‹ Mémoires du maréchal-général Soult, duc de DalmatieChapitre 43 sur 55 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'instruction envoyée d'Italie par le maréchal Arrirce

* ^ du maréchal

Souwarow aux £;énéraux de Tarmée alliée , en souwarow a» Suisse ^ j et qui fut trouvée dans les papiers que nous primes ^ est un document d'autant plus précieux qu'il éclaire parfaitement sur le plan d'atta« que du généralissime russe , sur la réunion , la marche et la direction de ses troupes. On y remarque sa prévoyance à faire appuyer leurs mou* vements , ses vues sur l'usage de Tarme blauclie et sur l'emploi des colonnes dans les attaques , enfin les divers degrés de confiance qu'il accordait aux généraux autrichiens Hotze et Linken, eu leur demandant des renseignements sur les localités , et leur avis sur la manière de faire la guerre en Suisse. Il indiquait , à jour fixe, son arrivée au pied du Saint-Gothard, et l'instant où il commen-

i Voir k la fin du chapitre , n** SI.

cerait ses opérations. Mais il éprouva des retards que nous mimes à profit.

Au lieu d'être à Airolo le 17, comme il lavait annoncé, il n'y arriva que le 23, et il en rejyoussa sans peine le poste français qui s'y trouvait. I^e lendemain , il marcha à l'attaque du Saint-Gothard. La colonne du général russe Rosenberg, destinée à tourner le passage , se dirigea , par les sources du Rhin et l'Ober-Alp, sur Urseren, pour gagner l'entrée de la Reuss, en s'assurant du passage du trou d'IJri et du pont du Diable. Celle du général autrichien Auflenberg se porta de Dissentis j par le Crispait et le Maderanertlial , sur Amsteig , afin d'intercepter la retraite de nos troupes qui défendaient le Saint-Gothard. Le général Linken opéra son mouvement sur Claris , comme je l'ai rapporté déjà , et le corps du colonel Strauch fut chargé d'inquiéter, dans le haut Valais , la division du général Turreau ; tandis (jiie le maréchal Souwarow, gardant avec lui ses principales forces , se chargea lui-même d'emporter de front la position.

Risistau,* 11 disposait d'une supériorité de forces telle, que

îirHiix'^Gu^iii le résultat de son attaque ne pouvait être douteux. Néanmoins, le général Gudin , qui était chargé de défendre avec sa brigade le Saint-Gothard , lui opposa, pendant toute la journée du 24 septembre, une si grande résistance, que les Russes per-

dirent plus de douze cents hommes, et reculèrent. Pour la première fois , les exhortations et les menaces de leur général restèrent impuissantes . On raconte qu'il fit alors creuser une fosse, et qu il y descendit , en disant qu il ne voulait pas survivre à la honte de ses enfants , et qu'il serait enterré là où il les voyait recider. A cette vue, les Russes font un dernier effort pour forcer le passage, en même temps que des détachements cherchent à tourner, dans les rochers , les flancs du général Gudin. Mais celui-ci effectue sa retraite en bon ordre sur Urseren, où il est renforcé par deux bataillons du général Loison, et il se hâte d'aller prendre position sur le mont Furca et leGrimsel, pour défendre la tète des vallées du Rhône et de TAar. Celte position le plaçait aussi à portée de reprendre le Saint-Gothard , si Tennemi s'en éloignait , et de conserver à la droite de Tarmée l'appui de la cime des Alpes.

Cependant le général Lecourbe, instruit de l'attaque du maréchal Souwarow, accourait au secours du général Gudin, avec le restant de la brigade du général Loison ; il espérait le joindre à Urseren , le 25 septembre ; mais l'ennemi y était déjà , et le général autrichien Auffenberg débouchait , par le Maderanerthal , sur Amsteig. Obligé de se replier, le général Lecourbe fit cependant défendre par son arrière-garde le pont du Diable,

d\)ii il s'avança jusqu'à Brunnen et Schwîtz. C'est là que sa marche devait s'arrêter, ««position» Le rapport des progrès des Russes dans la vaUée éniMaiiéna. de la Reuss n'avaît pu parvenir au général Masséna qu'après son entrée à Zurich , le lendemain du second jour de la bataille , au momeut où les troupes qu'il avait mises à la poursuite du corps d'armée de Korsakow arrivaient sur la Thur. Aussitôt il donna ordre aux divisions des généraux Lorge et Ménard d'y prendre position , pour contenir les ennemis , s'ils revenaient sur leurs pas. Il fît diriger la quatrième division , commandée par le général Mortier, ainsi que la réserve de grenadiers , sur Schwitz , où lui-même se rendit , et il m'ordonna de venir immédiatement l'y joindre, pour prendre le commandement des troupes qu'il destinait à agir contre les troupes de Souwarow.

J'étais alors à Lichtensteig. J'avais envoyé une partie de ma division à Nœfels, au secours du général Molitor; une autre partie s'établissait à Wesen , et le restant suivait, jusqu'au delà de Saint-Gall, les divisions battues du général Holze, qui se retiraient dans le Rhinthal. Ces dispositions étaient la conséquence de celles du général en chef.

Je laissai ma division au général Gazan, et j'arrivai près du général Masséna, à Schwitz, le 7 vende-

miaire (29 septembre). Le même jour, le général Mortier avait eu un premier engagement avec Ta^ vant-garde russe, qu'il chassa de Schwitz et qu'il repoussa dans le Muttenthal. Le combat fut très-vif; notre colonne , s'étant portée , avec précipitation, devant Mutten, donna sur un gros d'ennemis, qui lui fit éprouver des perles , et la ramena ; mais les renforts que le général Mortier reçut à propos lui firent reprendre l'avantage. Il pénétra de nouveau dans la vallée , et s'y établit ; le lendemain , il y fit encore des progrès qui l'y affermirent. L'issue de la vallée fut ainsi entièrement fermée de ce côté , tandis que le général Loison établit sa brigade aux débouchés de Scbachenthal , par les* quels les Russes étaient venus.

La marche des Russes avait été très-lente ; leur armée formait une longue colonne décousue. 11 ne leur restait plus que le passage du Brackel, pour sortir du Muttenthal , et se rendre , par le Klanthal, à Claris, où le maréchal Souwarow devait croire que , suivant ses premières instructions, les généraux Linken et Jellachich s'étaient réunis et maintenus. Ne pouvant difierer de les joindre, il engagea son avant-garde dans cette direction ; mais il apprit qu'un corps français , placé dans le Klanthal , interceptait les communications , et l'empêchait de recevoir des nouvelles. 11 crut pouvoir l'intimider, et il le fit som-

266 IMËMOIRES

mer de se rendre. C'était un bataillon de la 84* demi-brigade , que le général Molitor avait laissé pour garder le débouché du Klanthal , pendant qu'il avait lui-même des affaires très-vîv€^ contre les Autrichiens , et qu'il les repoussait de Glarîs. La réponse à la sommation fut : que ce serait luimême qui ne tarderait pas à se rendre , que son rendez-vous avec les généraux Linken et Jellachich était manqué , que ces généraux venaient d'élre battus et rejetés dans les Grisons. Souwarow alors n'eut d'autre parti à prendre que de suivre, avec le restant de son armée , le mouvement de son avant-garde , et de s'ouvrir le passage du Klanthal.

ft.l^"^' Dès mon arrivée à Schwitz , le général en chef t^^^m'iîé- n^'avait remis le commandement des corps desil Souwarow. ^j^^^ j^ ^gj^, (.Qj^j^e Ic maréchal Souwarow, et il

était retourné, de sa personne, auprès des divisions qu'il avait laissées sur la Thur. Il y renvoya même la réserve de grenadiers tirée de ces divisions, pour agir contre le corps d'armée de Korsakow, et le rejeter définitivement au delà du Rhin. Les troupes dont il me donna la direction formaient trois autres divisions : celle que j'avais au passage de la Linlh ; celle du général Mortier, auparavant commandée par moi, et celle du général Lecourbe. Ce général avait quitté, la veille, sa division pour se rendre à l'armée d'observation du

Rhin, au commandement de laquelle il venait, d'être nommé'.

Je m'empressai de prendre des dispositions, pour

1. Quelques écrivains ont fait honneur au général Lecourbe , de la défaite du maréchal Souwarow, et des pertes considérables que les Russes subirent, dans leur retraite. Leur légèreté à adopter des récits inexacts, et quelquefois intéressés, sans prendre la peine de les vérifier, peut-être même d'autres motifs que je ne veux pas apprécier, sont cause de cette erreur, que j'ai pu contribuer à accréditer, par mon silence. Mais je n'ai jamais aimé à entretenir le public de mes services, et j'ai mémo, plusieurs fois, refusé les demandes de renseignements personnels , qui m'ont été faites , par des compilateurs de biographies. Je pensais que la publication des documents officiels , qui seuls doivent servir de matériaux à l'histoire, rétablirait, tôt ou tard , la vérité , ou tout au moins , que je serais à temps , lorsque je m*occuperais de la rédaction de mes mémoires.

Ce moment est venu. J'ai toute ma correspondance avec le général en chef, et avec les officiers sous mes ordres , celle que j'ai reçue, comme celle que j'ai écrite, pour rétablir les faits, dans toute leur précision. J'ajoute, pour la mémoire du général Lecourbe , que sa carrière , si brillante et si prématurément terminée, n'a pas besoin qu'on lui attribue ce qui ne lui appartient pas.

Le général Lecourbe , si bien secondé par les généraux sous ses ordres, et notamment par les généraux Gudin et Loi son , rendit, à l'armée française, l'éminent service de retarder la marche de l'armée russe dans la vallée de la Reuss , depuis le Saint-Gothard , jusqu'au lac des Quatre- Cantons , en lui disputant le terrain pas à pas , et en ne cédant qu'à des forces qui devaient l'écraser. Il déploya autant d'habileté que de courage et de ténacité. Ce fut à la fin de

resserrer rarmée de Souwarow dans le Muttenllial. Mais, prévoyant que la pénurie des vivres et la nécessité de continuer ses opérations robligeraient bientôt d'en sortir, je me préparai aussi à

cette retraite , devant Altorf , qu'il reçut sa nomination au commandement de Tarmée d'observation du Rhin, et il partit immédiatement, pour se rendre à son nouveau poste. Ainsi, il n'a pu prendre aucune part aux opérations suivantes , lorsque nous avons repris Poffensive contre le maréchal Souwarow,

La part exclusive qu'on a essayé de faire au général Molitor, d'avoir fait échouer le second projet du général Souwarow, n'est pas plus exacte. Ce général s'est brillamment conduit, il a pris une belle part à nos succès, et je lui rends toute justice ; mais il était sous mes ordres, et il n'était guidé que par mes instructions. Il était même placé sous les ordres du général Gazan , et il passa ensuite sous ceux du général Mortier. Un ordre de Tétat major général avait fixé la composition du corps d'armée, mis h mes ordres, et avec lequel je fus seul chargé , de renverser les dernières espérances du maréchal Souwarow, et de l'obliger à quitter la Suisse |)our ne recueillir, qu'au delà du Rhin , les tristes débris de son armée. J'agissais, sans nul doute, d'après les instructions générales du général en chef Masséna, sur qui je reporte tout le mérite des belles conceptions, qui lui acquirent tant de gloire dans cette mémorable campagne. Mais, dans les opérations contre le maréchal Souwarow, comme au passage de la iJnth , je n'en étais pas moins , complètement séparé de lui , et j'agissais avec une entière indépendance. Je me plais à citer, en même temps , Taclive coopération que me donnèrent les généraux Mortier, Gazan, Molitor et Loison. Aux uns et aux autres, nos actions nous appartiennent.

Voir à la Gn du chapitre , pièces n^ 22.

agir contre elle , soit qu'elle tentât de nouveau de s'ouvrir un passage sur Schwitz, soit qu'elle entreprît de descendre sur la Linth, par le Brackel. Le général Mortier était au débouché du Muttentlial. Je dirigeai sur la Linth , et au soutien du général Molitor, le général Gazan^ avec ce qui restait de ma division , dont une partie avait déjà été envoyée au général Molitor. En même temps, ime forte réserve , placée à Einsiedlen , était prête a marcher au secours de celui de ces deux points, qui serait menacé.

Comme je l'avais prévu , le maréchal Souwarow, ne pouvant se maintenir dans le Muttenthal, évacua cette vallée et passa dans celle de la Linth. Je rendis compte de ce mouvement au général en chef.

<( Einsiedlen, le di vendémiaire an tiii (3 octobre 1 799.)

(c Le général Mortier me rend compte, mon cher général , que les Russes ont évacué le Muttenthal; les derniers Cosaques en sont sortis, à deux heures après midi. Ils ont laissé six cents blessés dans le couvent de Mutten, où se trouvent aussi plusieurs de nos blessés, desquels ils ont pris grand soin. Il y a parmi les leurs des officiers de marque, entre autres le prince russe 5îetschersky. Le général Mortier a ordonné qu'ils soient

évacués sur Zug et Lucerne, et il a envoyé des officiers de santé ainsi que des vivres ; ils manquaient de tout. Mutten est occupé par nos troupes.

« On n'a pu encore apprendre quelle direction Tennemi a prise; mais il est à présumer qu'il s'est porté sur Claris , pour attaquer les troupes que nous avons sur la Linth. J'en préviens le général Gazan et je fais tenir la réserve ^ que j'ai à Einsiedlen, prête à marcher à son secours. En même temps , je donne ordre au général Loison de surveiller les mouvements des Russes , et dans le cas j comme je le suppose , où ils ne seraient pas retournés sur Altorff, de porter un corps sur le Linthal y en remontant le Scliachentlial , taudis qu'il dirigera un détachement sur Steig, si déjà il ne l'a fait.

« Le général Mortier marchera surGlaris, parle Klanthaly laissant une réserve à Mutten, pour couvrir le Bisithal et en chasser les corps ennemis qui y seraient restés , ainsi que pour recevoir ce qui pourrait revenir du Linthal. Dans le cas où Tennemi n'attaquerait pas demain le général Gazan , alors on pourra croire qu'il se dispose à marcher vers les Grisons et Sargans, pour joindre l'armée battue, et, par la réunion de ces forces, reprendre Toffensive et chercher à vous faire repasser la Limmath. Si cela arrivait, je ne manque-

rais pas , après avoir fait nettoyer le Lin thaï , de porter des troupes sur Flims, par le Pantenbruck, et sur Wallenstadt ^ par Kremsen , en même temps que y rassemblant sur la Lintli quinze bataillons avec toute ma cavalerie, je porterais cette masse en avant de Lichtensteig , pour suivre les mouvements des ennemis et tomber sur leur flanc gauche, s'ils venaient vous attaquer.

<c Cette manœuvre est naturellement subordonnée aux mouvements de l'ennemi, que je viens de supposer, et dans ce cas, je ne doute pas que vous ne l'approuviez. Veuillez me donner de vos nouvelles; demain je serai sur la Linth. »

Le bataillon de la SU^ demi-brigade, placé au débouché du Klanthal , n'avait pu soutenir le poids de Tarmée de Souwarow. Cependant la résistance fut assez longue pour donner le temps au général Molitor d'arriver à son secours , avec ce qui lui restait de troupes, et de les échelonner sur les deux rives de la Linth, partie devant Mollis , et partie en tête du défilé, en arrière de Netsthal. Dans la journée du 3 octobre , les ennemis dirigèrent leurs efTorts sur ce dernier point; mais, soutenu par les renforts successifs que le général Gazan amena , le général Molitor défendit opiniâtrement sa position ; il reprit trois fois le village de Noefels, repoussa les attaques réitérées des

Le maréiJial

Souwarow dé-

Loudie sur

Glarii.

fausses, et à la huitième, exécutée à 1 entrée de la nuit, il les conduisit jusqu'à Netslhal , api^ leur ^avoir fait éprouver une perte de plus de deux mille hommes.

L'acbarnement que les Russes avaient mis à ces attaques , nous fit penser que le maréchal Sou warow persistait dans le dessein de marcher sur Zurich , pour y rallier l'armée du général Korsakow qui, de son côté, se disposait à attaquer les divisions de notre gauche laissées sur la Thur. Il eût sans doute pris cette direction, s'il nVùt éprouvé une résistance invincible à Noefels^ Reconnaissant alors rinutilité de ses elTorts , voyant ses troupes dépérir à tout instant, manquant entièrement de subsistances, et craignant avec raison d'être enfermé à Claris, s'il y prolongeait son séjour, il se prépara, dans la journée du 4 octobre, à évacuer la vallée de la Linth, pour se diriger par le Sernsthal ou Kleinthal, et le Quinser , vers les Grisons. Déjà nos colonnes s'avançaient; elles commençaient à le déborder, et elles se portaient sur ses derrières pour l'envelopper.

Après que le général Gudin eut repris le Saint- (ïOthard , où il fit quelques centaines de prisonniers , je lui avais donné ordre de descendre dans la vallée du Rhin , et de se porter, par Dissentis , sur Uanz. J'avais aussi ordonné au général Loison de s'emparer de la haute Linth, du Pantenhruck

DU iMARÉCUAL- GÉNÉRAL SOULT. 273

et du Liutlial, d'où il devait descendre la vallée et marcher sur Claris, à la rencontre de la colonne du général Mortier, en même temps qu'il dirigerait un fort détachement sur Flims , pour intercepter ce passage. Enfin le général Mortier remontait le *

Mu tt en thaï, gravissait le Brackel, et descendait sur Glaris, poursuivant les Russes avec sa vigueur accoutumée, leur enlevant beaucoup de prisonniers et de matériel, et leur intéitU^nt toute tentative pour revenir sur leurs pas« IV devait déboucher sur Glaris , de concert avec les colonnes des généraux Gazan et Molitor, que je dirigeais en personne, et qui devaient déboucher du Netsthal. Ces divers mouvements ne pouvaient être terminés que le 5 octobre , et j'avais fixé, pour ce jour même, l'attaque générale. Toutes les troupes se mirent en marche, de grand matin ; elles avaient l'ordre, en joignant l'ennemi, de l'aborder vigoureusement pour compléter sa destruction. Mais les Russes l'évitèrent , en commençant leur retraite, Défwte

des RuMCS.

dès le 4 au soir, et en la continuant toute la nuit. lu se retirent, en

<lrM>rdre, par le

En approchant de Glaris, nous aperçûmes leur p«nteDbruck. arrière-garde qui venait d'en sortir. J'ordonnai au général Molitor de la poursuivre et de la pousser, aussi vivement que possible , afin d'obliger le maréchal Souwarow à s'arrêter pour la secourir. Au lieu de venir la défendre, le maréchal nous l'abandonna, et avec elle ses blessés, la plupart

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de ses chevaux y une caisse militaire, et ce qui lui restait de canons et de bagages ; il avait hâte de sauver les derniers débris de son armée. Voici mon rapport au général en chef sur cet important résultat :

uLichtensteig, le 14 vendémiaire (6 oclobre 1799).

« Je vous rends compte^ mon cher général , du résultat des mouirements que j'ai fait opérer aux 2*, 3* et 4* divisions.

(c Le 1 1 au soir, Tennemi ayant évacué le Muttenthal j le général Loison reçut ordre de porter des troupes dans le Linthal, par le Schachenthal, et d'en pousser vers Pantenbruck. Ces deux mouvements s'exécutèrent, le 1 2 au matin, et le général Gudin s'empara, en même temps, de la vallée d'Urseren.

(c Le général Mortier partit, le 1 2, du Muttenthal, avec un bataillon de la 38* demi-brigade et la 1 08'; il attaqua l'ennemi sur le mont Brackel, le força à se retirer dans le Klanthal , où il le poursuivit , après lui avoir fait trois cents prisonniers, pris un grand nombre de chevaux et de mulets , dix-huit cents fusils, beaucoup de munitions avec la voiture de Souwarow, et avoir vu jeter dans les précipices huit pièces de canon.

(C En évacuant le Muttenthal, Souwarow parut vouloir opérer sa retraite sur ÂltorfTi mais le

mouvement du général Loison dans le Schachenthal l'obligea à ramener précipitamment ses troupes sur Claris, d'où, le 12, il entreprit vainement de nous repousser du défilé de Noefels.

(( Le 1 3 , à 4 heures du matin , les Russes évacuèrent Claris et firent leur retraite par Schwatiden et le Sernsthal, se dirigeant sur Coire. Les généraux Gazan , Molitor et Mortier devaient les attaquer, à la pointe du jour. J'ordonnai au général Gazan de détacher à leur poursuite le général Molitor. Celui-ci les joignit au delà de Schwanden; il leur enleva huit cents prisonniers, une pièce de canon et quantité de chevaux et mulets. A la nuit, il se battait encore, en avant d'Engi, et il m'annonçait de nouveaux prisonniers.

a L'ennemi a laissé dans Claris six cents de ses blessés, dont plusieurs officiers, beaucoup d'équipages; et nos soldats ont pris, dans la poursuite, une caisse militaire contenant trente mille francs, qu'ils se sont partagés.

. (c La perte des Russes , depuis le 8 de ce mois jusqu'au 13, où ils ont opéré leur retraite, est très-considérable ; on leur a fait plus de trois mille prisonniers, en y comprenant les blessés qu'ils nous ont abandonnés. Le nombre d'ennemis tués dépasse quinze cents hommes ; parmi ces derniers se trouve le général des Cosaques, militaire très« estimé et regretté de sa troupe. La route est en

Î76 MÉIdOIRES

outre couverte de mourants et de blessés; nous avons pris plus de huit cents chevaux ou mulets et une énorme quantité d'équipages.

<K II est impossible de se faire une idée de l'étal affreux dans lequel se trouve Tarmée de Souwarow; ses soldats tombent de faim et de misère; depuis qu'ils sont en Suisse, ils n'ont pas reçu de pain. Le pays qu'ils ont parcouru offrait encore quelques ressources; ils ont tout dévoré, et ils s'en vont avec la malédiction des habitants de ces malheureuses contrées , et en voyant, à chaque pas, leurs forces s'affaiblir par les pertes continuelles que la rigueur du climat et la poursuite de nos troupes leur font éprouver.

ic Je suis parti hier au soir de Glaris, après avoir vu déboucher du Klanlhal la colonne du général Mortier, et avoir fait opérer sa jonction avec celle du général Loison, venue par le Linthal. Le général Molitor continuait à poursuivre les Russes; je n'ai pas encore le rapport de sa marche, ni celui des derniers avantages qu'il doit avoir obtenus.

(( Aujourd'hui le général Loison doit porter des troupes du Pantenbruck jusqu'à Flims, s*il y a possibilité, et faire avancer une partie de la brigade du général Gudin vers Dissentis, pour menacer llanz; il gardera en même temps le Saint- (iothard, et tiendra une réserve à Urseren.

« Le général Mortier, avec la 3* division , mar-

che sur Sargans et Wallenstadt , pour prendre position, la droite à Mels, et la gauche à Sargans j couvrant leWeissanerthal.il jettera des partis sur le pont du Rhin , dit Zolbruck j il s'en emparera même, s'il est possible ; il gardera la vallée du Rhin jusqu'à Axmoos, et éclairera celle de la Tliur.

(c Le général Gazan , avec la V colonne des troupes que j'ai rassemblées à Lichtensteig, prendra position aujourd'hui, en avant de Weil. Demain, il marchera sur Constance pour s'en emparer, et il enverra des reconnaissances , pour communiquer avec le corps que vous devez porter sur Stein.

(c La première colonne des mêmes troupes , commandée par le général Brunet , a porté son infanterie légère à Schwelbrug ; demain elle éclairera Appenzell , et prendra position en avant de Saint-Gall , d'où elle enverra de fortes reconnaissances sur Arbon, Roschach et Rheineck.

(C Mon quartier général sera demain à Saint-- GalL

« SoULT. »

Souwarow n'était plus en état de nous donner des inquiétudes; des vingt-cinq mille Russes qu'il avait amenés d'Italie, à peine lui en restait-il dix mille, tous exténués de faim et de fatigue, et la plupart pieds-nus. Il avait perdu ses canons , ses

278 MÉMOmES

bagages y la presque totalité de ses chevaux ; il manquait de vivres , dans un pays dënué de ressourceSy et il ne pouvait s'en procurer qu'en gagnanty au plus t6t, laSouabe. N^attendant plus de lui aucune résistance , je me bornai à détacher à sa poursuite la 2* division, commandée par le général Loison j et une partie de la 3* , aux ordres du général Mortier ; du surplus de mes troupes , qui comprenait la 4* division et une brigade de la 3*, je formai deux colonnes : la première, qui était la plus faible, fut dirigée sur Ârbon, Rheineck et le Rhintbal , comme mon rapport l'indique '. Le général Gazan commandait la seconde et ih^*dJ* principale colonne ; je lui donnai ordre de marcher sur Constance et de s'en emparer, en même temps qu'il enverrait un détachement sur Stein , pour seconder l'attaque que le général en chef (levait diriger, en personne , contre le corps d'armée de Korsakow, renforcé de dix "mille Bavarois. T.e 7 octobre, à deux heures après-midi , le général fiazan était devant Constance; il y trouva le corps d'émigrés français , commandé par le prince de Condé , auquel s'était réuni un détachement de Russes, aux ordres du général Bauer. 11 attaqua \ivenient les ennemis , entra péle-méle avec eux dans la ville, et les poussa jusqu'au pont de Pe-

i . Voir à la fia du chapitre, pièces n* 23.

pénitlons ■ Tliur et le

r>n!(tJiDrf.

tershausen^ d'où il fut, a son tour, raihenë. On se battit de rue en rue, Français contre Français, les uns, en servant leur patrie , les autres dans les rangs étrangers. La valeur était égale; la victoire finit cependant par se ranger du côté des premiers ; à dix heures du soir , le feu cessa , et nous resl&mes mailres de Constance, gardant avec nous quatre cents prisonniers, et le drapeau du régiment de Bourbon. Les ennemis se mirent à Fabri d'une nouvelle poursuite , en coupant le pont de Petershausen.

Plus à gauche, entre le Rhin et la Thur, le général en chef avait, le même jour, rencontré le comimt général Korsakow, qui marchait sur les divisions ^" *" "*' des généraux Lorge et Ménard, pour faire diversion en faveur du maréchal Souv^arow, etconfor- ,. mément à ses ordres , favoriser la réunion des deux armées russes. Cet ordre, donné huit jours auparavant , lorsque le maréchal Souwarow avait encore l'espoir de reprendre la ligne de Zurich et de la Limmath, n'était plus opportun, depuis que le généralissime avait lui-même abandonné la partie et s'élait retiré dans les Grisons, avec le reste de son armée. Cependant le général Korsakow ne crut pas pouvoir se dispenser de le suivre , soit qu'il ignorât le véritable état des affaires, soit qu'il n'eût pas reçu de son chef de nouvelles instructions. Une colonne de douze mille Russes et

Bavarois , <}u'il avait formée , donna avec impétuosité près (l'Andelfiugen , sur la division du général Ménard, et commença par lui faire éprouver des pertes ; mais la réserve de grenadiers étant arrivée au secours de cette division ^ elle chargea les ennemis, les culbuta j et les força à se rejeter, en désordre, dans les ouvrages de la tête de pont de Bussingeu. En même temps, la division du général Lorge repoussait aussi, sur Diesenhofen, une autre colonne ennemie , et Tobligeait à repasser le Rhin.

La tête de pont de Bussingen, placée entre Diesenhofen et ]e couvent de Paradis , pouvait nous opposer une longue résistance. Elle était couverte sur tout son développement , qui était considérable^ par de larges fossés , fraisés et palissades , et ces ouvrages, en forme de couronne, étaient bien garnis d'artillerie. Le général en chef se disposait à Tattaquer, le 8 octobre; mais, pendant la nuit, les ennemis Tévacuèrent. Ils replièrent aussi le pont qui y communiquait , brûlèrent celui de Diesenhofen, et laissèrent à notre disposition toute la rive gauche du Rhin, au-dessous de Constance. Tout fut ainsi fini de ce côté.

» Aufridiiens Au-dcssus du Iqc, nous coutinuâmcs nos opérauLtZ^^i-n tiens. La colonne, aux ordres du général Brunet, que j'avais dirigée sur le Rhinthal , y arriva sans difficulté, et s'étendit sur le bord du Rhin, depuis

le Rhin.

DU MARÉCHAL- GÉNÉRAL SOULT. fSi

son embouchure dans le lac jusqu'à Gams , où passe le chemin qui conduit du Rhinthal dans la vallée de la Thur. Le général Mortier s'était porté à SarganSy à Âxmoos^ et devant Ragats^ où une partie du corps autrichien du général Jellachich avait pris position pour proléger la retraite des Russes^ et couvrir la route deCoire par le pont de Zollbruck. Le général Loison était à Dissentis , et poussait ses postes près d'Ilanz, défendu, ainsi que le mont Kunkelset le pont de Reichenau, parla di« vision autrichienne du général Linken. Le général Gudin gardait enfin les passages du Saint-Gothard; il établissait ses communications avec la division du général Turreau, dans le hautValais, et il éclairait les revers de l'Italie, jusqu'à Bellinzona.

Il ne restait donc qu'à chasser les ennemis de Ragats, de la tête de pont de Zollbruck, de Veltis, du mont Kunkels, de Reichenau et dllanz , pour que nous fussions entièrement maitres de tout le cours du Rhin, jusqu'à ses sources. J'étais revenu de Saint-Gall , par le Rhinthal , à Mels, où était le quartier général de la 3* division. D'après les instructions du général en chef, je chargeai le général Mortier de déloger les Autrichiens de Ragats, et de se porter devant Zollbruck. Ce mouvement se fit , le 1 7 octobre , les ennemis furent repousses de tous ces points; quelques jours après, je les fis aussi attaquer à Veltis, au mont Kunkels, et à

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Reichenau. Ils perdirent tous ces postes et beaucoup de monde ; ils laissèrent en notre pouvoir plusieurs centaines de prisonniers, avec du canon, et repassèrent le Rhin, en détruisant les ponts qui menaient à la rive droite. Les rapports que j'adressai au général en chef, pour lui rendre compte de ces derniers résultats , Finstruisaient également de la situation des ennemis, des projets qu'on leur supposait, des mouvements de l'armée de Souwarow, de Tétat de nos troupes, et des inconvénients qu'il y aurait eu à les engager pkis avant dans cette direction \ Je lui faisais aussi mes observations sur le dessein qu'il m'avait communiqué, de me faire passer le Rhin , pour aller dans les Grisons, continuer la campagne. J'extrais, de ces divers rapports, les détails les plus importants.

« Mels, 5 brumaire an viii (27 octobre).

(( J'ai pris ces dispositions, afm d'obliger l'ennemi à évacuer entièrement la rive gauche du Rhin, lui faire abandonner ou détruire le pont de Feldberg, qu'il conserve encore, et en menaçant de tourner sa gauche, le forcer à faire un mouvement pour la renforcer, ce qui, dans tous les cas, doit produire un effet avantageux. Mais la diver-

i . Voir à la fin du chapitre , pièces n^ 34.

sion serait plus sensible, si les ennemis pouvaient se persuader que nous voulons réellement les tourner, car alors ils concentreraient plus de troupes dans les montagnes, où , dans les circonstances actuelles , et surtout à cause de la saison qui commence , nous n'avons pas grand'cbose à craindre.

« Le mouvement que je fais sera terminé , le 9 ou 10 brumaire; ce ne sera que d'après son résultat y et suivant les renseignements que j'aurai obtenus pendant l'opération, que je jugerai , si le passage du Rbin doit être entrepris. Celte expédition est, du reste, délicate. Peut-être serait-il mieux de se borner à menacer les ennemis dans cette partie , sans nous engager sur la rive droite du Rhin ; car les Autrichiens penseront que nous ne pouvons pas entreprendre de grands mouvements, dans la saison où les montagnes sont déjà couvertes de deux à trois pieds de neige. Au surplus , je profiterai de la liberté que vous m'avez donnée , en vous soumettant à ce sujet , dans ma première, mes réflexions.

(c Dans une lettre que je reçois du général Loison , il me marque que ses soldats sont entièrement pieds-nus; il a éprouvé de grandes difficultés, pour leur faire passer l'Ober-Alp; l'espoir d'être bientôt relevés, et d'obtenir un long repos, les a pourtant décidés. »

« Mels, le 7 brumaire (29 octobre).

a II résulte de tous les renseignements que nous pouvons nous procurer , que Tannée du Danube a devant elle soixante et dix mille Autrichiens ou Russes, indépendamment du corps d'émigrés français j commandé par le prince de Condé y et des Bavarois. Une pareille rémiion est fort respectable. Que peut entreprendre l'ennemi ?

(c L'arcbiduc Charles peut passer le Rliin ^ audessous de Schaffouse j même dans le Fricktbal , tandis que le prince de Condé et les Bavarois pourraient pénétrer par Constance.

ce Souwarow, qui a eu le temps de se réorganiser^ peut, en même temps^ passer le Rhin au-dessous de Feldkircb j marcher sur Saint-Gall , par Âlstetten, et se faire joindre , à Saint-Gall ^ par le corps du général Petrascli , qui aurait passé à Rheineck ^ ou qui, à la faveur des embarcations que les ennemis ont sur le lac de Constance , aurait mis ses troupes à terre , vers Arbon ou Roschach .

(( Pendant que ce mouvement s'opérerait, le général Linken inquiéterait notre droite; mais c'est le moins à craindre. Que pouvez-vous faire pour vous opposer h cette manœuvre , qu'il faut supposer que l'ennemi fera ? Laisser votre droite

sur la défensive, et sans perinellre qu elle passe le Rhin , lui prescrire de continuer à en faire la démonstration, pour faire agir votre centre et la gauche.

(( Deux demi-brigades suffisent à la 2" division, pour garder le Saint-Gothard et la vallée de Dissentis ; les troupes qui seraient sur ce dernier point éclaireraient jusqu'à Reichenau, et menaceraient toujours Coire.

(( Avec quatre demi-brigades , un régiment de chasseurs à cheval, huit pièces de 4 et deux obusîers, qui forment la troisième division , elle peut garder, depuis ZoUbruck et Veltis, jusqu'à Alstetten, en continuant ses démonstrations de passage.

(c Une demi-brigade, deux escadrons de hussards, et quatre pièces de canon , garderaient le débouché de Rlieineck, depuis Alstetten jusqu'à Roschach .

a Par cette répartition , vous pourriez retirer, des 2'^ etS*" divisions, trois demi-brigades et. une compagnie d'artillerie légère^ qui seraient portées à votre centre.

(( Le passage du Rhin dans cette partie, et un mouvement dans les Grisons, me paraîtraient, en ce moment, un mouvement dangereux. D'abord il ne mènerait à rien , car l'ennemi ne prendrait pas le change; la saison étant tellement avancée, qu'il ne supposera jamais que nous ayons le

projet de forcer les passages du Tyrol. Ainsi , il méprisera 9 avec raison, ce mouvement , et n'en agira pas avec moins de sécurité sur votre centre et sur votre gauche. D'ailleurs, vous perdriez du temps, en vous livrant à cette opération qui , serait-elle couronnée de succès , ne vous mènerait qu'à établir , sans but déterminé , des têtes de pont sur la rive droite du Rliin , et vous seriez dans l'impossibilité d'en retirer les trois demibrigades, avec l'artillerie, que vous pouvez dès ce moment envoyer à votre gauche.

« Les moyens que je laisse à droite me parais* sent suffisants , dans l'hypothèse d'une défensive absolue dans cette partie, car l'ennemi ne peut pas non plus entreprendre grand'chose. Bientôt les passages seront fermés par les neiges, et il n^est pas vraisemblable que , dans cette saison , il s'engage dans des montagnes d'un accès si difficile.

« Si vous admettez, mon cher général , les propositions que je viens de vous soumettre, vous augmenterez considérablement les moyens que vous devez réunir pour entrer en Souabe ; mais cette opération, que je regarde comme nécessaire, sous plusieurs rapports, et très-possible , ne peut trop être accélérée. Prévenez l'ennemi, si vous ne voulez pas être prévenu par lui. Je crois fermement qu'il reprendra l'offensive, aussitôt qu'il sera eu mesure. En passant le Rhin , vous dérangerez

ses projets, et une afîaire un peu vigoureuse peut assurer à rarmée des quartiers d'hiver trauquilles, sans quoi n'y comptez pas.

« Votre gauche doit commencer le mouvement ; mais elle doit être renforcée et mise à même de pouvoir se passer de secours, car l'ennemi ne manquera pas d'y porter des forces imposantes. Profitant de cette manœuvre, vous pourrez faire passer le centre dans les environs de Schaffouse , où les succès qu'il obtiendra seront peut-être décisifs. Ne craignez pas que, pendant ce temps, l'ennemi entreprenne un passage vers Rheineck , puisque vous l'aurez prévenu; mais si cela arrivait, comme la gauche sera seulement engagée , le centre serait toujours à même de le repousser.

w J'espère que, le 1 0 ou le 11, j*aurai fait repasser le Rhin à toutes les troupes ennemies, qui sont encore à la rive gauche et sur le Kunkels, où elles ont été renforcées. Cela fait, je mettrai en marche sur Zurich trois demi-brigades et Tartillerie légère. Je remettrai le commandement de la 3" di-* vision au géiiéral Mortier , en lui laissant une instruction , et je viendrai de suite prendre vos ordres , pour me porter à la gauche , où je crois pouvoir vous être utile.

a Je n'ai pas l'amour-propre de croire à l'excellence des propositions que je viens vous soumettre; mais je vous les présente, pénétré de votre indul-

gence et persuadé que vous y reconnailrez le zèle qui m'anime pour le service et l'attachement que je vous ai voué. Donnez-moi vos ordres, et comptez sur mon exactitude à les remplir.

a SOLLT. w

Mes vues se rencontrèrent avec celles du général Masséna , car il me répondit aussitôt :

« Zurich , le 8 brumaire (30 octobre).

u J'ai reçu, mon cher Soult, votre lettre avec vos réflexions sur les mouvemeùts^^térieurs de la campagne. Recevez-en mes rémerctments , et vous verrez par la suite le cas que j'en fais.

«Faites faire votre mouvement, pour chasser tout ce qui peut se trouver encore sur la rive gauche du Rhin ; mais je vous fais observer qu'il est de toute impossibilité que le général Loison puisse tenir à Dissentis. Les neiges lui fermeraient tout passage^ pour retourner sur ses pas, et, ce qui est encore pis, c'est qu'il y mourrait iie faim. Vous devez donc penser à le faire retourner, au plus tôt, à AltorlT, crainte d'accidents; c'est ce à quoi je vous invite fortement.

c( Lorsque votre mouvement sera achevé, vous pourrez commencer a diriger sur Weil la 25* et la 36" demi - brigade , avec deux escadrons du

1 0® de chasseurs. Ayez soin de faire changer la demi-brigade de Loison , qui , comme vous le savez , ne peut rester plus longtemps à AltorfF. La compagnie d'artillerie légère se rendra également àWeil.

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