‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 3 sur 39 · J MÉMOIRES · texte numérisé non relu

J MÉMOIRES

déboucher le corps de flanqueurs de gauclie, aux ordres du général \ andamme , par Mùlilen et Friedingen , tandis que la 3*" division devait se porter directement sur Liebtingen, par la roule (|ui conduit de Tùttlingen à Stockacb. l^a colonne du général Waltber, du corps de flanqueurs , éprouva devant Mùblen une si grande résistance, que, dans un instant, son artillerie fut démontée par celle des ennemis. Mais le général Vandaumie, avant débouché par Friedingen, tourna la droite de cette position et la fit tomber. Une charge de sa cavalerie mit ensuite Vennemi en déroute , et les fuvards furent poursuivis jusqu'au bois qui est au delà de Liebtingen. A cet endroit, les deux colonnes se réunirent et furent jointes par la S*" division. Le mouvement de cette dernière s'était fait facilement; le corps autrichien qui lui était opposé, s'était retiré devant le succès remporté par la division d'avant-garde.

Ce fut alors que le généial Saint-Cyr reçut l'ordre de diriger sa division et le corps de flanqueurs , sur Mœskirch , pour marcher ensuite sur les derrièies des ennemis, et pour intercepter leur retraite. Le général Saint-C^r dut obéir, et malheureusement le général en chef persisia dans cette funeste disposition, quoique l'exécution en fût à peine commencée, lorsque mon avant-garde se trouva entièrement engagée. Toutes les forces

du général Saint-Cyr eussent été nécessaires pour soutenir l'avant-garde ; cependant le général en chef, au lieu de rappeler la totalité de la 3" division, se borna à en détacher une faible demi-brigade, pour m aider dans l'impuissante résistance que je fus , quelques instants après , obligé d'opposer à l'ennemi, l.a réserve de cavalerie était cependant restée dans les plaines de Liebtingen , quand je reçus l'ordre de poursuivre les ennemis dans la direction de Stockacli.

(c Je les joignis d'autant plus tôt, que l'archiduc Charles, à la télé d'une colonne de huit bataillons de grenadiers hongrois , d'une seconde colonne d'égale force, de six mille chevaux et d'un train nombreux d'artillerie, s'avançait lui-même par la route de Stockach, et se dirigeait sur Liebtingen. Il était déjà en avant de Molspern, quand il reçut la nouvelle de la déroute de son avant- garde. Sans s'arrêter, il ordonna de rallier les fuyards, sur ses derrières, et, avec les troupes qu'il commandait, il entra dans la forêt, pour nous attaquer. La 25" demi -brigade d'infanterie légère^ que j'avais détachée, avec le premier régiment de chasseurs à cheval, à la poursuite des ennemis, ignorait ce mouvement de l'archiduc; elle poussait vivement les troupes qui se retiraient, croyant n'avoir affaire qu'à celles qui avaient déjà combattu. IMais arrivée à la ferme de Schu-

frantz, elle fut arrêtée par douze ou quinze mille hommes d'iufanterie, placés sur plusieurs lignes, et qui l'obligèrent à rétrograder.

« D'après vos ordres, j'avais mis en marche le restant de l'avant-garde; bientôt nous joignîmes la 25^ demi-brigade, et nous regagnâmes avec elle la ferme de Schufrantz, où je formai l'infanterie de la division, en colonne par bataillon, à droite et à gauche de la grande route , dans des broussailles qui étaient au milieu du bois. Pour le moment, la cavalerie, qui ne pouvait nous être d'aucun secours, resta au revers de la petite hauteur où je plaçai mon artillerie, et je détachai quatre escadrons pour surveiller le débouché d'une gorge, par où l'ennemi aurait pu attaquer ma droite et marcher sur mes derrières , s'il n'avait trouvé un obstacle qui l'arrêtât.

« Depuis la rencontre des troupes, que l'archiduc Charles amenait, la fusillade n'avait point discontinué , et elle s'animait de plus en plus. Bientôt l'affaire devint générale, et je dus envoyer, au secours de la 25^ d'infanterie légère , un bataillon de la 53^ demi-brigade , et un de la (>7^ Peu d'instants après, les deux autres bataillons de ces deux demi-brigades, jaloux de partager la gloire et les dangers de leurs camarades, demandèrent à aller les joindre, pour terminer, à l'arme blanche, ce long et meurtrier engagement. Ces

trois demi-brigades, conduites par les généraux Levai et Mortier, s'avancèrent au pas de charge, avec une intiépidité héroïque , et enfoncèrent la première ligne ennemie ; mais la seconde ligne , composée de plusieurs bataillons frais, les arrêta, et les obligea à venir se rallier à quekjues compagnies, que j'avais laissées en réserve auprès de l'artillerie.

« L'ennemi , profitant de ce premier avantage , fit filer de l'infanterie dans le bois qui est à la gauche de la ferme de Schufrantz ; mais quelques compagnies, que j'y envoyai aussitôt, repoussèrent celle hifanterie. Alois l'ennemi , cherchant toujours à déborder nos ailes , recommença son mouvement , et il fit un plus grand circuit , pour nous le dérober. Pendant ce temps , je fis moimême des dispositions pour renouveler l'attaque. La charge fut battue sur toute la ligne; le général Levai , à la tête des b'V et 67^ demi-brigades , le général Mortier, commandant la 25* d'infanterie légère , firent , dans cette occasion , tout ce qu'on pouvait attendre de leur valeur , sans pouvoir obtenir le moindre avantage. L'ennemi avait concentré, sur ce point, ses principales forces, et à tout instant, il lui arrivait, de Slockach, de nouveaux renforts.

(( Malgré la supériorité du nombre , que les Autrichiens nous opposaient, et le non-succès de nos

attaques réitérées , les troupes conservaient leur ardeur; elles avaient la volonté de vaincre, et elles s'encourageaient pour une nouvelle tentative. Je me rendis à leurs désirs, et, pour la troisième fois, je fis battre la charge sur toute la ligne. Elle fut exécutée avec la même intrépidité que les précédentes , mais avec aussi peu de succès , et ne produisit d'autre résultat , que de nous faire apercevoir, qu'en laissant fléchir son centre , pour nous engager, l'ennemi faisait avancer ses ailes, dans l'intention de nous envelopper et de couper notre retraite, au débouché du bois de Lieblingen. ^'ous ne pouvions pas empêcher ce mouvement; toutes les troupes se trouvaient engagées ; elles étaient harassées de fatigue et épuisées, et elles ne pouvaient remplacer les munitions, qui commençaient à leur manquer, qu'en se rapprochant du paie. Ainsi, la retraite fut ordonnée: elle s'exécuta, dans l'ordre le plus parfait , au milieu de l'engagement, et en opposant, de toutes parts , la plus vive résistance.

« L'artillerie reprit , sur le plateau , sa première position , pour battre le débouché de la grande route; la cavalerie forma plusieurs lignes en arrière , la 25® demi-brigade d'infanterie légère resta dans le bois, sur les deux côtés de la roule, et les 53^ et 67Memi-brigades furent placées à droite et à gauche de l'artillerie, pour la soutenir, en

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même temps qu'elles couvraient le débouché de la gorge qui conduit à Neuhausen.

« Cette position , que j'avais prise pour rallier les troupes, ne put être conservée ; l'ennemi nous força à l'abandonner, en nous débordant par ses deux ailles; alors j'occupai , dans le même ordre , la position qui est en avant de Liebtingen , d'où je détachai le 1" régiment de chasseurs à cheval, pour aller garder les débouchés de diverses gorges qui y aboutissent , et contenir aussi les corps ennemis qui auraient entrejjris de se porter sur le Danube, vers Môringen et Emendingen. »

Pendant l'action disproportionnée que l'avantgarde soutenait avec tant d'opiniâtreté, le général en chef envoya plusieurs officiers au général Saint-Cyr, pour lui presciire de presser sa marche siu' Mœskirch et de pousser un corps de troupes, par les bois, sur les derrières de l'ennemi. Cependant il n'y avait alors personne , excepté le général en chef, qui crût à la possibilité de ce mouvement. Un de ses officiers fut aussi chargé d'amener, sur Neuhausen, la demi-brigade que le général Saint-Cyr devait envoyer à l'avantgarde.

« Depuis une heure , Vaction avait repris sur cette dernière position, et de part et d'autre on se battait avec acharnement, lorsque vous me fîtes dire de disposer de la 8*" demi-brigade de ligne.

envoyée parle i^rnéral Saint-Cvr, qui venait d'arriver, et que vous me donnâtes l'ordre de renou-. vêler l'attaque, pour seconder unecliarj^e générale de cavalerie, que votre intention était de faire exécuter, pour repousser les ennemis, qui, malgré la vivacité de notre feu , sortaient incessamment du défdé, et s'établissaient sur le rideau en avant du bois.

f( La 8^ demi-brigade fut destinée ;i pénétrer dans le ravin qui tourne la droite de ce rideau , pf)ur prendre à revers l'artillerie et la cavalerie que l'ennemi venait d'y placer, et pour diriger ses feux sur l'infanterie , que l'attaque du centre devait ramener sur elle. L'adjudant général (îmcliard reçut ordre de cf)nduire cette demi-brigade ; il lui fut recommandé de ne se démasquer, f(u'après que la charge de cavalerie aurait eu lieu.

« Le général Levai , à la tête de la 67* demibrigade , devait aussi, après la charge de cavalerie, partir du bois situé à gauche de la plaine, et charger l'infanterie qui avait débouché , pour la jeter sur la 8'' demi-brigade , tandis que le général Mortier, conduisant la 25' d'infanterie légère et la 53^ demi-brigade de ligne , aurait également chargé et refoulé , dans le bois , l'infanterie ennemie qui débouchait sur notre droile , devant ces deux demi-brigades.

« Ces dispositions préparatoires étant faites,

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VOUS donnâtes orclrr vous-même à la cavalerie de réserve , à laquelle t'tail n'unie toute celle de Tavaut-garde, de charger les ennemis. Mais ces ordres furent mal exécutas, et ils ne produisiient pas l'efTel f|ue vous deviez raisonnablement en attendre. I.eiu' n'sullat tut , au contraire, funeste, et faillit priver l'armée de son général '. Je m'abstiens de jiarler de cette affaire malheureuse, pour vous entretenir de la défense (jue fit u\\ bataillon de la 67" demi-brigade, C(»mmandé par le chef île brigade liontemps, dont la grande fermeté, aussi bien <|ue la bonne direction (ju'il lionua à son feu, arrêta court toute la cavalerie aulricbieiuie, (|iii venait de renverser la nôtre. On força renneuii ;i se retirer, après lui a\oir tué et blessé l)eauc(ni|) de monde. Cette diversion fut d'autant plus iilile, que notre cavalerie en profita |>oiir se rallier, et

1 . Le général qui comniaiulait la cavalcrii- mil i\v l'iicsilatioit et perdit du temps i)our cxccuter la charge générale que le général en chef lui ordonna, à plusieurs reprises, et lorsqu'il l'engagea, il ne le lit qur partiellem«'nl, sans laire soutenir les premiers escadrons qu'il portail en avant , de sorte qu'ils furent successivement ramenés et mis en déioule. Si cette charge avait réussi , conmie il y avait lieu de l'espérer, toutes les troupes autrichiennes qui étaient sorties du bois auraient été prises, et le combat ponvait se rétablir. Mais la défaite de noire cavalerie lit évanouir tout espoir. Le gcncra! en chef manqua lui-même d'être pris, en faisant de vains efforts pour rallier la cavalerie.

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qu'elle s'appuya sur ce bataillon, pour se représenter au combat.

« La 8^ demi-brigade commençait néanmoins à tourner la position de l'ennemi , lorsque celui-ci , profitant de l'avantage qu'il venait d'obtenir sur notre cavalerie , porta quatre à cinq mille bommes d'infanterie sur cette demi-brigade , qui n'était composée que de douze cents combattants. Le cbef de bataillon Marcot , qui la commandait , donna l'exemple du courage aux braves qui étaient sous ses ordres ; mais il reçut un coup de feu , et il tomba au pouvoir de l'ennemi. Dès ce moment , la 8^ demi-brigade , qui jusque-là avait soutenu cet engagement disproportionné , céda à la supériorité des ennemis et commença sa retraite sur Neuliausen, d'où elle fut rejoindre la division , et prendre position en avant du débouché de Tiiltlingen.

« De part et d'autre, nous continuâmes à nous canonner avec la dernière vigueur , sans changer déposition ; la nuit mit fin à ce combat opiniâtre, et j'établis mes troupes ainsi qu'il suit : la 25''d'infanterie légère, soutenue par les 4^ et 5® régiments de hussards, sous les ordres du général Mortier, en avant du village de LielDtingen, pour garder la plaine; la 67" demi-brigade, à la tète du bois, au débouché de la grande route de Tùttlingen à Liebtingen ; la 53% au débouché de riittlingen à Neuhausen , où

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elle joignit la 8" demi-brigade ; deux foits détachements, tirés des 53"" et 07% se rendirent, \)rv le bois, au débouché d'Emmingen , pour appuyer le 1" régiment de chasseurs à cheval, que j'y avais déjà placé. L'artillerie , réunie en une seule batterie, ayant, en arrière d'elle, le 17® régiment de dragons pour la soutenir, fut placée sur le rideau en arrière de Liebtingen, devant la 67* demi-brigade, pour battre la plaine et les débouchés du village.

« La nuit fut très-lranquille; de part et d'autre, on s'occupa à emporter les blessés. In peu avant le jour, je donnai ordre au général Mortier de replier en arrière de Liebtingen les troupes légères qui étaient eu avant du village , et de placer la 25*' demi-brigade dans des broussailles qui sont sur la gauche.

« Le G germinal (25 mars) toutes les troupes de lavant-garde conservèrent leurs positions, sauf (juelques légers changements. L'ennemi porta de l'infanterie et du canon dans Liebtingen, et il fit des dispositions qui parurent annoncer l'intention d'engager une nouvelle affaire. Mais ayant fait démasquer mon artillerie que j'avais tenue couverte et réunie en une seule batterie, elle le reçut de manière à l'étonner, l'obligea à s'arrêter, et le fit rentrer dans son camp, où il se tint tranquille. Nous y remarquâmes cependant du mouvement. L'ennemi envoya douze cents dragons de la Tour,

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de Tinfanterie et du canon , pour occuper le village de Neuliausen.

(( De mon côté , j'envoyai aussi le 4^ régiment de hussards et deux pièces de quatre, pour joindre la 53' demi-brigade, à la tète du débouché deTùttlingensur Neuhausen, et le T' régiment de chasseurs à cheval, avec les détachements d'infanterie qui l'avaient joint à Giessingen , pour défendre ce débouché et garder celui d'Emendingen.

K La bataille de Liebtingen a causé de grandes pertes aux ennemis, quoique l'avantage leur en soit resté. Nous leur avons fait trois mille prisonniers, parmi lesquels se trouvent cinquante officiers ; nous leur avons pris aussi deux obusiers; en outre, ils ont eu plus de six mille hommes tués et blessés. Le lieutenant général prince de Fùrstemberg est du nombre des premiers , ainsi ({ue plusieurs autres officiers supérieurs. Le prince se portait, avec sa colonne, au secours d'une ligne d'infanterie que nous venions de renverser, dans une charge, lorsqu une balle l'atteignit à la tète et le laissa mort dans le bois. Les ennemis ont également perdu considérablement de chevaux.

« Il paraît constant , d'après les rapports des déserteurs, que, pendant la bataille, l'archiduc Charles s'est beaucoup exposé ; il est presque toujours resté à la tête d'un corps de trois mille hussards, se portant partout où sa présence pou-

vait être nécessaire ; mais ce corps fut tellement dispersé, que l'architluc ne put en rassembler, le lendemain de l'affaire, qu'une très-faible partie. Les déserteurs disent aussi qu'on a retiré du champ de bataille plus de mille voitures de blessés autricbiens, qui ont été dirigés sur Stockach et Pfullendorf.

« Nous avons aussi à regretter des officiers recommandables et beaucoup de soldats, etc...' La conduite des corps et des militaires de tous grades, qui se sont trouvés à cette bataille , est au-dessus de tout éloge,

« Le 7 germinal ("26 mars), l'avant- garde quitta la position qui est en arrière de Lieblingen et se replia sur Tùttlingen , où elle repassa le Danube et détruisit le pont; ensuite elle se dirigea sur Holhweil. L'ennemi ne fit poursuivre la division c(ue par (|uel(|ues escadrons des dragons de la four, qui clierclièrent à inquiéter la colonne dans sa marche. Le général Mortier , commandant l'arrière-garde , les ayant attendus au village de Weiler, sortit tout à coup de son embuscade, les chargea vivement avec le 5" régiment de hussards, il leur tua et blessa beaucoup de monde et leur fit trente prisonniers montés. Cette leçon rendit les autres plus circonspects , et nous continuâmes le mouvement , sans être de nouveau inquiétés, n

\. L'état de nos pertes était joint an rapport.

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On voit par ce rapport ipie dans les deux Ijatailles d'Ostrach et de Liel)tingen, le plus grand effort de l'ennemi fut dirigé sur notre centre, qui ne consistait que dans la division d'avant-garde et dans la réserve de cavalerie ; cette dernière même fut peu engagée. L'avant-garde ne reçut aucun secours des autres divisions, et leurs diversions ne furent même pour elle d'aucune utilité. 11 était impossible, avec une pareille disproportion de forces, d'obtenir un meilleur résultat, quelle que fut la valeur déployée par nos soldats.

Au lieu d'éparpiller l'armée sur une étendue de douze milles d'Allemagne, on aurait dû la tenir concentiée, afin {|ue les divisions pussent se soutenir mutuellement , et pour se procurer , sur un point donné, une supériorité relative sur l'ennemi. In premier avantage obtenu en assurait d'autres : une fois la ligne ennemie rompue, on l'empêchait, par des mouvements rapides , de se reformer , et l'on en écrasait successivement les diverses parties qui étaient désunies. Il fallait, en un mot, imiter l'exemple que le général Bonaparte avait donné en Italie, deux ans auparavant, lorsqu'avec une armée constamment inférieure à celle des ennemis, mais qu'il avait soin de tenir toujours réunie, on le vit prendre et conserver toujours l'initiative des opérations, et parvenir à détruire cinq armées autrichiennes. C'est un très-grand défaut , à la

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guerre, de vouloir trop embrasser; on énerve ses forces , on se prive de la faculté de parer aux incidents imprévus qui peuvent surgir, on complique les opérations, et on fournit aux généraux subordonnés et qui sont livrés à eux-mêmes, l'occasion de s'al^andonner à leur penchant pour l'indépendance.

INos revers furent dus à l'oubli de ces règles, et leurs causes furent celles que j'ai déjà signalées : d'avoir embrassé beaucoup trop de terrain, d'avoir suivi le pernicieux système de marcher aux ennemis, sur autant de colonnes que l'armée comptait de divisions , de n'avoir pas réuni sous le même commandement les première et deuxième divisions avant leur attaque sur Stockach, d'avoir détaché le corps du général Saint-Cyr, jjour aller au delà de Mœskircli tourner la droite des ennemis; enfin d'avoir fait continuer ce dangereux mouvement, lorsque l'avant-garde était déjà arrêtée dans les bois en avant de Liebtingen par l'excessive supériorité de nombre des Autrichiens, et lorsqu'il était démontré qu'elle ne pourrait pas se maintenir. Une seule de ces causes aurait suffi pour renverser le meilleur plan et pour faire perdie aux troupes le prix de leur courage.

Nous avons vu la première division, au moment d'arriver devant Stockach , se trouver dans l'impossibilité de renouveler son attaque et être forcée

même à se retirer , parce que la deuxième division , qui devait la joindre pour cette attaque , était restée en arrière. Ces deux divisions apprirent, pendant la nuit, le fâcheux résultat de notre engagement, et elles reçurent l'ordre d'opérer immédiatement leur retraite : la première sur Neustadt , pour défendre la vallée de ce nom , qui aboutit au Brisgau ; la seconde sur les hauteurs de Brentz-Ebenen , d'où elle devait garder le débouché de Triberg et lier sa gauche à la division d'avant-garde. Celle-ci eut l'ordre de passer le Danube à Tùttlingen , de se diriger sur Rotliweil, Kronschiltach et les hauteurs en arrière de Schramberg, pour défendre également les débouchés de la forêt Noire.

Le général Saint-Cyr s'était porté , ainsi que j'ai dit , du bois de Lieblingen sur Mœskirch. x\rrivé à ce point, il fit prendre position à la 3^ division, et il détacha le corps de flanqueurs du général \'andamme sur les deirières de l'armée autrichienne , dans la direction de la route de Pfullendorf. Ce général repoussa d'abord quelques détachements ennemis ; mais bientôt vivement ramené par des forces supérieures sur Mœskirch , il put être soutenu par le général Saint-Cyr. Ce dernier lui-même allait, à son tour, être enveloppé à la fois par les corps qui poursuivaient le général Vandamme , et par une forte colonne que l'ar-

irmee.

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cliiduc Charles venait de détacher de son corps de bataille, en débouchant du bois de Stockach. Heureusement, à l'entrée de la nuit, plusieurs officiers , envoyés par le général en chef, purent parvenir jusqu'au général Saint-Cyr, pour l'instruire de ce qui s'était passé en avant de Liebtingen et lui remettre l'ordre d'opérer immédiatement sa retraite , d'aller passer le Danube à Sigmaringen et de se diriger sur Freudenstadt et le Knubis.

r.es ordres de mouvement adressés aux diverses Retrait*flivisions m'avaient été communiqués par le général en chef. J'insistai auprès de lui pour rester en position, avec ma division, pendant toute la journée qui suivit la bataille de Liebtingen, afin de protéger ces mouvements et de contenir l'ennemi qui aurait voulu les inquiéter. Cette attitude, en effet, imposa à l'ennemi; elle atteignit son but et elle contenta en même temps l'amour-propre des troupes, qui eurent ainsi l'honneur de séjourner sur un champ de bataille illustré pai' leur valeur. La retraite commença, le 27 mars (7 germinal); elle se continua avec beaucoup d'ordre et trèslentement, sans que les Autrichiens pussent trouver l'occasion de la troubler. Cependant, le 3 avril (14 germinal), la deuxième division ayant été tournée par sa droite , au débouché de Triberg , obligea, par sa retraite, l'armée à s: ivre son mou-

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vemcnt et à repasser la cliaîiie de la forêt Noire, pour venir prendre , siu" la rive droite du Rhin , une position plus concentrée et à portée des ponts de Kehl et de Neubrisach.

J'exécutai ce mouvement par la vallée de Kinzig, avec la division d'avant-garde et la deuxième division, mise temporairement sous mes ordres, pendant une absence que le général Souliam avait été obligé de faire par des motifs de santé; j'établis ces deux divisions, la droite à Offenburg, sur la Kinzig , et la gauche dans la direction de Legelhurtz , pour couvrir le camp retranché de Kehl. Je n'eus, pendant cette retraite, que des engagements assez légers contre de fortes reconnaissances (|ue l'ennemi dirigeait sur notre ligne , et contre un rassemblement de paysans qui, sous la direction de (juelques officiers , essaya de nous disputer le défilé de Gengenbach , mais qui paya cher sa témérité. L.a troisième division était à notie gauche, défendant l'important débouché d'Oberkirch ; la première division était chargée de protéger les ouvrages de la tête de })ont de JNeubrisach ; enfin , le corps de llanqueurs du général \ andamnie était à Lohr, sur la Schutter, pour éclairer le débouché de Fribourg.

Ces mouvements furent ordonnés par le génélal Krnouf, chef de l'état-major général, à qui le général en chef venait de remettre le commande-

ment. Le général Jourdan avait espéré pouvoir défendre encore les débouchés de la forêt Noire, en attirant à lui le corps d'observation du £[énéral Bernadotte; mais il n'avait pas pu obtenir ce mouvement. Le général Bernadotte avait de nouveau donné pour raison rinsuffisance de son corps, qui n'avait pas reçu les renforts promis par le gouvernement. Ainsi réduits à nos propres moyens, attacjués par un ennemi très-supérieur en force , et ne trouvant pas de ressources pour subsister, sur les âpres montagnes de la forêt Noire, nous jugeâmes que la retraite jusque dans la vallée du Rhin était pour nous une nécessité, et le général Ernouf ne fit que s'y conformer.

La santé du général Jourdan avait été fortement ébranlée par les fatigues de la campagne, et peut-être aussi par le chagrin que nos revers lui faisaient éprouver. Il fut à Strasbourg pour se rétablir, et il offrit sa démission au Directoire. Celui-ci avait les plus grands re])roches à se faire. C'était lui qui avait entretenu le général en chef de fausses espérances, en lui promettant des renforts qui ne furent pas même mis en marche , et en le déterminant ainsi à entrer en campagne malgré toutes les représentations que le général n'avait cessé de faire. Mais c'était une raison de plus pour que le Directoire essayât de se décharger des torts et des fautes dont il était coupable, et de les

mettre à la charge du général Jourdan. Il s'empressa, par conséquent, d'accepter la démission qui lui était offerte , et il investit le général Masséna du commandement en chef des armées sur le Rhin et en Helvétie , sous le nom d'armée du Danube, qui lui fut conservé. Les positions que nous avions prises autour de Kehl et de ÎSeubrisach cessèrent d'être inquiétées par l'ennemi, qui dirigea la principale partie de ses forces sur la Suisse , et nous n'y laissâmes qu'un corps commandé par le général Souham.

Je reçus moi-même, quelques jours après, le 1 1 avril , l'ordre de me rendre à Bàle , pour y prendre le commandement d'une division, La Suisse allait devenir le principal théâtre de la guerre.

NOTES ET PIEGES

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