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iae MitMoiBES
seur, qui, allaqué au même moment, n'eut pas le temps de les changer. Cette ligne était mal choisie. Quelque intérêt qu il put y avoir à couvrir Milan, il eût mieux valu prendre immédiatement le parti de repasser le Pô et d'aller au-deVant de la division qui venait de Toscane , pour prendre avec elle une bonne position, sur la rive droite du fleuve, et attendre Tarmée du général Macdonald, qui commençait l'évacuation de Naples» Il fallait surtout éviter de s'engager contre des forces supérieures^ avant d'être joint par cette dernière armée. Dans ce cas, la division du général Dessollés, qu'envoyait le général Masséna, et les détachements qui seraient venus de France, auraient été destinés à défendre les débouchés des Alpes, vers la Suisse et la Savoie , où les défilés et les obstacles de localité donnent l'avantage au premier occupant , et suppléent à son infériorité. La jonction des deux armées eût réuni soixante mille hommes ) auxquels le maréchal Souwarow eût eu de la peine à opposer un nombre supérieur , parce que la moitié de son armée eût été nécessairement employée aux sièges et aux blocus de toutes les places situées sur la rive gauche du Pô, depuis Mantoue jusqu'à la citadelle de Turin, ainsi qu'à l'observation des divei^ débouchés des Alpes, qiie nous occupions. î.e géiiéral I^courbe occupait alors les bailliages italiens.
DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOL'LT. i3i
La position prise sur TÂdda ne pouvait s'expliquer que par Tespoir de s'y défendre avec avantage, d'y attirer Tattention et les principales force* des ennemis , de dégager la droite de l'armée, et si ensuite on était forcé à la retraite , de l'opérer plus facilement , en refusant tout à coup l'ailé gauche, pour se diriger sur Alexandrie. Mais C6 mouvement , qui peut-être eût été bon avant là bataille et avant que l'armée fût entamée , avait un tout autre caractère, en l'exéctttant après une affaire malheureiise et avec une armée battue; car, affaiblie encore par de nouvelles pertes, l'armée devait éprouver alors de plus grandes difficultés pour se relever, et peut-être même , si l'ennemi la poursuivait avec vigueur, ne plus être en état d'opérer sa jonction avec l'armée de Naples.
Le maréchal Souwarow disposait d'une telle ^^^'"*
^ de CiisMoo.
supériorité de forces, qu'il put laisser le général Kray aux sièges de Mantoue et de Peschiera et détacher le comte de Hohenîollem sur la rive droite du Pô , pour menacer Tortone. Avec le gros de son armée, formée sur trois fortes colonnes, il se présenta lui-même, le 25 avril, sur l'Âdda. L'atta* que générale eut lieu le 27. Le général Rosenberg se porta avec la colonne de droite vers le point oriental du lac de Corne , surprit le passage de l'Adda , à Brivto , et isola du restant de l'armée française la division du général Serrurier, qtli
devait défendre la gaucbe. La colonne du ceutrey dirigée par le général Cliasleler , quartier-niaitre général des alliés, obtint le même avantage à Trezzo , où elle établit un pont , avant que son mouvement fût soupçonné ; tandis que le général Mêlas put aussi , avec la colonne de gaucbe , emporter la tête de pont et le pont même de Cassano. Moreau , voyant sa gauche en péril , détacha la division Grenier pour la secourir. Un combat terrible s'engagea alors autour de Cassano, qui a donné son nom à cette désastreuse journée. Mais la division Grenier , avec une brigade de la division Victor , malgré des prodiges de valeur , ne put lutter contre les corps réunis de Chasteler et de Mêlas. Ainsi tout espoir fut perdu de dégager le général Serrurier , qui, de son côté, faisait une défense désespérée ; mais il fut enfin réduit à capituler avec les débris de sa division.
Perte La retraite des autres divisions se Ht cependant
du Milanais et i» i //•!«« n
iiii Piémont, avec assez d ordre. Le général Moreau lit passer l'aile droite à Lodi et à Plaisance , le centre à Pavie et à Voglierra, et Taile gauche à Vigevano et à Novare, pour réunir Tarmée entre Tortone et Alexandrie. Milan fut évacué, le 27 avril, Turin et toute la partie du Piémont située à la gauche du Pô, le 7 mai. De fortes garnisons, qui bientôt devaient succomber , restèrent néanmoins dans le château de Milan et dans la citadelle de Turin.
Les Français avaient perdu sur TAdda le tiers de leur armée , plusieurs généraux et cent pièces de canon; ils étaient réduits à inoins de vingt mille hommes, quand ils prirent, entre Tortone et Alexandrie, leur nouvelle position. En s'y arrêtant^ le général Moreau se proposait de retenir Sou warov^ sur la gauche du Pô , pour favoriser la retraite du général Macdonald et couvrir Gènes; mais ses moyens ne lui permettaient plus de défendre cette ligne , quoiqu'elle fût assez resserrée et qu'elle eût deux places , Tortone et Alexandrie , pour ses appuis. Le comie de HohenzoUern venait de passer la Scrivia ; il s'emparait de Novi, de Gavi, tenait bloquée la garnison du château deTortone, et découvrait entièrement la droite des Français , tandis que leur gauche était menacée par une avant-garde russe, qui allait passer le Pô au-dessus de Valence , et que sur leurs derrières , tous les habitants , depuis Cherasco sur le Tanaro jusqu'à Oneillci étaient en pleine insurrection, enlevaient des détachements , interceptaient les communications et les secours que Tarmée attendait de la Provence.
Alors le général Moreau concentra son armée entre le Pô et le Tanaro , appuyée d'un côté à Alexandrie, et de l'autre à Valence ; il fit encore occuper par des détachements les villes de Casai et de Verue sur le Pô , et il parut résolu à se dé-
fendre jusqu'à la dernière extrémité , afin de favoriser les dispositions que le général Perignon faisait à Gènes, pour mettre cette place à Tabri d'un coup de main. li obtint même deux avantages qui, dans toute autre situation auraient pu relover les espérances, mais qui, dans ceUeK», n'eurent d'autre résultat que de faire sentir Timpuissanœ d'en profiter.
Une division russe de sept mille hommes passa le P6 , le 12 mai , au«*dessus de Valence. Prise eu flanc par les divisions Grenier et Victor , elle fut enfoncée , faite prisonnière en partie ou culbutée dans le P6. Sur la droite, un corps autricliien avait passé la Scrivia et s'était établie à Torre-<li-Garofolo ; le général Moreau voulut le surprendra , et il Tattaqua , le 1 6 avril , avec sept mille hommes. Il remporta un premier succès , mais ime division russe vint rétablir le combat , et la retraite se fit sur Alexandrie dans le meilleur ordre. Ces affaires isolées ne pouvaient pas avoir d'influence sur la marche des événements ; elle^ ne firent qu'accélérer les mouvements des alliés , pour livrer ba^
Retraite habile taille à l'armée française ou l'obliger à s'éloigner.
mu rarcéneT Ce demior parti était le seul qtie le général
Moreau pût prendre. Étroitement resserré entre Alexandrie et Valence , il voyait sa gauche menacée par Tarmée russe qui envahissait le Pié^ mont, sa droite débordée, et ses communioalipus,
de jour en jour, plus compromises par les insurrections qui éclataient sur la ligne des Apennins. Une seconde bataille , qu'il n'avait pas l'espoir de gagner, eût exposé les débris de son armée à être enveloppas, avant d'atteindre les frontières de France. Pour prévenir cette dangereuse extrémité, Moreau laissa une forte garnison dans la citadelle d'Alexandrie, et il se mit eq marehe, le 19 mai , dans la direction de Coni. Mais arrivé à Fossane sur la Stura, il changea brusquement de direction, se rejeta dans TApenniq, fit enlever, en passant, Mondovi et masquer la petite place de Ceva, dont les habitants s'étaient soulevés, et il parvint enfin, par une marche à la fois des plus pénibles et des plus habiles, à traverser la montagne et à arriver, le 6 juin, à Loano d^ns la rivière de Savone, d'où il gagna Qénes.
A cette époque , tous les passages de l'Italie et du Piémont vers la Suisse , la Bavoie et }e Dauphiné étaient ouvertjs aux armées alliées. Les ar^ mées françaises de Suisse et d'Italie n'avaient plus entre elles aucune communication. Les ennemis poussaient vivement les sièges des citadelles de Turin , 4^ Alexandrie et de Tortone, dont les garnisons allaient bientôt être réduites à capituler, comme l'avaient déjà fait celles de Peschiera , de Pizzighitone, du château de Milan et de Ferrare. Une escadre russe et turque , commandée par
Tamiral Putowskin , bombardait la forteresse d' Ancône. Les légations, ainsi que les duchés de Modène et de Parme, étaient envahies , et déjà de l'autre côté des Apennins, des partis ennemis faisaient des incursions jusqu'à Massa Carrara et au golfe de la Spezzia, sur la Méditerranée. A la gauche du Pô, la seule Mantoue tenait encore ; les ennemis , qui d abord en avaient pressé les attaques, se bornaient alors à la bloquer, et ils se hâtaient de réunir leurs forces sur la droite du Pô , pour les opposer à l'armée de Naples, prête à déboucher leNipies. des Apennins.
Le général Macdonald avait eu de nombreux combats à soutenir contre des soulèvements de la population , qui était vivement excitée , contre des insurrections dans plusieurs provinces, et en der^ nier lieu contre une entreprise que le cardinal RufTo, avec les insurgés calabrais, avait dirigée sur Naples, à l'aide d'un corps de troupes anglaises débarquées à Salerne. Lorsqu'il fut rappelé dans la haute Italie au secours de l'armée battue^ il dut abandonner le pays et hâter son retour, qui avait été trop différé. 11 laissa pourtant une forte garnison aufortSaint-Elme, qui domine Naples, afin d'entretenir la confiance des partions que les Français avaient dans cette capitale, et de leur donner un gage de la promesse qu'il leur fit de revenir parmi eux , quand les affaires du nord de
ritalie seraient rétablies. Mais le gage fut perdu , faute d'avoir pu tenir la promesse, et il en fut de même à Capoue , à Gaète j à Rome , à Civita- Yecchia, à Ancône et dans plusieurs autres places. Plutôt que d'y laisser des garnisons qui affaiblirent l'armée et qui furent sacrifiées , on eût mieux fait d'évacuer ces places ; si les alliés les eussent occupées : c'eût été aux dépens de leur propre armée.
Cette faute y dont les conséquences furent graves, était due aux instructions du Directoire, qui partout poursuivait le même système. Il est regrettable toutefois que le général Macdonald, qui était sur les lieux et qui pouvait mieux en juger, n'ait pas cru devoir prendre sur lui de contrevenir à de pareilles instructions. Je fais cette observation avec d'autant plus de liberté, qu'à côté d'elle on doit placer le talent et l'énergie que le général Macdonald déploya dans une retraite hérissée de difïicidtés, et qu'il fut trompé dans l'assurance que lui avait donnée le général Moreau de seconder le mouvement de l'armée de Naples, en manœuvrant avec l'armée d'Italie dans sa direction.
On ne peut qu'admirer le mouvement que fit le ifan-iie général Macdonald pour évacuer le royaume de iLicdouaid^ Naples, traverser les États de l'Eglise, et se présenter par la Toscane aux débouchés des Apennins. Il faut donner les mêmes éloges à la célérité,
iB8 MÉIfOmES
à la parfoite combinaison de ses marches j au bon ordre que ses troupes observèrent et à la confiance qu'il sut leur inspirer, même en les faisant renoncer à leurs bagages , auxquels Vhabitude et Tintërét les attachaient. Les ennemis ep Airent vivement alarmés , et leurs craintes se seraient probablement réalisées, si les généraux Maodonald et Mqreau avaient mieux concerté leurs dispositions, ou si, pour être plus exact, ce dernier avait montré plus d'empressement à favoriser de tous ses moyens les opérations de son collègue , au lien de rester, de son côté , à peu près inactif.
I^s garnisons qui furent laissées dans le rojyaume de Naples et dans les États romains avaient réduit l'armée du général Macdonald à moins de vingt mille hommes ; elle fîit renforcée en Toscane par la division du général Gauthier, qui gardait les passages des Apennins, et par celle du général Montrichard , placée en observation pour défendre Bologne ; elle reçut ensuite de l'armée du général Moreau la faible division du général Victor. Toqt cela réuni donnait au général Macdonald trente mille combattants et une belle artillerie. Arrivé à Florence, le 24 mai, son premier soin fut de rétablir les cpmmunieations avec Gènes; il assura la défense de Livourne, porta des avant-gardes d9ns la direction de Modène et de Reggio , fit reprendre Pontremoli, établit le gros de ses troupes dans
un camp relranché près de Pistoie, et Fut avec la réserve attendre, h Lucques, que le général Moreaii se rapprochât , pour concerter de nouvelles opérations.
Par ces dispositions , le général Maodonald s'était préparé à agir offensivement. Il pi'oposa au général Moreau de réunir les deux armées au débouché de Bobbio, d attaquer conjointement les corps séparés des ennemis sur la droite du Pô, et si , comme il T espérait , la fortune favorisait leur entreprise, de passer le fleuve , pour aller débloquer Mantoue, couper la ligne d'opérations de l'armée de Souwarow, et lui enlever une partie de ses détachements, avant qu'il eût le temps de les rallier sur le haut Mincio ou sur l'Adige.
Le succès de ce plaq dépendait de l'accord des inaction deux généraux , et surtout de la célérité de leurs yion»u* mouvements. Le général M^cdonald consentit k des modifications , pour obtenir la détermination du général Moreau ; mais il pe parvint pourtant pas à vaincre son hésitaliop , et quoique Moreau eût fini par promettre son concours au plan con«venu, il ne le donna cependant pas au dernier moment , et il se borna à détacher à l'armée de Naples la faible division du général Victor. Après le départ de cette division , il se trouvait encore li la tête de vingt->cinq mille hommes , grâce aux renforts qu'il avait reçus de Frf^nce, et aux déta-
chements de son armée qu'il avait réunis, et il pouvait, sans aucun danger, les joindre aux trente mille hommes du général Maodonald, soit au débouché de Bobbio, soit dans la vallée duTaro, par Pontremoli. Mais la crainte d'être seul responsable d'une manœuvre aussi hardie , et un excès de prudence hors de saison, tinrent le général Moreau longtemps indécis , et finirent par lui faire manquer l'occasion d'assurer le succès d'une combinaison qu'il avait lui-même encouragée. Il se renferma dans une timide défensive entre Gênes et les sources de la Scrivia, tandis que, persistant dans ses premiers desseins , le général Maodaoald s'élançait avec audace au milieu des ennemis.
Le général Macdonald dut avoir conservé jusqu'au dernier moment l'espoir d'être soutenu par l'armée d'Italie , ou du moins de lui voir faire une puissante diversion, pour retenir devant elle , sur la Scrivia, le gros de l'armée ennemie. On ne pourrait pas s'expliquer autrement la témérité avec laquelle il se serait engagé , au milieu de l'armée ennemie, avec des forces tellement inférieures, et aurait été la chercher, pour lui livrer bataille; car il n'avait certainement pas l'espoir de passer au travers d'elle, pour aller se présenter devant l'armée du général Moreau, au pied des Apennins, et la tirer de son inaction. 11 était beaucoup plus simple de faire sa jonction avec cette armée , sans
avoir besoin de combattre, parla route de Sarzane et de la Spezzia; d'ailleurs le général Macdonald devait être instruit que Souwarow se hâtait de réparer la faute qu'il avait commise , après la bataille de Cassano, de disséminer ses troupes.
En effet , le maréchal Souwarow avait alors répandu son armée sur toute la surface de l'Italie, pour attaquer à la fois les diverses places où étaient restées nos garnisons, envahir tout le pays, depuis l'Adriatique jusqu'aux Alpes françaises, et pousser même des avant-gardes jusque dans les passages qui conduisent en France. C'était le moment qu'il fallait choisir pour réunir les cinquantecinq mille hommes des deux armées françaises sur la rive droite du Pô, où elles n'eussent trouvé que des divisions éparses et hors d'état de leur résister. Ce moment, mis à profit, pouvait réparer les malheurs de la campagne, nous faire/eprendre l'avantage sur les ennemis et changer le sort de l'Italie : c'est ce que fit le général Masséna, en Suisse, au mois de septembre suivant. Mais un jour de retard, le moindre désaccord dans les opérations combinées des deux armées françaises, laissait échapper cette unique occasion, et devait nous attirer de nouveaux désastres, en donnant le temps à Souwarow de réparer , par une prodigieuse activité, l'imprudence qu'il avait commise. Tous les corps de Tarmée alliée étaient alors ^n mouvement,
et allaient à marches fondes, pour se présenter sur la Tfebbia avec une supériorité imposante.
A la vue de ces préparatifs ^ le général Macclô* nald fit accélérer son mouvement ) déjà sa droite était dégagée ) et la division détachée à Bologne avait livré deut combats avantageux au corpé autridhien du général Klénau , qui f\it forcé d'aban* donner le blocus d'Urbin et de se replier sur Ferrare. Le 8 juin y le restant de l'armée passa, sur trois colonnes, les Apennins. Une division , partie de Florence , se réunit à celle qui était à Bologne, pour former l'aile droite. Le centre, également composé de deux divisions, se dirigea sur Mo* dène , et l'aile gauche marcha , de FlvizfJino , sur Reggio. Le 11 , les Français engagèrent une affaire de cavalerie, qui fut suivie, le lendemain, d'une action très- vive contre le corps du comte de Hohenzollem, chargé de défendre Modène. Il y eut plusieurs mêlées, dans Tune desquelles le général Macdonald fut blessé. La ville hit pourtant prise, et les ennemis, qui avaient beaucoup souffert, furent forcés de s'éloigner. Macdonald envoya une division à leur poursuite , et il la chargea de répandre le bruit qu'il allait passer le P6, pour débloquer Mantoue; tandis que, rassemblant le gros de ses troupes près de Beggio , il traversa cetle ville , se porta sur Parme, et entra, le 5, à Plaisance, où il fit aussitôt commencer Tauaque de la citadelle.
Jusque-là , tout avait réussi : le débouché de Bobbio se trouvait dégagé , et le général Macdonald devait croire que le généfÈll Moreau ne tarderait |)as à le joindre , comme il Tavait promis: Mais le général Moreau ne bougea pas, et ce ne fut que deux jours après, quand tout était fini sur la Trebbia, qu'il fit avec deux divisions un tardif mouvement dans la plaine, entre Alexandrie et Tortone. Le général Grouchy y remporta un briU lant avantage sur le général autrichien Bellegarde; mais cet avantage partiel ne servit à rien. Le général Macdonald comptait sur une autre coopération de la part de Tarmée d'Italie ; il s'attendait à la voir à tout instant déboucher de Bobbio , et cô fut dans cette confiance qu il s'engagea sur la basse Trebbia.
Toutefois , je ne puis me dispenser de placer encore ici la remarque, qu il y avait la tn)p d'imprudence. La première condition du plan d'attaque étaitlaréunion des deux armées ; tant qu'elle n'était pas effectivement remplie, le général Macdonald ne devait pas prendre sur lui d'engager l'âHaire, à lui seul, et| puisqu'il ne voyait pas arriver l'armée d'Italie , il eût mieux fait d'aller se pt'ésenter luimême au débouché de Bobbio ; il n'est pas douteux qu'il n'eût ainsi forcé le général Moreau à sortir de son inaction. Mais le général Macdonald fiil emporté par trop d'ardeur ; il calculait combien
1 i i MitMOiRES
le tem{)s était précieux, et que le succès de Tattaque dé{)endait de sa célérité; il croyait peut-être trouver Tannée alliée non encore concentrée. Toutes ces raisons étaient entraînantes sans doute, mais elles n'auraient pas dû remporter sur la considération fondamentale : que la réunion des deux armées était la première condition à remplir. B^t.iii(> Quoi qu'il en soit , le général Macdonald , dont
le parti était pris, rassembla son armée, le 17 juin, en avant de Plaisance, et fit passer la Trebbia h la division du général Salm , pour aller reconnaître les ennemis. Ce général rencontra le corps autrichien du général Ott, qui était de sept à huit mille hommes , et le poursuivit jusque près de Castel San-Giovani , où ce corps se rallia à Tavant-garde du général Mêlas, qui arrivait à son secours et qui était suivi de l'armée entière de Souwarow. I-e combat s'engagea de nouveau ; bientôt le général Salm fut grièvement blessé. Sa division, accablée par le nombre et menacée detre enveloppée, dut se retirer , et elle eût infailliblement péri , en son entier, si le général Macdonald ne s'était préparé à la protéger, et ne Veut fait écouler par les intervalles de sa ligne. Mais déjà Souwarow était devant lui avec ses Russes , et il les précipitait en foule dans la Trebbia , pour en forcer le passage. Les Français tinrent ferme ù leur position , sur la rive opposée, et ils reçurent les ennemis, presque à l>out
portant, avec un feu terrible. Repoussés dans leurs attaques réitérées et ayant perdu beaucoup de monde, les Russes s'éloignèrent enfin.
De part et d'autre, on se prépara à livrer bataille, le lendemain. Elle commença par des attaques simultanées des deux côlés , et elle dura , avec une fureur sans égale , toute la journée et même une partie de la nuit. Enfm la gauche de Farmée française, sur laquelle Souwarow avait porté son principal effort , se trouva débordée, et toute l'armée se retira de nouveau sur la rive droite de la Trebbia.
Ces deux essais auraient dû faire sentir au généi^ Macdonald, quedésormais ses efforts seraient inutiles, et qu'il ne parviendrait pas à s'ouvrir un passage à travers l'armée ennemie. La force de cette armée élait le double de ce qui restait à l'armée française, et elle augmentait encore incessamment par les renforts qu'elle recevait. Néanmoins, le général Macdonald ne voulait pas encore croire que le général Moreau l'eût entièrement abandonné ; il s'attendait à le voir , attiré par le furieux combat qui se livrait depuis deux jours, tléboucher, le lendemain , par Bobbio, et descendre la vallée de la Trebbia , ou bien à apprendre qu'il avait marché par la fiocchetia, sur Tortone et sur Voghera, sur les derrières de l'armée alliée , et qu'il y était
aux prises avec l'ennemi D'après ce raisonne- II. 10
ment , il croyait devoir persister dans son atlaque, pour dégager le général Moreau. Mais ce raison* nement n'était malheureusement fondé; que sur des espérances beaucotip trop éloignées de leur réalisation, et. si le général Macdonald eût pesé toutes les chances d'incertitude, il aurait attendu, sur la défensive, qu'une des deux circonstances qu'il espérait , se présentât réellement , pour en profiter alors. On n'en doit pas moins admirer sa générosité , à se précipiter de nouveau dans un terrible danger, pour porter au général Moreau un secours qu'il supposait lui être nécessaire.
Ainsi , le lendemain 1 9 juin , il passa de nouveau la Trebbia, et il attaqua l'ennemi avec une vigueur telle, qu'il commença par rompre la première ligne des Autrichiens , au centre. Mais Souwarow y ayant dirigé ses réserves, écrasa les deu.t divisions françaises, dont l'une se mit en déroute, et il profita aussitôt de la trouée qu'elle laissait, pour y lancer ses masses, et pour couper la ligne française. Cependant, le général Macdonald parvint à rallier son centre dans les positions du matin , sur la rive droite de la Trebbia , tandis que les divisions de gauche et de droite, qui, de leur côté) avaient remporté des avantages, furent obligées de suivre le mouvement général. Ce n'était pas encore assez pour l'infatigable Souwarow ; il voulait encore emporter , le même joiur, les der-
DU MARÉCHAL-GÉtNÉRAL SOLLT. 147
nièi es positions des Français, et il les fît attaquer j mais il finit cependant par être repoussé.
A racharnemeut qu'on mit à s'entre-détruire , dans cette terrible bataille de trois jours, on eût dit que chaque armée faisait dépendre le salut de sa patrie , du succès de la journée. Vingt mille hommes étaient restés sur le champ de bataille^ ou en avaient été emportés blessés^ Cette énorme perte se partageait à peu près également, entre les deux armées; mais elle était infiniment plussent sible pour les Français, eu égard à leur petit nombre. Ils étaient réduits à quatorze mille combattants, leurs munitions étaient presque épuisées, et il ne leur restait que peu de généraux et d'officiers supérieurs en état de commander.
La retraite était devenue d'une absolue néces^ site ; et le général Macdonald , quoique très-souffrant lui-même de ses blessures , la dirigea successivement sur la Nura, le Taro et sur Reggio, où il réorganisa son armée, avant de rentrer en Toscane. Cette retraite n'offrit d'ailleurs rien de remarquable , le maréchal Souwarow ne l'ayant pas suivie au delà du Taro , parce qu'il apprit alors le mouvement tardif du général Moreau , et l'échec éprouvé par le général Bellegarde. Il fit aussitôt contre-marche, et il se porta sur le général Moreau , qui , trop faible pour l'attendre , el apprenant, en même temps, la reddition de la ci-
tadelle de Turin , n'eut plus qu'à repasser le col de la Bocchetla et à rentrer dans les environs de Gênes. Les corps russes qui revenaient de Turin, et les divers détachements qui rejoignaient , portaient de nouveau l'armée du maréchal Souwarow à soixante mille hommes , qui ne voyaient plus dans la haute Italie d'ennemi devant eux.
Tel fut le résultat , à la fois, de Findolence du général Moreau et de la trop grande précipitation du général Macdonald. Je dis l'indolence du général Moreau, car on ne peut pas le justifier du séjour prolongé qu'il fit à Gènes, pendant que le général Macdonald soutenait, sur la Trebbia, une lutte trop inégale. On ne peut pas le justifier de n'avoir envoyé qu'un simple détachement à Bobbio, pour y être tranquille spectateur des sanglants combats qui se livniient près de là , au lieu d'y marcher lui-même, avec toute son armée, comme il l'avait promis. On ne peut pas non plus le justifier de n'avoir entrepris la diversion qu'il substitua, de sou chef, an premier plan, qu'au moment où le général Macdonald fut hors d'état d'en profiter, et lorsque Souwarow victorieux, fut à même de revenir sur lui , avec toutes ses forces ; car sa tardive opération n'eut d autre eflet, que de détourner les Russes de poursuivre trop vivement le général Macdonald. Souwaro>w manœuvra avec une grande habileté et une grande décision, lors-
qu'il se plaça entre les deux armées françaises. Il fit ce que les généraux français auraient dû faire, lorsqu'ils pouvaient réunir leurs cinquante-cinq mille hommes au pied de TÂpennin , et dans un moment où Tarmée ennemie était divisée. Cinquante-cinq mille de ces soldats , qui firent de si grandes et de si inutiles merveilles de bravoure, dans ces malheureuses batailles , réunis sous des chefs expérimentés , eussent infailliblement remporté la victoire , et eussent fait perdre à Souwarow le fruit de ses premiers succès.
Après la bataille de la Trebbia , le «général Mac- Retraite donald se dirigea sur la Toscane , pour en retirer N«pies. les garnisons, les dépôts et les bagages de l'armée, qu'il y avait laissés. Ses moyens étaient bien faibles pour une opération qui présentait de grandes difficultés; mais il y mit si bon ordre, et ses mesures furent si bien prises, qu'il triompha de tous les obstacles. Je ne sais si la retraite de la Trebbia à Gènes , par la Toscane , ne fait pas plus dlionneur au général Macdonald , que sa marche de Naplesàla Trebbia. Pour moi, je donne encore plus de prix à la seconde partie de ce beau mouvement qu'à la première, quoique cette première partie ait déjà été digne de tous les éloges.
Trois corps autrichiens avaient été chargés, par le maréchal Souwarow, de poursuivre l'armée de Naples, et de faire tous leurs efforts pour l'enta-
i»0 MÉMOIRES
mer dans sa retraite; mais toutes les ^iffaires d'arrière-garde, dont plusieurs furent sérieuses, furent à Tavantage des Français , et ils entrèrent dans Modène^ en chassant un corps ennemi qui s'y était établi. Ije général Macdonald détacha alors une division sur Bologne , pour j attirer Tattention de Tennemi. En eflet , le général autrichien Kray, trompé par cette démonstration, prit des dispositions défensives sur le P6 inférieur. Cependant l'armée, qui s'était auparavant assurée des passages des montagnes , passa sans être inquiétée , de Modène à Pistoie , et la division détachée sur Bologne la rejoignit bientôt, par la route de Florence. Le général Macdonald rassembla tout ce qui pouvait rejoindre l'armée , et il ne laissa rien en arrière , malgré des insurrections qui avaient éclaté et qui avaient formé un corps de vingt-cinq mille hommes à Ârezzo. 11 évacua le camp retranché de Pistoie , et , après avoir tout réglé et tout prévu , il prit , avec son armée réunie, la route de Gènes, par Lacques et Sarzane; le gros matériel fut transporté par mer , sur des bâtiments envoyés de Gènes.
Ce mouvement, si bien conduit, ne (Ut terminé qu'à la fih de juillet, et il ne resta alors aux Français, des conquêtes du général Bonaparte en Italie, que le territoire de Gènes; car la citadelle d'Alexandrie avait capitulé, le 22, et Mantoue elle-
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même, le 28 du même moist Le peu de garnisonii qui pouvaient encore faire résistance, dans le royaume de Naples , ne tenaient que pour sauver leur honneur et obtenir de meilleures conditions, puisque aucune n'avait Tespoir d'être seqpuruet La citadelle de Tortoue se conserva plus long** temps ; un mois après, elle donna lieu à la bataille de Novi , que je vais rapporter immédiatement , pour en finir avec cette malheureuse campagne d Italie.
Quand la réunion fut opérée, Farinée d'ItaU# se trouva forte de quarante mille hommes^ qui restaient de cent vingt^cinq mille hommes, y corn*pris les renforts reçus depuis Touverture de lu campagne ; le surplus était mort , blessé ou prît sonnier. Cette prodigieuse consommation de vaillants soldats fut d'autant plus afïligeaqte, que ce sacriBce fut en pure perte , et qu'on est en droit de lattribuer , du moins pour ce qui dépasse les proportions ordinaires, à la désunion des chefs et k leurs fausses combinaisons. Des deux géqérau^i^ qui, en dernier lieu, avaient commandé en Italie, Fun, Macdonald, rentra en France, pour y guérir ses blessures, Tautre, Moreau, attendit, i\ Gênes, larrivée du général Joubert, que le Directoire avait nommé pour le remplacer.
Joubert possédait toutes les connaissances mili* laires. Jeune encore, il s'était placé au rang de no^i
premiers capitaines, par des succès marquants et des faits d'armes glorieux , dont ses qualités relevaient encore Téclat. Maître de lui, quand il n'était pas sur le champ de bataille, son ardeur s'enflammait à la vue de l'ennemi ; alors il mesurait tout à son courage ; il donnait aux timides de la valeur, et il était lui-même à la tête des plus braves. Cette excessive ardeur, que l'expérience et l'Âge auraient sans doute modérée , était le seul défaut qu'on connût au général Joubert , conmie homme de guerre; c'était une vertu, tant qu'il fut en sous-ordre ; elle changea de caractère, quand il changea de situation . Devenu chef d'armée , il ne pouvait, sans péril pour ses troupes, s'exposer, comme il le faisait auparavant.
La première disposition que le général Joubert manifesta, à son arrivée, fut son extrême impatience de combattre et d'aller à l'ennemi , au lieu de l'attendre ; il avait la confiance que son armée partageait cette impatience. 11 était, en outre, sollicité par deux puissants motifs r d'une part, prévenir la réunion du corps du général Kray, qui, après avoir pris Mantoue , venait joindre l'armée du maréchal Souwarow ; de l'autre , secourir la citadelle de lortone, qui était à la veille de succomber. Le général Moreau contribua aussi à l'affermir dans cette résolution, en lui proposant de rester, pour l'aider jusqu'après la bataille qui de-
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vait se livrer , et d'en concerter avec lui les disposition s
L'armée se mit en marche , le 1 4 août , et elle BauiUe de n< fut occuper Novi et les hauteurs en arrière. Souwarow ne fît aucun mouvement. Cette assurance fit penser, et on en eut bientôt la confîrmation, qu'il avait été rejoint par le corps du général Kray, revenu du siège de Mantoue. Dès lors, la partie était par trop inégale; mais le général Joubert n'était pas homme à reculer, quoiqu'il connût le danger de sa position. Le maréchal Souwarow, de son côté, n'hésita pas, et, le lendemain matin, la bataille s'engagea avec fureur. Joubert , conduisant sa principale colonne , se met à la tête d'une charge d'infanterie; il crie à ses soldats : En avant! en avant ! Mais une balle Taiteint au cœur , et il n'a que la force de s'écrier encore : Marchez toujours! marchez toujours!,.. Ainsi mourut un héros qui aurait été accompli, s'il avait pu modérer son courage. Des cris de désespoir annoncèrent à l'armée la perte qu'elle venait de faire. Moreau était près de là ; pour la seconde fois la voix unanime de l'armée lui déféra le commandement ; il était dans le secret des dispositions qu'il avait lui-même concertées avec Joubert; mais ce n'était plus la même impulsion.
Pendant toute la journée , et surtout du côté de Novi, l'acharnement tint de la fureur. Deux
fois , le gênerai Kray présenta ses colonnes pour enfoncer notre centre, et fui rudement repoussé. Trois fois, le maréchal Souwarow ramena au combat les divisions russes, sans pouvoir vaincre une résistance des plus opiniâtres ; mais supérieur en nombre , et non moins obstiné , il remplaça ses premières divisions qui étaient presque détruite^, et revint à la charge. Les Français n'avaient pas ce moyen , ils s'épuisaient par leurs pertes , tout était engagé ; enfin leur ligne (ut rompue , et le général Mêlas déborda leur aile droite. Moreau démonté , ses habits percés de balles , ne pouvait plus défendre Novi ; il ordonna la retraite , mais il y avait presque autant de danger à s'éloigner qu'à rester. L*arrière-garde se trouva arrêtée, près de Pasturana , par Tartillerie qui était encombrée dans le défilé, et par l'innombrable colonne de blessés qui n'avait pu s'écouler. Tout fut enve«loppé. Les généraux Pérignon, Grouchy, Colli, Partouneaux, firent d'inutiles efTorts pour rétablir l'ordre; ils tombèrent eux-mêmes, criblés de blessures, au pouvoir des ennemis, sans avoir pu se faire jour. Grouchy avait livré deux charges; dans la première , un étendard qu'il tenait à la main lui fut arraché ; dans la seconde, ayant mis son chapeau au bout de son sabre, en signe de ralliement, il fut, au milieu de la mêlée, renversé de cheval. La nuit fit cesser cette terrible affaire.
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et donna au général Moreau la possibilité de rallier son armée dans les montagnes qui couvrent Gènes, où il la disposa pour en défendre les passages.
Dans cette bataille, considérée comme une des plus sanglantes qu'on eût encore livrées, les ennemis avouèrent qu'ils avaient eu quinze mille hommes hors de combat. I^ perte des Français s'éleva aussi haut; mais, en raison de leur petit nombre et par les généraux qu'ils perdirent ^ elle leur fut infiniment plus sensible; ils y laissèrent aussi la plus grande partie de leur artillerie. Il est vraisemblable que si le maréchal Souwarow avait cherché à profiter de la victoire , il aurait mis le général Moreau dans la nécessité d'aller, de nouveau, prendre l'appui du col de Tende, et se couvrir de la forteresse de Coni, la seule place qui ne fût point encore au pouvoir de l'ennemi ; car il n'y aurait pas eu moyen de conserver Gènes, dans l'état où cette ville se trouvait alors. Encombrée de bouches inutiles , manquant d^ approvisionnement, mal armée, n'ayant que des débris de corps pour défenseurs, une escadre anglaise devant 9on port, et, en perspective, l'incurie du gouvernement ou son impuissance pour envoyer des secours, telle était Gènes. Réduite à cette extrémité, avant d'être attaquée, li semble qu'il ne fallait plus qu'iui faible effort, de la part des alliés, pour que
Tarmée française fût chassée deGénes, et pour que sa destruction fut complète.
Mais déjà le maréchal Souwarow pensait à s'éloigner de ce théâtre de ses victoires. Peu api*ès la bataille de Novi, il fit partir l'armée russe, pour renvoyer en Suisse , par Bell inzona et le Saint- Gothard , et il ne différa lui-même de s'y rendre, que jusqu'à la reddition de la citadelle de Tor* tone. En efiet , quand il eut recueilli ce dernier laurier, il alla rejoindre ses troupes, laissant au général Mêlas le commandement de celles qui restaient en Italie, avec la recommandation de contenir les Français, du côté des Alpes maritimes, pour préparer le siège de Coni , et pour décider l'évacuation par nos troupes du pays de Gènes.
Nous retrouverons bientôt, sur un autre théâtre, le maréchal Sou^^arow. En attendant, il m'a paru nécessaire d'entrer dans ces détails sur ses opérations et ses succès en Italie, pour faire ressortir les opérations du maréchal Masséna en Suisse, et donner les motifs de ses mouvements. Ainsi, en rapprochant les événements, on comprend les rapports qui les lient, l'esprit juge de leurs effets et de leur influence réciproque, et l'on obtient un ensemble propre à nous donner d'utiles leçons. Je n'ai pas cru, non plus, pouvoir me dispenser de signaler les causes des revers que nos armées éprouvèrent dans cette campagne , car il y a de
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grands enseignements à en retirer, et notre instruction doit en profiter. Ces diverses considérations m'ont entraîné à m'étendre, peut être un peu plus que je n'aurais du le faire, sur les événements qui se passèrent en Italie ; je reprendrai ce qui m*est personnel , par le récit des opérations militaires en Suisse. Mais, auparavant, il me reste encore à terminer le tableau de la situation générale, à cette épo(|ue si critique.
Depuis le commencement de la Révolution, la Le maréchal
^ , . / / 1 1 11 Sauwarow quitte
France n avait pas ete dans un plus grand danger. nt«iie. L'Italie était perdue ; Tarniée , qui devait défendre cette importante conquête, était presque anéantie ; les ennemis étaient victorieux , sur la partie de nos frontières la moins en état de leur résister. Menacée, au nord, par un puissant armement de l'Angleterre, inférieure en forces, sur tous les points, épuisée de moyens, manquant d'argent, la France, à l'intérieur, gémissait sous le poids des charges et les excès de l'anarchie. Le zèle patriotique était refroidi par tant de maux , par les désastres qui s'étaient si rapidement succédé , et par le honteux exemple que donnait le gouvernement. Le Directoire, divisé de vues ou d'intérêts, laissait flotter entre ses mains les rênes de l'administration , et l'on voyait les chefs de l'État plus occupés de se ravir, tour à tour, un faible reste d'autorité, que de remédier aux maux
dont leur impéritie était la seule cause. Cependant , effrayé des revers qu il n'avait pas su prévoir, et près de tomber dans rabtme, te gouvernement fit un appel à Thonueur national ^ en ordonnant la levée d'une conscription extraordinaire^ destinée à remplacer les pertes des condtrâits el à former de nouvelles armées. Dans la ciroonstance où Ton se trouvait, on ne pouvait faire plus ; la valeur des troupes et les talenta des généraux devaient faire le reste.
i>iittgm Quand, accablée de revers, l'armée d'Italie ceiï-
de la France.
tralisa ses forces sur le territoire de Gènes , soixante lieUes de frontières, qu'elle laissa à dé^ couvert , offrirent aux ennemis des passages mul* tipliés, par où ils pouvaient pénétrer dans l'intérieur de la France, sans trouver d'obstacles capables de les arrêter. Le premier plan des alliés était , en effet , de donner à la guerre cette direction ; après avoir séparé entièrement lès armées françaises de Suisse et d'Italie , et assuré la conquête du Milanais et du Piémont, les deux grandes armées impériales devaient lier leurs opérations par les Alpes, pour se porter simultanément aux débouchés du Jura ^ où leiur réunion se serait opérée. Nous avons vu le prince Charles suivre ce plan, en cherchant avec persévérance a déborder la gauche du général Masséna, jusqu'au moment où les ordres réitérés du cabiuet autrichien l'obli-
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gèrent à détacher une partie de son aile gauche pour aller renforcer , en Italie , le maréchal Souwarow. 11 n en fut heureusement pas de même de ce dernier. 11 était habitué à tout rapporter à lui, et à n'avoir en vue que ses propres triomphes ; voulant tout embrasser, il oublia facilement le plan convenu; il tint à ce qu'il ne restât plus rien à faire en Italie, quand il Taurait quittée , et aussi à terminer tout, par lui-même, en Suisse* Toutefois, et malgré le temps qu'il faisait ainsi perdre aux alliés, la France n'en restait pas moins exposée à un danger imminent. Le Directoire ordonna la formation d'une nouvelle armée des Alpes, qu'il chargea de défendre la Savoie et le Dauphiné. Cette armée devait, en même temps, et suivant les circonstances, seconder le général Masséna, du côté de la Suisse, ou se porter au secours de l'armée d'Italie.
Le commandement de cette nouvelle armée fut Amiée de» Aip«. confié au général Championnet, qui venait de venger, devant un conseil de guerre, son honneur indignement attaqué par les misérables, dont il avait courageusement réprimé les excès et les abus de pouvoir, à Naples. Ce procès, scandaleux pour l'autorité, dont les agents y jouaient un rôle honteux, venait de se juger à Grenoble, oii le général Cliampionnet se trouvait encore , quand il reçut les ordres du Directoire , qui le faisaient passer,
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du banc des accusés^ à la tête des troupes. Son premier soin fut d'assurer la défense des places , des retranchements et des passages, qui sont à l'entrée de la Savoie et du Daupbiné. H chercha ensuite, par des diversions utiles, à favoriser les mouvements de Tarmée d'Italie , dans le temps où Joubert allait livrer la funeste bataille de Novi.
Le général Championnet devait avoir cinquante mille hommes. Dès qu'il en eut vingt-cinq mille, il descendit dans les vallées du Piémont, depuis la Novalèse, au débouche du Mont-Cénis, jusc{u'au col de Tende , et il fit enlever à la baïonnette les postes importants de la Tuile, sur le Saint-Bernard, de la Perrière, d*Oulx, d'Exilles, du Mont- Genèvre, et plusieurs autres, jusqu'aux Barricades. Après la mort de Joubert, le Directoire nomma le général (Hiampionnet pour le remplacer, et il lui laissa les troupes de Tarniée des Alpes, pour les joindre à celles de l'armée d'Italie, qui, seule, conserva sa dénomination. Moreau lui remit, à Gènes , le commandement. Pouvant alors disposer de plus de cinquante mille hommes, Championnet crut pouvoir, après le départ des Russes, reprendre roffensive sur les Autrichiens Je reviendrai plus loin sur l'opération qu'il essaya alors.
Oi>rrutioos J'ai à dire quelques mots des opérations sur le
Rhin, quoiqu'elles aient été bien insignifiantes
tnr le Rhin.
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pendant cette campagne , et sans influence sur le sort de la guerre. Les moyens étaient faibles de part et d'autre, les entreprises sans importance, et Farmëe que nous avions de ce côté ne sortait pas du rôle secondaire qui lui était dévolu. Elle n'en joua un que pour servir de prétexte au mouvement prématuré que fit Tarmée de Tarchiduc Charles, lorsqu'elle quitta la Suisse, un peu avant l'arrivée du maréchal Souwarow, mouvement qui portait l'armée autrichienne sur le bas Rbin , où nous n'avions cependant, de notre côté, rien qui put lui inspirer quelque inquiétude.
Pendant la courte expédition du général Jourdan sur le haut Danube, l'armée d'observation, sous les ordres du général Bernadotte, n'avait rien fait, car on ne peut attacher aucune importance à quelques combats partiels du côté d'Ofiembourg, vers Phiiisbourg, et sur le Necker. Le général Bernadotte, ayant été appelé au ministère, fut remplacé provisoirement, dans le courant de juillet, par le général Muller, en attendant l'arrivée du général Moreau, qui était nommé au commandement de cette armée. Elle devait être de soixante mille hommes, mais en y comprenant les garnisons des places, depuis Strasbourg jusqu'à Dusseldorff, de sorte qu'il ne restait qu'environ trente mille hommes pour l'armée active. On en avait formé trois divisions, qui étaient en avant n. a
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de sa situation, il partit de Donau-Eschingen et marcha h son secours. Le 13, le siège fut levé, et le général Muller fit sa retraite sur Mannheiin, où il s'arrêta , pour faire repasser le Rhin à son armée. Malheureusement, il y laissa une arrièregarde de cinq mille hommes, sous les ordres du général I^roche , dans l'espoir qu'elle pourrait défendre les retranchements imparfaits, élevés en L*«rchidnc avaut de la ville. L'archiduc avait quitté la Suisse,
Charles arrive sur j • i j • •! /*» r j
le Rhin. dcpuis plus de quiuzc jours ; il ht lorcer de marche à ses divisions, et le 17 septembre, il attaqua Mamiheim avec vingt-cinq mille hommes. Le général Laroche leur opposa une vive résistance jusqu'au moment où les portes furent enfoncées à coups de canon. 11 avait trop tardé à se retirer; il ne put éviter le désordre, et il ne sauva que des débris de son corps : la plus grande partie tomba au pouvoir de l'ennemi.
Ce fut le seul trophée que l'archiduc retira de son mouvement , puisque Philisbourg était déjà débloqué. Il pouvait se dispenser de marcher luimême pour obtenir un si minime résultat, et il ne manquait pas de lieutenants c|u'il pût en charger. Nous verrons bientôt , en reprenant le récit de la campagne de Suisse, les conséquences qu'a eues ce faux mouvement de l'archiduc. Il a été le fait capital de la campagne et la principale cause des succès (|ue nous avons eu le bonheur de remporter.
On craignit que rarcliiduc , après s'être rendu maître de Mannlieim , ne fit passer le Rhin à son armée. Déjà, par ses ordres, la landsturm du baron d'Albini s était approchée de Mayence; on rassemblait des bateaux pour jeter des ponts ; les troupes autrichiennes, réunies au bord du fleuve, semblaient, par leurs démonstrations, être prêtes à le franchir ; et, de leur côté, les Français n'étaient pas en état de les en empêcher. Le général Muller, afiaibU par la perte d'une partie de la division Laroche, et obligé, pour la sûreté des places, d'y renvoyer les détachements qu'il en avait tirés pour faire son expédition, ne conservait près de lui, à Urckheim, qu'un faible corps d'observation. Mais tout se passa beaucoup mieux qu'on ne l'avait cru. Le prince renonça de lui-même à ses projets, lorsque les événements qui survinrent en Suisse l'obligèrent à se porter de nouveau de ce côlé, et il ne fut plus question du passage du Rhin , dont le cabinet de Vienne avait conçu le projet. L'armée autrichienne revint sur ses pas , et elle laissa au général Muller la liberté de recommencer ses promenades sur la rive droite du Rhin.
Je terminerai ce chapitre par le récit succinct de ce qui se passa, à la même époque , en Hollande , où une expédition formidable, combinée enlre l'Angleterre et la Russie, et qui nous avait inspiré de vives inquiétudes, échoua cependant par les
Expédition «ngio -russe
contre la Hollande.
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excellentes dispositions du général qui y commandait. Nous V étions faibles, comme sur tous les autres points. D'après les traités avec la république batave, nous devions y tenir une armée de vingtquatre mille hommes de troupes françaises , mais soldées et entretenues par ce gouverncmeiit. Cepètldânt , on en avait retiré la plus grande partie, pour envoyer des renforts aux aulres années, tout èti continuant h exiger leur solde , et on n'avait laissé qu'environ dix mille hoiiimes en Hollande. Après s'être plaint inutilement, le gouvernement batave vit qu'il devait preiidre lui-même les mesures tiécessaires pour se garantir de l'invasion , dont les préparatifs se faisaient avec grande ostentation dans les ports d'Angleterre. H compléta son armée, qui fut mise sous les ordres du général BruilCj commandant en chef des troupes françaises, et il fit, sur terre et sur mer, tout ce qu'il fallait pour la défense.
Cependant les alliés disposaient de tant de forces, qui devaient être, aidées par la défection déjà préparée de la flotte hollandaise, (ju'ils ne doutaieiit pas du succès. Vingt-sept mille Anglais, commandés par le général Abercrombie j officier de mérite, se tenaient prêls à être embarqués, et il^ devaient être rejoints par vingt mille Russes, aux ordres des généraux Hermann et Essen, que des bàtiment<i anglais allaient chercher dans la
Baltique. Le duc d'York eut, comme généralissime , le commandement de toutes ces troupes.
Il est probable qu'une pareille armée, composée de corps choisis , et pourvue avec profusion de tout ce dont elle pouvait avoir besoin , aurait fait la conquête de la Hollande ^ si les divers corps de Texpédition avaient été plus prompts à se réunir, et surtout si Ton s'était gardé d'indiquer le point menacé, jusqu'au moitient où toutes les troupes , rendues à la fois au lieu de débarquement, auraient pu commencer ensemble les opérations. Le général Brune, incertain sur le point d'attaqué , eût tenu ses troupes dispersées, et n^eût pas pu les réunir à temps, pour s'opposer aux premiers progrès des ennemis. Mais on doutait à Londres si peu du succès, qu'on ne prit pas les plus simples précautions.
Les troupes anglaises furent envoyées lés premières, et en deux convois. Le preftiier, composé de treize h quatorze mille hommes, débarqua au Helder, le 27 août ; le général Abercrombie marcha aussitôt sur les Dunes, où il rencontra la division hollandaise du général Dâendels. Après une affaire très-vive , et une belle résistance , celle-ci , obligée de céder à la supériorité du nombre, dut évacuer la presqu'île du Helder, pour prendre une position plus resserrée. La passe du Texel se
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trou\a ouverte, et Tescadre de Faillirai Duncan y pénétra.
L'escadre des Hollandais, consistant en neuf vaisseaux de ligne et [)lusieurs frégates , était mouillée dans le chenal intérieur du Texel. L'amiral Story, qui la commandait, voulut la rapprocher de l'entrée du Nord, pour aller chasser les transports ennemis qui étaient à Tancre dans la rade; il avait déjà rejeté la sommation deTamiral Duncan, et, comptant sur la fidélité de ses équipages, il se préparait au combat. Mais au signal d'appareiller, la révolte éclata, les matelots menacèrent leurs officiers , jetèrent à la mer les munitions, et refusèrent d'obéir. Il ne restait à l'amiral Story qu'à se rendre prisonnier avec tous ses officiers; et les Anglais emmenèrent dans leurs ports les derniers restes de la marine hollandaise, sans donner même au stathouder, pour qui ils disaient avoir fait cet armement, la satisfaction de voir flotter ses couleurs.
Désormais fixé sur le point d'attaque, le général Brune y dirigea, de tous côtés, les troupes qui étaient à sa disposition ; en même temps il pourvut à la défense d'Amsterdam, fit prendre les armes dans toutes les villes aux compagnies bourgeoises, et rassemi)ler des secours en Belgique. Le 3 septembre , il établit son quartier général à Alkmaer; il avait en ligne vingt-cinq mille
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hommes français ou hollandais ; sa gauche , placée en avant de Bergen, s'appuyait à la mer. Le général Abercrombie s'élait retranché dans un terrain entrecoupé, appelé le Zip, où il attendait le restant de Texpédilion ; cinq mille hommes de la seconde division anglaise venaient de le joindre, et ils élevaient ses forces à dix-sept mille hommes. Le général Brune jugea qu'il convenait de les attaquer, avant qu'ils se fussent plus solidement établis et qu'ils eussent reçu de nouveaux renforts. I^ 9, il les attaqua sur trois colonnes; mais il ne fut pas possible de les déloger des redoutes qu'ils avaient construites sur la digue du Zip, et où ils étaient protégés par le feu des frégates embossées près du rivage. La division hollandaise, celle qui venait de se distinguer à la défense du Helder, se mit même dans une déroute complète, et se sauva* Le général Brune dut faire des exemples, qui produisirent un excellent effet; la discipHne fut raffermie, et pendant le reste de la canfipagne, les troupes hollandaises se conduisirent parfaitement; la défection des marins hollandais ne trouva point d'imitateurs dans l'armée de terre.
Les Anglais ne profitèrent pourtant point de l'avantage qu'ils avaient remporté le 9. Seulement une de leurs flottilles entra dans le Zuyderzée, s'empara de Medenblick et menaça Amsterdam , où, nuit et jour, on augmentait les moyens de dé-
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fense. Le général Abeîtîroinbie , fehfeniié dans ses lignes du Zip, n'était pas eh état de se livrer à d'autres entreprises, avatitque le duc d'York Teûl rejoint avec le restant des Anglais et avec les Russes. l]s arrivèrent successivement, dans le courant de septembre; alors les alliés se trouvèfetit avoir trente-cinq mille hommes réunis. Mais, pendant ce temps, le général BruUe s'était ftflbrmi dans sa position par de bons retràncbéilfients ; il avait aussi reçu des renforts, et il en attendait encore d'autres de la Belgique. Le duc d'York^ voulant prévenir leur arrivée , se décida à une attaque générale, pour le 1 9. 11 disposa son armée sur trois colonnes : celle de droite était destinée à enlever les positions des Français, en avant de Bergen, et à couper enîjuitè letir retraite, par la roiUe qui longe les bords de la mer.
Bnuiiie La gauche des Français fut, en effet, forcée dans
'^**°' le village de Bergen, et elle dut se concentrer dans un bois en arrière , pour y attendre des secoui's; mais elle découvrait la gauche du centre, qui était déjà présidé par le duc d'York. Cependant le général Brune fit soutenir le général Vandamme par ses réserves , et rappela , en même temps de sa droite le générai Daendels, pour Soutenir le centre. Cette belle manœuvre, faite au milieu du combat au moment oii les ennemis [>araissaient assurés de la victoire, eut un succès
complet. Le gén;Tal Vandamme, ayant reçu des renforts , reprit vivement Toffcnsive ; il passa au travers de la colonne du général Hermann, la sépara des Anglais et l'en ferma dans Bergen. Les Russes se défendirent dans les maisons et dans l'église, en désespérés; mais tout fut emporté à la baïonnette , tué ou pris ; de neuf mille hommes et d'une artillerie considérable, il n'échappa presque rien. Le général Hermann se trouva partni les prisonniers , et le général Essen , qui comniandait sous lui, fut grièvement blessé. Cette action vigoureuse fit un grand honneur aux généraux Vandamme et Gouvion.
Le centre, composé dés troupe» hollandaises, se maintint biçn , malgré de vives attaques dirigées par le duc d'York. La droite perdit un peu de terrain ; mais le général Abercrombie, qui espérait pouvoir s'avancer dans la direction d'Amsterdam , fut arrêté par l'échec que la droite des alliés avait éprouvé. Pendant la nuit, l'armée alliée rentra dans ses lignes du Zip , et le général Brune reprit aussi ses positions.
Douze jours s'écoulèrent sans aucune opération de part ni d'autre, chaque ôrmée s'occupant à s'affermir dans ses positions. Les alliés reçurent la division russe qui était restée en arrière. Le général Brune reçut aussi quelques renforts , qui cependant le laissaient toujours fort inférieur en
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force aux ennemis ; il y suppléa par des ouvrages de toute nature et des inondations. Mais le duc d'York ne pouvait plus didérer de prendre un parti; il n'avait fait encore aucun progrès, ses troupes commençaient à souffrir , le temps allait devenir mauvais, et les communications étaient déjà fort difficiles. U avait aussi ù coeur de venger l'affront reçu à Bergen y affront qui avait à la fois renversé les espérances du stathouder, et augmenté l'énergie de la résistance que les Hollandais opposaient. 11 voulait enfin prévenir l'arrivée d'une nouvelle division française, que le général Kellermann amenait de la Belgique.
Il se décida ainsi à une seconde attaque générale, pour le 2 octobre, en portant, celte fois, son principal effort sur la gauche des Français , et en inquiétant seulement leur droite et leur centre. Cette disposition était bien entendue; aussi le général Vandamme , accablé par le nombre et pris en flanc par le feu de chaloupes canonnières qui longeaient la côte, fut-il, après une résistance héroïque qu'il prolongea toute la journée , contraint à se retirer, et le restant de l'armée dut suivre ce mouvement. La retraite se fit dans le meilleur ordre, sans que l'ennemi put parvenir à l'entamer, et Tarmée put prendre , en arrière, au Beverwick , une position plus forte et plus concentrée que la première. Les ennemis ne retirèrent
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d'autre avantage de cette affaire sanglante , que d'occuper quelques lieues de pays inondé.
C'était pourtant un succès, qui relevait les espé- Baiaiiie rances des alliés. Le duc d'York voulut le poursuivre, et le 6 au matin, il fit attaquer la position de Beverwick ; au début de l'affaire, il eut un léger avantage. Mais le général Brune, qui avait reçu , la veille , un renfort de troupes françaises , prit à son tour l'offensive ; puis, saisissant avec habileté un moment d'hésitation qu'il remarqua dans les colonnes ennemies, il se mit à la tête d'une charge générale qui rompit la ligne des alliés, et il les repoussa jusque près d'Alkmaer, en leur faisant éprouver des pertes très-considérables. Assuré de la victoire , à la nuit , il fit rentrer l'armée dans la position de Beverwick.
Dans l'état où se trouvaient les ennemis, cette défaite devenait décisive ; vaincus h Beverwick , comme ils l'avaient été à Bergen, ils étaient déçus de l'espoir d'être plus heureux dans de nouvelles attaques. Ils étaient enfermés dans un pays presque couvert d'eau , où ils ne trouvaient aucune ressource , et où ils ne pouvaient même pas s'étendre ; les chemins étaient devenus impraticables par les pluies et les inondations ; l'arrivage des subsistances était soumis aux contrariétés de la mer ; il n'y avait aucun établissement |)Our les blessés et les malades « dont l'armée était encom-
letraite lue dTork.
nventinn ilkroatT.
brée ; le plan d'opération ne pouvait plus être changé , dans cette saison déjà trop avancée ; la navigation allait aussi devenir de plus en plus difficile; il s'agissait enfin, non pas seulement de Renoncer à une entreprise dont l'impossibilité était désormais démontrée, mais de ssiuver les restes d'une armée naguère si florissante. Sous l'empire de ces réflexions , un conseil de guerre , convoqué par le duc d'York, décida à l'unanimité qu'on devait se retirer, et reprendre les lignes du Zip , pour se rapprocher des vaisseaux et y attendre de nouveaux ordres du gouvernement.
Autorisé par cette décision , le duc d'York mit son armée en mouvement, et la fit rentrer dans le Zip. Ses troupes marchèrent en bon ordre, malgré les difficultés qu'elles rencontraient à tout instant; mais ce ne fut pas sans laisser d'horribles traces de leur passage. Les chantiers, les établissements de marine, les propriétés publiques, les digues, les écluses, les vaisseaux et les bâtiments qu'on ne pouvait emmener , tout fut détruit et dévasté par les Anglais ; et cependant ils abandonnaient , sur les routes , leurs blessés , en les confiant à la générosité française I
Ce mouvement de retraite fut suivi par l'armée française, et, bientôt après, le général Brune reçut un parlementaire ifui apportait , au nom du duc d'York , la propi^vsitiou d'un armistice , suivi de
rentière retraite et du rembarquement de l'armée anglo-russe. Ces bases furent acceptées^ et le 1 8 octobre , une convention , signée à Âlkmaer , stipula que les hostilités seraient suspendues, et que, de part et d'autre, tous les travaux d'attaque ou de défense cesseraient; que le rembarque* ment successif des Russes et des Anglais serait ter» miné le l''^ décembre; qu'ils laisseraient en bon état les ouvrages de fortification, ainsi que les batteries de côte ; que huit mille Français et Hollandais , faits prisonniers de guerre dans la campapagne y ainsi que l'amiral Dewinter , seraient immédiatement rendus; que l'escadre anglaise évacuerait, en même temps, leZuyderzée, leTexel, les îles , ports et havres qui en dépendent, etc.... On parla de la flotte hollandaise, dont les Anglais s'étaient emparés par trahison ; mais la convention ne contint rien à ce sujet. Peut-être si le général Brune avait insisté sur ce point, aurait-il obtenu la restitution de cette flotte, car les ennemis étaient dans une position si fâcheuse , que , pour sauver leur armée , ils ne pouvaient éviter de se soumettre à cette condition de justice rigoureuse. Cependant, l'état de l'armée française , qui avait aussi beaucoup souffert, et la difficulté de lui faire tenir la campagne plus longtemps, peuvent n'avoir pas permis au général Brune de se montrer aussi exigeant. Il était encore possible que les ennemis
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nistère anglais fit le cx)Dtraire. Il aonouça haulement le but de ses préparatifs; il se persuadait que leur immensité inspirerait la confiance aux uns et la terreur aux autres, et reudrait Topéralion plus facile. 11 fut égaré par sa présomption.
Cette faute est tout entière à reprocher au gouvernement. Quant au génét*alissime, il eut tort sans doute de s*y prêter; et, tout en obéissant , il devait au moins, par sa prudence et ses bonnes dispositions, corriger ce qu'il y avait de vicieux dans le plan. Cependant il commit, de son côté, les mêmes fautes. A l'afTaire de Bergen, il commença par mal engager les troupes russes, en les mettant en ligne , dès le lendemain de leur débarquement, sans leur liouner le temps d'étudier le terrain entrecoupé où elles allaient combattre, circonstance qui contribua à les désunir. En même temps , il se priva du corps commandé par le général Abercrombie, en le détachant à une trop grande disîance, sur sa gauche, pour aller recueillir les fruits d'une victoire qu'il n'était pas encoi'e assuré de remporter.
Tout dépendait du succès de cette première bataille ; le duc d'York ne devait donc rien né* gliger pour la rendre décisive, en y faisant partîci|)er tout ce (|u'il avait de moyens, et en se ménageant des réserves. S'il l'avait gagnée , il aurait pu alors envoyer au loin des détachements, et
faire des progrès d'autant plus rapides ^ que les Hollandais consternés eussent été portés à se soumettre, pour éviter de plus grands malheurs. 11 la perdit, et tout fut perdu sans espoir de retour, car il fut ensuite obligé de rester douze jours dans une inaction complète, et occupé à réparer le désastre de la journée du 1 9 septembre. L'effort, que le duc d'York fit le 2 octobre, lui fut commandé par la nécessité de faire sortir, au plus tôt, son armée de la fâcheuse position où elle se trouvait, et le léger succès qu'il y remporta ne lui |>rocura aucun avantage, puisqu'il se trouva aussitôt arrêté devant une nouvelle position , où , quatre jours après, l'événement le plus ordinaire, une charge, le mit , avec toutes ses troupes, à la merci des vainqueurs. C'était la conséquence de l'épuisement de ses moyens, puisque une si faible cause le fit succomber avec la même facilité qu'un grain , jeté dans le bassin d'une balance, en rompt ré(|uilibre.
Je ne pousserai pas plus loin cette analyse de la campagne de 1799, en Italie, sur le Rhin et en Hollande. Elle suffit pour nous retracer l'ensemble de la situation à cette époque , et la liaison des événements qui, pour la plupart, exercèrent une influence directe sur la situation particulière de l'année du Danube, celle qui m'intéresse spécialement. Ainsi je ne dirai rien de l'expédition
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d'Egypte , qui est tout à fait en dehors de mon cadre. Cette analyse me parait également sufTire pour signaler les principales causes des revers que nous éprouvâmes alors , ainsi que les fautes les plus saillantes qui furent commises de part et d^autre; il était nécessaire de les rappeler pour l'intelligence de l'histoire. Ce motif seul a pu surmonter ma répugnance à dire mon opinion , quand elle était sévère , sur le compte de certains hommes, et k censurer quelques-uns de leiu*s actes. Je n'avais pas à faire d'apologies, comme ont pu en faire des écrivains qui avaient des ménagements à garder; mais mon respect pour les réputations bien acquises , et la crainte d'être injuste, m'ont longtemps fait hésiter. J'ai cependant réfléchi que je pouvais encore , sans offenser personne ni nuire à aucune renommée, dire avec liberté mon sentiment. Quel qu'il soit, il pourra toujours servir à provoquer des rapprochements avec d'autres opinions accréditées, et à éclairer des études, comme celles que j'ai faites moi-même, pour en tirer des leçons.
NOTES ET PIECES
DO CHAPITllE XIII
NOTE
L'organisation que reçut à cette époque la levée en niasse des habi ants de la rive droite du Rhin , était parfaitement entendue. Le peuple , soulevé par des proclamations qui lui représentaient les Français comme se livrant à tous les excès, enlevant les ressources du pays et exig(*ant des contributions , courut aux armes avec enthousiasme. Le nombre fut si grand , que le baron d'Albiiii dut en renvoyer une partie, mais il garda vingt mille hommes des plus dispos, auxquels il donna une formation régulière, et il choisit parmi eux des corps d'élite, grenadiers, chasseurs, hussards, même des artilleurs. Tous ces corps reçurent des anciens officiers et des soldats qui avaient servi dans la ligne, à raison d'un homme sur dix, pour les instruire et pour former leurs cadres.
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Les paysans renvoyés furent divisés en deux classes; tous les huit jours ils devaient se rassembler dans leurs communes, et se tenir prêts à partir, soit pour aller tour à tour remplacer la première classe , soit pour marcher à son secours s'il le fallait ; en temps ordinaire, ils veillaient à la sûreté de la commune. Rien de plus simple que cette organisation , qui réunissait les avantages de la régularité , de la promptitude et de l'économie^ qui entretenait la sécurité et utilisait Tardeur belliqueuse d*une nombreuse population, sans avoir aucun des inconvénients qu'on rencontre dans Temploi des masses irrégulières et levées à la hâte. Les vingt mille hommes de la première classe, qui étaient en ligne, étaient seuls payés ; les deux autres classes , ou bans de réserve, ne recevaient pas de solde, tant qu'elles n'étaient pas appelées à l'activité.
Cet exemple, dont l'application pourrait convenir à tous les pays populeux qui ont à craindre une invasion ennemie, surtout s'il existait dans ce pays des éléments de formation de garde nationale et d*anciens militaires retirés du service, m'a paru assez remarquable pour être signalé. C'est une même landsturm , ou levée en masse , qui fut si incommode à l'armée du général Jourdan, lorsque, en 1796, elle se retira sur le Rhin , après la perte de la bataille de Wurtzbourg.