CHAPITRE VIT
Peudaiil les deuv mois qui sVcoulèrent jusqu'à R^-^Uo la reprise des quatre places frontières , le général EmU^gadlt^iii Jourdan, comme je Tai dit plus haut, fit camper son armée en face de Maéslricht, entre Tongres et Naraur, et tint ses divisions assez rapprochées pour que, dans le cas d'attaque , elles fussent à portée de se protéger réciproquement. Tant que Farmée conserva cette position, il n'y eut que des combats partiels qui se passèrent à Tavant-garde et qui nous furent tous avantageux ; ils entretenaient utilement le service , et ces deux mois de camp * mirentles chefs à même d'améliorer la discipline et de donner des soins à l'instruction. Le ser* vice d'avant-garde, les reconnaissances, les fourrages, les surprises de postes, tenaient les troupes en activité et servaient d'école. On perfectionnait aussi
i . Je renvoie , à la fin de ce chapitre , nne note sur te système de campement (N* 2).
radministration intérieure et on avançait Tembrigadement. Cette opération si importante se faisait avec la plus grande rigidité ; les généraux devaient choisir, sous leur responsabilité, parmi les cliefsde bataillon, les plus capables, pour les désigner comme chefs de brigade. Les instructions des représentants du peuple portaient : « Les grades ne sont pas la propriété des individus; ils appartiennent à la république , qui a droit de n'en disposer qu'en faveur de ceux qui sont en état de lui rendre des services. » Trois fois plus forts qu'avant leur réunion, les nouveaux corps présentaient plus de régularité dans leur ensemble et plus de confiance en eux-mêmes. Les ofTiciers donnaient Texemple du dévouement : le sac sur le dos , privés de solde , car ce fut plus tard seulement, et lorsque les assignats eurent perdu toute leur valeur, qu'ils reçurent en argent, ainsi que les généraux , huit francs par mois , ils prenaient part aux distributions comme les soldats et recevaient des magasins les effets d'habillement qui leur étaient indispensables. On leur donnait un bon pour toucher un habit ou une paire de bottes. Cependant aucun ne songeait à se plaindre de cette détresse ni à détourner ses regards du service , qui était la seule étude et l'unique sujet d'émulation. Dans tous les rangs , le même zèle, le même empressement à aller au delà du devoir;
$i Tua se distinguait, l'autre cherchait à le surpasser par son courage , ses talents , ses actions; cé^ tait le seul moyen de parvenir ; la médiocrité ne trouvait point à se faire recommander. Dans les états-majors, c'étaient des travaux incessants em* brassant toutes les branches du service» et encore ils ne suffisaient pas; on voulait prendre part à tout ce qui se faisait. Je puis le dire^ c'est Tépoque de ma carrière où j*ai le plus travaillé et où les chefs m'ont paru le plus exigeants. Aussi, quoi* qu'ils n'aient pas tous mérité d'être pris pour mo* dèles , beaucoup d'officiers généraux , qui plus tard ont pu les surpasser, sont sortis de leur école. Dans les rangs des soldats, c'était le même dévouement, la même abnégation. Les conque^ rauts de la Hollande traversaient par dix-sept degrés de froid les fleuves et les bras de mer ge^ lés, et ils étaient presque nus; cependant ils .1^ trouvaient dans le pays le plus riche de l'Europe; ils avaient devant les yeux toutes les séductions ; mais la discipline ne souffrait pas la plus légère atteinte. Jamais les armées n'ont été plus obéissantes ni animées de plus d'ardeur ; c'est l'époque des guerres où il y a eu le plus de vertu parmi les troupes. J'ai souvent vu les soldats refuser avant le combat les distributions qu'on allait leur faire, et s'écrier : « Après la victoire , on nous les donnera! »
L'histoire doit consigner ces faits et dire quelles étaient alors ces armées françaises qui délivraient leur pays de l'invasion étrangère, qui conquéraient les plus belles provinces et qui faisaient trembler les vieilles monarchies.
Tout entière à ses devoirs , l'armée ne voyait que la tâche qui lui était confiée; elle n'obéissait qu'au sentiment national , qui repoussait l'ennemi étranger ; elle ne pensait pas aux factions de l'intérieur , et elle les laissait s'entredéchirer. C'est ce qui explique comment l'horrible joug de la terreur a pu si longtemps peser sur la France ^ Mais quand le 9 thermidor, produit de la guerre intestine entre ceux qui se disputaient le pouvoir, eut brisé ce joug, il ne fut plus possible de le relever; l'allégresse publique avait salué, au neuf thermidor, de trop d'acclamations la chute de l'infâme Robespierre et des suppôts de sa tyrannie, Saint- Just, Lebas, Couthon, Duquesnoy et autres. Dans les armées, la joie fut peut-être encore plus vive ; on se sentait relevé de la plus grande humiliation, qu'on n'avait supportée que par le plus profond sentiment des devoirs militaires et par le dévouement le plus entier à la défense et à la gloire du
i . Une circulaire que le général Jourdan adresse aux généraux de division, à la nouvelle dos événements du i" prairial, résume c<»mplètement ces dis|X)si(ions de l'armée. (Voir, à la fin du chapitre, pièce N** 3. )
pays. Cependant nous savions que réchafaud n'épargnait pas même ceux qui remplissaient le mieux leur devoir ; nous y avions vu traîner des généraux, des officiers de tout grade, qui n'étaient coupables que d'avoir déplu à des proconsuls. Hoche, qui venait de sauver l'Alsace et la France, y avait échappé presque par miracle; il devait être sacrifié à Picliegru ; Jourdan, l^febvre étaient sur la liste de proscription de Saint-Just. J'ai déjà dit que je m'y trouvais aussi. Aucun de nous cependant n'était coupable. 11 est vrai qu'à la vue de tant de crimes et à T horreur qu'ils nous inspiraient, quelques expressions imprudentes avaient pu parfois nous échapper , et il n'en fallait pas tant pour nous exposer à une vengeance implacable. Aussi , quand nous nous sentîmes délivrés , nos rangs tressaillirent de joie et d'enthousiasme , et nous oubliâmes le passé pour ne penser qu'à la patrie. « Elle est tout, disions-nous, c'est pour elle que nous combattons ; qu'on nous mène aux ennemis, et nous répondons de la victoire ! »
Le signal qui devait nous appeler à tenir parole p«sMge
. de l*Oiirth«.
allait être donné. Les divisions Marceau, Hacqum et Mayer, avec la brigade Bonnet, sous les ordres du général Schérer, ayant enfin rejoint à Huy, le 13 septembre, furent dirigées sur la gauche de l'armée autrichienne, qui était établie à Ësneux sur rOurlhe, et derrière l'Ay vaille. Le passage de
rOurthe fui bientôt forcé , mais la ligne do TAyvaille , encaissée dans une vallée profonde y était trèft-forte, et le terrain y fut plus vivement disputé. Cependant, le 18 septembre, les trois divisions débouchèrent sur les points qui leur avaient été assignés. Elles purent se former aussi* tôt et charger résolument la ligne autrichienne, qui les attendait sur le plateau en arrière , et qui fut enfoncée après un engagement assez court, mais trè&-vif. Le général Latour, qui la conmian dait , se retira en désordre dans la direction de Yerviers et d'Aix^a-Chapelle, se séparant ainsi du gros de Tannée impériale.
Pendant ce temps, le général Kléber avait fait, à notre aile gauche , de fortes démonstrations sur la Meuse ; elles avaient attiré sur ce point les réserves autrichiennes et fait une utile diversion. La défaite de Taile gauche autrichienne détermina immédiatement le maréchal Gairfayt à abandonner la ligne de la Meuse, au lieu de reprendre l'offensive ; la forte position de la Chartreuse fut évacuée pendant la nuit , et Tarmée autrichienne fut s'établir derrière la ligne de la Roer. L'armée française la suivit aussitôt, et le général Kléber fit r investissement de Maéstricht, en attendant que le siège put en être commencé.
Bataille La ligne de la Roer était forte; la rivière est
rapide, encaissée, n'ayant que peu de gués, der-
rière lesquels de bons retranchements avaient été élevés. Une nonU^reuse artillerie garnissait les points principaux et balayait toute la rive op^ posée; enfin le centre était couvert par la place (Je Juliers. En avant d'elle , sur Aldenhoven, était un corps considérable , ainsi que la plus grande partie de la cavalerie, Néanmoins, le général Jour* dan , comptant sur la valeur de ses troupes , ré* solut Tattaque , pour éloigner larmée impériale de Maéstricht. Le 2 octobre , le général Schérer, avec ses trois divisions y dut attaquer Dueren , et passer la rivière au-dessus et au-dessous de cette ville, pour se lier, par la division Hatry, au centre commandé par Championnet ^ qui devait repous* ser le corps établi à Aldenhoven jusque sous le canon de Juliers , et contenir les retours oflensifs qui pourraient se faire par cette place. Â la gauche 9 le général Lefebvre, et plus loin le général kléber, devaient forcer les passages de Linnich et de Rattem. Un corps d'observation avait été laissé devant Maëstricht. La principale attaque, qui se faisait sur notre droite , fut très-longue , parce que la division Hacquin , chargée de tourner Textréme gauche des Autrichiens, avait un fort long circuit à faire , et que , retardée par les difficultés du terrain , ainsi que par les combats contre les avant-postes ennemis , elle ne put arriver en ligne qu'ù la nuit. Pendant ce temps, la
division Marceau , soutenue par la division Ma ver, avait enlevé Dueren, quoiqu'il fût défendu par des retranchements d'un fort relief et des fossc's pleins d'eau. Le corps de Lalour, qui était placé en arrière et qui était beaucoup plus fort que ces divisions, les empêcha de déboucher; il fit même plusieurs attaques très-vives contre Dueren , mais le général Marceau réussit à s'y maintenir. Au centre eut lieu un beau combat de cavalerie , et les Autrichiens furent refoulés dans Juliers. Iji division Lefebvre avait à emporter Linnicli, et elle le fit avec succès ; mais, comme le pont avait é!é brûlé , que la rivière n'offrait pas de gué , et que Linnich même était incendié par l'artillerie autrichienne qui, très-forte sur ce point, foudroyait toutes les approches, elle ne put que s'établir sur la rivière , et réparer le pont pendant la nuit. A la gauche , Kléber trouva aussi le pont de Rattem détruit , et il y fut accueilli par un feu des plus violents , auquel il ne put répondre qu'avec infériorité. Cependant, vers la fin de la journée , quelques compagnies , se jetant dans Teau, parvinrent, sous la protection d'un mouvement hardi d'artillerie, à |>asser la Roer. Nous allions achever le lendemain de forcer la ligne ; l'ennemi étonné de tant d'audace déployée par nos troupes , et , voyant que sa gauche allait être débordée, prit son parti dans la nuit même : il
se retira sur Cologne sans que sa retraite offrit d'autres incidents ^ et il passa aussitôt le Rhin. La place de Juliers aurait pu tenir quelque temps, mais c'eut été en sacrifier la garnison sans utilité ; elle fut aussi évacuée et se rendit sans résistance.
Cette bataille , quoique prolongée par im retard dans le mouvement de l'aile droite, (|ui n'avait pas été assez renforcée , fut très-belle ; elle fit le plus grand honneur au général Jourdan , dont les dispositions furent fort bien prises ' et elle témoigna de toute la valeur de nos troupes , dont l'ardeur pouvait à peine être contenue. Elle acheva de nettoyer d'ennemis toute la Belgique , car le siège régulier de Maêstricht fut commencé , aussitôt après , avec un équipage qu'on avait fait venir de l'intérieur par la Meuse. Les opérations étaient conduites par le général Marescot, sous les ordres de KJéber, qui y apporta sa vigueur accoutumée ; nos corps du génie et de l'artillerie y firent des merveilles. Après onze jours de tranchée ouverte, la garnison, qui s'était comportée vaillamment , voyant qu'elle ne serait pas secourue, remit la place oii nous trouvâmes trois cent cinquante bouches à feu et les plus grands approvisionnements en matériel.
i. Voir, à la fin du chapitre, pièce N<^ 4.
ÈO^ MÉMOIRES
L'armée Pendant celte opération , l'armée s'était portée
Meuse arrive sur 8ur le Rhin , et elle étendit ses ailes , d'un c6té
jusqu'aux frontières de la Hollande, de l'autre jusqu'au Hundsruck, vers Mayence , où elle se lia avec la gauche des armées de la Moselle et du Rhin , commandées , la première par le général Moreau, et la seconde par le général Michaud. Les Autrichiens qui étaient à Coblentz , repassèrent également le Rhin , et il ne leur resta plus , sur la rive gauche , que Mayence et la place forte de Luxembotirg.
Pendant toute la campagne , j'avais continué à être chef d'état -major de la division Lefebvre. Comme tel, je n'avais pas de commandement direct sur les troupes; mes devoirs se bornaient à faire exécuter les dispositions de mon général , à transmettre ses ordres, diriger les marches, tracer les camps, veiller à la régularité du service, m'occuper des besoins des troupes , et faire des rapports; mais dans les affaires, j'étais toujours à la tête des troupes , les animant par mon exemple, cherchant à faciliter leurs succès et à aplanir les difficultés, faisant rétablir les communications , en ouvrant de nouvelles , étudiant le terrain, recueillant tous les renseignements, et observant les ennemis , pour prévenir leurs entreprises. J'avais la plus haute idée des fonctions d'up chef d'état-major : il n*y en avait point d'au-
très qui me parussent exiger autant d'application, autant de connaissances, et, après celles de coni* mandant supérieur, avoir autant d'importance. Je considérais que pour un officier qui veut s'instruire, il n'y a pas de meilleure école , surtout s'il a le bonheur d'être sous les ordi'es d'un bon chef. Aussi, j*ai souvent regretté, par la suite, qu'on ait né^igé et quelque fois même déconsidéré un emploi aussi utile, qu'on Tait donné à l'incapacité ou regardé comme une marque de défaveur. J'ai toujours attaché une grande importance à ce que y dans les corps sous mes ordres , ces emplois fussent bien remplis.
Après la bataille de la Roer, je fus nommé Cantoonemeo général de brigade (le 11 novembre 1794). J'en reçus la nouvelle presque en même temps que le général Hoche , qui commandait dans la Vendée , me faisait proposer d'aller servir sous ses ordres, me donnant l'assurance que je ne tarderais pas à devenir général de division. Je devais au général Hoche de la reconnaissance pour les bontés qu'il avait eues pour moi , et j'aurais pu , même sans accepter un avancement trop rapide , participer au mérite qu'il eut de pacifier ce malheureux pays ; cependant je refusai l'avantage qu'il m'offrait. Je ne pouvais surmonter ma répugnance pour un service où les succès et les revers font également gémir, et où le devoir étouffe le senti-
ment. 11 m'en eût trop coûté de servir d'inslniment aux vengeances et de prendre part à la destruction de mon pays. A toutes les époques de ma vie, j'ai reculé devant la pensée de combattre contre mes concitoyens , quelque traitement quMls m'eussent fait éprouver, ou quelque avantage qu'on pût m'ofiiir. Je fus employé dans mon nouveau grade sous les ordres du général Halry, et après avoir passé l'hiver dans les cantonnements aux environs deCreveld, je partis, au mois d'avril suivant , avec les trois divisions dont ce général avait le commandement, pour aller relever l'armée de Rhin -et -Moselle, au blocus de Luxembourg.
Blocus Cette place, où toutes les combinaisons de Tart
ont ete épuisées pour tirer parti de son heureuse position, était regardée comme inexpugnal^le. Elle avait pour gouverneur un guerrier célèbre, le maréchal Bender, douze mille hommes de garnison , une artillerie formidable et d'abondantes provisions. Il n'était pourtant pas impossible de l'attaquer ; mais un siège de vive force eût coûté trop de dépenses et trop de troupes; il valait mieux attendre, surtout lorsqu'on savait que les Autrichiens allaient être seuls à supporter le poids de la guerre sûr le continent, qu'ils avaient éprouvé des |)ertes récentes, et qu'en présence de nos armées victorieuses, ils seraient
hors d'état de se porter au secours de la place. On espéra donc du temps cette conquête; on éleva des ouvrages de contrevallatiou pour empêcher les sorties; le service fut fait avec la plus grande rigidité , pour se mettre en garde contre les surprises. De loin en loin , quelques coups incertains rappelaient seuls aux troupes qu'elles étaient en présence de Tennemi, mais sans provoquer d'engagement. Enfin, le 5 juin 1795, ayant consommé toutes ses subsistances, et se trouvant réduite à son dernier jour de pain , la garnison capitula ; elle reçut les honneurs de la guerre, que sa constance lui avait mérités, et elle fut, sur la rive droite du Rhin , rejoindre l'armée autrichienne. La division Poncet , dont je faisais partie, fut , aussitôt après , dirigée sur Coblentz , où elle prit ses cantonnements, jusqu'au moment du passage du Rhin, au mois de septembre suivant. Nous y soufCrîmes beaucoup par le manque de subsistances, au point qu'on fut obligé de réduire la ration d'un tiers, et de dispenser les soldats des travaux trop fatigants.
Pendant tout ce temps , Varmée de Sambre-et- Meuse resta inactive sur la rive gauche du Rhin, attendant, d'une part, la reddition de Luxembourg, et de l'autre, la conquête enlière de la Hollande par l'armée du Nord.
SiO MÉMOIRES
Conquête de la Hollande.
t du Nord. L'Écluse, coDime je Tai déjà dît, s'était rendue au général Moreau, le 25 août, et la Flandre avait été occupée. L'armée du Nord s'était ensuite portée vers la Meuse, entre Bréda et Bois-le-Duc, et Tarmée anglo-hollandaise s'était établie derrière ce fleuve, dans la position la plus forte, où elle se trouvait entourée des grandes places dont cette partie de la Hollande est couverte. Mais cette armée était tellement démoralisée que le fort Crève- Cœur, qui commande la Meuse, se rendit presque sans combattre, au commencement d'octobre; et peu de jours après, la place si forte de Bois-le- Duc, où Ton n'avait, il est vrai, laissé qu'une garnison insuffisante, en faisait autant. La bataille de la Roer ayant, à cette même époque, rejeté Tarmée autricliienpe derrière le Rhin , la gauche de l'armée afiglaise, formée des Hanovriens, se replia aussi dans la direction de Clèves et de Nimègue. L'armée ennemie était établie sur les deux rives du Waal , ayant un camp retranché sous le canon de Nimègue, et devant elle la place de Grave, qui tenait encore. On pouvait aisément juger combien peu cette armée était capable de résistance, et une opération qui, dans toute autre circonstance, eût été plus que téméraire, réussit
avec la plus grande facilité. Le 19 octobre, la Meuse fut passée au-dessous de Grave par la division Souham ; le terrain était de la nature la plus difficile ; les Polders, qui constituent la langue de terre entre la Meuse et le Waal , étaient inondés et coupés par des canaux profonds ; on ne pou* vait passer que sur des digues étroites, et des obstacles^ tels que retranchements et abattis, y avaient encore été ajoutés. Rien de tout cela n'arrêta nos soldats ; ils se jetèrent dans Teau, emportèrent tout , et n'eurent plus qu'à poursuivre la droite anglaise, qui fut refoulée dans Nimègue. Presque dans le même temps la place de Yenloo capitulait devant l'artillerie de campagne, et les deux armées du Nord et de Sambre-et- Meuse pouvaient dès-lors se relier entre elles.
Quoique le passage de la Meuse eût réussi , ce ph»c n'était encore qu'une pointe audacieuse. Grave , ^ ""*'^' mieux commandée que les autres places, tenait bon. La partie de l'armée française qui avait passé la Meuse, était fort exposée entre cette place et Nimègue , par où l'armée combinée des ennemis pouvait à chaque instant déboucher sur elle , car elle ne s'appuyait à rien et elle avait la Meuse à dos. On comptait cependant, et l'espérance ne fut pas vaine, tellement sur la fortune, que l'investissement de Nimègue fut commencé sur la rive gauche du Waal avant qu'on eût passé le fleuve.
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et pendant que la communication entre les deux rives restait parfaitement libre pour la garnison de la place. Un léger accident de guerre suffit pour nous assurer le succès : une batterie française établie à Textrémité de la ligne avait endommagé quelques-uns des bateaux qui formaient le pont ; le général anglais , dont les troupes composaient la plus grande partie de la garnison , prend peur et se hâte d'abandonner la place , en n'y laissant qu'une très-faible garnison hollandaise. Celle-ci y suivant l'exemple que le gouverneur est le premier à lui donner , en fait alors autant, et sort avec une pi écipitation telle, que deux régiments sont oubliés dans la ville et pris par les Français 9 qui y entrent, au même instant , sans coup férir.
Cet événement ext aordinaire se passait le 27 octobre, et il était probable qu'à cette époque de l'année, où loutes les rivières étaient débordées , il allait terminer la campagne. En effet , le mois de novembre se passa sans autre opération qu'une tentative infructueuse sur Tile de Bommel, et la défaite d'une avant-garde autrichienne, qui avait jeté un pont sur le Rhin, à Buderich, audessus de Wesel, pour communi({uer avec l'armée ainglo-hoUandaise , et pour faire passer mie division autrichienne destinée à aller appuyer la gauche de cette armée. Ce détachement fut culbuté
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dans le Rhin par le général Vandamme, avant qu'il eùl pu s'établir.
Mais au commencement de décembre débuta Conqnéti
de la HollaB
cet hiver de 1794 à 1795, qui a laissé tant de souvenirs. Les fleuves se couvrirent d'énormes glaçons ; bientôt la Meuse fut prise et put livrer passage. Le général Picliegru, qui venait de reprendre le commandement de l'armée, profite de cette circonstance , le 28 décembre , pour surprendre l'ile de Bommel. Toutes les troupes hollandaises qui s'y trouvaient sont prises sans combattre au milieu de leurs retranchements, et nous laissent maîtres d'une nombreuse artillerie. On passa de la même manière le Waal , pour se mettre à la suite des fuyards. Avec plus d'audace , le général Pichegru aurait pu les poursuivre jusqu'au Rhin, et c'en était fait alors de l'armée anglaise. Il se contenta de laisser une avant-garde sur la rive dioite du Waal ; mais bientôt les Anglais, voyant qu'ils n'étaient pas plus vivement poursuivis , vinrent Tattaquer, et elle fut obligée de repasser sur la rive gauche. Dans ce même temps, Grave, après un long siège qui avait épuisé toutes ses ressources, capitulait, et sa défense, qui fut des plus honorables, est un fait remarquable au milieu de cette campagne, oii les généraux ennemis paraissaient n'agir que sous l'impression de la terreur. En effet, toutes leurs dispositions étaient prises
pour abandonner définitivement la ligne du Waal dès que les Français feraient mine de passer ce fleuve, et pour se retirer derrière le Rhin. Le mouvement qu'ils craignaient ne se fit pas attendre. Le 10 janvier 1795, l'armée française passa le Waal sur plusieurs colonnes, depuis Bommel jusqu'au-dessus de Nimègue, et après un court engagement avec une division anglaise qui fut compromise en avant de Kuilemberg, elle rejeta les dernières troupes ennemies derrière le Rhin. C.ette barrière ne leur parut pas encore suffisante, et le général Walmoden, qui commandait les troupes anglaises et hanovriennes, se hâta de se replier sur la ligne de l'Yssel, se séparant ainsi du restant des troupes hollandaises qui fuyaient vers Dordrecht. L'armée anglaise fut désormais hors de cause, et rien n'arrêta plus les vainqueurs dans leur marche jusqu'à Amsterdam, où le général Pichegru fit son entrée le 20 janvier. Le stalhouder s'était démis de son autorité trois jours auparavant, et un mouvement populaire avait éclaté. L'armée française fut reçue aux acclamations de la foule, et la Hollande fut déclarée alliée de la république française. Les jours suivants , les autres provinces furent occupées. Dans toules les places, et notamment à Dordrecht, on trouva d'immenses approvisionnements en matériel et en munitions de tout genre. On vit enfin ce qui sera à jamais
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célèbre dans Thistoire , la cavalerie française traverser le Texel sur la glace et s'emparer de la flotte hollandaise qui y ëtait retenue, dernier prodige qui termina cette campagne si extraordinaire.
De son côte, Tarmëe anglaise ne tînt pas longtemps derrière TYssel. La première apparition de Tavant-garde française, que soutenaient deux divisions détachées dé l'armée de Sambre-et-Meuse, suffit pour lui faire précipiter sa fuite, qui ne s'arrêta que derrière l'Ems , et peu après ce qui res*tait de cette armée quitta le continent.
Lorsque le général Jourdan, avec la plus grande Armëes partie de l'armée de la Moselle, s'était porté sur la du Rbîn Sambre, il n'avait laissé derrière lui que deux divisions sous les ordres du général Moreau, subordonné lui-même au général Michaud, qui commandait l'armée du Rhin. Les deux armées fbrent plus tard renforcées : l'armée de la Moselle par une division de l'armée des Alpes et par des troupes venues de l'intérieur, celle du Rhin par des troupes tirées des garnisons du Haut-Rlijn, qui toutes ensemble les portèrent à environ soixante-dix mille hommes. Mais, dans les premiers moments, elles étaient trop faibles pour être en présence de la gauche de l'armée «autrichienne, qui garnissait la rive gauche du Rhin avec une forte tète de pont devant Mannheim, et
de rarmëe prussienne, qui était en avant de Mayence. Aussi elles durent rester sur la défensive pendant que les grands coups allaient se porter sur un autre théâtre. Par une convention conclue entre les alliés, l'armée prussienne aurait dû se porter sur la Sambre. Si elle avait exécuté ce mouvement, elle eût apporté un grand poids dans la balance; mais elle ne le fit pas et les alliés s'en plaignirent avec une grande amertume*. Elle aurait pu se porter résolument en avant , culbuter les faibles divisions de la Moselle et déboucher en Lorraine, ce qui aurait apporté une grande perturbation dans toutes nos opérations. Elle se borna à de molles attaques qui ne furent pas suivies. Nous venions à peine de commencer notre marche sur la Sambre, qu'une attaque simultanée eut lieu , le 23 mai , sur toute la ligne des armées du Rhin et de la Moselle. A notre droite, près du Rhin, un corps autrichien attaqua le général Desaix sur toute la ligne de la Reehutte; il fut repoussé avec la plus grande vigueur et éprouva des
i. Lord Malrocsbury, plénipotentiaire anglais, avait fait les plus grands efforts auprès du maréchal de Moellendorf pour déterminer l'armée prussienne à se porter sur la Belgique, mais il y avait échoué , quoiqu'il rappelât les stipulations du traité des subsides conclu à La Haye. Ses Mémoires, publiés en 1844, s'expriment dans les termes les plus violents sur le gouvernement prussien. (Note ajoutée par le duc de Dalmatie,)
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pertes. Une autre attaque sur la division Ferino se borna à des démonstrations. Enfin, les Prussiens, sur plusieurs colonnes, se portèrent contre la division Ambert, qui occupait une position beaucoup trop étendue, autour de Kayserslautern. Elle y fiit aisément forcée; elle put cependant se retirer sans trop de perte à Pirmasens, continuant à se lier avec Varmée du Rhin. Le général Michaud , qui voyait sa gauche menacée , se replia alors sous la protection de Landau et des lignes de la Queich, se prolongeant par les montagnes, par Anvreiler, Pirmasens et Bliescaslel, jusqu'à la Sarre , où s'appuyaient les divisions de la Moselle. Les alliés suivirent ce mouvement ; ils s'établirent en face de la ligne française et s'y retranchèrent; mais ils ne firent pas d'autre tentative. Six semaines se passèrent ainsi sans autre incident qu'une jolie afTaire de cavalerie qu'eut le général Desaix, mais elles furent mises à profit pour renforcer les deux armées du Rhin et de la Moselle. Enfin, le 2 juillet, le général Michaud, vivement pressé par le comité de salut public de reprendre l'offensive, s'y décida, mais avec de mauvaises dispositions. Il attaqua à la fois sur toute la ligne, depuis le Rhin jusqu'à la Sarre, et partout il fut battu, parce que partout il fut inférieur à l'ennemi qui occupait de fortes positions, et qu'il ne sut pas, par une habile manœuvre, se donner sur
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un point la supërioritë du nombre. Cependant il y avait une attaque principale à rextréme droite et le long du Rhin , point le plus mal choisi ; quoique conduite par le général Desaix, elle échoua complètement. Cet insuccès empêcha le général Saint-Cyr de pousser à fond Vattaque au centre où il trouva aussi des forces supérieures. Bnfin , à Textréme gauche , les divisions de la Moselle ne furent pas plus heureuses ; elles avaient à faire à beaucoup trop forte partie, à presque toute Tarmée prussienne, qui occupait les positions devant lesquelles, Tannée précédente, le général Hoche avait échoué. Elles se battirent pendant deux jours, avec la plus grande valeur, sous les ordres du général Âmbert; au commencement elles obtinrent quelques succès, mais survinrent les réserves prussiennes au moment où la nouvelle de ce qui s*était passé à Tarmée du Rhin commandait déjà la retraite. Nos divisions se retirèrent, non sans faire quelques pertes qu'éprouva la division Taponîer, avant de rentrer à Pimiasens.
Les fautes commises dans cette opération manquée servirent à rectifier les dispositions qu'on prit pour un nouveau mouvement. (]ette fois, la droite devait être refusée, et le général Desaix n'avait qu'à contenir, par de fausses attaques , le corps autrichien qu'il avait devant lui et qui avait
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ilé renforce. La principale attaque devait se faire par les divisions de la Moselle sur la crête des Vosges, qui ëtail le centre de la ligne ennemie. Des positions formidables , bien retranchées et défendues par Télite de Tarmée prussienne, s'y trouvaient; la principale était le Schaenzel, celèbre depuis la guerre de Trente ans ; elle est le nœud de plusieurs vallées qui débouchent sur les deux versants. Malgré la difficulté d'emporter de pareilles positions, on pensa quil valait mieux y employer nos soldats jeunes et entreprenants, mais inexpérimentés encore et peu rompus aux grandes manœuvres , que de les engager en ligne contre des armées instruites, surtout contre une cavalerie fort supérieure à la nôtre. D'ailleurs, ils étaient , avec leur degré d'instruction , mieux faits pour la guerre des montagnes que pour celle de plaine. Cette opinion , émise par le général Saint-Cyr , était fort juste , et , en outre , le mouvement sur le centre, qui tendait à séparer les deux armées prussienne et autrichietme, était évidemment le plus stratégique. L'impatience des représentants, qui étaient à l'armée du Rhin et qui dictaient des lois aux généraux, ne permit pas d'attendre, comme on aurait dû le faire, deux jours de plus, pour recevoir dix bataillons de l'armée des \lpes qui venaient rejoindre l'armée ; le 13 juillet fut fixé pour l'attaque générale, et la
veille de cette journée se passa en mouvements préparatoires à la gauche.
, ^î»!î!« La £:auche de l'armée de la Moselle devait faire
au 43 juillet sur <>
u crête det u^e attaquc vigoureuse sur la droite prussienne, pour aider au mouvement sur le centre ; elle s en acquitta parfaitement. Le général prussien Kalkreuth , attaqué avec la plus grande vigueur par le général Reneauld, autour de Deux- Ponts , fut mené battant et rejeté dans Kayserslautern. Au centre, la division Taponier attaqua de nouveau Trippstadt , où elle avait échoué dix jours auparavant, attaque d'autant plus difficile qu'on ne pouvait pas y amener de canon, tandis que les Prussiens étaient derrière de bons retranchements, bien munis d'artillerie. L'affaire fut très-vive et resta indécise jusqu'à la nuit, pendant laquelle les Prussiens se retirèrent. A la droite de la division Taponier, était l'attaque de la V division , sur les fortes positions de Hochstadt , du Sand , du Saukopf et du Schaenzel; on s'y battit aussi avec acharnement. Les Prussiens firent la plus belle résistance, et le général Pfau, qui commandait au Schaenzel, fmit par s'y faire tuer. Vers la fîn de la journée, cette position formidable n'avait pas encore pu être enlevée, lorsque le général Saint- Cyr, qui commandait plus à droite, s'aperçut que l'attaque avait besoin d'être soutenue. Il y dirigea aussitôt une demi-brigade pour prendre la posi-
tion à revers, pendant que, de leur côté, les Prussiens v conduisaient aussi du renfort. Mais l'arrivée du chef de brigade Gazau , concourant avec un nouveau mouvement que fit le général Siscé , pour prendre le Schaenzel à revers , en détermina le succès; ses défenseurs furent, pour la plupart, tués ou pris. La 2*" division de l'armée du Rhin, placée sur le revers oriental et au pied des Vosges, était opposée au corps du prince de Hohenlohe; elle commença par le repousser; mais elle dut ensuite attendre le résultat des at* laques de la 4*^ division, qui devait, si elle avait emporté les positions prussiennes de bonne heure , déboucher par les vallées sur le flanc du prince de Hohenlohe. Malheureusement celle opération difficile demanda plus de temps qu'on ne l'avait cru d'abord , et la 2* division ne fit pas d'autre progrés dans la journée. Le prince de Hohenlohe n'attendit pas ce mouvement, qui certainement aurait eu lieu le lendemain ; il se retira pendant la nuit. La gauche autrichienne, qui avait passé la journée du 13 à des affaires d'avant-postes avec Desaix , fit de même , et ces deux corps, se retirant en bon ordre, furent prendre la ligne de la Reehutte au-dessous de Spire, qui fut occupé par le général Desaix. Ils n'y restèrent qu'un jour, tout en repoussant une attaque du général Desaix. Le corps autrichien fut
rappelé ^ur la rive droite du Rhin ^ qu'il passa à Mannheim^ et le prince de Holienloke fut rejoindre l'armée prussienne qui s'était retirée sur Mayence. Cette opération des deux armées du Rhin et de la Moselle y contre un ennemi très-supérieur en nombre , ayant de bonnes troupes et des positions réputées inexpugnables , fut parfaitement conçue et très-briilamment exécutée. Elle eût encore eu plus de résultats , si l'attaque sur le centre eût été faite avec plus de forces, de manière à être plus rapide; des corps prussiens, soit sur un revers, soit sur Tautre , eussent pu alors se trouver fort compromis. Cependant elle n'en procura pas moins cet avantage important de séparer les Prussiens des Autrichiens, et de laisser les premiers seuls sur la rive gauche du Rhin. 11 eût fallu profiter de ce succès et porter les deux armées ensemble sur l'armée prussienne, pour la refouler dans Mayence avec perte; mais le comité de salut public pressait vivement d'aller occuper Trêves : il craignait pour cette trouée. Cependant l'ennemi n'y avait que des forces insignifiantes. Les instructions du comité, appuyées par les représentants aux armées , étaient trop précises pour souflVir du retard ; la réunion des deux armées fut donc disloquée, et l'armée de la Moselle se dirigea sur Trêves, où elle entra le 9 août, après de légers combats 9 avec un renfort de quinze mille houmies
qu'elle reçut de la Vendée ; elle comptait alors quarante mille hommes.
Après ton départ^ Tarmée du Rhin resta dans une position défensive et sur une ligne éparpillée, depuis Kayserslautern jusqu'à la Reehutte, sur le Rliin^ En présence du tiers de Tarmée prussienne^ commandée par le prince de Hohenlohe, et de la facilité qu'avaient les Autrichiens de déboucher par la tête de pont de Mannheim , cette position était imprudente. Aussi , après deux mois d'inaction de part et d'autre , elle tenta le prince de Hohenlohe. Renforcé par deux divisions autrichiennes, il conçut le projet d'accabler , avec vingt-cinq mille hommes, la gauche de l'armée française dans les montagnes, et il n'y réussit que trop bien. Dans la nuit du 16 au 17 septembre, la brigade Sibaud, de la division Meynier, fut surprise à Hochspe\ er et Alsenborn , et culbutée malgré la plus honorable résistance. Le lendemain se passa sans aucun incident. On aurait au moins dû en profiter pour concentrer les divisions et combiner un mouvement offensif d'ensemble. Le temps, au contraire, se perdit à des tâtonnements et à des attaques partielles, et l'autre partie de la division Meynier n'en resta pas moins disséminée, comme auparavant, autour de Kayserslautern. Le 20, l'attaque fut renouvelée avec plus de forces encore sur la brigade Sibaud, qui ne
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put se retirer à Trippstadt qu'en éprouvant de grandes pertes; en même temps et de la même manière y la brigade Cavrois était attaquée près de Kayserslautem et rejetée aussi sur Trippstadt, oii elle parvint avec les plus grandes peines. Mais une colonne de trois bataillons qui, sous les ordres de l'adjudant généralJordi, était entre ces deux brigades, fut moins heureuse; enveloppée dans la plaine de Kayserslautem par la nombreuse cavalerie prussienne y elle refusa de se rendre, et, après la plus héroïque résistance, elle fut en entier sabrée et détruite. Le restant de la ligne française fut à peine inquiété , mais ce malheureux événement nous coûta près de quatre mille hommes et de bons soldats. 11 aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus étendues si l'ennemi avait poussé son mouvement plus loin et avec plus de forces, car rien n'empêchait la totalité de larmée prussienne avec une partie des corps auttîchiens qui étaient restés sur la rive droite du Rliin , de s'établir entre les deux armées du Rhin et de la Moselle, séparées l'une de l'autre par une trop grande distance , et de manœuvrer successivement sur chacune d'elles. On fut très-étonné de voir le prince de Hohenlohe , satisfait de son succès et d'avoir donné une leçon à l'armée française, rétrograder pour aller i*eprendre ses anciennes positions.
A celte même époque , l'armée de la Moselle , qui était restée jusqu'alors assez tranquiUe à Trêves, et qui n'avait que des affaires d'avantpostes avec la garnison de Luxembourg, s'attendait à être attaquée. Les Autrichiens s'étaient renforcés à Veltlich et à Kilburg, sur la rive gauche de la Moselle; ils avaient reçu des renforts de l'armée de Clairfayt. De son côté, le maréchal de Mœllendorff s'était avancé dans le Hundsruck avec les deux tiers de son armée , et avait fait passer la Moselle à Tune de ses divisions, pour se joindre aux Autrichiens. Tous les mouvements de l'ennemi annonçaient une attaque , lorsque, tout à coup , on le vit aussi rétrograder. L'armëe prussienne rappela sa division détachée et se replia sur Kreuznach, près du Rhin, et les corps autrichiens poursuivirent leur retraite jusqu'à Blankeiiheim et Kaisersesch , sur la route de Cologne. Il est probable que des mouvements aussi extraordinaires auront été motivés par la nouvelle de ce qui se passait à l'armée de Clairfayt, qui, dans le même moment , venait d'être forcée sur la ligne de la Meuse , et se retirait alors sur la Roer.
Bientôt après eut lieu la bataille de la Roer. Les l. Pnisw?
* 1 \ 1 *** relire de la
armées du Rhin et de la Moselle se portèrent alors coniition. devant Mayence , et l'armée prussienne tout entière passa le Rhin *. Le général Taponier avait été