‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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en colonne serrée et placé en arrière d'Ostracli , ponr soutenir les quatre compagnies d'infanterie légère. Un autre bataillon de cette demi-brigade fut placé en bataille , à la pointe du bois ([ui est vis-à-vis Ickofen , pour défendre ce village ; et un bataillon de la 53* fut mis en réserve près le bois qui longeait la position.

« Le 4'' régiment de hussards , le 1 "' de chasseurs à cheval et deux escadrons du 1 1" de dragons furent placés en arrière d'Ostrach , à la droite de la position, s'étendant jusqu'à la grande route (jui conduit à Burgweiler. Le général Klein commandait cette cavalerie.

« L'artillerie légère et l'artillerie de position furent placées sur divers plateaux pour défendre le village d'Ostrach et prendre en flanc les troujjes qui s'en approchaient. Le général Lefebvre comptait encore pour la défense de sa position sur un bataillon de la 53^ demi-brigade , quatre compagnies de la 25" d'infanterie légère, trois escadrons du 5" de hussards , un escadron du 1 ^'' de chasseurs et deux escadrons du 1 7® de dragons.

(c L'adjudant général Fontaine, qui commandait ces troupes, avait été dirigé la veille sur Hoskirch ; il reçut l'ordre de se retirer sur Ostrach; mais ayant été prévenu par l'ennemi à l'entrée de ce village , il se trouva entre notre feu et celui des Autrichiens. Ne pouvant tenter le passage sans

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s'exposer à être entièrement défait , il profita du brouillard qui cachait sa colonne à l'ennemi, et remontant l'Ostracli , il opéra sa retraite sur Riedhausen où , pour assurer sa marche , il dut s'engager contre une colonne ennemie qu'il y rencontra. Il passa le défilé et il se dirigea sur Neubrunn , d'où , après la retraite du restant de l'avant-garde, il vint joindre la division au camp de Pfullendorf.

« Telles étaient les sages dispositions du général Lefebvre à sept heures du matin , lorsque les troupes légères ayant découvert par leur mouvement le front de la position , mirent toute la division dans le cas de prendre paît à une des plus brillantes aftaires qu'elle ait eues depuis le commencement de la guerre. L'ennemi engagea une canonnade des plus vives et fit attaquer par quatre bataillons le village d'Ostrach , que quatre compagnies de la 25' d'infanterie légère défendaient ; elles repoussèrent l'attaque des ennemis à plusieurs reprises et gardèrent ce poste jusqu'à la dernière extrémité. Le chef de bataillon Drouin s'y couvrit de gloire.

(( En même temps, l'ennemi faisait filer sur sa droite plusieurs bataillons et de l'artillerie. Il attaqua avec vigueur le village d'Ickofen , cherchant à pénétrer sur Meyenbruck par différents gués que le ruisseau d'Ostrach présente dans cette

'lu MEMOIRES

partie. Le général Lefebvre , qui apeiçiit ce mouvement , porta de suite eu arrière de Wangen le bataillon de la 53* demi-brigade , qui était resté en réserve , et fit passer sa cavalerie de la droite de la position à la gauche , où , en soutenant l'infanterie qui défendait le passage du ruisseau, cette cavalerie eut occasion d'exécuter trois brillantes charges et de repousser, à chacune d'elles, les ennemis, qui, à la faveur du brouillard, cherchaient à faire des progrès sur notre côté gauche.

« Le feu le plus vif continuait toujours. L'eiuiemi mettait la plus grande importance à s'emparer dOstrach ; il envoya des troupes fraîches pour renforcer les premières et parvint enfin à forcer les quatre compagnies de la 25*. Ces compagnies durent al)andonner le pont et se replier dans le village. Le chef de bataillon Bontemps , qui était en arrière avec le bataillon de la 67" demi-brigade, leçut l'ordre, à l'instant même, de reprendre ce ])oste et de le conserver. 11 fit battre la charge et exécuta l'ordre (ju'il avait leçu avec ime l)ra- Noure et une fermeté au-dessus de tout éloge.

« Mon second rapport instruisit le général Lefeb\re que l'ennemi faisait les plus grands efforts pour s'emparer aussi des débouchés de Meycnbruck. 11 s'y porta lui-njème et déjà il ordonnait plusieurs mouvements, lorsqu'il leçutune blessure qu'il s'efforça de cacher pendant longtemps ; mais

il fut obligé, par la quantité de sang qu'il perdait, de se retirer pour la faire panser. Aous m'ordonnâtes, mon général, de le remplacer dans le commandement de la division.

« Il fallait un point d'appui aux troupes qui faisaient une si belle résistance dans le village d'Ostracli ; les dernières qui venaient d'v entrer commençaient à s'engager en leur entier. Vous saisîtes ce moment, mon général, pour ordonner qu'un bataillon de la 7^ demi-brigade de ligne , qui venait d'arriver, fût mis à ma disposition et placé en arrière du village, ce qui s'exécuta et eut pour effet d'empêcher une seconde fois l'ennemi de déboucher par la grande route et de se porter sur notre droite \

i. Le bataillon de la 7* demi-brijj'ade , placé en arrière d'Ostrach , exécuta plusieurs charges à la baïonnette, pour repousser les ennemis qui pénétraient dans le village. A la seconde, il fut mis en déroute, aucune autre troupe n'étant disponible pour le soutenir. Tout était perdu, si on ne parvenait j)romptemeTit à le rétablir. Je me précipitai au milieu des fuyards, sous le feu d'une artillerie formidable qui ne cessait de vomir la mitraille, et ayant saisi le drapeau du bataillon , je parvins à former un gioupe autour duquel je ralliai plus de deux mille hommes de tous les corps. Alors me mettant à leur tète et faisant battre la charge , nous marchâmes de nouveau aux ennemis, qui, cette fois encore, furent vivement ramenés avec une grande perte ; et nous rentrâmes dans Ostrach. Cette action est ixne des plus vigoureuses de ma carrière militaire.

« Mais l'ennemi faisait toujours filer des troupes sur sa droite, et il paraissait menacer le débouché de Meyenbruck. Le renfort du second bataillon de la 7" , que vous aviez dirigé sur ce poste , n'ayant pas eu le temps d'y arriver , les troupes qui le défendaient, livrées à elles-mêmes et accablées par le nombre, durent céder pour se replier sur le reste de la division. Celle-ci, qui jusque-là avait conservé sa position , usait alors sa dernièie mitraille et se battait à demi-portée. Dans ce moment , l'ennemi profita de l'avantage qu'il avait obtenu sur notre gauche, pour exécuter une charge de cavalerie sur nos batteries. Le général Klein , à la tête de la nôtre, la repoussa vivement.

« Alors le brouillard, venant à se dissiper, nous laissa découvrir une ligne immense de cavalerie et d'infanterie. On peut assurer, sans exagération, que les troupes qui ont combattu contre la division de l'avant-garde s'élevaient à vingt-cinq mille hommes. Il était impossible de résister plus longtemps à des forces aussi supérieures, sans nous exposera être anéantis. Vous me donnâtes l'ordre de reployer la division sur la position qui est en avant de Pfullendorf.

(( La retraite se fit dans le plus grand ordre et fut particulièrement soutenue par la 7*^ compagnie du 3* bataillon de sapeurs, qui, après avoir coupé, sous le feu de l'ennemi, les ponts sur l'Ostrach,

coiinl)attit comme des grenadiers. Le lieutenant Brété commandait cette compagnie.

« Toute l'armée autrichienne était en mouvement pour soutenir l'attaque sur l'Ostrach , où l'arcbiduc Charles commandait en personne. La perte qu'elle a éprouvée est très-considérable ; on estime qu'elle a laissé plus de deux mille morts ' en avant et dans le village d'Ostrach , où elle a eu aussi une immense quantité de blessés. Notre artillerie lui a fait surtout un mal prodigieux ; les prisonniers sont en petit nombre.

(c Nous avons aussi perdu du monde ; le total, (|ui dépasse douze cents hommes tout compris, est conforme au tal)leaii ci-joint; tous les blessés ont été transportés à FfuUendorf; parmi eux il y a plusieurs ofïiciers de distinction, etc., etc.. » La suite du rapport appartient à la bataille de Liebtingen , donnée qnalre jours après.

Le général en chef .lourdan eut un cheval tué sous lui et plusieurs autres blessés , en s'exposant au danger plus qu'il ne devait. Il ne quitta pas le champ de bataille , et il ne cessa d'encourager l'ardeur des troupes par sa présence et son admirable sang-froid.

Les forces considérables que l'ennemi déploya devant la division d'avant-garde, et l'acharnement qu'il mit à la forcer dans sa position , indiquaient qu'il avaitdirigé contre elle ses plus grands efforts.

Cependant la troisième division, qui occupait quelques villages sur la rive droite de FOstracli, y fut aussi attaquée et forcée de les évacuer. Mais le général Gouvion Saint-Cyr la maintint dans sa position principale , en avant de 3Iengen , et il repoussa une colonne autrichienne, qui s'était détachée de devant Ostrach, pour tourner sa droite. En même temps il rappela le coips de flanqueurs qui était sur la rive gauche du Danube , et il l'employa à contenir les ennemis du côté de Riedliugen, en leur faisant craindre d'être eux-mêmes pris en flanc. 11 se disposait en effet à marcher sur Friedberg, pour opérer une diversion en faveur de l'avant-garde , lorsqu'il fut instruit qu'elle avait été forcée à faire sa retraite, et qu'il reçut ordre de reployer sa division , pour éviter qu'elle ne fût enveloppée. Elle exécuta ce mouvement avec la plus grande précision , sans que les ennemis pussent rien entreprendre sur elle.

La première division , commandée par le général Férino, était campée sur l'Asch jusqu'au lac de Constance; elle ne fut point attaquée. Les ennemis se bornèrent à occuper son attention, en tenant devant elle lui corps d'observation , qui ne fit dans la journée que des mouvements insignifiants et lui laissa même opérer sa retraite sur Salmansweiler, sans l'inquiéter. Des troupes de la réserve, il n'y eut que la septième demi-brigade, envoyée

au secours de l'avant-garde , qui fut engagée. Le restant de la deuxième division , à laquelle appartenait cette demi-brigade , et la division de grosse cavalerie, commandée par le général d'Hautpoul, ne furent point en situation de prendre part à la bataille ; ces deux divisions rejoignirent ensuite l'avant-garde au camp de Pfullendorf.

On était trop près du champ de bataille d'Ostrach pour pouvoir s'arrêter à la position qui est en avant de Pfullendorf, et où il n'y avait de réuni que la division d'avant-garde et les deux divisions de réserve. D'ailleurs celte position était bien moins avantageuse pour la défense que celle de Stockacli , qui est plus resserrée. Le général en chef, en conséquence, porta l'armée à la hauteur de Stockach , le centre en arrière de cette ville , la droite appuyée au lac de Constance , près de Bodenau , et la gauche au Danube, dans la direction de Friedingent. Mais celte position était encore trop étendue , et elle était traversée par de nombreux débouchés qui offraient à l'ennemi trop de facilité pour venir nous attaquer. Nous la quittâmes, le 22 mars; nous prîmes celle qui est au-dessus d Engen : le centre, formé par l'avant-garde et les deux divisions de réserve , y fut établi ; la première division fut camper à Hohentweil, et la troisième division s'établit en léle du bois qui est en avant de Tùtllingen, ayant sur son front les

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villages de Xeuhausen et de Liebtiugen, qu'elle

fii occuper, et à sa hauteur, sur la rive gauche

du Danube , devant Friedingen , le corps de

flanqueurs , commandé par le général Van-

damme.

Ce mouvement de retraite ne fut pas inquiété par l'ennemi; mais, le 23, nous voyant arrêtés, il porta des reconnaissances sur toute la ligne, pour juger de notre position. Celle qu'il dirigea sur la première division soutint avec elle un engagement qui dura toute la journée, sans produire d'autre résultat que de faire perdre aux Autrichiens quatre à cinq cents hommes dont deux cents prisonniers. Une demi-brigade de la deuxième division, que le général Souham avait placée en tête du bois qui est en avant d'Engen , pour couvrir cette ville , y fut aussi attaquée ; elle repoussa l'ennemi jusqu'au village d'Asch et lui fit également des prisonniers. Mais le combat fut plus vif à la troisième division, contre laquelle les Autrichiens dirigèrent des forces considérables, pour l'obliger à repasser le Danube; ils ne purent pourtant y parvenir. Les sages dispositions du général Saint-Cyr maintinrent sa division dans sa position, adossée au bois de Putlingen ; elle gardait ainsi les débouchés , dont l'ennemi voulait se servir le lendemain pour son attaque générale. Cette tentative des Autrichiens sur le général Saint-Cyr leur coûta plus de douze cents

liommes et fit beaucoup d'honneur à la troisième division.

Dans la journée, je portai les troupes légères de mon avant-garde sur Emmingen et à la gauche de ce village, vers Liebtingen, pour opérer une diversion en faveur de la troisième division. Ce mouvement , ordonné par le général en chef, produisit son effet ; il attira de mon côté une partie des forces emiemies , et il favorisa le général Saint-Cyr.

Pendant ces engagements, le général en chef se tint, à lavant-garde, sur les hauteurs à gauche d'Engen, où il jugea que l'attaque n'était qu'une reconnaissance forcée qui couvrait le mouvement général de l'armée autrichienne. S'atlendant ainsi à être attaqué le lendemain par toutes les forces ennemies , il résolut de les prévenir, en allant à leur rencontre. Il espérait de cette manière faciliter sa jonction avec l'armée d'Helvétie , qui , le même jour , devait de son côté renouveler ses attaques sur Feldkirch. Il y avait une grande hardiesse dans celte résolution , car nous manœuvrions devant un ennemi dont les forces étaient le double des nôtres, et ayant la confiance du succès qu'il venait de remporter sur nous à Ostrach. L'ensemble le plus parfait dans tous nos mouvements pouvait seul compenser notre infériorité. Cependant nous aurions pu réussir dans notre entre-

prise, quelque audacieuse qu'elle fût , si le général Jourdan avait tenu son armée réunie et s'il avait suivi son premier plan ; mais il fut ébloui par le succès que j'obtins avec ma division d'avant-garde, au début de l'action du lendemain , et il changea ses dispositions, au moment où la prudence lui commandait au contraire d'y persister de plus en plus.

Le général Jourdan avait ordonné au général Férino de diriger la première division sur Stockacb, en passant par Steislingen, et au général Souham de prendre la route d'Engen avec la deuxième di- AÎsion, ponr se porter également sur Stockacli. Lorsque ces deux divisions auraient opéré leur jonction , le général Férino devait en prendre le commandement et attaquer Stockacb. J'eus l'ordre de diriger mon avant-garde sur Emmingen et de là sur Liebtingen ; le général d'Hautpoul, commandant la division de cavalerie de résene , devait suivre et soutenir mon mou\ement. Le »énérai Saint-(>vr dut réunir à la troisième division les flanqueurs de gauche, commandés par le général Vandamme, et déboucher aussi sur Liebtingen, en passant par Mùlilen et Fiiedingen. Ce mouvement devait être protégé par celui de l'avantsarde.

Ces dispositions n'auraient rien laissé à désirer, si les première et deuxième divisions avaient pu se

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réunir avant de joindre l'ennemi , car ayant la supériorité du nombre sur l'aile gauche ennemie , elles pouvaient l'enfoncer et mettre ainsi toute l'armée autrichienne dans un 2;rand embarras. Dans des opérations de cette importance, lorsqu'on ne peut tout embrasser, il faut savoir se fixer, et surtout n'entreprendre à la fois cpie ce qu'il est possible de bien faire : sinon on s'expose à des revers d'autant plus difficiles à réparer, qu'on est désuni et ([u'on se trouve partout en forces inférieures. De même , il v a toujours de l'inconvénient à faire dépendre de plusieurs attaques partielles et dirigées par des chefs indépendants Tiui de l'autre, le succès d'une affaire générale , qui exige l'ensemble le plus ])arfait et l'unité de commandement. Car alors les incidents imprévus sont souvent iiréparables.

Suivant les ordres qu'il avait reçus, le £;énéral Bot, nie Férino dirigea, le '24 mars (o i^erminal) au matin, ou .icSiociiddi. la première division sur Stockach. In corps ennemi, qu'il trouva en position de Steislingen , couvert par le marais qui est à la gauche du village , fut vivement attatjué , tourné sur ses deux flancs et aussitôt délogé , avec perte de si\ cents prisonniers. Le général Férino chassa encore les Autrichiens d'un bois qui est au delà de Steislingen et d'un autre bois situé sur la route de Stockach à Ascb, ainsi que des villages d'OErsingen et de Neu-

zingen; ce dernier dépassait déjà le point où la deuxième division aurait dû joindre la première. Mais en approchant de Stockacb, le général Férino reconnut que les einiemis occupaient , en forces supérieures , la position qui est en avant et à droite de cette ville , et qui est couverte par la rivière du même nom. Il n'était pas de force à attaquer seul cette position , ses munitions étaient consommées en grande partie et la deuxième division se trouvait encore fort loin en arrière de lui. 11 fut ainsi dans la nécessité de se retirer et de faire évacuer avec perle le village de Wablwies , en attendant la jonction de la deuxième division.

Cependant le général Souham avait aussi mis en marche la deuxième division , et fait attaquer un autre corps ennemi cpii était en position sur les hauteurs en avant d' Ascii. Cette position, vivement disputée, fut prise et reprise à deux fois; enfin la deuxième division réussit à l'emporter et à V faire neuf cents prisonniers. Elle poursuivit l'ennemi jusqu'au village d'Eigetlingen , où le général Souham la fit arrêter , pendant que le général Férino l'attendait vainement au delà de Neu- /.ingen.

Ce défaut d'ensemble empêcha ainsi ces deux divisions d'exécuter l'opération à lacjuelle elles étaient destinées, et leur diversion ne fut même d'aucune utilité à l'altaque principale que fit

l'avant-£;arde du côté de Liebtiniren. Elles eussent au contraire puissamment secondé cette attaque, et il est même probable qu'elles eussent également remporté, de leur côté, des succès décisifs, si, comme je l'ai déjà fait remarquer , le général en chef n'avait point fait dépendre leur réunion du résultat de deux attaques isolées et trop éloignées Tune de l'autre pour agir de concert. Le moindre incident survenu à l'une ou à l'autre devait les faire échouer toutes les deux. Encore, cette erreur de calcul du général Jourdan n'eùt-elle peutêtre pas été aperçue, sans la faute plus grave qu'il commit au centre , avant de connaître le résultat de l'attaque de droite et avant d'en avoir reçu le rapport , faute qui lui enleva la victoii-e , au moment où il la croyait assurée. Le récit des événements qui se sont passés au centre de l'armée , et pour lesquels je reprends la citation de mon rapport, en fournit la preuve.

« Le 5 germinal [Q.U mars), à trois heures du matin, l'avant-garde quitta sa position des hauteurs à gauche d'Engen. Elle passa à gauche du village de Manhen, de là à Âttingen où la division se réunit, et elle se porta sur Emmingen qui était occupé par l'ennemi. J'avais fait à l'avance mes dispositions pour l'attaquer; la 25* demi -brigade d'infanterie légère marcha sur lui, tandis que le chef de brigade Sahuc , à la tête de

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trois escadrons el déboiicliaiit par la droite du village , chargea avec impétuosité quatre cents hulans qui étaient en l^ataille sur le plateau, d'où ils protégeaient leur infanterie. 11 les mit en déroute avec perte de quelques hommes tués , de beaucoup de blessés et de trente prisonniers avec leurs chevaux. Dans cette action , le chef de brigade Sahuc reçut dans la figure un coup de lance ; entouré d'une vingtaine d'ennemis, il les dispersa par son courage , mais il fut obligé de se retirer avec l'adjudant Graché , qui reçut également une forte blessure à la tète.

« Dès que le village fut emporté , je fis déboucher le restant de la division. La cavalerie se mit en bataille à droite d'Emmingen. Le général Levai forma la 25'' demi-brigade en avant, pour protéger l'attaque du bois (|ue le général Mortier allait commencer avec la 25'' d'infanterie légère. L'artillerie , soutenue })ar la 67' demi-brigade , fut placée, pour le même objet, partie sur le plateau et partie en arrière d'Emmingen , pour répondre au feu des ennemis qui avaient leurs [)ièces au revers de la position de Liebtingen,

" L'ennemi avait , à la défense du bois de Liebtingen, trois mille hommes d'infanterie légère disposés en tirailleurs; il avait aussi, entre ce bois et le débouché d'Uettlingen, dcu\ lignes d'infanterie de trois bataillons chacune, douze cents chevaux

Dl MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOLLT. 3;}

el douze pièces de canon. Vue de front, celle [xh silion paraissait avantageuse à défendie ; mais je jugeai qu'en l'allaquant par la gauche , où il me parut qu'elle était faiblement soutenue, je la ferais tomber. C'est ce qui arriva.

a En attendant , nos tirailleurs faisaient des progrès. Le général Alorlier se porta, à la tète de la 25" demi-brigade d'infanterie légère, à la droite du bois, pour tourner la gaucbe de rennemi; il attaqua avec tant d'impétuosité qu'il eut bientôt j)énétré sur Liebtingen. Les 53^ et (M" demi-brigades, conduites par le général Levai, débouchèrent alors à droite et à gauche du village. Arrivée là, 1 infanterie fut obligée de s'arrêter, pour attendre la cavalerie et l'arlillerie (|ui n'avaient [)u déboucher du bois qu'après elle. Ce mouvement fut exécuté avec la plus grande rapidité ; je fis aussilùl diriger le feu de nos batteries sur les lignes ennonies, tandis que notie cavalerie s'en ap[)rochail pour les charger. Elles commencèrent à s'ébranler; plus vi\ement serrées, elles se romj>irent ; tout fut enfoncé et mis en déroute ; ce (jui ne fut pas tué ou pris chercha son salut dans la fuite, en s'enfonçant dans les bois qui sont entre Liebtingen et Stockach.

a Après ce succès, l'infanterie, toujours formée sur quatre colonnes , deux de chaque côté de la grande route, celle des ailes longeant le bois.

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s'avança dans la plaine et s'airèla sur le plaleaii ([ui est en face du débouclié du l)ois, et du côté de la chaussée qui conduit à Slockacb. On ramassa les prisonniers , dont le nombre s éle\ a à deux mille, et on ramena deux obusiers avec leurs caissons ; la terre était d'ailleurs couverte de débris d'armes de toute espèce. La 25® demibrigade d'infanterie légère et le 1""^ régiment de chasseurs à cheval , commandés par le chef d'escadron Dubois-Crancé , eurent ordre de poursuivre, dans le bois, les fuyards ennemis. »

Le général en chef arriva à l'avant-garde , au moment où l'action venait de fmir. Satisfait de cet heureux début, il crut que l'armée ennemie allait précipiter sa retraite , et la voyant déjà en pleine déroute, il voulut entreprendre d'en enlever une partie. Rien ne justifiait cet excès de confiance. Le général .lourdan devait se rendre com])te ([ue nous venions d'avoir affaire seulement à l'avant-garde autrichienne, et déjà, l'avant-veille àOstrach, il avait reconnu que l'archiduc dirigeait ses principales forces contre notre centre. Il connaissait l'énorme supériorité qu'avait sur la nôtre Tarmée autrichienne. Avant de s'engager inconsidérément contre la masse de cette armée, il devait attendre les ra[)ports de ses divisions de droite, pour savoir où elles étaient; il devait au moins donner au commandant des

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troupes légères que je veuais d'envoyer à la poursuite des ennemis , le temps de reconnaître leurs nouvelles dispositions et d'en rendre compte. 11 aurait pu régler, en conséquence, les changements qu'il se proposait déjà de faire à son plan. Mais il n'eut pas cette ])atience ; il s'abandonna à une illusion, et il courut à sa perte, en se dégarnissant sur le point où les coups décisifs allaient être portés, et en ordonnant au général Sainl-Cyr de se diriger sur Mœskirch, avec la 3* division et le corps de flanqueurs de gauche, afin de tourner l'armée ennemie et de la prendre en flanc, quand elle se retirerait sur Pfullendorf. Lue pareille entieprise n'avait aucune chance de succès. Comment espérer qu'uue seule division de sept à huit mille hommes, triompherait de plus de soixante mille Autrichiens , conduits par Tarchiduc, et manœuvrant sur une seule direction ? Comment croire qu'elle les mettrait en déroute, et que la 3" division n'aurait plus qu'à recueillir les fruits de la victoire? C'est cependant ce (jue le général Jourdan lui-même annonçait. Heureusement , l'exécution de ce téméraire projet fut confiée à celui de nos généraux dont la prudence pouvait le mieux en corriger les dangers. Le général Saint-Cyr rendit cet éminent service à l'armée.

La première disposition lui prescrivait de faire

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