CHAPITRE XIÏI
Pour défendre les conquêtes que le traité de Armée d*itiiiie. Campo-Foraiio avait consacrées, et pour soutenir la gloire de nos armes en Italie^ il était fort difficile de nommer le général qui devait succéder au général Bonaparte , dans le commandement des troupes. L'opinion publique désignait le général Moreauy dont les talents inspiraient une juste confiance ; mais alors le Directoire lui faisait expier ses tardives révélations au sujet de Picbegruj et il venait même de lui infliger une humiliation , en lui donnant l'emploi subordonné d'inspecteur d'in* fanterie, qu'il garda jusqu'au moment où le gédé^ rai Scherer, qui lui avait été préféré^ fut contraint, par la nécessité, de l'employer plus activement.
Le général Scherer sortait du ministère de la guerre, et le scandale des dilapidations, dont lea membres du gouvernement étaient coupables, rejaillissait malheureusement sur lui. La honteuse
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tyrannie du Directoire avait sacrifié Tarmée aux fournisseurs 9 et le général Scherer avait été trop faible pour pouvoir lui résister; mais le soldat, qui souffrait, allait plus loin dans son jugement, et c'était a son chef, le ministre de la guerre, qu'il s'en prenait. Aussi , le général Scherer, sans mériter peut - être cet excès de sévérité , en éprouva-t-il tous les effets , et son arrivée à l'armée fut mal accueillie. Les mauvaises dispositions qu'il prit au début de la campagne, et qui furent cause de nos désastres, ne purent qu'aigrir de plus en plus les esprits contre lui, et effacer la réputation d'habileté qu'il s'était faite , trois ans auparavant, à la bataille de Loano.
L'armée de Naples , sous les ordres du général Macdonald , ainsi que les troupes et les garnisons disséminées dans les États romains, en Toscane, dans le Milanais et en Piémont, étaient perdues pour l'armée active. La première et la plus considérable faute, soit qu'elle tint aux ordres du Directoire, soit qu'elle fût à imputer au général Scherer, qui exerçait sur ces troupes le commandement supérieur, était de ne pas les avoir réunies à l'armée. Toutefois, le général Scherer entra encore en campagne avec six bonnes divisions d'infanterie , une belle cavalerie et un train nombreux d'artillerie. Le général Moreau commandait trois de ces divisions.
Ace moment, Tarmée française était au moins égale en force à Farmée autrichienne, commandée par le genéibl Kray, et qui n'avait point encore reçu ses renforts. Elle allait se battre sur un théâtre qui lui rappelait les plus glorieux souvenirs. Mais on avait accumulé faute sur faute, et, après celle que le Directoire avait commise , de provoquer une nouvelle guerre, la plus grave avait été le choix du général , qui devait en avoir la principale direction; surtout de n'avoir pas exigé de ce même général, qu'il prit sur les ennemis une supériorité plus marquée, pour frapper à son début un coup décisif.
Le grénéral Scherer partait des places de Man- , P^^^^V*:. .
^ * * du gencNi aclic
loue et de Peschiera, sur la ligne du Mincio; il rer sur rAdigf . commença ses opérations, le 26 mars, pour forcer la ligne de TAdige. Il opérait sur trois colonnes; celle de gauche, commandée par le général Moreau, réussit. Elle passa TAdige au-dessus de Vérone, coupa la droite de l'armée autrichienne, et elle était a même de poursuivre ses succès vers Vicence, si elle avait été soutenue; mais les autres * f divisions du centre et de la droite, que le général ' Scherer commandait en personne, se firent battre par Tennemi. Cependant, le succès que venait de remporter le général Moreau sullisait pour que le restant de l'armée pût s'appuyer sur lui, le rejoindre ^ marcher sur Vicence, rejeter les Autri-
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chiens sur la Brenta , et les séparer des places de Vérone et de Legnago. Le général Moreau donnait ^e conseil au général Scherer; mais au Heu de le suivre, celui-ci eut la singulière idée de rappeler le général Moreau , sur la rive droite de TAdige, pour recommencer par sa droite la même opération , quatre jours après. Celte fois, la leçon fut plus sévère; on y perdit une partie de la divisiôti Serrurier, qu'une suite de faux mouvements compromit sur la rive gauche de F Adige, et qtti, entourée par des forces supérieures, finit par être accablée.
Enfin , une troisième tentative , faite le 5 avril, fut encore moins heureuse. Malgré des succès, d'abord remportés au centre par le général Moreau, la droite de l'armée fut lournée, à la fin de la journée, par une manœuvre habile du général Kray. Il y avait tant d'incohérence dans tous les mouvements, que cet échec ne put être réparé ; le désordre vint s'y joindre , et l'armée entière précipita sa retraite, non pas seulement derrière le Mincio , ou le général Scherer aurait pu tenir, à l'appui des places de Peschiera et de Mantoue, mais derrière TAdda.
La journée de Magnano décida du sort de l'Italie. Dix jours avaient suffi pour réduire l'ar^ mée à moins de trente mille combattants, pendant que, (fuit antre côté, toutes les* troupes éparpillées, depuis le* Pô j'isqu'à Napfes, étalent
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non-seulement trop éloignées pour lui amener des renforts en temps utile, mais se trouvaient elles-mêmes^ de jour en jour, plus compromises. En même temps, l'armée ennemie avait remplacé toutes ses pertes^ et elle acquérait une supériorité de f^u9 en plus grande, par les renforts qu'elle recevait à tout instant ; elle était , en outre , à la veille d'être rejointe par l'armée russe , qui , en efiet, arriva sur l'Adige, le 15 avril.
L'exaspération de l'armée, dont le courage avait été si mal employé , était au comble , et efle eût produit des actes d'indiscipline et de déso^ béissance, si le général Scherer fût resté. Il le comprit, il partit pour Milan, sous prétexte de diriger les levées extraordinaires qu'on y faisait, et ne revînt plus. H avait remis , avant son départ , le commandement au général Mor eau .
Lorsque le général Moreati prit le commandement que la confiance e! le vœu des troupes lui avaieiït déféré, Karmée était sur la riVe droite de F Adda, dont elle voulait défendre le passage, pour couvrir Mibn et avoir te temps de recevoir les renforts qU'ott faisait enfin venir des diverses parties de l'Italie, de la France et de l'armée de Suisse. Maïs déjà la phipart des places, où Fon avait laissé inutitement des garnisons , étaient tombées au pouvoir de l'ennemi^ ainsr qu'un h»mense matériel d^artillerie et les équipages de
Arirvce de rarmce russe.
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pont. Les Russes entraient en ligne avec le maréchal Souwarow, qui prenait alors le commandement supérieur des armées impériales alliées. La faible armée française devait être écrasée par des forces aussi disproportionnéesi et que secondaient encore les dispositions des peuples d'Italie, toujours favorables au parti victorieux , pour changer de domination . Lemaréciiui Les cxploits dc Souwarow, contre les Turcs et
en Pologne, avaient retenti dans tous les coins de ritalie. Quand il y fut, tout en lui parut admirable aux Italiens : son maintien, ses r^ards, qui parfois étaient terribles, l'air inspiré d'un enthousiaste, la rudesse demi-sauvage de ses manières, que son génie, fécond en ressources, savait varier suivant les effets qu'il voulait produire, son austérité, l'originalité et l'âpreté de son éloquence , qui captivaient la multitude. Son approche faisait éclater un tel enthousiasme, qu'il dut souvent en laisser réprimer les transports, ou d'autres fois s'arrêter pour satisfaire l'avide curiosité de la foule. Souvent burlesque et puéril, extravagant dans ses caprices, bravant Soutes les convenances, heurtant la raison, il paraissait avoir pris à tâche de cacher, sous des formes aussi bizarres, et où le merveilleux couvrait le ridicule, les talents d'un militaire consommé, à vues justes et grandes. D'un coup d'œil sûr, hardi
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dans ses projets, îiiipétiieux dans leur exécution, vaillant et intrépide au delà de toute expression, accoutumé à voir couronner par le succès toutes ses entreprises, à faire plier tous les obstacles devant ses volontés, il possédait, par-dessus tout, le merveilleux talent d'exercer sur son armée un empire sans limites. Adoré de ses soldats , qu'il connaissait ù tond, il leur avait inspiré une soumission et une confiance quasi -superstitieuses, une sorte de Fanatisme ; il les avait rendus insensibles aux rigueurs de la discipline la plus outrée, aux jeûnes*, aux privations, aux fatigues et à tous les dangers; et en même temps, il était prêt à les sacrifier, jusqu'au dernier, pour soutenir sa renommée. Il amenait en Italie, pour les faii*e passer ensuite en Suisse, quarante mille de ces soldats, qui semblaient devoir renverser nos derniers efforls de résistance.
I/armée alliée, en Italie, était ainsi portée à cent dix mille combattants, et le général Moreau n'en avait que vingt-sept à vingt-huit mille, suri' Adda. On ne peut pas imputer au général Moreau le choix de cette ligne de l'Âdda, puisque le général Scherer avait déjà pris toutes les dispositions, lorsqu'il remit le commandement à son succes-
i . Souvent , quand il manquait de vivres , il ordonnait un jetine, en expiation de telle ou telle faute qu'il reprochait à ses soldats, et il n'y en avait pas un seul qui pensât h murmurer.