‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 16 sur 55 · Voir, à la fin du chapitre, ISo · texte numérisé non relu

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Meuse.

Tarniëe se replia .sur la LaliD, sans qu'il y eût d'engagement. Le premier projet du général Jourdan était de s'y arrêter, et les ordres généraux du 9 et du 12 l'indiquaient; mais l'armée ne pouvait s'établir dans ce pays de montagnes stériles , où il n'y a aucune ressource , et le général Jourdan s'attendait bien à ce que l'armée autrichieinie suivrait son mouvement; il se décida donc à le continuer, pour aller reprendre ses anciennes positions de la rive gauche, en conservant toujours, par l'occupation de Dusseldorf, la facilité de passer de nouveau le Rhin, quand il le voudrait. La division d'avant-garde , toujours commandée par le général Lefebvre, fut même laissée, pour éclairer le pays, sm* la rive droite en avant de Dusseldorf.

Un seul incident, mais qui n'eut même pas de suite, signala cette retraite. Le général Kléber allait passer le pont de Neuwied avec ses divisions d'arrière-garde, lorsque le général Marceau, qui levait en ce moment le blocus d'Ehrenhreitstein , et qui avait reçu Tordre de faire passer les bateaux sur la rive gauche, commit, par un malentendu, l'imprudence de les faire détruire en y mettant le feu. Ces bateaux, dont plusieurs étaient amarrés ensemble, allèrent k la dérive, tombèrent sur le pont de Neuwied, le rompirent et l'embrasèrent. On crut , dans le premier moment , que c'était la

garnison d'EUrenhreitstein qui avait employé ce moyen. Les divisions d'arrière-garde couraient le plus grand danger; si Tennemi eût connu cette cii-conslance y il pouvait tomber sur elles avec des forces supérieures et les écraser. La fermeté du général Kléber el celle qu'il communiqua aux troupes par sa contenance eussent suffi pour leur assurer la victoire , si elles eussent été attaquées ; mais elles ne le furent même pas ; elles n'étaient suivies que par une faible avant-garde ; le général Clairfayt avait arrêté la marche du gros de son armée pour une autre opération où il eut un plein succès. Cependant le pont fut réparé, et Tarrièregarde, après avoir attendu deux jours, put enfin passer; ensuite on leva le pont. On aurait certainement prévenu cet accident, en établissant, comme on doit toujours le faire, au-dessus du pont, une chaine de plusieurs bateaux de garde, pour arrêter ou détourner les corps flottants que le courant du Rhin pouvait amener , et cette précaution devait être d'autant moins négligée ici qu'on devait prévoir que l'ennemi ferait cette tentative. A la guerre, les fautes d'imprévoyance sont le plus souvent punies, et quelquefois sans retour.

Depuis que j'avais quitté la division d'avantgarde , le général Lefebvre ne cessait de demander que je lui fusse rendu; je le désirais moi-même, tout à la fois par reconnaissance pour ce digne

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chef et pour me retrouver avec des troupes parnii lesquelles j'avais fait mon plus grand avancement* L'activilé de ces troupes me convenait aussi parfaitement : les premières à s'engager, les dernières à quitter te champ de bataille , toujours en présence de Tennemii souvent seules au combat , par leur vigilance, elles assuraient la sécurité de l'armée, et je trouvais avec elles les plus fréquentes occasions de servir activement. Je rentrai, le 23 octobre, au moment où l'armée repassait le Rhin, dans la division Lefebvre , et j'y eus le commandement de la brigade de troupes légères. Je fus envoyé sur le cours de la Wupper , poussant des reconnaissances dans les montagnes qui forment cette partie de la vallée du Rhin , entre Cologne et Dusseldorf , et je fus chargé de couvrir la route de la rive droite du Rhin entre ces deux villes , par laquelle des convois arrivaient à Dusseldorf. Les lignes Cependant le maréchal Clairfayt , après nous

•ont fonces. Bvoir éloigues du Mein , avait manœuvre avec une grande habileté. Il ne npus avait fait suivre que par une forte avant-garde qui masquait ses mouvements , et il n'avait pas perdu de temps pour porter toiUes ses forces sur l'armée de Rhin-et- Moselle. Dans la nuit du 2t) octobre , il déboucha sur les lignes construites devant Mayence, et qui n'étaient gardées , sur une longueur de quatre lieues, que par quatre divisions formant environ

DU MARÉCHAL-GÉNtoAL SOULT. 26S

vingt-cinq mille hommes, car le général Pichegni avait éparpillé son armée partout : dans le haut Rhin , où elle n'avait pas d^ennemi devant elle , à Mannheim et devant Mayence. Les lignes avaient, comme je Tai déjà dit, le défaut d'être continues, sans ouvrages fermés pour rallier les troupes en cas d'attaque, et celui d'être aussi tracées beau« coup trop près de la place , ce qui ne permettait pas même de voir venir Tennemi. En outre, on avait, par un calcul difficile à expliquer, laissé une trouée entre le village de Laubenheim, où rmi%* sait l'extrême droite de la ligne, et le Rhin. Les Autrichiens dirigèrent leur principal effort sur cette trouée, en même temps qu'ils faisaient débâtv quer un corps de troupes légères un peu plus haut, pour inquiéter les derrières de la division Courtot, qui formait la droite de la ligne française , et qu'ils lançaient aussi une fausse attaque sur notre gauche. Cette disposition du général autrichien était fort bonne ; il attaquait a la fois le point le plus faible de l'armée française et sa ligne d'opérations, qui était sur la tête de pont de Mannheim , et la vallée du Rhin , où le restant de l'armée était échelonné. La division Courtot, quoique surprise, fit d'abord bonne contenance; mais bientôt, écrasée par des forces supérieures, elle se mit en déroute, et , dans sa précipitation , elle ne chercha même pas à se replier sur les autres divisions ; elle fut

poussée droit devant elle par la route d'Aizey et de Kircbheimpolaod , et , dans la même journée, CD vit des fuyards arriver jusqu'à plusieurs lieues du champ de bataille. Les autres divisions, se trouvant ainsi découvertes et prises en flanc , furent trèihcompromises et eurent beaucoup de peine à se dégager. La division Saint-Cyr soutint cependant la retraite , et , grâce à ce que les Autrichiens ne poussèrent pas leur succès avec une grande vigueur, les trois divisions restantes parvinrent enfin dans la soirée , et après avoir essuyé des pertes, à se remettre en ligne derrière la petite rivière de la Seiz. Le lendemain , elles se replièrent sur la Pfnm ; mais elles étaient affaiblies ; le moral du soldat était ébranlé ; beaucoup de matériel avait été abandonné dans les lignes. On avait mis plusieurs mois et on avait eu des peines infinies à y rassembler pour le siège d'immenses approvisionnements de toute sorte. Comme on n'avait pas pris la précaution de les faire enlever , non-seulement ils tombèrent entre les mains de Tennemi , mais une grande partie de Tartillerie de campagne, que les divisions ne purent emmener, faute de temps et de chevaux , eut le même sort. Retraite La Uguc de la Pfîrim , sur laquelle Tarmée s'é-

Mn ti^^Z*^\e. lait retirée, s'étendait du mont Tonnerre à Wornis, ayant Kirchheimpoland en avant de la gauche. Cette position était très-bonne si on avait eu des

forces pour Toccuper ; mais elle avait trop d'étendue pour quatre divisions qui ne comptaient pas quarante mille hommes. La lenteur ({ue le maréchal Clairfayt mit dans ses mouvements aurait parfaitement laissé au général Pichegru le temps de se renforcer, en appelant à lui vingt mille hommes qu'il avait dans le haut Rhin; on ne sait par quelle raison il ne le fit pas. T^ 10 novembre, les Autrichiens, en nombre presque double de celui des Français, vinrent les attaquer; leur principal effort porta sur la division Saint-Cyr, qui formait la gauche française. Cette division soutint de la manière la plus honorable un combat inégal ; elle finit pourtant par être débordée , et se retira en bon ordre sur la route de Kavserslautern. Les au-* très divisions se replièrent de même, sans que le général Pichegru essayât de retour offensif ; c'eût été le seul moyen de disputer le terrain. Une armée disséminée sur une aussi longue ligne et restant sur la défensive ne pouvait pas tenir. La place de Mannheim fut dès lors abandonnée à eUeméme.

Le même jour, la division Marceau, de l'armée de Sambre-et-Meuse , arrivait sur la Nahe. Le général Jourdan , à la première nouvelle de la prise des lignes de Mayence, l'avait détachée, pour communiquer avec l'armée de Rhin-et-Moselle. 11 eût fallu que ce mouvement fût fait avec de beau-

coup plus grandes forces; mais le général Jourdan De pouvait pas disposer de toute son armée sans un ordre du comité , et celui*ci ^ qui n'était plus dirigé par Camot , donnait des ordres opposés. Il craignait de trop éloigner Tarmée de Sambre-et- Meuse de celle du Nord, qui cependant n'avait aucun besoin d'elle, et il ne prescrivait que des opérations détachées. C'était pour obéir à ces instructions que y dans le même temps , le 6 octobre, la division Lefebvre et celle de cavalerie d'Harville étaient envoyées sur la Sieg, pour faire, disait-on, une diversion aux mouvements de l'ennemi , qui avait fait une pointe vis-à-vis Mayence. Ce n^est pas à de pareilles distances qu'on fait des diversions^ et celle-ci prouvait, pour le moins, qu'on était dans une profonde ignorance de ce qui se passait. Nous arrivâmes sur la Sieg; nous n'eûmes connaissance que de quelques rassemblements de paysans, et nous rentrâmes dans nos positions. Pendant que nous faisions ces mouvements inutiles sur la Sieg, la division Marceau arrivait sur la Nahe , devant Kreuznach ; mais le général autrichien avait une supériorité de forces qui lui permettait de faire des détachements , et il avait placé sur ce point un corps d'observation. Ije général Marceau l'attaqua ; mais , malgré toute sa vigueur, il ne put l'enfoncer et il fut repoussé. Après l'affaire sur la Pfrim, les Autrichiens

poursuivireut leurs succès ; mais cette fois ils attaquèrent principalement la droite de Tarmée de Rhin-et-Moselle dans la vallée du Rhin. Leurs attaques furent néanmoins contenues par les généraux Desaii et Beaupuy, et le mouvement de retraite put se continuer sur la ligne du Speyerbach, sans autre événement. Mais cette ligne , quoique bonne et connue de Tarmée, ne suffisait pas encore à Pichegru ; il continua son mouvement rétrograde qui Tel oignait de plus en plus de Mannheim et de larmée de Sambre*et-Meuse , dont on devait cependant attendre les opérations , et sur laquelle il allait encore une fois rejeter les Autrichiens. Il ne se crut en sûreté que sous les canons de Landau et sur la ligne de la Queicli , avec sa gauche , sous les ordres du général Saint- Cyr à Pirmasens. Ce mouvement se fit, le 16 novembre; le 26, Mannheim se rendait. II y avait Reddition dans cette place neuf mille hommes. Une aussi prompte reddition , après dix jours à peine d'investissement , jointe h ce que la garnison fut prisonnière de guerre, causa un grand étonnement dans l'armée, où tout le monde savait qu'il y avait à Mannheim des vivres pour quinze jours ; on l'avait même dit à l'armée de Sambre^-Meuse. On commença alors à concevoir des soupçons, mais d'une manière vague. Plus tard, quand la trahison de Pichegru a élé dévoilée, ils ont pris

plus de consistance; cependant ils n'ont jamais été éclaircisy et cette afîaire de Mannheim est toujours restée fort obscure.

La chute de Mannlieim fut un très-fâcheux événement de plus. L'armée autrichienne, qui en faisait le siège , put passer le Rhin et se réunir à ceUe du maréchal Clairfayt. Cette réunion était d'autant plus fâcheuse pour nous, que le général Jourdan arrivait, en ce même moment, sur la Nahe. En effet, après les inutiles tentatives du général Lefebvre, sur la Sieg, et celles du général Marceau, sur Kreuznach, les nouvelles des revers de Tarmée de Rhin-et-Moselle se succédaient, et on avait enfin compris qu'il ne s'agissait plus de faire de ces pointes dépourvues d'ensemble. Le général Jourdan avait été autorisé à disposer de la plus forte partie de son armée , pour le mouvement sur la Nalie, qui devait, on l'espérait du moins, sauver Maimheini. Cependant on ne voulut pas compromettre la possession de Dùsseldorf et du cours inférieur du Rhin; on laissa à cette place sa gainison; mais les troupes qui étaient encore sur la rive droite furent rappelées , pour remplacer celles qui allaient faire l'expédition de la Nahe , et pour garder le cours du Rhin. 1^ division lefebvre fut employée à ce service, et ma brigade fut répartie entre Bonn et Ândernach. Je m'y établis le 26 novembre. Le général Jourdan

se portait avec cinq divisions sur la Nahe. Le 28 j MouTemra elles étaient en Hgne, de Baccarach à Kirn; la SHmhr<set-M( division Marceau s'étendait à droite jusqu'à Birkenfeld. On établit un pont sur la Moselle à Cell, au-dessous de Frarbach , et on se mit à fortifier ce dernier point; le général Jourdan prévoyait, avec sagesse, que les chances de la guerre pourraient le rejeter sur la Moselle. Le l***" décembre, la division Bemadotte enleva Kreuznach après un combat opiniâtre ; mais ce premier succès ne put être suivi : on était en présence de toute l'armée du maréchal Clairfayt, et Ion venait d'apprendre au même moment la reddition de Mannheim. Le but principal de l'expédition était de secourir cette place; une fois qu'il était manqué, il y aurait eu plus que de la témérité à s'engager plus avant avec une armée fort inférieure en nombre à celle de l'ennemi. I^s troupes venaient de parcourir un pays sans ressources, par des chemins affreux; la saison était aussi très-mauvaise. I^ général Jourdan essaya cependant de se maintenir dans sa position; mais la division Marceau, attaquée, le 8 décembre, à Lautereken, par des forces supérieures, fut battue, et l'ennemi tournant la droite de Tarmée menaçait de la prévenir à Frarbach. Le général Jourdan dut, en conséquence, se retirer sur Simmern , pour se rapprocher de la Moselle. On s'attendait même à être obligé de la passer.

17a MÉMOIRES

De son côté le général Kléber, resté à Coblentz, s'attendait aussi à être attaqué, et Tennemi paraissait même faire des démonstrations de pas-> sage vis-à-vis Namendy^ Tout nous annonçait une suite de campagne très-pénible et dont les résultats étaient incertains. Heureusement les Au* trichiens , tout en remportant leurs derniers succès, avaient aussi, de leur côté, beaucoup souffert. L'hiver où nous entrions , et le pays pauvre qui allait être le théâtre de la guerre, menaçaient également les deux armées d'une campagne désastreuse; ces armées y auraient éprouvé plus de pertes que dans les combats. I^s Autrichiens surtout, quoique vainqueurs, voyaient la difticulté de continuer leurs opérations offensives dans ces conditions; ils devaient d'ailleurs être satisfaits de la fin de la campagne qui leur avait rendu la ligne du Rhin. Le 10 décembre, ils nous proposèrent un armistice, en s'adressant à la fois aux généraux Jourdan et Pichegru. Le premier répondit qu'il y donnait son consentement , pourvu que son collègue donnât également le sien. Pichegru n'osa pas le refuser, et l'armistice fut conclu pour les deux armées; il devait durer jusqu'à ce qu'il fût dénoncé par l'une des 'parties, dix jours avant la reprise des hostilités.

i . Voir, k la fin du chapitre, N** 7.

Cet armistice vint fort à propos pour nous. Armistice. L'armée de Rhin-et-Moselle était réfugiée sous le canon de Landau , fortement réduite en nombre , et elle avait perdu presque tout son matériel et ses chevaux. L'armée de Sambre^et*Meuse allait être rejetée derrière la Moselle , pendant que son aile gauche était encore à Dùsseldorf. La jonction des deux armées, séparées par une telle distance et par une armée autrichienne fort supérieure en nombre à leurs forces réunies , était devenue impossible; rien ne s'opposait à la marche des Autrichiens sur Metz et sur la Lorraine. On peut comparer celle situation à celle oii nous nous étions trouvés, au printemps de Tannée précédente

D'après la convention qui réglait l'armistice , chaque armée conservait ses positions. Le général Jourdan ramena la sienne dans ses anciens cantonnements, pour rétablir les troupes. La division Lefebvre fut renvoyée sur la rive droite du Rhin , et une convention parlicuhère, conclue par le général Hatry, traça la ligne de démarcation. Celte ligne pour les Français suivait le cours de la Wupper, et pour les Autrichiens le cours de TAcher et de la Sieg; l'espace intermédiaire devait rester neutre.

Cet événement détermina l'acte le plus impor- Mon mariage. tant et le pkis heureux de ma vie. Ma brig^^de

était cantonnée dans les montagnes de SoHngen et j'établis mon quartier général dans cette petite ville. Je logeai chez Mme Berg. Elle me vit entrer dans sa maison avec indiflerence. Trois mois après y le 26 avril 1796, elle m'accordait la main de sa fille et elle fondait un bonheur qui n'a fait qu'augmenter avec les années.

NOTES ET PIECES

DU CHAPITRE \nL

Hatrj^ général de dwision , commandant Vaile gauche de r armée ^ au prince de Hohenlohe^ commandant V armée de Sa Majesté prussienne.

Au quartier général à Obervitstadt , le 2 vendémiaire, Tan IV de la république.

Monsieur le général ,

J'ai l'honneur de vous prévenir que , conformément à la convention additionnelle arrêtée à la suite du traité de paix de Baie, en date du 5 avril 1795| entre les plénipotentiaires respectifs du roi de Prusse et de la République française^ dans laquelle il est dit que le passage des troupes, soit de la République française, soit de TEmpire ou de TAutriche, restera libre par les routes conduisant de Francfort sur

Koënigstein y Friedberg, sur Haidersheim , Wiesbaden y et enfin sur Hoddersheim , une autre colonne , a suivi la route de Koënigstein et a ordre de se réunir à moi pour prendre aussi la route de Hoddersheim. Je pense, monsieur le général, qu'il est inutile de faire passer les troupes de la République par Francfort. Je vous prie de me faire connaître les endroits par où vous jugerez convenable de faire passer les troupes que je commande y pour se rendre, demain 3, àRodelheim, sur la rive droite de la Nidda , où j'ai ordre de prendre position , afin de faire ma jonction avec la colonne qui vient de Koënigstein. L*ofRcier que vous m'avez envoyé hier à Friedberg m'a dit que vous aviez donné des ordres pour qu'un officier de votre état major dirige la colonne.

Je dois aussi vous préveuiri monsieur le général, que la totalité des forces que je commande ne peut quitter les environs de Francfort, pour se porter sur la route de Haddersheim, que lorsque vous m*aurez donné votre parole d'honneur, que nos ennemis n'ont point de troupes sur la rive droite du Mein, au«>dessus de Francfort , au mépris de la neutralité , et que vous ne souffrirez pas que l'ennemi passe de la rive gauche à la rive droite du Mein depuis Hôchst , dans toute la partie comprise dans la ligne de neutralité. Dans le cas où vous ne pourriez pas me donner une assurance positive sur cet objet, je ne puis me dispenser de laisser un corps d'observa* tion près de Francfort.

Soyez assuré que tous les moyens sont employés pour maintenir le bon ordre dans les différentes parties oîi les troupes de la République sont dans le cas de passer , et pour que rien ne puisse porter atteinte à la bonne harmonie qui existe entre les deux

puissances.

Hatrt.

Le prince de Hohenlohe au général Hatrjr.

Francfort, le 24 septembre 1795.

Monsieur le général ,

J'ai eu rhonneur de recevoir votre lettre que Tadjudant général m'a apportée. Je ne saurais mieux répondre qu'en vous communiquant la réponse que j'ai faite au général en chef Jourdan, et laquelle doit vous satisfaire y en vous prouvant cpiels sont mes procédés. Je tacherai de vous rencontrer demain dans votre marche , tant pour avoir l'honneur de faire votre connaissance, que pour voir vos troupes ; c'est de quoi je vous demande la permission.

J*ai l'honneur d'être, monsieur le général, etc.

Le prince de Hohenlohe.

i76 MÉMOIRES

Le prince de Holienlohe au général en chef Jour dan,

Francfort , le 24 septembre 1 795.

Monsieur le général ,

J'ai regretté véritablement de ne pas vous rencontrer aux environs de Weilbourg; mais je me propose bien de me procurer Thonneur de votre connaissance le plus tôt qu'il me sera possible. Je suis très-reconnaissant de la stricte observation de tous les points de la neutralité établie par la convention additionnelle au traité de Baie, et je dois rendre justice à tous les généraux sous vos ordres, qu'ils se sont conduits à cet égard avec de la loyauté et même avec de la prévenance pour moi.

M. le maréchal Clairfayl a, de sou côté, eu les mêmes égards, et aucune troupe de son armée, dont Taile droite lungeait notre cordon , n'y est enlisée sur aucun point. Son passage du Mein, lors de sa retraite , s'est fait sur six ponts établis à Russelsheim et Singlingen, au-dessous de Hôchst; aucune troupe armée n'a passé par Francfort, et je puis par conséquent bien donner ma parole qu'aucun corps autrichien ait remonté le Mein sur la rive droite. Ainsi je ne crois pas que l'on ait des vues de revenir de ce côté-là sur vous. Pour vous donner, monsieur le général, une preuve non équivoque de ma manière de procéder, j'ai l'honneur de vous communi-

quer ci-joint, en original, la réponse que M. de Clairfayt vient de me faire ; quoiqu'elle ne soit pas comme je l'aurais désiré, il me paraît que ce qui a pu empêcher le général de se déclarer, conformément à mes vues, est qu'il ne veut pas faire Faveu du peu de moyens qui lui restent pour pouvoir secourir Mayence. Quoique je trouve bien juste, monsieur le général, que vous preniez vos précautions pour tous les cas, il me parait cependant que je dois attendre de vos procédés que vous préférerez choisir une position hors de la ligne de mon cordon, oii d'ailleurs, militairement considéré, le local sera plus propre que dans les environs de Francfort. Je me crois en droit d'être encore plus exigeant à l'égard de l'observation de la neutralité, vis-à-vis des généraux français qu'envers les autres, comme c'est entre la France et la Prusse que le traité a été conclu* D'ailleurs, mon général, la confiance que votre ton m'inspire m'autorise à me promettre cette complaisance de votre part ; je profile de votre permission de pouvoir faire indiquer au général Hatry, commandant votre aile gauche , la meilleure route de Wilbel à Hôchst, et la note ci-jointe lui en donne le détail. Je m'adresserai à vous, toujours avec confiance, pour les plaintes et les réclamations qu'il y aura à faire, et je me persuade de votre justice, monsieur le général, que vous voudrez toujours y faire droit. J'îwertis le gouverneur de Sayn-Allenkirchen qu'il n'a qu'à vous adresser sa requête, en l'assurant pleinement que les dommages y faits se-

raient bonifiés par votre protection. Je suis surpris que les officiers prussiens aient trouvé à redire aux campements nécessaires à prendre aux corps de vos troupes en marche de Wetzlar sur la Nidda , et vous sentirez fort bien que je dois convenir avec vous qu'il est impossible de faire séjour sur la grande route j sans se déployer.

Veuillez agréer mes remerciments des soins que vous me promettez de faire prendre des endroits et possessions que j'ai eu Thonneur de vous recommander, particulièrement situés hors de la ligne de démarcation, et auxquels même le roi prend un intérêt particulier. Je profiterai, mon général, de votre permission , pour placer des sauvegardes là où je croirai nécessaire, et Tégard qu'on aura pour elles me prouvera toujours le désir que vous avez de nous obliger. Au reste , toutes mes actions vous prouveront combien je désire de pouvoir contribuer au maintien de la bonpe harmonie rétablie entre les deux puissances.

J'ai rhonoeur d'être, monsieur le général, etc.

Prince de Hohenlohe.

Le général Clair fayt au prince de Hohenlohe.

Acheilgen, ce 23 §q>tcinbre i705.

Monseigneur ,

Votre Altesse est, j'espère, convaiocue que je n'ai pas négligé l'occasion de faire ce qui pourrait

Di: MARÉCHAL GÉNÉRAL SOULT. J79

lui élre agréable lorsque je Tai pu, sans préjudice à

mou devoir; mais il est des règles auxquelles je suis

assujetti par les circonstances. Elle sentira sans doute

l'impossibilité où je suis de prendre un engagement

qui contiendrait formellement celui de renoncer à

secourir Mayence et de laisser à Tennemi la facilité

d'en faire paisiblement le siège. Votre Altesse est

trop juste pour ne pas approuver les motifs qui

m'empêchent de faire ce que vous désirez dans cette

occasion , et être persuadée que, dans toute autre,

je serai fort empressé de reconnaître les attentions

que vous voulez bien me témoigner et vous con^

vaincre de la considération la plus distinguée avec

laquelle j'ai Thonnneur d'être, etc.

Clairfatt.

Instruction pour les généraux de dwision.

Au quartier général à Hotheim , le 1 7 vendémiaire , Tan IV de la république.

Dans le cas où l'ennemi tenterait le passage du Mein, entre Hôchst et Francfort, le premier général de division qui en sera prévenu par les avant-postes fera tirer trois coups de canon. Les trois coups seront de suite et successivement répétés par les six divisions de l'armée. A ce signal, toutes les troupes prendront les armes et feront les dispositions sui* vantes :

La division Bernadotte tiendra un régiment de cavalerie de la deuxième ligne prêt à marcher au premier ordre.

La division Cbampionnet observera bien le Mein, depuis Erstbeim jusqu'à Flersheim exclusivement. Ces deux divisions observeront la garnison de Mayence et se tiendront prêtes à exécuter les ordres qui leur seront envoyés ; les équipages de ces deux divisions se réuniront sur les hauteurs de Wiesbaden.

La division Grenier enverra trois bataillons et le 4' de hussards sur les bords du Mein, pour observer les gués de Flersheim et de Russelheim. Le restant de la division restera sous les armes , sur son front de bandière, ayant à sa gauche Tautre régiment de dragons,

La division Tilly enverra trois bataillons et le 12* régiment de chasseurs^ pour défendre le gué de Singlingen , et restera en bataille sur son front de bandière.

La division du général Lefebvre enverra trois bataillons et un régiment de chasseurs sur les bords du Mein , pour défendre le passage de cette rivière entre Hôchst et Singlingen. Le restant de la division restera en bataille sur son front de bandière, ayant un régiment de chasseurs à sa droite et un à sa gauche.

La division de cavalerie, aux ordres du général Harville, se réunira, la gauche à Addersheim, et la droite se prolongeant vei^ la gauche du général Grenier.

Les généraux défendront autant que possible le passage du Mein et communiqueront avec les généraux qui seront à leur droite et à leur gauche, afin de se soutenir réciproquement.

Les équipages de la division Poncet se réuniront à Brukenheim , ceux de la division Grenier à Marxbeim, pour se réunir ensuite, en cas de besoin, sur les hauteurs de Wiesbaden , avec ceux des divisions Championnet et Bernadotte. En cas de retraite, ces équipages se réuniront avec ceux de Tétat major général et se dirigeront sur Kirberg. Les équipages de la division Lefebvre se réuniront à Koénigstein, et , en cas de retraite , se dirigeront sur Limbourg ; ceux de la division Tilly se réuniront à Hoflieim, et, en cas de retraite, se dirigeront sur Kirberg, en suivant la route de Epstein, Idstein et Kirberg.

En cas où Teunemi passerait le Mein , entre Hôchst et Francfort ou au-dessus de Francfort, le général Lefebvre s'emparerait .de Hôchst et porterait six bataillons et un régiment de cavalerie en arrière du ruisseau qui prend sa source vers Kronembourg, qui passe à Hansen, à Jossenheim, et se jette dans la Nidda entre Hôchst et Rôdelheim.

Dans le cas où Tennemi, après avoir passé le Mein au-dessus d'Hôchst ou de Francfort, dirigerait ses principales forces sur notre flauc gauche, le général Lefebvre prendrait position, avec la totalité de sa division, derrière le ruisseau dont il est parlé plus haut fct ferait garder Kronembouig. Pour lors, la division du général Tilly, qui serait prévenue par

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