‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 2 sur 55 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

toire militaire qui est encore la moins connue , qui a été la moins décrite , où il a joué un des premiers rôles, et sur laquelle il possédait les documents les plus étendus. Il se croyait en droit, plus que personne, de raconter cette guerre'.

La rédaction de cette partie était commencée, et mon père la [poursuivait, lorsque les événements de 1830 vinrent lui donner une tout autre occupation. Appelé dans la vie politique et dans les conseils du roi; chargé, pendant plusieurs années, du ministère de la guerre, de l'organisation de l'armée et de notre nouvelle conquête, en Algérie ; du ministère des affaires étrangères , pendant quelques mois , enfin de la présidence du conseil ; obligé par-dessus tout , de supporter les excessives et stériles fatigues de la vie parlementaire, mon père s'est livré à des travaux qu'on n'a pas encore oubliés, quoiqu'on oublie tant, et qui étaient tels, qu'après en avoir été le témoin assidu, j'ai encore peine à m'expliquer comment les forces humaines ont pu y résister ; et il les a continués , jjus-

VI AVANT -PUOPOS.

qu'à rage de soixante et dix-huit ans. Alors seulement il a senti que ses forces trahissaient son zèle , et qu'avant d'arriver au terme de sa vie , il avait besoin de clore sa carrière active, et de se recueillir.

Pendant ces seize années, de 1830 à 1846, mon père ne pouvait guère songer à continuer le travail de ses mémoires. Les quelques intervalles de repos qu'il a pu trouver, lui étaient nécessaires, pour reprendre des forces, et pour se préparer à de nouvelles fatigues. Ainsi ce travail en est resté au point, où les événements de 1830 l'avaient trouvé.

Au moins , le travail préparatoire , celui de la classification , de l'ordonnancement et de l'analyse des pièces, qui devaient servir de hase aux mémoires, était-il fait alors. Mon père m'y avait employé , pendant plusieurs années, sous sa direction et sous ses yeux, et il y avait joint des notes recueillies dans st*s souvenirs. Il regardait ce premier travail comme le plus important, car il n'admettait l>€ns que ses souvenirs pussent lui suffire,

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pour écrire l'histoire même où il avait cependant été témoin et acteur. Ces souvenirs n'étaient pour lui qu'un accessoire. Il s'était imposé deux règles : l'une , d'établir rigoureusement les faits, par les recherches les plus scrupuleuses; l'autre, de se dépouiller de toute passion , et quand il avait à porter un jugement sur certaines actions ou sur certains hommes, d'y apporter la plus grande réserve. H n'écrivait pas pour la circonstance du moment.

Ce scrupule allait plus loin encore ; il tenait au fond de son caractère, qui était la bienveillance. Il le dit lui-même : ce Ce motif seul (l'intelligence de l'histoire ) a pu surmonter ma répugnance à dire mon opinion , quand elle était sévère, sur le compte de certains hommes, et à censurer quelquesuns de leurs actes. Mon respect pour les réputations bien acquises, et la crainte d*être injuste , m'ont longtemps fait hésiter. J'ai cependant réfléchi que je pouvais encore , sans offenser personne et sans nuire à aucune renommée, dire, avec liberté, mon sentiment. »

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