‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'instruction envoyée d'Italie par le maréchal Arrivée

■' (lu maréchal

Souwarow aux généraux de l'armée alliée, en souwarow au

Saint-Gotliard.

Suisse ^ , et qui fut trouvée dans les papiers que nous primes , est un document d'autant plus précieux qu'il éclaire parfaitement sur le plan d'attaque du généralissime russe , sur la réunion , la marche et la direction de ses troupes. On y remarque sa prévoyance à faire appuyer leurs mouvements , ses vues sur l'usage de l'arme blanche et sur l'emploi des colonnes dans les attaques , enfin les divers degrés de confiance qu'il accordait aux généraux autrichiens Hotze et Linken, en leur demandant des renseignements sur les localités , et leur avis sur la manière de faire la guerre en Suisse. Il indiquait , à jour fixe, son arrivée au pied du Saint-Gothard, et l'instant où il commen-

i Voir à la fin âi\ chapitre, n° ;21 .

cerait ses opérations. Mais il éprouva des retards que nous mimes à profit.

Au lieu d'être à Airolo le 17, comme il l'avait annoncé, il n'y arriva f[ue le 23, et il en repoussa sans peine le poste français qui s'y trouvait. Le lendemain , il marcha à l'attaque du Saint-Gotliard. La colonne du général russe Rosenberg , destinée à tourner le passage , se dirigea , par les sources du Rhin et fOber-Alp, sur l rsereii, pour gagner l'entrée de la Reuss, en s' assurant du passage du trou d'Lri et du pont du Diable. Celle du général autrichien Auffenberg se ])orta de Dissentis , par le Crispait et le Maderanerthal . sur Amsteig , afin d'intercepter la retraite de nos troupes qui défendaient le Saint-Gothard. Le général Linken opéra son mouvement sur Glaris , comme je l'ai rapporté déjà, et le corps du colonel Strauch fut chargé d'inquiéter, dans le haut Valais , la division du général Turreau ; tandis que le maréchal Souwarow, gardant avec lui ses principales forces , se chargea lui-même d'emporter de front la position .

Rcsistan.T H disposait d'une supériorité de forces telle, que

le résultat de son attaque ne pouvait être douteux . Néanmoins, le général (iudin , qui était chargé de défendre avec sa brigade le Saint-Gothard , lui opposa, pendant toute la journée du 24 septembre, une si giande résistance, que les Russes per-

n|iinlAti'e ilf

grniT.iiix Giidiii

et Leroiiilic.

dirent plus de douze cents hommes, et reculèrent. Pour la première fois , les exhortations et les menaces de leur général restèrent impuissantes . On raconte qu'il fit alors creuser une fosse, et qu'il y descendit , en disant qu'il ne voulait pas survivre à la honte de ses enfants , et qu'il serait enterré là où il les vovait reculer. A cette vue, les Russes font un dernier effort pour forcer le passage, en même temps que des détachements cherchent à tourner, dans les rochers , les flancs du général Gudin. Mais celui-ci effectue sa retraite en bon ordre sur Urseren, où il est renforcé par deux bataillons du général Loison , et il se hâte d'aller prendre position sur le mont Furca et leGrimsel, pour défendre la tète des vallées du Rhône et de l'Aar. Cette position le plaçait aussi à portée de reprendre le Saint-Gothard , si Tennemi s'en éloignait , et de conserver à la droite de l'armée l'appui de la cime des Alpes.

Cependant le général Lecourbe , instruit de l'attaque du maréchal Souwarow, accourait au secours du général Gudin, avec le restant de la brigade du général Loison ; il espérait le joindre à Urseren , le 25 septembre ; mais l'ennemi y était déjà , et le général autrichien Auffenberg débouchait, parle Maderanerthal , sur Amsleig. Obligé de se replier, le général Lecourbe fit cependant défendre par son arrière-garde le pont du Diable,

qui fut coupé; les Russes y perdirent encore beaucoup de monde et de temps, avant de pouvoir rétablir le passage. Le général Lecourbe dégagea Amsteig, et il concentra sa défense sur la rive gauche de la Reuss, depuis Ertsfeld jusqu'au lac de Lucerne, pour couvrir le canton d'Underwald, et empêcher les Russes de se porter sur Lucerne par la rive gauche du lac, comme ils en avaient le projet. Il fit , dans cette position , une si belle défense , que quatre bataillons , dont un de grenadiers , résistèrent , pendant trois jours , à tous les efforts des Russes , et parvinrent à s'opposer au rétablissement des ponts d'Ertsfeld et d'Âttinghausen. Le général Lecourbe eut même l'audace de passer la Reuss vis-à-vis Seedorf, et d'aller, avec deux bataillons et deux pièces de canon , jeter l'alarme dans le camp russe , qui était derrière Allorff. Cette entreprise eut l'heureux effet d'en imposer aux ennemis, et de leur faire croire qu'ils avaient devant eux des forces considérables.

Lemarédnii Cc fut à Altorff quc Ic maréchal Souwarow reçut

peït"pàri°éué°rer 1» nouvcllc dc la doublc victoire que nous avions er<îirsrend"ur rcmportéc sur la Limmath et sur la Linth, et que, dans sa colère , il écrivit à ses généraux la lettre foudroyante que nous avons déjà citée. 11 leur ordonnait de rallier leurs troupes et de se reporter en avant ; il prescrivait surtout au général Korsakow de réunir à son corps d'armée la division bava-

Srliwitz.

roise et le corps du prince de Condé, pour attaquer notre gauche , la repousser derrière la Limmatb , et reprendre la position de Zurich. Il voulait se porter lui-même sur Zurich, parla rive gauche du lac de ce nom , pendant que le corps du général Linken, qui était déjà rendu à Claris, tiendrait tête au général Lecourbe. il espérait enfin que ces dispositions couvriraient les corps dispersés des généraux Petrasch et Jellacliich , leur permettraient de se remettre en ligne , et que l'armée française serait ainsi forcée d'abandonner les avantages qu'elle venait de remporter.

Ce second plan , produit par les circonstances , pouvait encore avoir quelques chances de succès et entretenir, pendant quelques jours, l'espoir des alliés; mais Souwarow, invincible jusqu'alors, touchait au terme de ses exploits. Rien ne l'empêchait de faire remonter à son armée le Schachentbal . et de descendre , par un chemin assez bon , dans le Linthal , pour joindre, à Claris, la division autrichienne du général Linken. Mais il préféra suivre une disposition de son premier plan, et se porter sur Schvvitz, pour menacer nos derrières , nous attirer de son côté , et mieux dégager ainsi les deux corps de Korsakow et de Petrasch. Ainsi, il partit d'Altorff, remonta le Schachenthal jusqu'à Spiringen , traversa la chaîne du Bruhnwaldberg , et descendit dans le Muttenthal ,

d'où il s'avança jusqu'à Briinnen et Schwitz. C'est là que sa marche devait s'arrêter.

Dispositions Le rapport des progrès des Russes dans la vallée

général Masséna. de la Reuss u'avait pu parvenir au général Masséna qu'après son entrée à Zurich , le lendemain du second jour de la bataille , au moment où les troupes qu'il avait mises à la poursuite du corps d'armée de Korsakow arrivaient sur la Thur. Aussitôt il donna ordre aux divisions des généraux Lorge et Ménard d'y prendre position , pour contenir les eiHiemis , s'ils revenaient sur leurs pas. Il fit diriger la quatrième division , commandée par le général Mortier, ainsi que la réserve de grenadiers , sur Schwitz , où lui-même se rendit , et il m'ordonna de venir immédiatement l'y joindre, pour prendre le commandement des troupes qu'il destinait à agir contre les troupes de Souwarow.

J'étais alors à Lichtensteig. J'avais envoyé ime partie de ma division à INœfels, au secours du général Molitor ; une autre partie s'étal^lissait à Wesen , et le restant suivait, jusqu'au delà de Saint-Gall, les divisions battues du général Holze, qui se retiraient dans le Rhinthal. Ces dispositions étaient la conséquence de celles du général en chef.

Je laissai ma division au général Gazan, et j'arrivai près du général Masséna, à Schwitz, le 7 vende-

DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOLLT. 26a

miaire (29 septembre). Le même jour, le général Mortier avait eu un premier engagement avec lavant-garde russe, qu'il chassa de Schwitz et qu'il repoussa dans le Muttenthal. Le combat fut très-vif; notre colonne , s'étant portée , avec précipitation, devant Mutten, donna sur mi gros d'ennemis, qui lui fit éprouver des pertes , et la ramena ; mais les renforts que le général Mortier reçut à propos lui firent reprendre l'avantage. Il pénétra de nouveau dans la vallée , et s'v établit ; le lendemain , il y fit encore des progrès qui l'y affermirent. L'issue de la vallée fut ainsi entièrement fermée de ce côté , tandis que le général Loison établit sa brigade aux débouchés de Schachenlhal, par lesquels les Russes étaient venus.

La marche des Russes avait été très-lente ; leur armée formait une longue colonne décousue. Il ne leur restait plus que le passage du Brackel, pour sortir du Muttenthal , et se rendre , par le Klanthal , à Claris , où le maréchal Souwarow devait croire que , suivant ses premières instructions, les généraux Linken et Jellachich s'étaient réunis et maintenus. Ne pouvant différer de les joindre , il engagea son avant-garde dans cette direction ; mais il apprit qu'un corps français , placé dans le Klanthal , interceptait les communications , et l'empêchait de recevoir des nouvelles. 11 crut pouvoir l'intimider, et il le fit som-

mer de se rendre. C'était un bataillon de la 84" demi-hrigade , que le général Molitor avait laissé pour garder le débouché du Klanthal , pendant qu'il avait lui-même des affaires très-vives contre les Autrichiens , et qu'il les repoussait de Glaris. La réponse à la sommation fut : que ce serait luimême qui ne tarderait pas à se rendre, que son rendez-vous avec les généraux Linken et Jellachich était manqué , que ces généraux venaient d'être battus et rejetés dans les Grisons. Souvvarow alors n'eut d'autre parti à prendre que de suivre, avec le restant de son armée, le mouvement de son avant-garde , et de s'ouvrir le passage du Klanthal.

^^ lst°chfrae°"'* ^^^ "^^" arrivée à Schwitz , le général en chef con'rr'Te"'nwré- "^'avait rcmis le commandement des corps deJ»tinés à agir contre le maréchal Souwarovv, et il était retourné, de sa personne, auprès des divisions qu'il avait laissées sur la Thur. Il y renvoya même la réserve de grenadiers tirée de ces divisions, pour agir contre le corps d'armée de Korsakow, et le rejeter définitivement au delà du Rhin. Les troupes dont il me donna la direction formaient trois autres divisions : celle que j'avais au passage de la Linth ; celle du général Mortier, auparavant commandée par moi , et celle du général Lecourbe. Ce général avait quitté, la veille, sa division pour se rendre à l'armée d'observation du

clial Souwnrow.

Rhin , au commandement de laquelle il venait d'être nommé *.

Je m'empressai de prendre des dispositions, pour

I . Quelques écrivains ont fait honneur au général Lecourbe, de la défaite du maréchal Souwarow, et des pertes considérables que les Russes subirent, dans leur retraite. Leur légèreté à adopter des récits inexacts , et quelquefois intéressés, sans prendre la peine de les vérifier, peut-être même d'autres motifs que je ne veux pas apprécier, sont cause de cette erreur, que j'ai pu contribuer à accréditer, par mon silence. Mais je n'ai jamais aimé à entretenir le public de mes services, et j'ai même, plusieurs fois, refusé les demandes de renseignements personnels , qui m'ont été faites , par des compilateurs de biographies. Je pensais que la publication des documents officiels, qui seuls doivent servir de matériaux à l'histoire, rétablirait, tôt ou tard , la vérité, ou tout au moins , que je serais à temps , lorsque je m'occuperais de la rédaction de mes mémoires.

Ce moment est venu. J'ai toute ma correspondance avec le généial en chef, et avec les officiers sous mes ordres , celle que j'ai reçue, comme celle que j'ai écrite, pour rétablir les faits, dans toute leur précision. J'ajoute , pour la mémoire du général Lecourbe , que sa carrière , si brillante et si prématurément terminée , n'a pas besoin qu'on lui attribue ce qui ne lui appartient pas.

Le général Lecourbe , si bien secondé par les généraux sous ses ordres , et notamment par les généraux Gudin et Loison , rendit, à l'armée fi-ançaise, l'éniinent service de retarder la marche de l'armée russe dans la vallée de la Reuss , depuis le Saint-Golhard , jusqu'au lac des Quatre- Cantons , en lui disputant le teirain pas à pas , et en ne cédant qu'à des forces qui devaient l'écraser. Il déploya autant d'habileté que de courage et de ténacité. Ce fut à la fin de

2fi8 MÉMOIRES

resserrer l'armée de Souwarow dans le Muttenlhal. Mais, prévoyant que la pénurie des vivres et la nécessité de continuer ses opérations l'obligeraient bientôt d'en sortir, je me préparai aussi à

cette retraite, devant Altorf, qu'il reçut sa nomination au commandement de l'armée d'observation du Rhin , et il partit immédiatement, pour se rendre à son nouveau poste. Ainsi, il n'a pu prendre aucune part aux opérations suivantes , lorsque nous avons repris l'offensive contre le maréchal Souvrarow.

La part exclusive qu'on a essayé de faire au général Molitor, d'avoir fait échouer le second projet du général Souwarow, n'est pas plus exacte. Ce général s'est brillamment conduit, il a pris une belle part à nos succès, et je lui rends toute justice ; mais il était sous mes ordres, et il n'était guidé que par mes instructions. Il était même placé sous les ordres du général Gazan , et il passa ensuite sous ceux du général Mortier. Un ordre de l'état major général avait fixé la composition du corps d'armée, mis à mes ordres, et avec lequel je fus seul chargé , de renverser les dernières espérances du maréchal Souwarow, et de l'obliger à quitter la Suisse pour ne recueillir, qu'au delà du Rhin, les tristes débris de son armée. J'agissais, sans nul doute, d'après les instiuctions générales du général en chef Masséna, sur qui je reporte tout le mérite des belles conceptions, qui lui acquirent tant de gloire dans cette mémorable campagne. Mais, dans les opérations contre le maréchal Souwarow, comme au ])assage de la I.inth , je n'en étais pas moins, complètement séparé de lui, et j'agissais avec une entière indépendance. Je me plais à citer, en même temps, l'active coopération que me donnèrent les généraux ^lortier, Gazan, Molitor et Loison. Aux uns et aux autres, nos actions nous appartiennent.

Voir à la fm du chapitre , pièces n° 22.

agir contre elle, soit qu'elle tentât de nouveau de s'ouvrir un passage sur Schwitz, soit qu'elle entrepi'ît de descendre sur la Lintli, par le Brackel. Le général Mortier était au débouché du Muttentlial. Je dirigeai sur la Linth , et au soutien du général Molitor, le général Oazan, avec ce qui restait de ma division , dont une partie avait déjà été envoyée au général Molitor. En même temps, une forte réserve , placée à Einsiedlen , était prête à marcher au secours de celui de ces deux points, qui serait menacé.

Comme je l'avais prévu , le maréchal Souwarow, ne pouvant se maintenir dans le Muttenthal, évacua cette vallée et passa dans celle de la Linth. Je rendis compte de ce mouvement au général en chef.

«Einsiedlen, le 11 vendémiaire an vin 3 octobre 1799.)

« Le général Mortier me lend compte , mon cher général , que les Russes ont évacué le Muttenthal ; les derniers Cosaques en sont sortis , à deux heures après midi. Ils ont laissé six cents blessés dans le couvent de Multen, où se trouvent aussi plusieurs de nos blessés , desquels ils ont pris grand soin. Il y a parmi les leurs des officiers de marque, entre autres le prince russe Metschersky. Le général Mortier a ordonné qu'ils soient

évacués sur Zug et Lucerne, et il a envoyé des officiers de santé ainsi que des vivres ; ils manquaient de tout. Mutten est occupé par nos troupes.

« On n'a pu encore apprendre quelle direction l'ennemi a prise ; mais il est à présumer qu'il s'est porté sur Claris , pour attaquer les troupes que nous avons sur la Linth. J'en préviens le général Gazan et je fais tenir la réserve , que j'ai à Einsiedlen, prête à marcher à son secours. En même temps , je donne ordre au général Loison de surveiller les mouvements des Russes , et dans le cas , comme je le suppose , où ils ne seraient pas retournés sur Altorff , de porter un corps sur le Lintlial, en remontant le Scliachenthal , tandis qu'il dirigera un détachement sur Steig, si déjà il ne l'a fait.

« Le général Mortier marchera surGlaris, parle Klanthal, laissant une réserve à Mutten, pour couvrir le Bisithal et en chasser les corps ennemis qui y seraient restés , ainsi que pour recevoir ce qui pourrait revenir du Linthal. Dans le cas oii l'ennemi n'attaquerait pas demain le général Gazan , alors on pourra croire qu'il se dispose à marcher vers les Grisons et Sargans, pour joindre l'armée battue, et, par la réunion de ces forces, reprendre l'ofTensive et chercher à vous faire repasser la Liramath. Si cela arrivait, je ne manque-

rais pas, après avoir fait nettoyer le Linthal, de porter des troupes sur Flims, par le Pantenbruck, et sur Wallenstadt , par Kremsen , en même temps que, rassemblant sur la Linth quinze bataillons avec toute ma cavalerie , je porterais cette masse en avant de Lichtensteig, pour suivre les mouvements des ennemis et tomber sur leur flanc gauclie, s'ils venaient vous attaquer.

« Cette manœuvre est naturellement subordonnée aux mouvements de l'ennemi, que je viens de supposer, et dans ce cas, je ne doute pas que vous ne l'approuviez. Veuillez me donner de vos nouvelles; demain je serai sur la Linlli. »

Le bataillon de la 84' demi-brisrade , placé au Le maréchal

*-^ '■ Souvvarow de-

débouché du Klanthal , n'avait pu soutenir le poids i^°"*,i'« *"' de l'armée de Souwarow. Cependant la résistance fut assez longue pour donner le temps au général Molitor d'arriver à son secours , avec ce qui lui restait de troupes, et de les échelonner sur les deux rives de la Linth, partie devant Mollis , et partie en tète du défilé, en arrière de Netsthal. Dans la journée du 3 octobre , les ennemis dirigèrent leurs efforts sur ce dernier point ; mais , soutenu par les renforts successifs que le général Gazan amena , le général Molitor défendit opiniâtrement sa position ; il reprit trois fois le village de Noefels, repoussa les attaques réitérées des

Russes, et à la builième, exécutée à l'entrée de la nuit, il les conduisit jusqu'à Netslhal , après leur avoir fait éprouver une perte de plus de deux mille hommes.

L'acharnement que les Russes avaient mis à ces attaques, nous fit penser que le maréchal Souwarow persistait dans le dessein de marcher sur Zurich , pour y rallier l'armée du général Korsakow qui, de son côté, se disposait à attaquer les divisions de notre gauche laissées sur la Thur. 11 eut sans doute pris cette direction, s'il n'eût éprouvé une résistance invincible à Noefels. Reconnaissant alors l'inutilité de ses efforts, voyant ses troupes dépérir à tout instant, manquant entièrement de subsistances, et craignant avec raison d'être enfermé à Claris, s'il y prolongeait son séjour, il se prépara, dans la journée du 4 octobre, à évacuer la vallée de la Linlh, pour se diriger par le Sernsthal ou Kleinthal, et le Quinser , vers les Grisons. Déjà nos colonnes s'avançaient; elles commençaient à le déborder, et elles se portaient sur ses derrières pour l'envelopper.

Après que le général Gudin eut repris le Saint- Gothard, où il fit quelques centaines de prisonniers , je lui avais donné ordre de descendie dans la vallée du Rhin, et de se porter, par Dissentis, sur Ilanz. J'avais aussi ordonné au général Loison de s'emparer de la haute Linth , du Pantenbruck

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et du Linthal, d'où il devait descendre la vallée et maicber sur Claris, à la rencontre de la colonne du général Mortier, en même temps qu'il dirigerait un fort détachement sur Flims , pour intercepter ce passage. Enfin le général Mortier remontait le Muttenthal, giavissait le Brackel, et descendait sur Glaris , poursuivant les Russes avec sa vigueur accoutumée, leur enlevant beaucoup de prisonniers et de matériel, et leur interdisant toute tentative pour revenir sur leurs pas. Il devait déboucher sur Glaris, de concert avec les colonnes des généraux (lazan et Molitor, que je dirigeais en personne, et qui devaient déboucher du Netsthal. Ces divers mouvements ne pou^aient être terminés que le 5 octobre, et j'avais fixé, pour ce jour même, l'attaque générale. Toutes les troupes se mirent en marche, de grand matin ; elles avaient l'ordre, en joignant l'ennemi, de l'aborder vigoureusement pour compléter sa destruction. Mais les Russes l'évitèrent , en commençant leur retraite, Défiiite des le 4 au sou, et en Ja conlmuant toute la nuit. iisseieiiient,en

, « 1 désordre, jiiir le

En approchant de Glaris, nous aperçûmes leur l'ai.tenbruck. arrière-garde qui \enait d'en sortir. J ordonnai au général Molitor de la poursuivre et de la pousser, aussi vivement que possible, afin d'obliger le maréchal Souwarow à s'arrêter pour la secourir. Au lieu de venir la défendre, le maréchal nous l'abandonna, et avec elle ses blessés, la plupart II. 18

de ses chevaux , une caisse militaire, et ce qui lui restait de canons et de bagages ; il avait bâte de sauver les derniers débris de son armée. Voici mon rapport au général en chef sur cet important résultat :

« Lichlensteig , le 14 vendémiaire (G octobre 1799).

« Je vous rends compte, mon cher général, du résultat des mouvements que j'ai fait opérer aux 'i", 3" et 4" divisions.

« Le 1 1 au soir, l'ennemi ayant évacué le Muttentbal , le général Loison reçut ordre de porter des troupes dans le Linlbal, par le Scbacbentbal, et d'en pousser vers Pantenbruck. Ces deux mouvements s'exécutèrent, le 12 au matin, et le général Gudin s'empara, en même temps, de la vallée d'Urseren.

« Le général Mortier partit, le ! 2, du Multentbal, avec un bataillon de la 38' demi-brigade et la 1 08'; il attaqua l'ennemi sur le mont Brackel, le força à se retirer dans le Rlantbal, où il le poursuivit, après lui avoir fait trois cents prisonniers, pris un grand nombre de chevaux et de mulets , dix-huit cents fusils, beaucoup de munitions avec la voiture de Souwarow, et avoir vu jeter dans les précipices huit pièces de canon.

« En évacuant le Muttcnthal, Souvvarow parut vouloir opérer sa retraite sur Allorff, mais le

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mouvement du général Loison dans le Scliaclienihal l'obligea à ramener précipitamment ses troupes sur Claris, d'où, le 12, il entreprit vainement de nous repousser du défilé de Noefels.

« Le 1 3 , à 4 heures du matin , les Russes évacuèrent Claris et firent leur retraite par Scbwanden et le Sernslhal, se dirigeant sur Coire. Les généraux Cazan, Molitor et 3Iortier devaient les attaquer, à la pointe du jour. J'ordonnai au général Cazan de détacher à leur poursuite le généial Molitor. Celui-ci les joignit au delà de Schwanden; il leur enleva huit cents prisonniers, une pièce de canon et cpiantité de chevaux et mulets, k la nuit, il se battait encore, en avant d'Engi, et il m'annonçait de nouveaux prisonniers.

« L'ennemi a laissé dans Claris six cents de ses blessés, dont plusieurs officiers, beaucoup d'équipages; et nos soldats ont pris, dans la poursuite, une caisse militaire contenant trente mille francs, qu'ils se sont partagés.

« La perte des Piusses , depuis le 8 de ce mois jusqu'au 13, où ils ont opéré leur retraite , est très-considérable ; on leur a fait plus de trois mille prisonniers, en y comprenant les blessés qu'ils nous ont abandonnés. Le nombre d'ennemis tués dépasse quinze cents hommes ; parmi ces derniers se trouve le général des Cosaques, militaire trèsestimé et regretté de sa troupe. La roule est en

outre couverte de mourants et de blessés; nous avons pris plus de huit cents chevaux ou mulets et une énorme quantité d'équipages.

« 11 est impossible de se faire une idée de l'état affreux dans lequel se trouve l'armée de Souwarow; ses soldats tombent de faim et de misère; depuis qu'ils sont en Suisse, ils n'ont pas reçu de pain. Le pays qu'ils ont parcouru offrait encore quelques ressources; ils ont tout dévoré, et ils s'en vont avec la malédiction des habitants de ces malheureuses contrées, et en voyant, à chaque pas, leurs forces s'affaiblir par les pertes continuelles que la rigueur du climat et la poursuite de nos troupes leur font éprouver.

.( Je suis parti hier au soir de Claris, après avoir vu déboucher du Klanlhal la colonne du général Mortier, et avoir fait opérer sa jonction avec celle du général Loison , venue par le Lintbal. Le général Molitor continuait à poursuivre les Russes; je n'ai pas encore le rapport de sa marche, ni celui des derniers avantages qu'il doit avoir obtenus.

(( Aujourd'hui le général Loison doit porter des troupes du Pantenbruck jusqu'à Flims , s'il y a possibilité, et faire avancer une partie de la brigade du général Gudin vers Dissentis, pour menacer llanz; il gardera en même temps le Sainl- Gothard, et tiendra une réserve à Urseren.

« Le général Mortier, avec la 3' division , mar-

che sur Sargans et WaJlensladt , pour prendre position, la droite à Mels, et la gauche à Sargans , couvrant leWeissanerthal.il jettera des partis sur le pont du Rhin , dit Zolbruck , il s'en emparera même, s'il est possible ; il gardera la vallée du Rhin jusqu'à Axmoos, et éclairera celle de la Tliur.

« Le général Gazan, avec la 2" colonne des troupes que j'ai rassemblées à Lichtensteig, prendia position aujourd'hui, en avant de Weil. Demain, il marchera sur Constance pour s'en emparer, et il enverra des reconnaissances, pour communiquer avec le corps que vous devez porter sur Stein.

(( La première colonne des mêmes troupes , commandée par le général Brunet , a porté son infanterie légère à Schwelbrug ; demain elle éclairera Appenzell , et prendra position en avant de Saint-Gall , d'où elle enverra de fortes reconnaissances sur Arbon, Roschach et Rheineck.

« Mon quartier général sera demain à Saint- Gall.

« SoULT. ))

Souwarow n'était plus en état de nous donner des inquiétudes; des vingt-cinq mille Russes qu'il avait amenés d'Italie, à peine lui en restait-il dix mille, tous exiénués de faim et de fatigue, et la plupart pieds-nus. Il avait perdu ses canons , ses

Opérations

sur la Tliur et le

Rliiu. Prise de

Constanc c.

bagages, la presque totalité de ses chevaux ; il manquait de vivres, dans un pays dénué de ressources, et il ne pouvait s'en procurer qu'en gagnant, au plus tôt, laSouabe. N'attendant plus de lui aucune résistance, je liie bornai à détacher à sa poursuite la 2® division, commandée parle général Loison , et une partie de la 3^ , aux ordres du général Mortier ; du surplus de mes troupes , qui comprenait la 4^ division et une brigade de la 3% je formai deux colonnes : la première, qui était la plus faillie, fut dirigée sur Arbon, Rheineck et le Rhinthal , comme mon rapport l'indique \ Le général Gazan commandait la seconde et principale colonne ; je lui donnai ordre de marcher sur Constance et de s'en emparer, en même temps qu'il enverrait un détachement sur Stein, pour seconder l'attaque que le général en chef (levait diriger, en personne , contre le corps d'armée de Korsakow, renforcé de dix mille Bavarois, f .e 7 octobre, à deux heures après-midi , le général Gazan était devant Constance; il y trouva le corps d'émigrés français, commandé par le prince de Condé , auquel s'était réuni un détachement de Russes, aux ordres du général Bauer, Il attaqua vivement les ennemis , entra pêle-mêle avec eux dans la ville, et les poussa jusqu'au pont de Pe-

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