‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 27 sur 39 · Voir à la fin du chapitre, pièces n · texte numérisé non relu

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tershausen, d'où il fut, à son tour, ramené. On se battit de rue en rue, Français contre Français, les uns, en servant leur pairie , les autres dans les rangs étrangers. La valeur était égale; la victoire finit cependant par se ranger du côté des premiers ; à dix heures du soir, le feu cessa , et nous restâmes maîtres de Constance, «ardant avec nous quatre cents prisonniers, et le drapeau du régiment de Bourbon. Les ennemis se mirent à l'abri d'une nouvelle poursuite , en coupant le pont de Petersbausen.

Plus à gauche, entre le Rhin et la ïhur, le général en chef avait, le même jour, rencontré le d.mi^d gênerai Kcrsakow, qui marchait sur les divisions des généraux Lorge et Ménard, pour faire diversion en faveur du maréchal Souwarow, et conformément à ses ordres , favoriser la réunion des deux armées russes. Cet ordre, donné huit jours auparavant , lorsque le maréchal Soiiwarow avait encore l'espoir de reprendre la ligne de Zurich et de la Limmath, n'était plus opportun, depuis que le généralissime avait lui-même abandonné la partie et s'était retiré dans les Grisons, avec le reste de son armée. Cependant le général Korsakow ne crut pas pouvoir se dispenser de le suivre , soit qu'il ignorât le véritable état des affaires , soit qu'il n'eût pas reçu de son chef de nouvelles instructions. Une colonne de douze mille Russes et

Bavarois , qu'il avait formée , donna avec impétuosité près d'Andelfnigen , sur la division du général Ménard, et commença par lui faire éprouver des pertes ; mais la réserve de grenadiers étant arrivée au secours de cette division , elle chargea les ennemis, les culbuta , et les força à se rejeter, en désordre, dans les ouvrages de la tête de pont de Bussingen. En même temps, la division du général Lorge repoussait aussi, sur Diesenhofen, une autre colonne ennemie , et l'obligeait à repasser le Bhin.

La tête de pont de Bussingen, placée entre Diesenhofen et le couvent de Paradis , pouvait nous opposer une longue résistance. Elle était couverte sur tout son développement , qui était considérable, par de larges fossés , fraisés et palissades , et ces ouvrages, en forme de couroiuîe, étaient bien garnis d'artillerie. Le généralen chef se disposait à l'attaquer, le 8 octobre; mais, pendant la nuit, les ennemis l'évacuèrent. Ils replièrent aussi le pont qui V communiquait , brûlèrent celui de Diesenhofen, et laissèrent à notre disposition toute la rive gauche du Rhin, au-dessous de Constance. Tout fut ainsi fini de ce côté.

Les An;.i. Liens Au-dcssus du lac, uous continuàmcs nos opéraïet!renf.ïerH«r tious. La colounc , au\ ordres du général Brunet, (jue j'avais dirigée sur le Rhinlhal , y arriva sans difficulté, et s'étendit sur le bord du Rhin, depuis

le RI

un.

DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULï. 284

son embouchure dans le lac jusqu'à Gams , où passe le chemin qui conduit du Rhinlhal dans la vallée de la Thur. Le général Mortier s'était porté à Sargans, à Axmoos, et devant Ragats, oii une partie du corps autrichien du général Jellachich avait pris position pour protéger la retraite des Russes, et couvrir la route deCoire par le pont de ZoUbruck. Le général Loison était à Dissentis , et poussait ses postes près d'ilanz, défendu, ainsi que le mont Kunkels et le pont de Reichenau, parla division autrichienne du général Linken. Le général Gudin gardait enfin les passages du Saint-Gothard; il établissait ses communications avec la division du général Turreau, dans le haut Valais, et il éclairait les revers de l'Italie, jusqu'à Bellinzona.

Il ne restait donc qu'à chasser les ennemis de Ragats, de la tète de pont de Zollbruck, de Veltis, du mont Kunkels, de Reichenau et d'ilanz , pour que nous fussions entièrement maîtres de tout le cours du Rhin, jusqu'à ses sources. J'étais revenu de Saint-Gall, par le Rhinlhal, à Mels, où était le quartier général de la 3" division. D'après les instructions du général en chef, je chargeai le général Mortier de déloger les Autrichiens de Ragats, et de se porter devant Zollbruck. Ce mouvement se fit, le 17 octobre, les ennemis furent repoussés de tous ces points; quelques jours après, je les fis aussi attaquer à Veltis, au mont Kunkels, et à

Reicbenau. Ils perdirent tous ces postes et beaucoup de monde ; ils laissèrent en notre pouvoir plusieurs centaines de prisonniers, avec du canon, et repassèrent le Rhin , en détruisant les ponts qui menaient à la rive droite. Les rapports que j'adressai au général en chef, pour lui rendre compte de ces derniers résultats , l'instruisaient également de la situation des ennemis, des projets qu'on leur supposait, des mouvements de l'armée de Souwarow, de l'état de nos troupes, et des inconvénients qu'il y aurait eu à les engager plus avant dans cette direction \ Je lui faisais aussi mes observations sur le dessein qu'il m'avait communiqué, de me faire passer le Rliin , pour aller dans les Grisons, continuer la campagne. J'extrais, de ces divers rapports, les détails les plus importants.

« Mets, o brumaire an viii (27 octobre).

« J'ai pris ces dispositions, afin d'obliger l'ennemi à évacuer entièrement la rive gauche du Rhin, lui faire abandonner ou détruire le pont de Feldberg, qu'il conserve encore, et en menaçant de tourner sa gauche, le forcer à faire un mouvement pour la renforcer, ce qui, dans tous les cas, doit produire un effet avantageux. Mais la diver-

i . Voir à la fin du chapitre , i)icces n" 2i.

sion serait plus sensible, si les ennemis pouvaient se persuader que nous voulons réellement les tourner , car alors ils concentreraient plus de troupes dans les montagnes, où , dans les circonstances actuelles , et surtout à cause de la saison qui commence , nous n'avons pas grand'chose à craindre.

« Le mouvement que je fais sera terminé, le 9 ou 10 brumaire; ce ne sera que d'après son résultat, et suivant les renseignements que j'aurai obtenus pendant l'opération, que je jugerai, si le passage du Rhin doit être entrepris. Celte expédition est, du resle, délicate. Peut-être serait-il mieux de se borner à menacer les ennemis dans cette partie , sans nous engager sur la rive droite du Rhin ; car les Autrichiens penseront que nous ne pouvons pas entreprendre de grands mouvements, dans la saison où les montagnes sont déjà couvertes de deux à trois pieds de neige. Au surplus, je profiterai de la liberté que vous m'avez donnée , en vous soumettant à ce sujet, dans ma première, mes réflexions.

(( Dans une lettre que je reçois du général Loison , il me marque que ses soldats sont entièrement pieds-nus; il a éprouvé de grandes difficultés, pour leur faire passer l'Ober-Alp; l'espoir d'être bientôt relevés, et d'obtenir un long repos, les a pourtant décidés. »

28i MEMOIRES

n ^lels, le 7 briiniaire (29 octobre).

a II résulte de tous les renseignements que nous pouvons nous procurer, que rarmée du Danube a devant elle soixante et dix mille Autrichiens ou Russes, indépendamment du corps d'émigrés français , commandé par le prince de Condé , et des Bavarois. Une pareille réunion est fort respectable. Que peut entreprendre l'ennemi ?

c( L'arcliiduc Charles peut passer le Pdiin , audessous de Schalfouse, même dans le Frickthal , tandis que le prince de Condé et les Bavarois pourraient pénétrer par Constance.

« Souwarow, qui a eu le temps de se réorganiser, peut, en même temps, passer le Rhin au-dessous de Feldkirch , marcher sur Saint-Gall , par Alstetten, et se faire joindre, à Saint-Gall, par le corps du général Petrasch , qui aurait passé à Rheineck , ou qui , à la faveur des embarcations qujB les ennemis ont sur le lac de Constance , aurait mis ses troupes à terre , vers Aibon ou Roscliach .

(( Pendant que ce mouvement s'opérerait, le général Linken inquiéterait notre droite ; mais c'est le moins à craindre. Que pouvez-vous faire pour vous opposer à cette manœuvre, qu'il faut supposer que l'ennemi fera? Laisser votre droite

DU MARÉCHAL -GÉISÉKAL SOLLT. 285

sur la défensive, et sans pertnellre qu'elle passe le Rhin , lui prescrire de continuer à en faire la démonstration , pour faire agir votre centre et la gauche.

(( Deux demi-brigades suffisent à la 2" division, pour garder le Saint-Gotbard et la vallée de Dissentis ; les troupes qui seraient sur ce dernier point éclaireraient jusqu'à Reichenau, et menaceraient toujours Coire.

« Avec quatre demi-brigades , un régiment de chasseurs à cheval, huit pièces de 4 et deux obusiers, qui forment la troisième division, elle peut garder, depuis Zollbruck et \ eltis, jusqu'à Alstetten, en conlinuant ses démonstrations de passage.

« Une demi-brigade , deux escadrons de hussards, et quatre pièces de canon, garderaient le débouché de Rheineck , depuis Alstetten jusqu'à Roschach.

« Par cette répartition , ^ ous pourriez retirer, des 2*^ etS*" divisions, trois demi-brigades et mie compagnie d'artillerie légère, qui seraient portées à votre centre.

« Le passage du Rhin dans cette partie, et un mouvement dans les Grisons, me paraîtraient, en ce moment, un mouvement dangereux. D'abord il ne mènerait à rien, car l'ennemi ne prendrait pas le change; la saison étant tellement avancée, qu'il ne supposera jamais ({ue nous ayons le

projet de forcer les passages du Tyrol. Ainsi , il méprisera, avec raison, ce mouvement, et n'en agira pas avec moins de sécurité sur votre centre et sur votre gauche. D'ailleurs, vous perdriez du temps, en vous livrant à cette opération qui , serait-elle couronnée de succès , ne vous mènerait (ju'à établir , sans but déterminé , des tètes de pont sur la rive droite du Rhin , et vous seriez dans l'impossibilité d'en retirer les trois demibrigades, avec l'artillerie, que vous pouvez dès ce moment envoyer à votre gauche.

(c Les moyens que je laisse à droite me paraissent suffisants, dans l'hypothèse d'une défensive absolue dans cette partie, car l'ennemi ne peut pas non plus entreprendre grand'chose. Bientôt les passages seront fermés par les neiges, et il n'est pas vraisemblable que , dans cette saison , il s'engage dans des montagnes d'un accès si difficile.

ir Si VOUS admettez, mon cher général , les propositions que je viens de vous soumettre, vous augmenterez considérablement les moyens que vous devez réunir jDour entrer en Souabe ; mais cette opération, que je regarde comme nécessaire, sous plusieurs rapports, et très-possible , ne peut trop être accélérée. Prévenez l'ennemi, si vous ne voulez pas être prévenu par lui. Je crois fei'mement qu'il reprendra l'offensive, aussitôt qu'il sera en mesure. En passant le Rhin , \ ous dérangerez

ses projets, et une affaire un peu vigoureuse peut assurer à l'armée des quartiers d'hiver tranquilles, sans quoi n'y comptez pas.

« Votre gauche doit commencer le mouvement; mais elle doit être renforcée et mise à même de pouvoir se passer de secours , car l'ennemi ne manquera pas d'y porter des forces imposantes. Profitant de cette manœuvre, vous pourrez faire passer le centre dans les environs de Schaffouse , où les succès qu'il obtiendra seront peut-être décisifs. Ne craignez pas que, pendant ce temps, l'ennemi entreprenne un passage vers Rheineck , puisque vous Taurez prévenu; mais si cela arrivait, comme la gauche sera seulement engagée , le centre serait toujours à même de le repousser.

(( J'espère que, le 1 0 ou le 11, j'aurai fait repasser le Rhin k toutes les troupes ennemies, qui sont encore à la riv e gauche et sur le Kunkels, où elles ont été renforcées. Cela fait, je mettrai en marche sur Zurich trois demi-brigades et l'artillerie légère. Je remettrai le commandement de la 3" division au général Mortier , en lui laissant une instruction , et je viendrai de suite prendre vos ordres , pour me porter à la gauche , où je crois pouvoir vous être utile.

« Je n'ai pas l'amour-propre de croire à l'excellence des propositions que je viens vous soumettre; mais je vous les présente, pénétré de votre indul-

gence et persuadé que vous y reconnaîtrez le zèle qui m'anime pour le service et l'attachement que je vous ai voué. Donnez-moi vos ordres, et comptez sur mon exactitude à les remplir.

« SOLLT. )»

Mes vues se rencontrèrent avec celles du général Masséna , car il me répondit aussitôt :

« Zurich , le 8 brumaire (30 octobre).

» J'ai reçu, mon cher Soiilt^ votre lettre avec vos réflexions sur les mouvements ultérieurs de la campagne. Recevez-en mes remercîments , et vous verrez par la suite le cas que j'en fais.

(c Faites faire votre mouvement , pour chasser tout ce qui jDeut se trouver encore sur la rive gauche du Rhin ; mais je vous fais observer qu'il est de toute impossibilité que le général Loison puisse tenir à Dissentis. Les neiges lui fermeraient tout passage, pour retourner sur ses pas, et, ce qui est encore pis, c'est qu'il y mourrait de faim. Vous devez donc penser à le faire retourner, au plus tôt, à x\ltorff, crainte d'accidents; c'est ce à quoi je vous invite fortement.

« Lorsque votre mouvement sera achevé , vous pourrez commencer à diriger sur Weil la 25" et la se demi -brigade, avec deux escadrons du

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10' de chasseurs. Avez soin de faire changer la demi-brigade de Loison, qui, comme vous le savez , ne peut rester plus longtemps à Altorff. La compagnie d'artillerie légère se rendra également àWeil.

« M ASSÉNA

Deux jours après, les opérations qui restaient à faire sur la rive gauche du Rhin , étaient terminées, et Tennemi était chassé de ses dernières positions. Je commençai aussitôt mon mouvement, pour me raj)procher du centre.

J'en rendis compte au général en chef :

« Mels, le 10 brumaire (i" novembre).

(( Je m'empresse, mon cher général, devons rendre compte du succès qu'a obtenu le mouvement que j'ai fait faire sur Reichenau.

« Le général Loison partit de Dissentis avec la 38' demi-brigade, et fut joint à Flims par le bataillon de la 44% venu d'Engi, que le capitaine Compère, adjoint aux adjudants généraux, était chargé de diriger. Après cette réunion, le général Loison se porta sur Trins; il atta([ua l'ennemi et le força à se replier sur Tamins.

« Pendant ce temps, le général Mortier, avec deux bataillons de la 2.V d'infanterie légère et

un détachement du 10^ régiment de chasseurs à cheval, attaquait les troupes ennemies qui se trouvaient en arrière de Veltis et au mont Kunkels. La résistance fut opiniâtre; mais, pressés par la 25^, les Autrichiens furent forcés à abandonner leur position qui était avantageuse, et à se retirer. Le général Mortier fit alors exécuter une charge à ses chasseurs et enleva à l'ennemi deux cents prisonniers.

« Pour défendre Taniins , et nous empêcher de pénétrer dans la vallée, l'ennemi s'était ralhé au débouché du chemin de Kunkels, où il avait quatre forts bataillons. L'attaque fut renouvelée, et la 25^ d'infanterie légère emporta encore , au pas de charge, cette position; elle fit cent autres prisonniers et prit une pièce de canon.

« Les Autrichiens se sauvèrent en désordre sur la rive droite du Rhin , partie par le pont de Reichenau, qu'ils brûlèrent, et partie par celui de Feldberg. La nuit survint et nous empêcha de pousser, le même soir, jusque-là. Ce matin, on s'est assuré que ce dernier pont est aussi détruit.

« La jonction des troupes de la 2^^ division, avec celles de la 3^ division, s'est opérée hier soir à 5 heures, à Tamins, avec la plus grande précision.

« Ce mouvement donne pour résultat : l'expulsion totale des ennemis delà rive gauche du Rhin dans les Grisons; la destruction des ponts de Rei-

chenaii et de Feldlîerg ; la prise d'un canon et de trois cents prisonniers , parmi lesquels on compte six officiers. En outre, il a fait éprouver aux Autrichiens une perte considérable en hommes tués ou blessés.

« J'ai reçu votre lettre du 8 de ce mois, hier à 10 heures du soir, sur le Kunkels, en revenant de Reichenau. Je me conformerai aux dispositions que vous me prescrivez. Demain, je mettrai en marche sur Weil l'artillerie légère. La 36^ demibrigade partira, le 12, pour la même destination, et la 25^, le 1 3 ou 1 4 ; la 38^ sera relevée par la hW et suivra le mouvement.

i( Le général Loison a envoyé des troupes à Sainte-Marie dans le Medelslhal et sur Bellinzona; il. a aussi laissé mille hommes pour défendre le Saint-Gothard. »

Ici se termina cette brillante période de succès, Fin

(le la campagne.

commencée un mois auparavant, et qui , sur une ligne de quarante lieues de développement, avait eu pour théâtre la partie la plus difficile des Alpes. Nous avions devant nous des obstacles naturels, qui paraissaient suffisants, à eux seuls, pour nous arrêter ; une armée ennemie , belle , aguerrie, abondamment pourvue de toutes ressources, pleine de confiance et animée par le souvenir de ses récentes victoires; un général ennemi, qui

^2ir2 MÉMOIRES

avait jusqu'alors passé pour invincible. Tout fut surmonté par ITiéroique valeur de nos soldats , qui se surpassèrent eux-niénies et qui secondèrent S! admirablement les magnifiques combinaisons du général Masséna. Les ennemis étaient lejetés en désordre de l'autre côté du Rhin , depuis ses sources; ils avaient perdu plus de dix mille hommes , tués ou blessés , vingt-cinq mille prisonniers , quinze drapeaux , cent pièces de canon , la presque totalité de leurs équipages et un nombre immense de chevaux. Nous avions eu de notre côte moins de six mille hommes hors de combat, dont les deux tiers, quoique blessés, rej)rirent leur service au bout de deux mois. Celte série d'opérations délivra la France d'un danger tel , qu'elle n'en avait couru de plus grand dans aucune des guerres antérieures. Jusqu'au 25 septembre, on pouvait presque calculer le jour où cent soixanîe-dix mille ennemis arriveraient au rendez-vous qu'ils s'étaient donné sur le Jura et sur le haut Rhin, pour entrer en France; où il n'y aurait eu rien (pii pût leur tenir tète. Dix jours, du 25 septembre au 5 octobre, suffirent à l'armée française , en Suisse , pour renverser des projets si menaçants pour la France, pour rendre à nos armes leur supéiiorité et pour rompre la coalition de l'Autriche et de la Russie ; rar, à partir de leur désastreuse retraite de (ilaris, les

armées russes ne reparurent plus sur le lliéâtre de la guerre. Tel fut le service que l'armée du Danube et son chef eurent le bonheur de rendre à leur

pays.

Cependant les troupes avaient absolument besoin de repos. Elles étaient épuisées par les efforts inouïs qu'elles venaient de faire, et parce qu'elles manquaient de tout. Le général Masséna avait bien levé , sur quelques villes de la Suisse, des contributions, sous le nom d'emprunts forcés, actes plus qu'irréguliers et blâmables, s'ils n'eussent eu pour excuse la nécessité; mais elles étaient bien loin de suffire pour parer au besoin, et l'armée n'avait pas même la ressource de vivre aux dépens de la Suisse , puisque la Suisse elle-même lie pouvait suffire à sa propre subsistance. Les convois qui devaient \enir de Fiance manquaient le i)lus souvent, par l'incurie et le désordre financier du gouvernement du Directoire; enfin, l'armée était dans f alternative de mourir de faim ou de porter la guerre dans d'autres pays , où elle trouvât de quoi vivre.

Le Directoire avait bien proposé au général Masséna de descendre en Italie, par le Sainl- Golbard et le Simplon , afin de dégager l'armée refoulée dans les montagnes de la Ligurie et de l'aider à reconquérir le ^lilanais. Le général Masséna eût embrassé ce projet avec empressement ,

294 IMÉMOIRES

s'il n'avait été arrêté par des obstacles insurmontables. D'une part, il manquait totalement d approvisionnemenls et de moyens de transports pour nourrir l'armée , seulement pendant deux jours, à travers le pays misérable qu'elle aurait dû parcourir, car il venait d'être ravagé par une guerre de plusieurs mois, en dernier lieu par le passage de l'armée russe, et les habitants affamés s'en éloignaient en masse; enfin, les neiges commençaient déjà à intercepter les passages des Alpes. De l'autre, l'archiduc Charles, qui était revenu de Mannheim, concentrait trente- cinq mille hommes sur les frontières de la Suisse , entre le lac de Constance et les débouchés de la Forêt-Noire. Nous avions tout lieu de croire que son dessein était de reprendre sur nous l'offensive, de concert avec les Russes; car nous ignorions encore que ces derniers avaient renoncé à la guerre et qu'ils allaient quitter les Autrichiens.

Pn.jVt La présence de l'armée de l'archiduc rendait,

de pass:igp du

Riiin. à la vérité , difficile à exécuter notre projet de prendre nos quartiers d'hiver sur la rive droite du Rhin. Mais le général Masséna ne regardait pas ces difficultés comme insurmontables; il était encouragé par les succès qu'il venait d'obtenir, et il espérait que l'armée d'observation du Rhin , qui se disposait, en même temps, à pénétrer de

nouveau en Souabe , l'aiderait à y faire également son établissement.

Le général en cbef m'avait communiqué ce plan, ainsi que les motifs qui le portaient à l'exécuter; il m'avait invité à lui faire mes observations. Je m'en étais acquitté par ma lettre du 7 brumaire (29 octobre), que j'ai rapportée plus baut; j'avais exposé les inconvénients d'un mouvement dans les Grisons et indiqué la manœuvre qui me paraissait offrir le plus de chance de succès. Le général en cbef approuva mes propositions. 11 mit sa droite sur la défensive , après en avoir retiré une partie des troupes qui la composaient; et, ayant renforcé son aile gaucbe qu'il destinait à l'attaque, il me donna l'ordre d'en aller prendre le commandement '.

Je me rendis donc à l'aile gaucbe, qui était composée des divisions Cbabran et GouUus, et, le 1 9 brumaire (1 0 novembre), j'établis mon quartier général à Rlieinfelden , près de Bàle.

A cette époque, le général Lecourbe avait voulu profiter de l'éloignement des troupes autricliiennes, ramenées un mois auparavant par l'arcbiduc Cbarles vers le lac de Constance ; il avait porté dix-buit mille bommes sur la rive droite du Rhin, livré ])lusieurs combats entre ce fleuve et le INec-

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