CHAPITRE VIII
Le comité de salut public ëtait trop impatient de posséder la ligne du Rhin pour différer plus longtemps l'attaque de Mayence, qui en était la clef. Tant que cette forteresse était entre les mains des Autrichiens , ils avaient un passage pour déboucher sur les frontières de France. Avant la guerre, la forteresse de Mayence était regardée comme une des premières de TEurope. Depuis les hostilités, le général Custine avait fait élever les fortifications de Cassel , et lié la défense des deux rives du Rhin , en occupant , par de bons ouvrages, Tîle Saint-Pierre, située au-dessous de Mayence ; le village de Kostheim , placé au-dessus, au confluent du Mein , avait été retranché. I-,es Français, les Prussiens et les Autrichiens n'avaient point cessé de travailler; aussi cette place était alors dans un état formidable, avant de l'artillerie à profusion , des approvisionnements considéra-
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se tiendra toujours prêt à attaquer rennemi , qui lui aurait surpris ou forcé un passage , avant que celui-ci ait eu le temps d*étre joint par toutes ses troupes et de s'établir. De son côté, ce dernier aura soin, s'il fait la guerre avec méthode , de se retrancher sur la rive où il sera descendu, pour se donner un appui , en attendant que toutes ses dispositions soient faites pour marcher à l'ennemi.
Premier Lc passage du Rhin fut effectué d'après ces
passage du Rhin .. n^« ' . t* .1/» •/>
par rarmre pHucipcs. Irois pomts tureut determmes a cet
de Saiftl»re-rl- «• ^ 1 • 11
Meuse. eiiet; le premier, en commençant par la gauche, était à Urdhigen , avec une fausse attaque un peu au-dessous^ et sur un point où la Ugne de neutralité était interrompue; la division I^febvre y passa. Le second était entre Dusseldorf et l'embouchure de l'Erst, vis-à-vis Hamm; et le troisième entre Andernach et le confluent de la Treml)s, en face de la plaine de Neuwied. l^s deux rives du Rhin se rapprochent en cet endroit, et la rive gauche a un petit commandement sur la rive droite; on y établit de fortes batteries dans le but de protéger le passage. Pour effectuer le passage de gauche , on fit remonter des bateaux de la Hollande , et il y eut de ce côté abondance de moyens. Pour le passage du centre , on rémiit sur l'Erst tout ce qu'on put se procurer; la plupart des bateaux furent tirés de la Meuse et traiis-
portés par terre. Pour exécuter le passage de droite y on rassembla également sur la Trembs les bateaux qu'on fît descendre de la Moselle , entre autres deux ponts volants qui passèrent keureu^raent sous le feu de la forteresse d'Elirenbreitstein. Toutes les mesures furent pareillement prises pour assurer^ après le passage des troupes ^ rétablissement de deux ponts : Tun au-dessus d'Andernacb et l'autre à Oerdingen.
Le général Kléber devait commencer le mouvement avec Taile gauche de l'armée qu il commandait. Afîn de détourner l'attention de l'ennemi, il fit faire de grandes démonstrations devant Dusseldorf et bombarder cette ville, dans l'espoir que les habitants, intimidés, détourneraient la garnison de la défendre. Cette mesure rigoureuse n'était pas nécessaire; la place ne pouvait soutenir un siège ni arrêter nos opérations; elle était mal armée , ses fortifîcations étaient en mauvais état , elle manquait d'approvisionnements, et les Autrichiens n'y avaient laissé que quelques troupes de l'Électeur de Bavière qui capitulèrent à la première sommation. La fausse attaque du général Lefebvre réussit la première et jeta du désordre dans la ligne des postes autrichiens. Le général Kléber en profita pour les deux passages principaux d'Oerdingen et de Hamm', qui s'eflectuèrent sans difficulté dans les journées des 6 et 7 sep-
tembre. La division autrichienne d'Erbach chercha d'abord à se rallier devant Di'isseldorf , pour donner aux troupes disséminées le temps de la rejoindre; mais elle ne put y parvenir^ et elle fut rejetée sur la Sieg. Poursuivie et battue encore à Siegburgy elle fut rejetée sur la I^hn.
La droite de l'armée , où je commandais une brigade de la division Poucet , n'éprouva aucime difficulté pour effectuer son passage ; les succès de notre gauche avaient déterminé la l'elraite des ennemis qui nous étaient opposés, et rien n'arrêta l'établissement du pont. Aussitôt qu'il fut fait, les troupes débouchèrent dans la plaine de Neuwied et se portèrent sur Montabauer, Limbourg et Dietz, où elles opérèrent leur jonction avec celles de l'aile gauche. La division Marceau fut laissée sur le Rhin, pour contenir la garnison d'Ehrenbreitstein et pour travailler aux ouvrages du pont, qui fut immédiatement entrepris. vuuMge Les rives de la Lahn sont généralement escar-
pées et offrent des positions d'autant plus difficiles à attaquer que , pour y arriver, il faut suivre de longs défilés et emporter de vive force des passages où aboutissent les débouchés. Profitant de ces avantages , l'armée autrichienne s'était arrêtée sur la rive gauche de cette rivière; elle avait détruit tous les ponts, obstrué les gués, élevé des redoutes et multiplié tous les obstacles ; son centre,
l<* U Lahn.
campe sur les hauteurs en arrière de Dietz, occupait cette ville par une forle avant-garde. La division du général Poncet eut ordre de forcer le passage et d'attaquer l'ennemi dans sa position ; d'autres divisions faisaient des attaques pareilles. Ma brigade fut la première à s'engager, à la faveur d'un gué jugé impraticable par les ennemis et que le hasard m'avait fait découvrir. On ne pouvait y parvenir qu'à travers les plus grandes difficultés. Mon frère , qui était mon aide de camp , accompagné de quelques braves, donne l'exemple, s'élance le premier dans la rivière, rallie son petit peloton sur la rive opposée , et , sous un feu terrible, se précipite à l'arme blanche sur les premiers postes autrichiens, les culbute, en prend ime partie et soutient un combat d'une inégalité effrayante, jusqu'à l'arrivée du restant de la brigade, qui se porta avec enthousiasme à son se«cours. Cette précipitation occasionna même un instant de confusion, parce que le gué était si étroit qu'on ne pouvait s'en écarter sans être entraîné par le courant ou tomber dans des gouffres; nous perdîmes ainsi quelques hommes. La cavalerie fut surtout exposée en prenant une fausse direction. Mon frère s'en aperçut, accourut pour la redresser , et arriva au moment où le général Klein , qui la commandait , était en danger de périr; son cheval s'était renversé dans l'eau
en s' élançant pour prendre terre. Mon frère se jette à la nage après lui, le saisit d'une main ferme et le met hors de péril. Le président du Directoire écrivit à mon frère une lettre flatteuse , pour lui témoigner la satisfaction du gouvernement.
Ce début devait être suivi de succès. Aussitôt que ma brigade fut entièrement formée, et que la seconde brigade de la division se trouva à portée de la soutenir, je fis battre la charge et nous marchâmes sur Dietz à la baïonnette. Les ennemis entreprirent vainement de s'y défendre; ils furent forcés, perdirent beaucoup de monde et durent se retirer en nous laissant un grand nombre de prisonniers, leurs établissements et des magasins considérables. Alors la division, suivie de toute la cavalerie, déboucha stu* la hauteur et se forma eu bataille à la tête du bois qui est au-dessus de Dietz.
L'année Plusicurs Dâssaffes furcut aussi emportés avec
rare sur l<* i o i
des avantages variés par les autres divisions de Tarmée , et les ennemis durent précipiter leur retraite sur le Mein^ pour se couvrir de cette rivière et s'appuyer sur May ence. Nous suivîmes leur mouvement, et les trois divisions Bernadotte, Cliampiounet et Poucet^ s'établirent, le 26 septembre, sur le plateau entre Hocheim et Kostheim , en fai^nt replier les vedettes ennemies jusque sut* les glacis
de CaaseL Trois jours après , la division Poncet fut portée sur le Mein , pour eu observer le cours et le gué important de Flersheim , se liant à gauche avec la division Grenier. La garnison de Cassel ue pouvait nous laisser occuper le plateau de Hocheinii sans essayer de nous en déloger; les divisions Championnet et fiernadotte furent en effet attaquées, le 3 octobre. L'ennemi enleva d'abord Kostheim, mais il le reperdit ensuite , et le général Championnet y fit beaucoup de prisonniers. C'est dans cette position que l'armée de Sambre-et-Meuse attendit pendant quinze jours la diversion que celle de Rlnn->et-Moselle devait faire pour mettre la première à même d'avancer et de continuer ses opérations.
11 n'en fut rien. Cependant au moment même , i^c
'^ de Mannhe
OÙ nous remportions nos succès sur la Lahn , le p»" l'armée
■^ ^ Rliin-et-McM4
20 septembre , l'armée de Rhin-et-Moselle en rem- f»»»
* ^ mouTementa
portait un autre tout à fait inespéré. Quelques cette arm» obus jetés dans Mannheim firent perdre la tête à la régence palatine , et, pour éviter des malheurs à la ville , elle ouvrit ses portes aux Français. Cet événement avait une portée immense. L'armée de Rhin-et-Moselle pouvait déboucher sur la rive droite du Rhin, et, en pénétrant entre les deux armées autrichiennes, celle de Clairfayt^ qui était opposée à l'armée de Sambre-et-Meuse , et celle de Wurmser, qui occupait le cours supérieur du
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Rhin , empêcher leur jonction et mettre la première de ces armées dans la position la plus critique. Le maréchal Clairfayt le sentit si bien, qu'il replia son quartier général à Heidelherg , au pied des montagnes; c'était sa seule ressource pour faire sa jonction , et c'était par conséquent aussi un point lout indiqué pour l'attaque de l'armée de Rhin-et-Moselle. 1^ général Pichegru fit tout le contraire et beaucoup plus mal que s'il n'eût Defiiitr drriiBt ricn fait. Le 23 septembre , le jour même de notre
arrivée sur le Mein , il lança les divisions Ambert et Dufour, faibles toutes deux, en avant de Mannheim, et encore en les séparant par le Necker, quoique Mannheim et Heidelberg soient sur la même rive, la rive gauche. I^ général autrichien Quasdanovich en profita habilement, pour tomber avec des forces supérieures sur la division Dufour, qui suivait la rive droite ; il la culbuta dans le Necker et lui fit beaucoup de prisonniers, parmi lesquels élait le général Dufour lui-même. Toute la division eût eu le même sort, si une partie n'avait réussi à trouver un gué et n'avait été recueillie par la division Âmhert; celle-ci eut affaire aussi à un ennemi supérieur en nombre, et ses attaques échouèrent; cependant elle effectua sa retraite en bon ordre. Ce malheureux événement permit aux deux armées autrichiennes de faire leur jonction, et au maréchal Clairfayt de se por-
ter sur le Mein à la rencontre de Tarmée de Sambreet-Meuse.
Néanmoins, quoique la situation fût devenue beaucoup moins favorable, la possession de Mannheim conservait sa valeur. Le général Pichegru pouvait encore réparer sa faute, et déboucher avec la plus grande partie de son armée ; mais il avait laisse dans le Haut-Rhin beaucoup de troupes complètement inutiles et quatre divisions dans les lignes devant Mayence. Ayant ainsi éparpillé ses forces , il ne fit rien , malgré les instances du général Jourdan. Le temps se perdit, et le maréchal Clairfayt , voyant qu'il n'avait rien à redouter de Tune des deux armées françaises , eut toute facilité pour porter ses forces contre la seconde. Il est même probable qu'il avait dès cette époque le secret de ce qui nous parut alors incompréhensible.
Nous ne pouvions eu effet pas comprendre ni cette inaction de l'armée de Rhin -et -Moselle, qui, en possession d'une forteresse sur le flanc et sur les derrières de l'ennemi , paraissait rester impassible, ni l'audace de l'ennemi, qui ne semblait pas tenir compte de cette position dangereuse pour lui, ni l'échauffourée du 23 septembre, où les règles les plus élémentaires de la guerre avaient été méconnues. Ce n'est que longtemps après que nous en avons eu l'explication, lorsque la trahison
dt Pfali€jKfu 3 été cooDoe. 3k)tB ssitoiis aojAurdlnn que, depuis le mois cTaoùl^ 3 était en relaliofi arec le prince de Coode pour tnhîr h cause qu^il aTait senrie jasqu*alon, et à laquelle il devait tout ce qu*3 était^ pour firrer son armée et son pafs a Fenoemi.
Qudques voix, entndnées par Tesprît de parti, '^^^ se sont trouvées pour prendre la défense de Pîcbegru; elles ont voulu faire croire que ce gênérai avait seulement été déterminé par le spectacle des maux que Tanarchie causait à la France, qu'il avait été consciencieusement convaincu qu'un seul remède était possible à ces maux , la restauration de la maison de Bourbon , qui seule pouvait mettre un terme à cette anarchie, qu'il avait en conséquence traité avec le prince de Condé , mais que les Autrichiens avaient été en dehors de cette négociation , et qu'on la leiu* avait même cachée. Ces excuses ont peu de solidité. Sans discuter, ce qui serait assez inutile , la pureté des motifs qui ont pu déterminer Pichegru , sans rappeler, ce qui a été assez notoire , qu'on avait agi sur lui par des influences beaucoup moins honorables que celles qui ont été imaginées plus tard y il suffit de faire remarquer la complète invraisemblance de la der« nière assertion. Comment pourrait-on croire à la possibilité d'une entente entre Pichegru et les émigrés 9 sans que les Autrichiens en eussent été in-
stmits j sans qu'ils y eussent pris part ? Conmient Pichegru lui-même pouvait-il y croire , lorsque les ëmigrës étaient au milieu des Autrichiens y sous leurs ordres , ne pouvant pas faire un mouvement sans leur permission ? Comment aurait-il pu leur livrer Huningue^ en présence des Autrichiens, sans que ceux-ci intervinssent? Comment Farmée de Pichegru se serait-elle réunie aux émigrés, pour marcher sur Paris fcar cette idée absurde a été produite) ? On suppose que les Autrichiens l'auraient laissée faire et seraient restés paisibles spectateurs d'un pareil événement ! Il fallait avoir une bien grande foi dans leur désintéressement ; il fallait oublier bien vite ce qu'ils avaient cependant proclamé assez haut , qu'ils entendaient bien s'indemniser, aux dépens du territoire français, de tout ce que cette guerre leur avait coûté.
Je me borne à ces simples questions, et je crois qu'elles suffisent pour répondre, non-seulement à ceux qui ont cherché à excuser Pichegru, mais encore à ceux qui ne l'excusent pas, qui détestent au contraire sa trahison , mais qui croient qu'elle a joué dans sa conduite militaire un moins grand r61e que son incapacité, et que ses mauvaises opérations sont plutôt des fautes que des trahisons. Je suis aussi de ceux qui tiennent Pichegru pour un général médiocre, prodigieusement servi par le hasard des circonstances, et qui n'a fait^ le
plus souvent, que recueillir des succès auxquels il n'avait pris aucune part. Mais Tincapacité ellemême a des bornes , et au point où nous sommes de cette campagne, aux opérations devant Mannheim, ces bornes me semblent dépassées; Tincapacité du général ne me parait pas suffire pour expliquer ce qui a été fait du côté des Français, encore moins pour expliquer la conduite des Autrichiens. Le maréchal Clairfayt, qui était la prudence même, ne se serait pas avancé contre l'armée de Sambre-et-Meuse , comme il Ta fait, avec son flanc gauche et ses derrières menacés de si près par Farmée de Rhin-et-Moselle , s'il n'avait pas eu de bonnes raisons pour être en sécurité sur ce point.
Au sur[rftis, la déplorable fin de Pichegru a été d'accord avec toute sa conduite, depuis l'origine de sa carrière. Au déblocus de Landau, nous l'avons vu se jeter dans les bras de l'horrible Saint-Just, pour s'attribuer les honneurs de la campagne et perdre le général Hoche, qui Tut en effet suspendu et mis en prison apîès sa victoire. J'ai dit plus haut ce que le général Hoche me raconta de son entrevue avec Pichegru, à cette époque; il ne tint pas à ce dernier, qui était profondément jaloux de ses compagnons d'armes et de ceux qui lui paraissaient être des rivaux , que le général Jourdan ne fût perdudans sa réputa-
Uon de général , car il avait sur Jourdaii comme sur Hoche un avantage marqué , celui que la duplicité et la fausseté peuvent quelquefois remporter sur la droiture et la bonne foi.
Ce sérail trop dire cependant que d'attribuer à toutes les actions de Pichegru, sans distinction, depuis le commencement de ses liaisons avec le prince de Condé j le caractère de la trahison. 11 n'a pas toujours et systématiquement trahi, et quand , plus tard , il a été battu devant Mayence et sur la Pfrim, on n'a pas besoin d'expliquer ces revers par une intention préméditée de livrer son armée. Au contraire , il a dû avoir Tintention de faire bonne résistance, car il n'avait aucun intérêt à se faire battre et à diminuer ainsi la position qu'il avait en France et l'influence qu'il pouvait exercer, influence qui ne se maintient qu'avec le succès. Sa conduite dans son ensemble a dû offrir l>eaucoup de tergiversations , comme celle de tout homme qui s'est placé dans une pareille situation, et qui est entré dans la voie du crime. 11 a dû même s'en repentir, mais trop tard, et chercher peut-être à revenir sur ses pas : quant à sa conduite devant Mannheim, toutes les circonstances me paraissent indiquer qu'il y a eu de sa part préméditation coupable. Quoi qu'il en soit, l'armée de Sarabre-et-Meuse, privée du concours de
l'armée de Rliin-et-Moselle, était dans une position 1. il
dangereuse, ayant sur son front Tarmée du maréchal Clairfayt, toute disponil)le) et sur son flanc droit la garnison de Mayence, forte de vingt miUe hommes. En outre , elle était resserrée dans un espace fort étroit , entre la ligne de neutralité et le Rhin , espace qui était loin de suffire à sa subsistance ; elle souffrait beaucoup, et les ordres les plus sévères, avec tous les efforts des officiers , ne pouvaient pas empêcher les soldats de se livrer à la maraude , qtii détruit la discipline et qui affaiblit rapidement une armée. Néanmoins, le général Jburdan persistait à tenir jusqu'au bout, pour ne pas compromettre Tarmée de Rhin-et*Moselle, et dans Tespoir qu'elle ferait enfin un mouvement. 11 était lui-»méme dans l'impossibilité de manœuvrer sur la droite de Tarmée autrichienne, parce quil était arrêté par la ligne de neutralité, et qu^il n'osait pas la violer, dans la crainte de créer des embarras politiques sérieux au gouvernement de la république. Dès son arrivée sur le Mein , il avait pris les précautions les plus minutieuses, pour ne donner aucun sujet de plainte au gouvernement prussien et pour prouver la bonne foi avec laquelle la république tenait ses engagements* La correspondance du général Hatry avec le prince de Hohenlohe, qui commandait la garnison prussienne à Francfort, et le témoignage du prince lui-même, en donnent la pretive. Le ma-
DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULT. i»9
réchal Clairfayt ne fit de son côté, comme on le remarque dans cette correspondance, qu'une réponse ambiguë qui pouvait faire pressentir ses intentions ultérieures ^
Aussi , soit qu'ils eussent un consentement tacite f soit qu'ils pensassent que la Prusse n'oserait pas se plaindre trop haut, les Autrichiens franchirent, le 12 octobre, la ligne de neutralité , pour tourner la gauche de l'armée française. Le général Jourdan voyait venir ce mouvement depuis quelques jours, sans pouvoir l'empêcher, 6t , dès le 9 octobre , il avait donné ses instructions en conséquence à ses généraux'.
La ligne de neutralité était tout au désavan- Aermitttage de l'armée française, dont elle avait paralysé de S;imbie.et. les mouvements, et la ligne du Mein n'était plus te« nable. Le premier mouvement des Autrichiens dut, par conséquent, déterminer la retraite de l'armée de Sambre-et-Meuse ; elle quitta le Mein, le 1 2. On renvoya à son armée une division de l'armée de Rhin-et-Moselle , appelée , quelques jours auparavant, devant Cassel, par le général Kléber, qui avait pris momentanément le commandement du blocus. On eut même la précaution de faire passer toutes les barques du Rhin sur la rive gauche, et