‹ Mémoires du Maréchal-Général Soult, duc de Dalmatie (volume 2)Chapitre 7 sur 39 · WÉ MOIRES · texte numérisé non relu

WÉ MOIRES

en Italie, au point que, malgré leur grande supériorité, numérique, la plus forte partie de l'aile gauche de l'armée de l'archiduc dut quitter -la Suisse, pour aller les renforcer. Il faut aussi citer la rivalité de commandement entre les généraux lusses et autrichiens , surtout entre le prince Charles et le maréchal Souwarow, généralissimes tous deux, et qui recherchaient également la gloire sans partage, comme j'aurai bientôt l'occasion de le faire remarquer. Enfin l'antipathie nationale entre les deux armées peut aussi y avoir joué un rôle. De notre côté, au contraire, il y avait unité; nous avions lui général en chef doué de rares qualités; sa persévérance à lutter contre la fortune, sa perspicacité à démêler les projets des ennemis, son habileté à profiter de leurs fautes, nous inspiraient une entière confiance en lui. Il y avait aussi la connaissance familière que nos généraux avaient acquise de l'art de la guerre dans les montagnes, l'intelligence de nos officiers, et celle même de nos soldats, qui, dans une guerre de postes et de détachements, savaient se frayer des passages, se ménager des issues, et se procurer des ressources que d'autres troupes n'auraient pu trouver. Ces avantages étaient loin de compenser notre infériorité de nombre et de position , mais ils en atléiuiaieut l'effet, et ils nous aidaient à prolongernolre lésislance, en atténuant (jue nous

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pussions rencontrer une occasion favorable , une faute que les ennemis pourraient commettre, et en profiter.

Néanmoins , cette résistance devenait chaque jour plus difficile, et le cercle se rétrécissait autour de nous; les faibles succès que nous remportit)ns ne parvenaient même pas à suspendre le cours des opérations ennemies. Ainsi, dans les premiers jours de mai , le général ^lasséna avait essayé de faire une diversicm sur la droite de l'arcliiduc, en faisant pailir un fort détachement du camp retranché, en avant du petit Bâle, et en l'envoyant faire une incursion dans le Brisgau; il avait espéré attirer de ce côté Taltention de l'archiduc, et le distraire de l'attaque qu'il dirigeait sur les Cirisons. Mais larchiduc avait deviné le général français; il n'avait tenu aucun compte de cette tentative isolée, et promptemenl contenue par le corps d'observation cpie les Autriciiiens avaient de ce côté , et il avait immuablement poursuivi l'exécution de son plan.

Le général Masséna ne pouvait cependant pas tarder plus longtemps à concentre son armée, soit pour marcher aux ennemis , les rejeter au delà du Rhin, et gagner de nouveau l'appui du lac de Constance, soit pour prendre une position centrale, sous la protection de laquelle il pût attendre les renforts qui lui étaient annoncés, et

l'effet de la diversion qu'on avait l'espoir d'obtenir de l'armée d'observation , si cette armée pouvait déboucber de Mannheini, pour menacer la Souabe. Le général Masséna se prépara à ce dernier parti, en faisant construire un camp retranché sur le Zurich-Berg , pour couvrir Zurich et la rive droite de la Limmath. Ce n'était pourtant qu'un pis-aller, et, avant de le prendre, le général Masséna voulut essayer une opération offensive, en se plaçant avec son centre entre la principale armée de l'archiduc Charles, qui, de Stein et de Schaffouse , où elle avait passé le Rhin , s'était portée à Andelfingen , sur la Thur, et le corps du général Hotze, qui était en marche pour la joindre par la vallée de la Thur, Appenzell et Saint-Gall. Opcraïkms Trois divlsious d'infanterie, ayant chacune une

sur la Tliur et . '.,,.,,.

la Toss. brigade de cavalerie et un i3on train d artillerie , formant ensemble prés de vingt mille hommes , furent destinées à s'opposeï' à la réunion de ces deux corps, et à les attaquer sépaiément. Ma division en faisait partie et formait la réserve des deux autres divisions. Le 25 mai, le général en chef se mit à notre tête, et nous fit marcher, sur trois colonnes, de Winlerthur à la rencontre des ennemis.

La colonne de droite, commandée par le général Oudinot, suivit la route qui conduit à Lrauenfeld, et donna sur l'avanl-garde du général Hotze;

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celle dernière, faliguee (l'une marche de nuit et altaquée à Tiniproviste sur un terrain désavanlageux, fut presque détruite. Mais, après avoir dépassé Frauenfeld , nous trouvâmes , entre cette ville et la Tliur, la réserve du général Hotze en position; elle soutint l'engagement et obligea même le générai en clief à disposer de la colonne de la réserve , que ses premières instructions avaient dirigée sur Altikon. On se battit avec acharnement jusqu'à la nuit, et les pertes furent Irèsconsidérables de part et d'autre. Les demi-brigades suisses attachées à ma division montièrenl autant de courage que nos troupes; mais le général Weber, leur commandant, officier d'un rare mérite, ayant été tué vers la fin de l'action, au moment où les ennemis tentaient un dernier effort pour nous repousser, ses troupes, privées de leui* chef, fléchirent et découvrirent le rideau qu'elles devaient défendre. Le lendemain matin, notre aile droite se replia sur la montagne appelée Steig- Fass, entre Frauenfeld et \\ interlhui'.

A son début, notre colonne de gauche eut aussi des succès. Partie de Pfungen sur la Toss, elle se dirigea sur Andelfingen; en approchant de cette ville, elle enleva tous les postes autrichiens qui étaient sur la rive gauche de la Thur. Les régiments de Barco et de Mezaros-hussards , chargés de les soutenir, furent culbutés et jetés dans la

rhur, malgré les efforts des généraux Kienniayer et Piaczeck, qui furent l'un et l'autre blessés. Nos troupes s'emparèrent même du pont d'Andelfingen ; mais le feu dominant de la rive opposée les empêcha de s'y maintenir; l'engagement se soutint avec vivacité, d'un bord à l'autre, jusqu'à la fin de la journée. Pendant la nuit, nos troupes se replièrent, et le lendemain elles rejoignirent la colonne de droite sur le Steig-Pass.

Les efforts que nous fimes sur la rive gauche de la Thur, pour empêcher la réunion des deux corps autrichiens et les rejeter au delà du Rhin , furent donc sans succès. Si les Autrichiens essuyèrent des pertes considérables, nous en éprouvâmes aussi, et les ennemis remplirent leur but, car la jonction de l'archiduc et du général Holze s'opéra. Il en fut de même à la position du Steig-Pass. Dès le matin du 26, le géné;^al Hotze s'y présenta avec son corps d'armée, et il recommença l'engagement. Le général Masséna avait garni de tirailleurs les deux bois qui sont sur les flancs de cette montagne, et il avait fait soutenir ces tirailleurs par nos lignes d'infanterie et de fortes batteries plongeant leui's feux dans les replis du terrain. Plusieurs fois les colonnes ennemies se présentèrent courageusement, et tant que nous n'eûmes affaire qu'aux troupes du général Hotze , elles furent constamment repoussées en désordre; mais dans l'après-

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midi, 1 archiduc Charles les fit renforcer par des troupes de son armée , et l'attaque reprit avec une nouvelle fureur. Malgré notre vive résistance, nous fûmes forcés d'abandonner la position, pour aller, le même jour, nous remettre en bataille sur la gauche de laToss.

Le combat recommença encore , le lendemain matin ; mais le général en chef reçut bientôt l'avis qu'une colonne autrichienne venait de passer' le Rhin à Églisau , et qu'elle manœuvrait pour tourner notre gauche. Nous nous mîmes aussitôt en marche pour nous rapprocher de Zurich ; c'est ce qui rendit ce troisième engagement beaucoup moins sérieux que les deux premiers. Quoique très-inférieur en forces , le généial Masséna ne cédait le terrain que pied à pied , et après avoir défendu opiniâtrement toutes les positions qui offraient le moindre moyen de résistance. Il voulait retarder, autant que possible, le moment où il serait obligé de se concentrer derrière la Linmiath et le lac de Zurich; il jugeait avec raison, qu'en disputant ainsi aux Autrichiens les avantages qu'ils remportaient, au prix de si grands sacrifices, il les forcerait, à la longue, à devenir moins entreprenants et à nous laisser quelque repos.

D'après ce plan , nous ne pouvions nous dispenser de nous arrêter sur la Glalt. Cette rivière sort du lac de Greifensee, coule dans des teirains

marécageux au pied de la montagne de Zurich- Beïg, à une lieue et demie de Zurich , et va se jeter dans le Rhin, au-dessous d'Eglisau. Le général Masséna considérait la Glalt , où , en temps ordinaire, on ne trouve pas de gué, comme le poste avancé du Zurich-Berg. Par conséquent, il l'avait fait retrancher avec soin, couvrir d'abatis, et munir d'une bonne artillerie pour défendre les approches de Zurich. En quittant les bords de la Toss, la Glatt nous fut donc indiquée pour nouvelle position. Ma division ayant moins souffert que les deux autres dans les combats précédents, fut destinée à défendre la droite du camp retranché, où l'on croyait que les ennemis dirigeraient leurs principaux efforts. Je pris ma ligne depuis Herliberg , sur le lac de Zurich , jusqu'au ruisseau de Seebach, lequel se réunit à la Glatt, au-dessous de Schwamendingen , et j'occupai, en avant de mon centre, les villages d'Ebmatingen et deFellanden, sur le Greifensee. La division Oudinot prit position , à ma gauche, sur la Glatt , pour y défendre une ligne de redoutes, se reliant au système du camp retranché. Le général en chef porta l'autre division sur la rive gauche du lac de Zurich, pour l'opposer aux ennemis, qui, de ce côté , faisaient déjà des progrès alarmants.

C'était une grande opération que d'entreprendre de nous forcer au Zurich-Berg, où tous les moyens

de défense avaient été réunis; et les ennemis parurent avoir cette opinion, à en juger par le temps qu'ils mirent à faire leurs préparatifs, et par le soin qu'ils portèrent à reconnaître les endroits accessii)les de notre position. En attendant, ils nous resserraient de plus en plus, et ils refoulaient nos postes avancés. Nos reconnaissances qui éclairaient les mouvements des colonnes aiitricliiennes, et les prisonniers fju elles nous ramenaient, nous apprirent que Tarcbiduc , dont le quartier général était établi à Klolen, ne différait son attatjue, que pour la rendre générale et y employer la plus grande partie de son armée, mais que ses dispositions annonçaient plus particulièrement le projet de porter sa principale attaque sur notre droite. La bataille qui se donna prit, en effet, cette direction ; elle commença le 2 juin, de grand matin, et elle ne finit que le 4, fort avant dans la nuit. Voici mon rapport au général en clief.

u Birmensdorff, le 19 prairial an vu '7 juin 1790).

« Les différents mouvements que la division a faits m'ont empècbé , mon cber général , de vous adresser mon rapport sur les combats qu'elle a eu à soutenir pendant les journées des 1^, 15 et 16 de ce mois. Je profite du premier moment de tranquillité pour remplir ce devoir.

Bataille du Zuiicli-Berg,

M Le 14, l'ennemi attaqua en force la brigade de droite aux ordres du général Hunibert. L'étendue que cette brigade occupait, ne lui ayant pas permis de faire une longue résistance dans ses postes avancés , je lui donnai ordre de se replier, et d'appuyer sa droite au lac de Zurich, en arrière de Zollikon, sa gauche, au bois qui est en arrière de Witikon, et de se lier, parGeeren, à la brigade du centre , que je fis en même temps retirer de Faiianden , pour prendre la position en arrière de Dubendorff. Sur cette nouvelle ligne, l'engagement se soutint avec un égal succès; à dix heures du soir, on se battait encore; l'obscurité de la nuit fit cesser le combat.

« Les dispositions de l'ennemi, que j'avais observées, faisaient croire que, le lendemain, l'attaque serait plus générale , et je m'étais préparé à la soutenir. Elle commença à trois heures du matin , mais elle ne se porta encore que sur la brigade de droite. L'ennemi engagea l'affaire avec six bataillons d'infanterie , le régiment de Waldeck-dragons et neuf pièces d'artillerie. On se battit toute la journée, par une pluie continuelle , sans avantage décidé, de part ni d'autre; le mauvais temps fut sans doute cause que l'engagement ne fut pas plus général. Pourtant nous fîmes éprouver aux Autrichiens une perle considérable en hommes tués ou blessés ; nous leur fîmes aussi cinq cents

prisonniers, parmi lestjuels se trouvent plusieurs officiers, f-e soir, nous reprîmes nos positions. Pendant la nuit, l'ennemi ayant fait avancer de nouvelles troupes, renforça tous ses points d'attaque, pour se préparer à la bataille du lendemain.

a Le 16, à six heures du matin, l'attaque fut générale, sur tout notre front. L'ennemi la commença avec vingt pièces de canon , et fit passer la Glatt à ses troupes légères, tandis que, portant ses principales forces sur le centre de la division , en avant de \Vilbaclj, il l'attaqua vigoureusement, ei (it filer des colonnes d'infanterie, pour s'emparer de la montagne qui est à droite. Le centre se maintint dans sa position; mais, vers les deux heures de l'après-midi, l'ennemi, débouchant avec des forces infiniment supérieures, s'approcha du chemin de conununication de la montagne, et ayant débordé les troupes qui le défendaient, il les obligea, pour éviter d'être entièrement enveloppées, à se retirer sur le Zurich-Berg.

« La brigade de gauche, commandée par l'adjudant général Werlé , et attaquée en même temps que celle du centre, fit durer sa résistance, une heure de plus, en tète du village de Schwamendingen et sur la hauteur en arrière ; ensuite elle entra dans le camp retranché, pour assurer la défense des abatis.

ce Pendant ce temps, les troupes aux ordres du

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chef de brigade Biuuet , qui fait ]es fonctions de général de brigade, continuaient à se battre dans le bois de Witikon. Différentes charges furent exécutées, et l'ennemi, qui avait cherché à s'établir dans cette partie, fut forcé à !a retraite, après avoir perdu beaucoup de monde.

a Le général Huml^ert se défendait avec un égal succès, sur la droite, jusqu'au lac de Zurich. La brigade qu'il commande arrêta l'ennemi, qui voulait déboucher, entre le Zurich-Berg et la ville, et le força à reprendre ses positions du matin. De part et d'autre, on se maintint jusqu'au soir, malgré les tentatives que l'ennemi fit, à plusieurs reprises, pour se porter en avant.

« Partout on se battit avec acharnement ; mais au centre , cet acharnement fut au delà de toute expression. Nos troupes avaient été repoussées jusqu'au dedans des abatis. Diverses charges , exécutées avec vigueur par l'infanterie, ne purent éloigner du bois les ennemis, qui, profitant de cet avantage et de leur supériorité, rassemblèrent, au pied du Zurich-Berg, une nouvelle colonne de troupes fraîches, composée de six bataillons de grenadiers hongrois , du régiment de Benderinfanterie, et de la garde d'honneur de l'archiduc, pour forcer les abatis et attaquer nos retranchements. A hauteur de cette masse, les troupes qui avaient combattu dans la journée se formèrent

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aussi, sur plusieurs colonnes, et attendirent que le signal fût donné , pour s'avancer au même moment. Je me trouvais justement au Zurich-Berg, lorsque, sur les huit heures du soir, un feu roulant de mousqueterie, soutenu par des décharges à mitraille de toule notre artillerie, m'avertit que les ennemis approchaient. L'emhrasement était général ; alors le Zurich-Berg ressemblait à un énorme volcan couvert de flammes. La résistance fut des plus opiniâtres ; on se battit corps à corps et à coups de crosses , avec les grenadiers hongrois. Néanmoins, les abatis furent forcés, et les ennemis se répandirent au milieu de nos retranchements.

cf 11 n'y avait de ressource que dans un coup d'audace. Je pensai qu'en prenant en flanc les troupes qui avaient forcé notre ligne, et à la faveur de leur désordre, je les mettrais en déroute; qu'avec elles j'entraînerais aussi celles qui n'avaient pas encore débouché , et que j'assurerais ainsi le succès de la journée. J'avais près de moi, en réserve, quelques compagnies de la 1"^^ demibrigade d'infanterie de ligne et de la 14" d'infanterie légère. Tous les officiers de mon état-major^ prévenus de ma détermination de payer de nos personnes , se réunirent à 1 instant près de moi , et nous-mêmes , l'épée à la main , nous fonçâmes sur les ennemis. Le choc fut si rude, qu'ils ne

purent le soutenir. Culbutés , taillés et mis en pièces, ils se précipitèrent vers le pied de la montagne , où ils entraînèrent la garde du prince et tous ceux qui la suivaient. Les grenadiers hongrois, qui avaient pénétré dans l'intérieur des retranchements, se trouvant alors coupés, se dispersèrent, au nombre de plus de mille, dans les bois en arrière , d'où nos patrouilles , pendant la nuit et la journée du lendemain , les retirèrent et les amenèrent prisonniers à mon quartier général.

« Après cette défaite, l'ennemi ne disputa plus la victoire et nous laissa le champ de bataille. Il comptait si bien sur le succès de sa dernière attaque, qu'il ne fit avancer la garde du prince que pour en partager l'honneur avec les grenadiers hongrois ; ceux-ci mis en déroute , les gardps furent entraînés et partagèrent leur sort.

« Ainsi, les Autrichiens ne pénétrèrent dans nos lignes que pour y trouver leur perte. D'après leur aveu, ils étaient vingt-cinq mille hommes pour l'attaque du Zurich-Berg. L'archiduc Charles les commandait en personne, et il avait près de lui un de ses frères. Ils laissèrent plus de deux mille morts sur le dernier champ de bataille, d'où ils retirèrent plus de trois mille blessés, et, comme je l'ai dit, nous leur fîmes en outre plus de mille prisonniers. Le général Hotze et quatre autres généraux furent blessés.

(( Je n'avais, tout an plus, que sept mille hommes à opposer aux ennemis; aussi je ne puis trop louer la valeur de ces braves, que je regrette de ne pouvoir tous citer, car pour cela il laiidrait nommer tous les militaires de ma division. Mais parmi ceux qui se sont le plus distingués, je mettrai ces intrépides soldats qui se sont battus à coups de crosses et corps à corps, dans les abalis, avec les grenadiers hongrois ; je mettrai aussi les canonniers de la 2* et ceux de la 7" compagnie du 7^ régiment d'artillerie légère , dont le feu à mitraille n'a pas été un instant interrompu ; ils s'étaient mis en chemise, pour avoir plus d'agilité, etc., etc. »

Ce rapport se terminait par l'état de nos pertes, dont le total était de douze cent cinquante hommes; il ne rendait compte que de ce qui s'était passé sur le front de ma division, où, comme je l'ai dit, les ennemis avaient dirigé leurs plus grands efforts. Cependant, à ma gauche, la division Oudinot fut attac|uée , en même temps , et avec une égale fureur , et elle repoussa de même les Autrichiens, avec une grande perte. Mais le général Oudinot y fut blessé, en communiquant à ses troupes sa valeur et son sang-froid.

Si la victoire est à celui qui reste maître du champ de bataille, l'honneur de la bataille du Zurich-Berg appartient incontestablement à l'ar-

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mée française, puisqu'elle repoussa les ennemis, se maintint dans ses positions , et y séjourna même le lendemain. Cet honneur lui est également dû, si Ton considère la disproportion des combattants , les efforts de courage qui furent faits, et le nombre de morts, de blessés et de prisonniers qu'il y eut, de part et d'autre. Si, au contraire, on attribue la victoire à celui qui recueille les avantages, les Autrichiens, sous ce rapport, furent les vainqueurs.

Nous avions passé la journée du 6, entourés de tout ce qui attestait notre victoire de la veille; nous nous préparions à soutenir un nouvel assaut, si les ennemis revenaient nous attaquer, comme on s'y attendait. L'ordre était donné de continuer la défense au Zurich-Berg, et j'avais pris mes dispositions en conséquence. Mais le général en chef fut instruit que l'avant-garde de l'aile gauche de l'archiduc s'était portée de Claris sur Einsiedlen, d'où elle s'avançait sur la rive gauche du lac de Zurich, et menaçait de faire de nouveaux progrès vers la ville, qui renfermait le quartier général de l'armée.

Le général Masséna n'avait aucune troupe à opposer à ce nouveau corps ennemi ; ses deux ailes étaient trop loin, et d'ailleurs trop occupées elles- mêmes ; l'aile droite était engagée aussi avec l'ennemi, et l'aile gauche était nécessaire sur l'Aar

DL" IMARÉCHAL-GÉNÉUAL SOLLT. 1 jU

et la basse Limmalb , {3011 r en défendre les passages. On pouvait encore moins prendre au centre, sans rendre la défense du Zurich-Berg in*possible. Le moment était venu d'exécuter le mouvement rétrograde et celui de la nouvelle concentration de l'armée, que le général en cbet prévoyait déjà depuis plusieurs jours , et pour lesquels il avait déjà donné ses instructions éventuelles'. Ces considérations devaient l'emporter sur le maintien du camp retranclié, quoique la première pensée eût été d'y continuer la défense. Ainsi, le camp retranclié fut évacué dans la nuit du 6 au 7 juin ; tout ce qui appartenait à Tannée sortit de Zuricb, et les divisions du centre furent s'établir sur la célèbre position de l'Albis. Le général en cbef établit son quartier général à Bremgarten, sur la Reuss.

La retraite de l'armée sur l'Albis forme une Retraite

sur rAIbis.

pbase remar(iuable dans la campagne de Suisse. L'armée prit une position qui ne cliangea plus, de tout le courant de l'été, et où elle attendit l'occasion de reprendre une offensive beureuse. ^ oici quelle était cette position au mois de juin 1T99. Un corps détacbé , commandé par le général Xaintrailles , d'abord destiné à aller renforcer l'armée d'Italie, occupait le Valais, où il s'était

i . Voir, à la fin du chapitre , n" 16.

no MÉMOIRES

arrêté pour soumettre les habitants insurgés de cette vallée. Il s'y passa des scènes déplorables, que je préfère me dispenser de décrire. Le général Xaintrailles fut plus tard remplacé par le général Turreau , qui répara , autant qu'il était en son pouvoir , les excès commis avant son arrivée.

L'aile droite, composée de deux faibles divisions, aux ordres du général Lecourbe, avait quitté la partie supérieure du lac des Quatre-Cantons , pour venir appuyer sa droite à la partie inférieure, placer son centre en avant du lac de Zug , sur la rive gauche de la Sihl. et sa sauclie vers le lac de Zurich. Le corps autrichien du général Jellachich était opposé à cette aile ; il s'étendait depuis Brunnen, près de Schwitz , où il avait un gros détachement avec une forte batterie , sur la rive droite de la Sihl jusqu'au lac de Zurich; il occupait Einsiedlen, Schindellegi, et il avait des postes sur le lac Egeri.

Les divisions du centre étaient campées sur l'Albis , rameau détaché des Alpes , qui sépare le lac de Zurich et la vallée de la Limmath , de la vallée de la Reuss, et qui est en face de Zurich ; elles étendaient leur droite sur la rive gauche de la Sihl jusqu'au pont de Sihlhruck. La ligne passait devant Zurich , joignait au-dessous d'Alstetten les bords de la Limmath, suivait le cours de cette rivière jusqu'à l'^ar et ensuite l' Aar jusqu à son

confluent avec le Rhin. Ces divisions avaient devant elles les principales forces de l'arcbiduc, qui occupaient la rive droite de la Limmatli , et qui avaient en avant de Zurich une forte avant-garde. Ma division était précisément opposée à cette avant-garde.

Les bords du Rhin, depuis TAar jusqu'à Rhinfelden, étaient défendus par un corps d'observation.

L'aile gauche enfin gardait le camp retranché du petit Basle et la position de l'Arrach , sur la rive droite du Rhin, plutôt pour couvrir Basle et donner à notre gauche un excellent appui, que pour inspirer des craintes sérieuses au corps détaché de l'armée autrichienne qui lui était opposé-.

Par rapport à l'étendue que nous devions embrasser avec notre armée, de beaucoup inférieure à celle des ennemis, il était impossible d occuper une ligne plus resserrée et par conséquent d'une défense plus avantageuse. Sa bonté ne fut pointant appréciée qu'après en avoir fait l'épreuve, en déjouant l'essai que les Autrichiens, pour nous en éloigner, firent, le 8 juin, presque aussitôt que nous y fûmes établis.

Mais, avant d'entrer dans le détail de ces nouvelles opérations, j'ai besoin d'exposer quelle était alors la situation générale des armées françaises, situation qui exerçait une puissante influence sur

i l-i MÉMOIRES DU MARKCHAL-GÉNÉRAL SOULT.

celle de notre armée en Suisse. C'était surtout l'armée d'Italie , dont l'action sur nous était immédiate , qui nous faisait sentir cette influence. JNous avions, à l'ouverture de la campagne, concerté avec elle nos dispositions, et nos opérations étaient liées avec les siennes. INous en étions désormais séparés; et découverts, de ce côté où nous devions trouver un appui, nous restions exposés à un danger auquel nous n'échappâmes, presque que par miracle. L'armée d'Italie avait été accablée par des revers qui lui avaient fait perdre toutes nos conquêtes jusqu'au pied des Alpes françaises,

NOTES ET PIEGES

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