« Pendant le jour , quelques hommes à cheval avaient pu passer par le pont de Grinau et sur le pont volant, vis à-vis Schennis ; je les donnai au chef de brigade Lochet, pour poursuivre l'ennemi qui, de tous côtés, se retirait précipitamment. Son arrière-garde fut jointe à Lichtensteig, dans la vallée de la Toss ; on lui prit encore une pièce de canon et cent hommes.
« Les clialoupes canonnières , qui avaient si bien manœuvré sur le lac de Zurich , et protégé par leur feu le débarquement de Schmerikon , se portèrent ensuite sur Raperschvvyl , où elles prirent toute la flottille de l'anglais Williams, tandis qu'un fort détachement que j'avais fait partir d'Uznach, y arriva par la grande route, et s'empara de plusieurs pièces de canon , de beaucoup d'affûts et de grands magasins de vivres.
« Le résultat de ces deux journées de victoiie , où tous les officiers se sont conduits de manière à mériter les plus grands éloges, nous a donné trois mille cinq cents prisonniers , vingt-cinq pièces de canon , trente-trois caissons , quatre drapeaux et une flottille; la perte de l'ennemi, en hommes tués et blessés, est en outre fort considérable ; on en compte plus de deux mille.
« Je parlerai avec plaisir du chef de brigade Lochet , commandant la 94^ de ligne, qui n'a rien trouvé de difficile pour son courage, dans la miS'
sioii importante que je lui avais confiée ; de son adjudant-major Valot, qui, le premier, mit pied à terre à Schmerikon , de l'adjudant-major Deiare, de la 36% commandant les nageurs, ainsi que des dix officiers qui, avec ces lionmies intrépides, contribuèrent d'une manière si distinguée au succès de la droite ; du capitaine Muller, commandant le bataillon de gienadiers, à la tête duquel étaient les carabiniers de la 25® demi-brigade d'infanterie légère. On n'est pas plus brave que ce bataillon, on n'est pas plus audacieux que son chef : il fut blessé dans une charge à l'attaque de Scbennis , après avoir résisté plusieurs heures aux efforts de deux bataillons autrichiens , qui étaient en avant de ce village.
(( L'artillerie, commandée par le chef de bataillon Guarlia, a été d'une adresse admirable, et le détachement de pontonniers, aux ordres du capitaine Chapelle, d'une activité exemplaire.
cf I,e général Mainoni commandait la brigade de droite, et le général Laval celle de gauche ; ils se sont l'un et l'autre acquis beaucoup de gloire. L'adjudant général Saligny ne s'est pas moins distinsué: cet officier réunit des connaissances rares à une bravoure remarquable.
(( Je ne puis m'empécher de citer le capitaine Franceschi, mon aide de camp, qui, dans ces deux journées, a donné , comme dans les autres occa-
DU MARÉCHAL -GÉNÉRAL SOULT. 23ï>
sions, des preuves multipliées de valeur et d'une grande intelligence. »
Suivaient d'autres citations et des demandes de récompenses , (jui furent presque toutes accordées.
Sur ma droite et en même temps, le général Molitor était attaqué par les avant-gardes des généraux Jellacliich et f.inken , qui précédaient le mouvement du maréchal Souwarow. D'une part, huit bataillons autrichiens, partis de Wallenstadt, attaquèrent vivement, dans la journée du 25 septembre , les ponts de Claris et de Netsthal ; mais ils furent constamment repousses par les trois bataillons qui gardaient ces postes. De l'autre , la division autrichienne du général Linken descendait le Sernslhal, et dépassait déjà le village d'Engi. Trop faible pour l'arrêter , le général Molitor ne pouvait que ralentir sa marche. Un bataillon, placé à Mitlody , pour couvrir Glaris, lutta pendant toute la journée contre des forces supérieures; mais il ne put, à la fin, empêcher l'ennemi d'entrerdans celte ville. Cepeuilant, le lendemain, comme le chef de brigade Godinot venait d'enlever Wesen, le général Molitor, à qui je fis passer des renforts, put déboucher sur le corps qui avait attaqué Netsthal, le repousser au delà de Kremsen , en lui faisant six cents prisonniers, et prendre, en
même temps, une bonne position en avant de Nœfels, pour empêcher le général Linken de déboucher de Claris.
L'armée russe du maréchal Souwarow allait arriver. Mais je dois suspendre le récit des opérations sur ce point, pour rapporter la victoire l'emportée, par le général en chef Masséna, sur la Limmath et à Zurich.
Bataille Trois attaciucs furent formées : celle de droite ,
de Zurit 11 . ^
commandée pai- le général Mortier , eut pour mission de repousser dans Zurich le corps russe qui était campé en avant de la ville , sur les deux rives de la Sihl. A la gauche, le général Ménard reçut ordre d'attirer l'attention des ennemis vers la basse Limmath et de jeter quelques tioupes sur la rive droite, au moyen des bateaux qu'à cet effet on fit descendre de la Reuss et de l'Aar. Enfin, la principale attaque que dirigeait en personne le général en chef, devait forcer le passage de la Limmath , à Dietikon , et combattre les principales forces ennemies.
Ces dispositions eurent partout un plein succès. Non-seulement le général Mortier réussit à faire rentrer dans Zurich le corps russe qui était sur la Sihl, mais il le maltraita de telle sorte, que le général Korsakow détacha six bataillons de sa réserve, pour secourir ce corps. Ainsi, au début de TaltaquCjle général ennemi commit la fautededé-
garnir son centre, pour défendre Zurich, tandis qu'il pouvait se contenter de détruire les ponts et de laisser la ville se défendre elle-même , ou du moins de n'y laisser que peu de troupes, qui y auraient suffi.
Un feu très-vif, et les démonstrations apparentes que fit le général Ménard pour passer l'Aar , immédiatement au-dessous du confluent de la Limmatb, trompèrent encore les ennemis; ils crurent que le véritable passage devait s'effectuer sur ce point, et ils y laissèrent, pendant toute la journée du 25 septembre, une partie de leurs forces.
Ces deux méprises favorisèrent singulièrement l'attaque principale, pour le succès de laquelle le général Masséna avait d'ailleurs fait les meilleures dispositions. Dans la nuit qui précéda le passage, l'artillerie destinée à le protéger fut placée en position, les troupes se rendirent au bord de la rivière, où l'on fît aussi arriver, par terre, de Bremgarten sur la Reuss, un bel équipage de pont. A la pointe du jour, on lança les bateaux, et six cents hommes d'élite furent aussitôt transportés sur la rive droite. Un feu très-vif de mousqueterie et de mitraille partit alors des postes ennemis : bientôt nos batteries l'eurent éteint; les Russes, poursuivis au pas de charge , se rallièrent au bois de sapins qui borde le plateau de Fahr, et y soutinrent une heure d'engagement. Cependant, des
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renforts arii valent incessamment à notre avantgarde, et le pont s'établissait sans obstacle ; il était fini à sept heures et demie, et les troupes de toutes les armes le passèrent. A dix heures , le général Masséna était maître des camps de Weiningen et de Hong ; il occupa les hauteurs qui séparent la vallée de la Limmath de celle de la Glatt , y prit position , et poussa ses postes jusqu'à la route de Winterthur, par Schwaniendingen , au revers du Zurich-Berg. Tels étaient les succès de la première journée; la seconde fut pour les résultats.
Revenu de sa méprise , le général Rorsakow rassembla, pendant la nuit, son armée en arrière de Zurich, et il fit venir, par des détours, le corps qui était sur la basse Limmath et sur l'Âar. Au jour, on vit Tarmée russe en bataille , formée sur plusieurs lignes parallèles à la route de Wintherthur, la droite appuyée à la Glatt, le centre couronnant les hauteurs du Zurich-Berg , et la gauche dirigée vers Zurich. La ville était encore occupée par des troupes, qui en préparaient Tévacuation.
De son côté, le général Masséna ^'était aussi renforcé de toutes les troupes qu'il avait pu tirer de la rive gauche de la Limmath, et il se disposait à renouveler ses attacjues, pour forcer les ennemis dans leurs positions, et pour entrer de vive force, par les deux rives, dans Zurich; mais il fut prévenu. Le 26 au matin, le général Korsakow en-
gagea le combat sur la route de Wintberthur, qui devait servir à la retraite de son armée. Il lui importait essentiellement de s'en rendre maître. Cette route, nécessaire aux deux armées, était comme le gage de la bataille; aussi fit-on, de part et d'autre, les plus grands efforts pour s'en emparer ou pour s'y maintenir. Elle fut prise et reprise plusieurs fois , et on s'y battit avec acbarnement. A la fin cependant, une dernière cbarge, exécutée avec impétuosité par les généraux Lorge etGazan, nous en accjuit la possession. Les Russes furent culbutés et obligés de se sauver, dans le plus affreux désordre, n'enunenant qu'une seule pièce de canon , et laissant au pouvoir des vainqueurs le restant de leur artillerie, la totalité de leurs bagages , une multitude innombrable de voitures de toute espèce, et plusieurs millieis de prisonniers. Le sort de Zuricb était décidé; mais les Russes y avaient encore une arrière-garde, qui en défendait l'entrée, pour laisser écouler leurs équipages. Le général Oudinot, cbef de Tétat-major de l'armée, se mit à la tête d'une colonne, pénétra dans le faubourg, marcba vers la porte de Baden, qu'il força à coups de canon , et poursuivit les ennemis à travers les rues; en même temps, le général Klein entrait dans la partie de la ville située sur la rive gaucbe de la Limmatb. Le plus grand désastre que puisse éprouver une ville, est d'être prise d'as-
saut. La voi\ des officiers est alors impuissante , pour contenir les soldats exaspérés par la résistance qu'ils ont rencontrée , et souvent engagés dans une multitude de combats particuliers. La ville de Zin^ich éprouva ce malheur; beaucoup d'excès y furent commis, et beaucoup de sang fut répandu. Le célèbre Lavater y perdit la vie ; il fut frappé par une balle tirée au hasard, car les recherches les plus minutieuses, faites pour découvrir l'auteur de sa mort , furent infructueuses. Lavater était entouré de la vénération publique, et sa mort causa l'impression la plus douloureuse.
Quelques colonnes russes parvinrent seulement à s'échapper et à gagner Schaffhouse, où le général Korsakow les rallia avec le corps de Condé , fort de six mille hommes, et avec une division de dix mille Bavarois , qui y arrivaient en même lemps. S'il nous avait été possible , au général Masséna et à moi, de poursuivre vigoureusement, chacun de notre côté , les corps russes et autrichiens qui venaient d'être défaits, nous aurions, sans aucun doute , achevé la destruction de ce qui en restait encore ; mais l'armée du maréchal Souwarow, qui débouchait sur nos derrières, ne nous le permit pas. Le général Masséna arrivait sur la Thur, et j'arrivais moi-même à Lichtensteig, avec la brigade du général Laval , après avoir envoyé
le général Mainoni au soutien du général Molitor; je suivais , mais sans dépasser toutefois Lichtensteig, le corps du général Petrascli, qui se retirait précipitamment par Saint-Gall, sur Rbeineck , où il se hâta de repasser le Rhin ; lorsque nous apprîmes que le maréchal Souwarow \enait de forcer le passage du Saint-Gothard et accourait au secours de ses lieutenants.
Lorsqu'il avait appris la défaite des Russes devant Zurich , il avait écrit à ses généraux : « Vous répondez, sur votre tète, d'un pas de plus que vous feriez en arrière. Je \iens réparer vos fautes. » Il n'arriva, cependant, que pour en augmenter encore les conséquences.
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NOTES ET PIEGES