II
tlO MÉMOIRES
Le général Masséna se réserva le commandement direct de Tattaque de gauche et du passage de la Limmath , avec les divisions d'infanterie Lorge, . Mesnard et Mortier , qui , ensemble , avaient en ligne vingt-six mille combattants; il avait en outre la réserve , composée de cavalerie et d'un corps de grenadiers, qu'il donna au général Klein. L'artillerie, les équipages de pont, et tous les moyens dont le général en chef disposait, y furent ajoutés. Le général Masséna me confia Tattaque de droite ; pour cela , il me fit passer au commandement de la 3* division d'infanterie, dont la force s'élevait à près de dix mille hommes , et que le général Chabran me remit. La V division , que je laissai sur r\lbis, fut donnée au général Mortier.
Je me rendis à ma nouvelle destination , le 27 août. La 3* division occupait la gauche de la partie supérieure du lac de Zurich, jus(|u*à hauteur de Temboucliure de la Linth. Je devais remonter cette rivière, pour en reconnaître le cours, et chercher sur la rive gauche un établissement où je pusse me préparer à la franchir, lorsque Tordre m'en serait donné. Je dus aussi favoriser le mouvement du général Molitor qui, partant de Schwitz, avec une brigade retirée au général Lecourbe , devait se diriger, par le Urackel et leKIanthal, sur Glaris, pour appuyer ma droite.
Le général Masséna avait d'abord eu la peusée
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d'effectuer le passage de la Limmalh, à son confluent avec l'Aar ; cetie opération devait se faire, le 29 août, et j'eus ordre de faire en ménié temps mon attaque sur la Linth. d'en forcer le passage, et, après avoir rétabli le pont de Grinau, qui avait été détruit, d'attaquer Uznach ; enfin , si je réussissais, je devais me porter ensuite sur Rapperschwyl. Mais ces deux opérations étaient prématurées; des incidents firent manquer celle du général Masséna, qui me donna contre-ordre, pendant que j'étais moi-même en opération, et il se décida alors à donner la préférence au point de Dietikon, qui était mieux choisi. De mon côté , je n'avais pas non plus réussi; je n'avais pas eu le temps de faire des préparatifs suffisants, et je trouvai l'ennemi en force trop supérieure. Le seul avantage que j'obtins, et il était important, fut, de concert avec le général Molitor, de nettoyer d'ennemis toute la rive gauche de la Linth.
Je n'avais pas de bateaux pour passer la rivière; je fis lancer des radeaux, mais ils furent entraînés par la force du courant. En même temps, nous fumes ' accueillis par le feu d'une artillerie trèssupérieure à la nôtre, et qui démontait nos pièces. Enfin nous vovions l'ennemi se concentrer en force à Uznach et recevoir même des renforts de Zurich, par le lac, où il avait une flottille bien armée; il réunit bientôt quinze mille hommes et
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cinquante pièces de canon derrière Ic^ marais impénétrables qui bordent la Linth. J'essayais cependant de trouver un passage au-dessus, lorsque je reçus le contre-ordre du général en chef. Combats A ma droite, je fus plus heureux ; j'avais dirigé
a Linth et à i» ^-i
Giaru. la 36' demi-brigade sur Glaris , pour facditer le mouvement du général Molitor, m'emparer des ponts sur la partie supérieure de la rivière , et m'en servir pour redescendre sur Uznach. Le chef de brigade Lapisse rencontra les Autrichiens près de Bilten et les attaqua vivement. Une forte batterie , qu'ils avaient placée sur la rive droite de la Linth, défendait l'entrée et le passage de ce long défilé qui aboutit à Nœfels. Malgré cet appui, que nous ne pouvions atteindre, les ennemis furent culbutés et poussés jusqu'au pont de Mollis, qu'ils se hâtèrent de détruire, avant même que leurs troupes l'eussent entièrement passé. Ils y perdirent beaucoup de monde , et ils se séparèrent d'une avant-garde composée de quinze cents Suisses, à la solde de l'Angleterre, qu'ils laissèrent entre Glaris et le klanthal.
Dans ce combat , la 36" demi-brigade se conduisit admirablement. Dans mon rapport du lendemain, je disais au général en chef: « J'admirerai toute ma vie le courage d'un bataillon de grenadiers que j'avais formé pour cette attaque ; il est passé sous le feu de vingt pièces de canon qui
tiraient à mitraille, et, sans lui répondre un seul coup de fusil, il a chargé à la baïonnette, pendant une lieue. L'ennemi a été mis dans une déroute complète, et a laissé le champ de bataille couvert de morts et de blessés. » Mais, à la nuit, recevant Tordre du général en chef de rentrer dans mes anciennes positions, et n'ayant pas de nouvelles du général Molitor, je laissai seidement la 36* demi-brigade sur les hauteurs de Reichenbourg, avec des postes au delà de Bilten, pour être préparée à se porter sur Nœfels, quand le général Molitor paraîtrait.
Ce général avait reçu fort tard Tordre de mouvement , et il fut retardé dans sa marche par les difficultés des âpres sentiers de Brackel et du Klanthal, de sorte qu'il ne put descendre dans la vallée de Claris que deux jours après Tengagenient de Nœfels. 11 y rencontra les quinze cents Suisses qui étaient restés en avant de Claris , soutenus par trois autres bataillons autrichiens qui arrivèrent successivement. Le général Molitor leur livra plusieurs combats dans l'un desquels, manquant de cartouches, parce que les mulets pouvaient à ])eine franchir le Brackel , il fut réduit à faire rouler des pierres sur les ennemis; il les repoussa cependant avec tic grandes pertes, jusqu'à l'autre extrémité du lac de Wallenstadt; il occupa Claris, Netsthal, Mollis, le Sernsthal et
KrenzeOy sur le lac ; il communiqua enfin à Nœfels avec les postes que j'y avais laissés pour Tappuyer.
L'occupation de la rive gauche de la Linth et du canton de Glaris jusqu'au lac de Wallenstadt , nous fut sans doute d'une grande utilité, eo nous rapprochant de la ligne de défense des eonemis, et en nous donnant la facilité d'en chercher les défauts , pour nous préparer à la forcer. Mais le général Hotze en retira, de son côté, l'avantage de se concentrer sur un espace plus resserré, où les obstacles de localité, augmentés par l'art et soutenus par les forces dont il disposait, pouvaient lui paraître insurmontables et lui permettre d'attendre, en toute sécurité, l'arrivée du maréchal Souwarow. II pouvait presque être indifférent à la perte momentanée du canton de Glaris, et peut-être même s'applaudir de nous avoir entraînés à diviser nos forces. C'était cependant une sécurité trompeuse, et c'était trop se fier à la fortune.
DeMTiption La Linth descend des montagnes, au sud de
LiniLetdeia Glaris , qui prolongent la chaîne du Scherhorn jusqu'au Kunkels. La vallée qu'elle forme prend le nom de Linthal. Elle reçoit la Serns, au-<lessus de Glaris, et le Klantlial, un peu au-dessous de cette ville ; plus bas , la rivière qui sort du lac de Wallenstadt vient s'v réunir, vis-à-vis Nieder-
Uilfiené I^ Linth a ensuite un cours de près de cinq lieues, pour aller se décharger dans le lac de Zurich, au-dessous de Grinau. Cette dernière partie est navigable et extraordinairement marécageuse , surtout à la rive gauche , depuis le lac de Wallenstadt jusqu'à la hauteur de Bilten , et à là rive droite, depuis Benken jusqu'au lac de Zurich. Deux ponts servent , en temps ordinaire , à lier les communications des deux rives. Le premier, nommé Zollbruck, est situé entre Nieder-Urnen et Wesen, et le second, entre Grinau et Uznach. C'est là qu'aboutissent les routes qui se dirigetil sur Zurich , ainsi que celles (jui s'élèvent vers les vallées de la Toss et de la Thur, vers Lichtensteig et Saint-Gall. Sur la rive droite de la Linth, entre Uznach et Se hennis, la vallée est belle , bien cultivée et plus élargie qu'à la rive gauche ; mais depuis la chapelle , qui est au-dessus de Schennis f elle est bordée par les rochers à pic du Rotlienberg , au pied desquels passe la route qui vient à Wesen, en suivant la rivière.
On peut déjà juger que les points accessibles de la Linth , entre les lacs de Zurich et de Wallenstadt, étaient réduits à un bien petit nombre, puisque, depuis Wesen jusqu'à la chapelle de Schennis^ d'un côté les marais , et de l'autre les escarpements des rochers du Rothenberg, ne permettaient à des troupes ni de se former, ni de se développer,
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et qu'il suffisait d'une bonne batterie pour défendre l'étroit passage du pont de Zollbruck. La batterie s'y trouvait en effet; elle était couverte par un retranchement , et le pont était détruit. La majeure partie du corps du général Jellachich était placée, à Wesen, pour défendre ce passage; le surplus était devant les postes du général Molitor, dans les montagnes du lac de Wallenstadt.
Depuis la chapelle de Schennis jusqu'au-dessus de Benken, les bords de la Linth, quoique encore marécageux, étaient, de place en place, plus accessibles. C'est aussi dans cette partie que les ennemis avaient multiplié leurs moyens de résistance, en élevant une ligne continue de redoutes garnies de canons, et en faisant camper leurs principales forces, entre Schennis et Kaltebrunn, où le général Hotze établit son quartier général. Une chaîne de postes garnissait les bords de la rivière, et rien ne pouvait échapper à sa vigilance.
Les grands marais, entrecoupés de canau.x c[ui sont vis-à-vis IJenken, rendaient cette partie inaccessible jusqu'au pont de Grinau. J'ai déjà dit que ce pont était également détruit, et qu'une forte batterie, placée en face sur la route, en empêchait le rétablissement. Au-dessous du pont, à mesure que la Linth s'approche du lac de Zurich, elle s'élargit, et son courant devient plus rapide; les deux rives sont couvertes de grands bois qui n'of-
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fraient alors aucune issue praticable; et, d'ailleurs, s'il eût été possible d'en ouvrir sur la rive droite, on eût été forcément ramené au point central d'Uznach, où était campée la réserve du général Hotze , soutenue en arrière par une division russe. Le lac de Zurich a onze lieues de long; les ennemis occupaient en forces sa rive droite, et une flottille de trente bateaux bien armés, que l'officier anglais Williams avait organisée, les rendait maîtres de la navigation.
En sortant du lac , à Zurich , la Linth prend le nom de Limmath ; elle reçoit , au-dessous de la ville, les eaux de la Sihl ; elle passe à Baden et va se jeter dans TAar, près du village de Vogelsang. Les deux rives sont très-boisées, la rive droite commande généralement la rive gauche ; sur cha-
cune d'elles il y a une bonne route parallèle à la Limmath , facilitant ainsi , de part et d'autre , les mouvements de troupes. Des deux côtés, on avait élevé des retranchements que sans cesse on perfectionnait ; des camps , des postes multipliés étaient distribués sur tous les points, pour prévenir les surprises; et des réserves, placées en arrière, se tenaient toujours prêtes à se porter sur les points qui seraient attaqués. Celles des Russes garnissaient les hauteurs qui dominent Zurich , et s'appuyaient à la ville.
Telles étaient les célèbres positions, au pied des-
tit MÉMCmUEg
quelles les etitiemis ne doutaient pas de voir échouer nos efforts , si nous aviods la témérité de les y diriger. Séparées par toute la longueur du lac de Ziu*ich, elles ne pouvaient avoir entre elles que des rapports fort éloignés, qui les laissaient complètement indépendantes ; elles ne pouvaient^ ni pour Tattaque, ni pour la défense ^ se prêter aucun secours^ aucun appui, aucune influence; elles n'avaient^ en un mot, rieti de commun entre elles, si ce n'était d'appartenir au même plan d'ensemble, de telle sorte que les succès obtenus ou les revers essuyés sur Tune comme sur Fautre^ devaient produire un effet égal sut' Fensemble du résultat. Aussi les ennemis avaient-ils affecté des corps d'armée tout à fait distincts à ces deux positions : les Russes à la position de la Limmath et de Zurich, les Autrichiens à celle de la Lidth.
Je sentais la marque de confiance que me don* nait le général en chef, en me chargeant, seul, de l'attaque de celte seconde position ; mais j'avoue qu'après Tavoir examinée, je fus effrayé des difïicultes de l'entreprise, surtout de la faiblesse des moyens qui m'étaient accordés [)our la faire réussir. Je me voyais combattant, sur un terrain presque inabordable , un général distingué , dont les troupes, du double plus nombreuses que ma division , étaient soutenues par une artillerie formidable, et avaient en outre une division russe en
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rései-ve. Jaloux, cependant, de justifier le choix du général Masséna, et d'ajouter, si je le pouvais^ quelque chose à Thonneur des armes françaises , j'acceptai avec empressement le devoir qui m'était tracé , et avec la résolution de tenter, pour le remplir, tout ce qui était humainement possible.
On peut trouver que j'entre ici dans beaucoup de détails; cependant il ne me parait pas que je m'arrête avec trop de complaisance sur cette action , et il est certes bien loin de ma pensée de chercher à relever le mérite du succès que j'eus le bonheur d'obtenir. J'écris pour employer mes heures de loisir et pour l'utilité de ceux qui voudront y chercher des sujets d'instruction. J'ajoute que je considère le combat de la Linth comme un de mes meilleurs faits d'armes, et il est tout simple que j'aime à y reporter mes souvenirs.
A la guerre, les moyens inattendus sont ordi- Prép»nir« nairement ceux qui font réussir les opérations , même les plus difficiles, à la fois par la surprise qu'ils occasionnent, et par les soins qu'on a pris pour en disposer l'exécution ; l'essentiel est de les tenir secrets, jusqu'au moment d'en faire usage , et de ne point laisser pénétrer sa pensée sans nécessité. 11 faut bien connaître le lieu où l'on est, les obstacles et les facilités qu'il présente, le parti que l'adversaire doit en tirer, ses dispositions , les points qu'il néglige, ceux où il porte le plusd'at-
dû paMM^e.
tention ; il faut contribuer soi-même à fixer cette attention par de fausses démonstrations, ou d'au* très fois, par une indifTérence affectée, suivant les divers cas. Un chef militaire doit observer toutes ces choses.
Mon premier soin fut d'étudier et de reconnaitre, pas à pas, le cours de la Linth, depuis son embouchure dans le lac de Zurich jusqu^au pont de ZoUbruck. Mais les ennemis , dont les postes garnissaient les bords de la rivière , étaient si méfiants, qu ils ne laissaient approcher personne de notre côté , sans le couvrir de coups de fusil et de mitraille. C'était peu favorable aux observations. Cependant , par une convention tacite , les simples sentinelles étaient respectées de part et d'autre. Je tirai parti de cette circonstance pour faire mes observations, car j'ai pour principe qu'un chef doit voir par lui-même, quelque confiance qu'il puisse, d'ailleurs, accorder aux rapports qui lui sont faits. Pendant dix à douze jours, je me rendis successivement à tous mes postes avancés ; là , avec la capote et le fusil du soldat, je me faisais conduire en faction , et relever au bout d'une heure; rentré au poste, je crayonnais ce que j'avais \u, compté, mesuré, et j'emportais mes notes. Le fruit de celle étude, qui devenait de plus en plus attachante, fut, que les difficultés cessèrent de me paraître insurmontables ; de loin
elles m'avaient étonné ; de près , elles grandirent mes idées et me snggérèrent des expédients qui me donnèrent des espérances de succès.
Je gardai, sans aucun changement , la position que j'avais prise en arrivant sur la Linlh , ma gauche à PfefBkon , sur le lac de Zurich , et ma droite à Reichenbourg, d'où elle étendait ses postes jusqu'au delà d'Ober-Bilten , pour éclairer Zolibruch et lier communication avec le général Molitor. Mon quartier général fut établi à Lacken. Mon principal campement était sur les hauteurs deGrinau, où je fis élever des batteries, pour protéger le rétablissement du pont, lors du passage, et pour fixer de ce côté l'attention que Tennemi y avait déjà portée, lors de mes premières tentatives. Je choisis ce point pour ma fausse attaque, et j'arrêtai que l'attaque de droite aurait lieu, un peu plus bas que le coude formé par la Linth, au-dessus d'Ober-Bilten , vis-à-vis l'espace qui est entre Schennis et la chapelle de ce nom. Un détachement, jeté dans les marais de Benken , devait en outre faire diversion , en menaçant ce village.
Quoique secondaire, l'attaque sur la Basse^ Linth était néanmoins très-importante, puisqu'elle avait pour objet d'occuper les réserves des ennemis, et de m' ouvrir le passage sur Uznach, par le rétablissement du pont de Grlnau. De front et de vive force, je me serais exposé à échouer, comme
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au premier essai. J'avais par conséquent à diviser, encore ici, l'attention de Fennemi , et à me créer des moyens tout nouveaux ; les importunes bravades de l'Anglais Williams m'y eussent peut-être fiût songer , lors même que je n'eusse pas trouvé convenable de les comprendre dans mon projet. J'eus donc aussi une flottille composée de douze grandes barques , que nous eûmes le bonheur de trouver sur le lac de Zurich, de plusieurs nacelles et de trois fortes chaloupes, chacune armée de deux pièces de canon , que je fis équiper à Lacken .
De tout cela je formai deux expéditions , qui emportèrent douze cents hommes de débarquement. La plus faible eut ordre de remonter la Unth, jusque près de l'emplacement du pont de Grinau , de faire son débarquement à l'entrée des bois, et sous la protection de ce premier détache* ment , de faire ensuite passer rapidement les troupes qui étaient réunies sur la rive gauche; on travaillerait en même temps au rétablissement du pont, pour lequel les matériaux étaient préparés. L'autre expédition fut destinée à opérer un débarquement à la rive droite du lac de Zurich , entre Bolingen et Schmerikon, pour s'emparer de ce dernier village, intercepter la route de Zurich, marcher sur Uznach et protéger le ralliement dea troupes qui auraient passé la Unth.
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Je comptais sur celte manœuvre, exécutée de* nuit, pour porter la conFusion parmi les ennemis. Enfin je prévis que la flottille de FAiiglais Williams, dont la relâche était au port de Rapperschwyl , pourrait venir troubler mon opération. Indépendamment des canonnières qui eurent ordre de l'observer, une forte batterie fut établie à la pointe de la presqu'île de Hutten, qui s'a* vance au milieu du lac et réduit sa largeur à celle d'une bonne portée de canon, vis-à-vis Rasperschwyl ; son feu pouvait conlenir la flottille ennemie ou y jeter le désordre, si elle sortait.
Les plus grandes difficultés étaient à ma droite; il fallait les aborder de front et s'y présenter à découvert. Elles étaient surtout augmentées par l'impossibilité de prendre sur les lieux la moindre disposition , qui put être vue et donner de l'om* brage à l'ennemi. Or, dans une vallée étroite, où il suffît de faire quelques pas sur la montagne, pour découvrir tout ce qui se passe à l'autre bord, il est impossible de cacher quoi que ce soit. Je ne laissai donc , devant le point que j'avais choisi pour mon passage , qu'un simple poste, comme il s'y trouvait déjà. Le choix de ce point avait été déterminé par la configuration de la rive droite ; niais il correspondait , de notre côté y à im maraii qu'il fallait traverser, avant d'arriver à la rivière. Il était nécessaire p^r coméqueQt dt cQmmtB<»
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»cer par .y ouvrir une route , pour y faire passer les bateaux indispensables à rétablissement du pont.
Dans la nuit qui précéda le passage j deux mille
hommes arrivèrent y portant une grande quantité de fascines, qui étaient aussitôt recouvertes de forts madriers; ils étaient disposés en chaîne, et ils travaillèrent avec tant d'ardeur, tant d'intelligence , tant d'ordre et de silence , qu'en quatre heures de temps, le nouveau chemin se trouva terminé, sur une longueur d'à peu près 1 50 toises, et assez solide pour supporter les plus fortes charges. Alors les mêmes soldats reprirent leurs armes et marchèrent au combat.
Je n'avais pas d'équipage de pont et je n'avais trouvé sur la Linth aucune barque qui pût y être employée. Je fis venir du lac de Zug les bateaux nécessaires ; les voitures avaient été commandées , sous prétexte de transport de subsistances ; il fallut des peines infinies pour les faire passer à travers les montagnes d'Einsiedlen , quoique les chemins eussent été réparés et élargis à l'avance. Le temps du trajet avait été calculé , de façon que les bateaux ne partissent du lac de Zug et n'arrivassent sur la Linth qu'au dernier moment. Des précautions analogues étaient prises pour les batteries qui devaient protéger le passage; on ne les établissaient que dans la nuit , pour qu'au jour, les
canonniers se trouvassent à couvert. Tout fut ponctuellement exéculé.
Ces dispositions me semblaient les meilleures; elles ne suffisaient cependant point encore. L'ennemi occupait une position telle , qu'il pouvait ' toujours, sans bouger de place, déjouer mes efforts. 11 me fallait un moyen pour l'étonner, peutêtre l'intimider et jeter de la confusion dans ses rangs. J'eus l'idée d'en employer un, peu usité, et qui, par cela même, réussit au delà de mes espérances. Cent soixante bons nageurs, commandés par un intrépide officier, l'adjudant-major Delare, furent réunis à Lacken, et exercés, pendant quinze jours, à des évolutions, où on les accoutumait à observer le bon ordre , à se maintenir en troupe , à garder le silence , et à porter sur la tête, ou à une main, leur armement, composé de longues piques, de sabres ou de pistolets; j'y mis aussi une vingtaine de tambours avec leurs caisses ^ Je donnai à ce corps, comme à chacun de ceux qui avaient à jouer un rôle dans l'opération, des instructions spéciales que je rapporte plus loin*.
Toutes ces dispositions exigèrent beaucoup de temps , et plus que n'en comportaient les dangers
i . Voir à la fin du chapitre , note n® 18. î. Voir à la fin du chapitre, pièces n® 19.