‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 39 sur 55 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Le plan général de la guerre qui se poursuivait situadou avec un égal acharnement, depuis Naples jusquau SuiMe.. Texel, avait Tait de la Suisse le pivot des grandes opérations d'atta(|ue et de défense générales, que les parties belligérantes suivaient depuis Touverture de la campagne. Les armées en Suisse éprouvaient l'influence immédiate des succès ou des revers des autres armées, et elles élaient souvent obligées de changer leurs dispositions, pour suivre l'impulsion des armées voisines. C'est ainsi que le général iMasséna fut obligé d'abandonner les avantages qu'il avait obtenus dans les Grisons et dans TEngadin, lorsque sa gauche fut découverte par les défaites du général Jourdan à Ostrach et à Liebtingen , et sa droite, par celles du général Schércr, qu'il fut même forcé de secourir, en lui envoyant une de ses divisions. C'est encore ainsi, qu'après les batailles qui se

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livrèrent en avant de Zurich , rarchiduc Charles dut suspendre sa marche pour renforcer, de toute son aile gauche, le maréchal Souwarow, et que, près de remporter le prix de ses combinaisons, il vit son armée tout à coup privée de sa supériorité, et mise en équilibre avec celle du général Masséna. 11 devait en résulter^ sinon l'interruption des hostilités, du moins leur ralentissement, et une sorte de balancement qui en modérait l'activité. Les deux armées comptaient chacune environ soixante mille hommes , et elles s'occupaient , l'une et l'autre , à s'aiïermir dans les excellentes positions où elles s'étaient arrêtées après la bataille du Zurich-Berg. Aucune ne pouvait prendre une supériorité marquée sur l'armée opposée, ni se permettre de grands mouvements, sans se découvrir elle-même et s'exposer. Le danger, égal de part et d'autre, contribua assez longtemps à maintenir l'équilibre et à empêcher des entreprises d'un efîet décisif. 11 y eut bien, pendant cette période, de fréquents engagements, tantôt au centre, entre les avant-gardes, tantôt sur les ailes, pour se déborder réciproquement ou s'enlever des appuis; mais toutes ces affaires, de postes ou de divisions, étaient plutôt des essais, pour provoquer des fautes chez son adversaire et les mettre à profit, que le développement d'un plan général, pour changer de situation. On s'ol>-

serva des deux côtés en temporisant ; on éleva des retranchements, on reçut des renforts, et, en attendant que quelque occasion se présentât d'ébranler les masses, on fit des préparatifs.

Nous avons laissé, le 7 juin, Taile droite de Tarmée française , formée de deux divisions, aux ordres du général Lecourbe, et s'étendant, depuis le lac des Quatre-Cantons, en arrière de celui de Lauer et en avant de celui de Zug , jusqu'à la rive gauche de la Sihl, vers Menzigen. Elle avait, devant elle, le corps du général Hotze, commandé provisoirement par le général Jellachich. Le centre, composé de quatre divisions, dont celle que je commandais formait Tavantgarde , s'étendait depuis le pont de Sihlbruch , par la chaîne de TAlbis et Âlbis-Rieden , jusqu'à la Limmatby et suivait cette rivière jusqu'à l'Âar. En Êice étaient les principales forces de l'archiduc , avec une forte avant-garde en avant de Zurich , et occupant aussi Âlstetten. Des corps d'observation gardaient l'Âar et le Rhin , jusqu'à Rheinfelden , et se liaient à l'aile gauche qui occupait le camp retranché du petit Basle, et en avant, la position de Larrach. Enfin , un corps détaché, sous les ordres du général Turreau, gardait le Valais.

Aussi resserrée que les localités pouvaient le permettre, la position de l'armée française réunissait les avantages de traverser tous les versants ,

d*AUM« Riedcn.

depuis le Rhin jusqu'au Rhône, où Ton trouvait de bons appuis, et de couvrir les débouchés des vallées qui aboutissent à la plus faible partie de nos frontières; en même temps, elle offrait sur ses derrières de belles communications pour le transport des subsistances et des munitions, qu'on faisait en entier venir de France. Elle fut bientôt mise à Tépreuve.

coiniMt Le 8 juin, le lendemain de notre arrivée sur

TAlbis, nous élions occupés à nous fortifier, lorsqu'une forte colonne autrichienne engagea le combat contre ma division. J'éprouvai d'abord du désavantage; je fus repoussé d' Albis-Riedcn , du bois qui est en arrière et des abatis que nous y avions faits. Je n'avais , pour reprendre ma position, que huit cents conscrits, formant le 3" bataillon de la 106% arrivés de la veille; ils paraissaient au feu , pour la première fois. Je craignais de m'en servir, et je les avais tenus en réserve; mais ils montraient une grande ardeur, ils avaient de bons oUiciers, et j'espérai qu'ils suppléeraient par leur courage ù l'instruction qui leur manquait. Je leur ordonnai de chaîner à la baïonnette, sans tirer un coup de fusil. Us s'ébranlèrent en silence, marchèrent avec calme, se pressèrent entre eux , pour ne point se désunir, joignirent les ennemis et les enfoncèrent; tout plia devant eux, les canonniers furent enlevés sur

leurs pièces. Ce succès détermina un retour of- Fensif du restant de la division; à 10 heures du soir, on se battait encore, et tous nos postes étaient repris. Nous gagnâmes à cette action beaucoup de prisonniers et le temps de rendre^ désormais notre ligne inexpugnable.

Le général en chef fut pourtant d'avis que, pour mieux assurer ce dernier avantage, ainsi que pour cacher nos desseins ultérieurs, il était bon d'imposer respect aux ennemis en prenant sur eux TofTensive, et de les tenir en échec, par des attaques souvent répétées sur divers points de la ligne, qui leur fissent craindre de plus grandes entreprises. C'était, à la fois, le moyen d'aguerrir les jeunes soldats , d'augmenter la confiance de l'armée et de fatiguer les Autrichiens, en leur faisant partager leurs forces et leur attention entre toutes ces petites affaires. Un résultat plus utile encore était d'y habituer l'ennemi, de lui inspirer une fausse sécurité, et de le rendre négligent, pour le jour où nous voudrions faire de plus grands mouvements.

Suivant ce plan , j'eus à attaquer le corps autrichien campé en avant de Zurich , qui nous gênait. Le 15 juin, à 2 heures du matin, je le fis assaillir par quatre colonnes. Dans un instant, tout fut enlevé, avec les villages d'Alstetten et de Windikon , qui appuyaient la ligne ennemie , et

nous rejetâmes les Autrichiens dans Zurich. Mais il n'était pas en notre pouvoir de les y tenir enfermés; les renforts qu'ils reçurent, le canon de la place et le feu des batteries établies sur la me droite de la Limmath , les favorisèrent pour s*avanper de nouveau. L engagement était déjà pour nous sans utilité , et il avait produit tout ce que nous pouvions en attendre. A 9 heures, je fis cesser le combat et rentrer les troupes dans leurs positions ; les Autrichiens reprirent aussi leurs postes, excepté le village d'Alstetten, que nous gardâmes. Cette petite affaire occasionna aux ennemis une perle de huit à neuf cents hommes, dont trois cent cinquante prisonniers ; celle que j'éprouvai ne s'éleva pas au quart.

L'occupation d'Alstetten nous fut très-utile, surtout celle du plateau qui est en arrière, par la facilité que j'y trouvai, pour le fortifier et pour en faire le principal' appui de ma ligne. Le général en chef venait d'étendre cette ligne, en ajoutant au commandement de la 3* division, que j'avais déjà , celui de la 4* division établie à ma gauche. Cette disposition me mit à même de donner à la défensive plus de solidité et de prendre une attitude ofTensive, pour inspirer des craintes aux ennemis. Bientôt, à leurs précautions, nous jugeâmes qu'ils commençaient a en éprouver; leurs fréquents mouvements nous les confirmé-

rent , et les rapports que nous reçûmes d'un trèsgrand nombre de déserteurs, ne nous laissèrent plus de doute sur Teflet que nous avions produit. Il était de la plus grande importance pour nous, que le centre de Tarmée fût ainsi à Tabri des entreprises de l'ennemi, et que, sur ce point, on eût réduit ce dernier à la défensive. Le général Masséna y gagnait la liberté de faire agir sa droite, qu'il avait disposée pour se porter en avant, et le temps de mûrir ses projets, pour frapper des coups décisifs au moment favorable. Les quinze derniers jours du mois de juin furent cependant tranquilles. Les subsistances , dont l'armée supportait la cruelle privation , donnèrent seules des soucis. Le pays, généralement peu productif, était épuisé, les habitants étaient dans la misère , et les troupes, souvent sans pain , attendaient que des convois, venant irrégulièrement de France, apportassent des demi-distributions. Les guerres de la révolulion ont offert plusieurs exemples de cette pénurie de vivres, qui entraînait souvent des revers. A l'époque et dans le pays où nous étions, il était presque impossible d'éviter un semblable embarras, quelle que fût la sollicitude du général en chef et la prévoyance de l'administration militaire. La Suisse n'a de ressources qu'en bestiaux; la plus grande partie des grains qu'elle consomme lui vient de l'étranger. Nos réquisitions avaient

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vidé les magasins, nos mouvements Foulaient les récoltes. Les emprunts, les contributions que la nécessité faisait renouveler, cédaient aux cris de Fimpuissance et ajoul aient au mécontentement des habitants, sans diminuer notre détresse, que le Directoire français était lui-même hors d'état de faire cesser. Si néanmoins larmée resta impassible devant ces souffrances, si elle conserva son énergie, pour devenir, de jour en jour, plus redoutable aux ennemis, on doit admirer cette vertu du soldat français , qui lui faisait tout surmonter, poui* remplir ses devoirs.

Dans les premiers jours de juillet, le général Lecourbe attaqua les Autrichiens sur tout le front de leur aile gauche, entre la Sihl et le lac des Quatre-Cantons. 11 avait formé sur ce lac une flottille de plusieurs bateaux canonniers, dont on fit usage, pour la seconde fois*; et il l'employa à proléger le débarquement d'une colonne de grenadiers, dirigée sur le port de Brunnen. 11 s'agissait d'y enlever une batterie de six pièces de canon , qui interceptait les communications avec le lac. La batterie fut emportée; mais les ennemis revinrent bientôt en force supérieure, pour la reprendre, et ils obligèrent le général Lecourbe à rentrer

i. A Texpcdition contre les insurges des petits cantons, j'avais employé , pour la prenuère fois , des Imteaux canonniers , armés de deux pièces.

dans ses positions, il en fut de même au poste du Jort-Bergy situé au delà du lac d'Égeri, poste qu'on avait pris et qu'on ne put conserver.

Le général en chef fit Faire aussi des démonstrations à son aile gauche. Le 1 1 juillet, partant de l'Arrach , elle remonta la rive droite du Rhin jusqu'à la hauteur de Seckingen ; elle ne rencontra que de faibles détachements , et revint sans avoir eu occasion de s'engager.

Le général Hotze, blessé à la bataille de Zurich- Berg , venait de reprendre le commandement de la gauche de l'armée autrichienne. Il lui parut qu'on avait trop négligé notre droite, et laissé s'écouler trop de temps, pour éloigner de la rive gauche du lac des Quatre-Cantons , les postes du général Lecourbe . qui couvraient la vallée d'Issithal, située un peu au-dessous de l'embouchure de la Keuss. Le 29 juillet, il les fit attaquer et les poussa vivement jusqu'à Bauen , le long du lac ; mais là, une demi-brigade, la 109*, arriva à leur secours, et ramena les ennemis qui, pris en flanc, par le feu des bateaux canonniers , embossés près du rivage , se retirèrent en désordre , perdirent beaucoup de monde , et laissèrent au pouvoir des Français six cents prisonniers , avec le comte de Bey, leur général.

Cette entreprise du général Hotze était combinée avec l'attaque que le général Haddick dirigea dans

le Valais , contre la division du général Turreau ; mais cette opération eut pour les ennemis des résultats encore plus fâcheux que la prefnière. ikitius partout, quoique la plupart des habitants fussent armés et les secondassent, ils y perdirent leurs canons, dix-buit cents prisonniers, beaucoup de tués et de blessés, et leurs dernières positions daps la partie supérieure de la vallée. Le général Turreau rétablit ainsi ses communications, avec Taile droite de Tarmée , et favorisa le beau mouvement que le général Lecourbe exécutait en ce moment, opératîmit Ije général Masséua était instruit que le corps

dé Taile droite. / ...

russe du général Korsakow, fort de vingt-six mille hompie^ et (Jestipé pour la Suisses, devait passer à

Scha(Touse, vers le 18 ^oût- Il avait résisté jusqu'alors s^uxplu^ pressantes sollicitations, pour reprendra VpfT^i^siye, et il ayait ipen^e epcouru la disgrâce du Pirectoire , en différant de $e cpnfurm? r à ses ordves; il persistait à att^pdr^ qu upe occasion fayorâ^Ule se présentât. Ui^ns ce moment, une partie de V^ripé^ s^utriclpenne se {^réparait à recevoir les (fusses, et elle commençait à se déplacer; le gépéral Uassépa choisit ce même moment, popr faire pn grapd ipppvpniept, qui devait élever potra aile drpile, dépo^tt^r des petits cantons Vail^ g^tuche des ennemis, et prendre sur elle des )*evei'S, après avoir gagné 9 ^u S^ipt-Gothard^ la cime des Alpe^.

BtJ MARÉCHAL. GÉNÉRAL SOULT. iW

L'exécution en fut fixée au 14 août, peu de jours avant l'arrivée des Russes sur la ligne. L'aile gauche et le centre, d'où plusieurs corps avaient été retirés pour renforcer la droite, durent occuper l'ennemi par des mouvements et des attaques, afin de détourner son attention et de l'empécber de secourir son aile gauche, vers laquelle tous les efforts se dirigeaient. Je ne m'arrêterai pas au détail du combat de trois jours que je livrai avec ma division , au corps autrichien qui était en avant de Zurich. Comme ce long engagement n'avait pour but que de faire diversion , il suffit d'indiquer que l'objet futremph,et qu'à chaque reprise, nous forçâmes les ennemis à aller au-devant de leurs réserves, pour nous ramener dans nos positions. Nous retînmes ainsi, devant nous, les principales forces des Autrichiens , tandis que nous étendîmes notre ligne jusqu'au village de Kilchberg , situé entre la Sihl et le lac de Zurich, afin de priver les ennemis de toute communication par la rive gauche du lac. La division du général Ga^an, qui était à ma gauche , me seconda parfaitement dans cette opération.

Pendant que notre centre contenait ainsi les ennemis, que par ses mouvements en avant du camp retranché du petit Basle, l'aile gauche cherchait aussi à attirer leur attention , et qu'on faisait même , du c6té de fiaden , la démonstration de

Marche do géoénl I courbe sur Saint-Gotbai

forcer le passage de la Limmath, le général Lecourbe déterminait, par de savantes dispositions , le succès de Taile droite ; il se rendait maître des passages du Saint-Gothard, du Furca et du Grimsel j des vallées de la Reuss, d'Urseren et des passages qui mènent par Dissentis , dans celle du Rhin supérieur, ainsi que des principales communications sur ritalie. Cette manœuvre fut brillamment secondée parle général Turreau dans le haut Valais, et par la division du général Cliabran , qui était campée entre la Silil et le lac de Zug.

Celle-ci passa la Haute-Sihl , s'empara d*Einsiedlen,deSchindellegiet deRichtenschweil^sur le lac de Zurich, battit et dispersa le corps du général Jellachicli , qui était chargé de lier la communication du centre de Tannée autrichienne avec sou aile gauche. Après Tavoir rejeté sur la rive droite du lac , le général Chahran s'établit , avec sa division , en face de Pfeffîkon. Sous la protection de ce mouvement , une brigade, laissée par le général Lecourbe sur la rive droite du lac des Quatre Cantons, devait marcher sur Schwitz et le Muttenthal. Cette brigade attaqua, au mont Mutten et devant Schwitz, les Autrichiens, auxquels s'étaient réunis huit cents Suisses insurgés, elle les battit , leur fit perdre beaucoup de monde , et les força à se retirer par le Brackel , sur Claris.

Du surplus de ses troupes , déjà rendues à la

gauche du lac des Quatre-Cantons, le général Lecourbe forma cinq colonnes. « Celle de droite , aux ordres du général Gudin, fut chargée de remonter la vallée de TAar , de franchir les sommités du Grimsel et le mont Furca, et de redescendre dans la vallée d'Urseren , pour gagner les défilés du troud'Uri etdu pont du Diable^ et marcher ensuite, en descendant la vallée de la Reuss, à la rencontre des corps qui étaient destinés à la remonter.

« Une autre colonne , commandée par le général Loison , fut dirigée par le Godmenthal et le Meyenthal, de manière à déboucher dans la vallée de la Keuss, sur la rive gauche de cette rivière, à Wasen, au confluent du torrent de Meyen.

« Une troisième colonne , aux ordres du chef de brigade Daumas , était destinée à partir d'Engelberg, à franchir le mont Surenen , et à déboucher dans la vallée de la Reuss, sur Attinghausen. Par cette manœuvre, elle devait tourner Altorff et Seedorff, poursuivre ensuite l'ennemi dans le Schachenthal, et faire en même temps sa jonction avec la colonne du général Loison , venue par Wasen.

w Deux bataillons , ayant a leur tête Tadjudant général Porson , devaient se porter dans la vallée d' Altorff, par Bauen, Sissithal et Seedorff. Un détachement de ce corps avait ordre de chasser

les MÉMOIRKS

les poBtes autrichiens qui oecupftietit les tnon-^ tagnes de Rothstock ^ arant de redescebdre sur SeedorfT.

ce Le général Lecourbe , de sa personne^ s'était réservé Vattaque de front , qui devait s'efTectuer par le lac de Luceme ; et, à cet effet, il devait s'y embarquer avec les grenadiers composant sa resserve. Son projet était de s'emparer, en passant, de Brunnen et du débouché du Muttenthal , et de venir ensuite , sous la protection de ses chaloupes canonnières, débarquer son monde à retnbouchuré de la Reuss, et en remonter le coUrs, pour faire successivement sa jonction avec les différentes colonnes qu'il avait dirigées en avant de lui, et qui devaient arriver par les vallées transversales, aboutissant à la rive gauche de cette rivière. Un petit détachement partant de Gersau , par terre, devait longer le lac , pour venir seconder Tattaque de Brunnen et du pont de la Mutten, et pour couper la retraite de Tennemi dans le Muttenthal. »

Ces diverses colonnes se mirent en marche, le 1 4 août , et Tattaque fut simultanée sur tout le front de la ligne ennemie. Le général Lecourbe , embarqué lui-même avec la réserve de ses grenadiers sur sa flottille, se réunit, à Brunnen, à la brigade du général Boivin, qui avait emporté Schwitz et le pont de Mutten, après un vif enga-

gemènt. Les Autrichiens^ mis en déroute, abàndonnèi^ent^ avec leur artillerie, bon noixibrl? de prisonniers, et se retirèrent sur Glaris. Le général Lecourbe reprit ensuite sa navigation, pour se porter sur Fluelen, où, sous la protection de ses bateaux canonniers, il opéra le débarquement, et il marcha sur AitoriT. I^s colonnes de Tadjudant général Person et du chef de brigade Daiimas se présentèrent au même instant, la première à Seedorf, la seconde à Attinghausen , sur la Reuss. La division autrichienne du général Simbschèn, battue sur tous ces points, se retira en désordre, a{)rès avoir éprouvé de fortes pertes dans le Scliachenthal. Le général Lecourbe, ayant rallié ses trois colonnes , fit poursuivre l'ennemi , rétablir les ponts détruits sur la Reuss^ et il poussa, le soir même, jusqu'à Erstfeld.

Le général Loison avait suivi les âpres sentiers qui traversent les glaciers de la grande chaîne de l'Engelberg, pour gagner le Meyenthal. Le soir de la même journée, il arriva à l'entrée de la vallée^ devant le fort de Meyen, hexagone revêtu, qui s'appuyait d'un côté à des précipices , de l'autre à des rochers coupés à pic , et qui fermait entièrement le passage. Les troupes demandaient l'assaut; leurs fatigues et l'approche de la nuit le firent remettre au lendemain matin. Le fort fut emporté ; on y prit quatre cents hommes qui le

défendaient et deux pièces de canon ; ensuite le général Loison pénétra sans obstacle dans la vallée de la Reuss , sur Wasen , d'où il envoya un bataillon à la rencontre du général Lecourbe. Ce dernier, parti de grand matin d'Erstfeld, remontait, de son côté, la vallée; les Autrichiens qu'il trouva en position, au-dessus d'Àmsteig, furent attaqués et poursuivis dans le Maderanerthal. De là , continuant sa marche sur Wasen , il se réunit au général Loison.

Il ne restait à rallier que la colonne de droite, commandée par le général Gudin, qui franchissait aloi's le Grimsel et le mont Furcâ. Pressé de joindre cette colonne, de laquelle il n'avait pas de nouvelles , le général Lecourbe ne s'arrêta à Wasen que le temps de faire reprendre haleine à ses troupes, et, malgré leurs fatigues, il les remit en marche pour forcer , s'il était possible avant la fin du jour , le passage du pont du Diable et le trou d'IIri. Les ennemis Tattendaient à la tète du défilé, en arrière de Geschenen ; ils furent vivement attaqués et poursuivis. On eut l'espoir de passer le pont, {)êle-méle avec eux , mais ils s'étaient préparés à le détruire; des relranchements couverts par une ligne de chevaux de frise masquaient une mine pratiquée au milieu du pont, et qui sauta, à l'instant où passait le dernier soldat autrichien, l^s nôtres n'arrivèrent, que

pour voir Tabime s'ouvrir tout à coup et séparer les combattants. Arrêtés par le précipice, et accueillis par un Feu meurtrier de mousqueterie, qui partait du bord opposé, ils durent se mettre à l'abri.

Dans la nuit , la brèclie du pont fut recouverte de troncs d'arbres, et le général Lecourbe se disposait à faire passer ses troupes , lorsque la tête de la colonne du général Gudin parut, sur la rive droite de la Reuss, au débouché du Irou d'Uri. Ce général, après avoir chassé deux, mille Autrichiens du Grimsel et du mont Furcâ , où il leur avait fait six cents prisonniers , était descendu dans la vallée d'Urseren, pour prendre entre deux feux le corps ennemi qui arrêtait le général Lecourbe.. Mais les Autrichiens ne l'attendirent pas , et ils se retirèrent précipitamment, par l'Oberalp et les sentiers qui mènent à Dissentis.

Ce dernier mouvement rétablit les communications avec le général Turreau, qui venait d'arriver dans le haut Valais; il rendit aussi le général Lecourbe maître du Saint-Gothard. Mais il restait encore un corps ennemi dans les montagnes du Crispolt, pour défendre l'entrée des vallées du Khin et continuer à menacer celle de la Reuss. Il eût été imprudent de le laisser à cette proximité. Le général Lecourbe y marcha sur deux colonnes : celle de droite destinée à faire diver-

Mt itÉMQIRESB

sion^ tourna le Sainl4tothard , par Airoio^ pour se porter^ par Ems et &iinte^MArie, datls le Mitler^ Rhin, tandis que la cdlonne principale passa roberalp et attaqua de front. Les Autrichiens firent une résistance opiniâtre que favorisaient toutes les diRicullés dont cette position était hé* risàée) mais ils ti'en essuyèrent pas moins une entière défaite ; et les faibles débris qui parvinrent à s'échapper furent poursuivis jusqu'à Tareucfai pi^s de Dissentis.

Aitisi fut terminé ce beau mouvement, conçu par le général Masséna , et dont l'exécution fit le plus grand honneur au général Lecourbe. Il faut j remarquer la parfaite combinaison des marches tracées aiix cinq colonnes d^opération, et la précision avec laquelle ces colonnes se tfouvèrent successivement aux divers* rendez-vous, sans que la résistance de Tennemi et les obstacles naturels les retardassent d'un instant. On doit aussi les plus grands éloges à tous ceux qui, généraux, officiers et soldats , concoururent à cette expédition ; ils déployèrent tous autant d'intelligence que de valeur. Il est vrai que l'expérience acquise par nos troupes dans ce genre de guerre , depuis Touverture de la campagne, leur donnait une grande supériorité sur l'ennemi.

Quant aux avantages que l'arhnée française me-» tira de cette brillante opération, indépendamment

DU MARÉCHAL -GÉI^ÉRAL SOULT. jlOS

de six à sept mille hommes qu'elle fit perdre aui Autrichiens , elle leur enleva les grandes communications de la Suisse avec l'Italie^ commimicà'» tions que le maréchal Sou warow devait suivre, un mois après, et où il devait rencontrer une résis*tance inattendue ; elle nous ouvrit des débouchés sur la vallée de la Linth et sur les Grisons; enfin elle priva d'appui et elle obligea à la soumission les habitants des petits cantons , qui servaiehi d'auxiliaires aux Autrichiens.

Cependant Tarmée russe du général Korsakow se portait en ligne, à marches forcées. L'àrchiduc voulut utiliser ce puissant renfort qui était près de le joindre, pour faire diversion aux revers que sa gauche venait d'éprouver, et pour nous menacer de couper nos communications avec fiasle et le Bas-Rhin. 11 établit fortement sa gauche sur la rive droite de la Linlh, entre les lacs de Wallen»tadt et de Zurich; les divisions des généraux Jellachich et Simbschen , qui venaient d'être si maltraitées, vinrent s'y rallier, et une division russe fut destinée à soutenir cette aile. Le restant de l'armée russe se mettait en ligne sur la Limitiath, et l'archiduc était alors en mesure de passer l'Aar. S'il y parvenait, les succès que le général Lecourbe venait d'obtenir ne nous étaient plus d'aucun avantage, et le général Masséna ne pouvait plus éviter d'évacuer entièrement la Suisse ; il ne serait

peut-être parvenu , même au prix de très-grands sacrifices, qu'à rallier son armée au pied du Jura. C'était cette considération qui , jusqu alors , avait rendu le général Masséna si circonspect à faire des mouvements qui risquassent de découvrir le point le plus faible de sa ligne ; et le danger eût été d'autant plus grand dans la circonstance actuelle, que le général Lecourbe se serait trouvé séparé du restant de Tannée. Ce général allait être attaqué par lemarécbal Souwarow ; celui-ci aloi^s, au lieu de diriger son armée par le Saint-Gothard, eût probablement préféré les passages plus directs du Simplon ou du Saint- Bernard , pour aller se réunir, au pied du Jura, avec Farchiduc. Le général Lecourbe , ainsi pris à revers , eût couni les plus grands dangers.

Heureusement rien de tout cela n'arriva , et le projet du passage de TAar, si dangereux poumons, s'il avait été aussi vigoureusement exécuté que judicieusement conçu, échoua, malgré les moyens dont les Autrichiens disposaient. Le point qu'ils avaient choisi, au-dessous du confluent delà Linimath avec TAar, était Dettingen; un coude rentrant que fait l'Aar, en cet endroit, ei le commandement de la rive droite sur la rive gauche, rendaient cette position très-favorable à rétablissement d'un pont.

Le 17 août , au matin, quarante pièces de ca-

non, de fort calibre, ouvrirent tout à coup leur feu ; derrière elles, trente-cinq mille hommes attendaient (|ue le passage fut ouvert. Cette canonnade fit accourir les généraux Ney et Heudelet , (|ui se hâtèrent de rassembler tout ce qu'il y avait de troupes dans les environs ; vers midi, ils avaient réuni dix à douze mille hommes sur le plateau de lîorstein, en tète du bois qui domine la plaine de Dettingen. Ils devaient craindre d'être arrivés trop lard et que le passage ne fût effectué; heureusement, l'imprévoyance et les mauvaises dispositions des Autrichiens y avaient pourvu. Des deux ponts qu'on voulait jeter, l'un était à peine commencé , et les pontonniers autrichiens ne savaient comment continuer l'autre, qui était arrivé à moitié; les ancres des pontons chassaient sur le fond du lit de la rivière , (jui était composé de roches. Découragés de leurs tentatives infructueuses, les Autrichiens finirent par abandonner leur projet, au milieu de l'exécution; ils demandèrent même au général Ney la permission de retirer de l'eau leurs pontons, en promettant, de leur côté, de cesser le feu de leur artillerie. Le général Ney se hâta d'accepter celte proposition, et ainsi se termina une entreprise si dangereuse pour nous, et pour laquelle l'archiduc avait fait de si grands préparatifs.

Ce fut la dernière opération que le prince fît en Suisse; car, aussitôt que les Russes eurent

Tentative

des Autriclii«'i!«

sur TAar.

de l*aNbidiic.

remplace, au centre de la ligne, les Autrichiens, il mit ces derniers en mouvement, pour leur faire repasser le Rhin à Eglisau et à SchafTouse, d'où il les dirigea, partie sur le Brisgau, et partie sur le Palatinat. Ces changements furent terminés à la fin d*aoàt ; alors l'archiduc laissa le commandement de Tarmëe alliée , qui restait en Suisse , au général Hotze,pour le remettre au maréchal Souwaro^, quand celui-ci serait arrivé. Il se rendit eu personne à Donau-Eschingen, et se porta ensuite sur Philisbourg et Mannheim , comme nous l'avons déjà vu.

Arrivée LorsQuc Tarchiduc Charles eut retiré de la

orptraiteda *

én\ K«»«a- Suissc la plus fortc partie des troupes autrichien- PotttioB nés , et qu'il se fut éloigné lui-même , le corps d'armée du général Koi*sakow, fort de vingt-six mille hommes , s'établit sur les hauteurs de Zurich, avec son avant-garde dans le camp retranché de la Sihl , en avant de la ville ; sa droite suivait la rive droite de la Limmath, jusqu'à son confluent avec l'Aar, où elle se liait à la réserve du général autrichien Nauendorff, que Tarchiduc avait laissée pour observer notre gauche. Une division russe de cinq mille hommes fut détachée entre Rapperschweil et Uznach , à la droite de la partie supérieure du lac de Zurich , pour servir d'appui au corps d'armée autrichien commandé par le général Hotze.

BU MARÉCHAL -GÉNÉRAL SOULT. iOl

Celui-ci j compose de vingt-neuf bataillons y de quatre régiments de cavalerie, et d'une nombreuse artillerie, s'élevait à plus de vingt mille hommes; il était campé sur la rive droite de la Linth, entre le lac de Zurich et celui de Wallenstadt. La division du général Jellachich, qui en faisait partie, occupii d'abord le canton de Glans , ensuite elle se plaça entre Mollis et Wesen .

Ije général AuHenberg avait remplacé le général Simbschen , dans le commandement de la division autrichienne , forte de huit mille hommes , qui gardait l'entrée des Grisons, et était opposée au général Lecourbe. Un détachement de cette division, sous les ordres du général Lirken, était placé sur la Haute-Linth, pour lier la communication avec le général Jellachich. Les généraux Strauch et Laudon reparaissaient dans le haut Valais, et déjà ils inquiétaient le général Turreau. De concert avec le général AuHenberg , ils se préparaient à attaquer le général Lecourbe , lorsque le maréchal Souwarow se présenterait pour passer le Saint-Gothard.

Ces divers corps russes et autrichiens, avec quelques bataillons suisses, à la solde d^ l'Angleterre, réunis aux Russes devant Zurich^ présentaient un ensemble de plus de soixante mille homm^, sans y comprendre la réserve du général NaueudorfT. Eu ouVre, l'armée alliée i^Uendait, de

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jour en jour, les divisions russes réduites à vingtcinq mille hommes , que le maréchal Souwarow amenait d'Italie ; un corp^ d'émigrés français, fort ;de six mille hommes, comtnandé par le prince de Condé , et qui était déjà sur le lac de Constance , ^ pour former la réserve des Russes ; enfin , une *. forte jdivision de troupes bavaroises. La réunion • de toutes ces troupes , si les dernières eussent eu le temps d'arriver , eût porté l'armée alliée , en * . .' .Suisse, à plus de quatre-vingt<dix mille hommes, pendant que Tarchiduc en aurait eu soixante^lix mille sur le Bas-Rhin. Nous ne pouvions dès lors éviter d'être accablés par ces deux masses, d'autant plus, (|u'à la même époque, le gouvernement \enait encore d'affaiblir la faible armée du Rhin , pour renforcer, en Hollande, le général Brune. du gén^i Le général Masséna avait donc un grand intérêt à prévenir, par une attaque générale , l'arrivée de ces renforts. 11 s'y prépara vers la fin d'août, aussitôt qu'il fut instruit que Tarchiduc retirait de la Suisse une partie des troupes autrichiennes, |K>ur les diriger sur le Bas-Rhin. Mais c'était encore une entreprise au moins audacieuse , car il ne pouvait \ employer que les divisions du centre de son armée, qui formaient entre elles trente-six à trentehuit mille hommes , il ne pouvait pas disposer de son aile gauche, qui était contenue par la réserve du général Nauendorff, ni de son aile droite

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OU il avait plus de vingt mille hommefi, parce que ''^. cette aile allait bientôt être attaquée par les Rus- * ses du maréchal Souwarow, ainsi que par les généraux autrichiens Âuffenberg^ Straucjti et Laudqn.;^ La force des choses ne laissait par conséqueiit pas de choix au général Masséna sur les points àû la v la ligne ennemie qu'il pouvait attaquer, et ce&r^ points étaient précisément ceux où il devait * s'attendre à rencontrer la plus grande résistaiice> 'V par le nombre de défenseurs qui y étaient çoiiA. % centrés , et par les obstacles de position que \^ .- . . nature et Tart y avaient multipliés. Ces grand^^ , difficultés ne changèrent pourtant pas la résolution ' (hi général Masséna, et il s'arrêta au plan de forcer le passage de la Linimath, près de Dietikon, pour attaquer le corps d'année russe du général Korsakow, et de forcer en même temps le passage de la Linth, entre les lacs de Zurich et Wallenstadt, pour attaquer le corps d'armée autrichien du général .. Hotze. 11 pensait que si , par cette double opéra* tion , il parvenait à rompre la ligne de l'arm.ée ' alliée, il deviendrait l'arbitre des mouvements * que cette armée pourrait faire, et que, de son côté, tenant la corde de l'arc qu'il la forcerait à décrire , il trouverait vraisemblablement l'occasion de détruire quelqu'une des colonnes ennemies qui auraient été désunies. L'événement justifia tous

ces calculs.

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