DU CHAPITRE VI
Rapport du général Lefebure au général en chef
Jour dan.
Je te dois des détails sur les opérations de Tavantgarde, dans la journée du 28 prairial.
A quatre heures et demie du matin, Tennemi était en bataille , à une bonne portée de fusil , en arrière de Fleurus, quand j'ai été à sa rencontre avec Tavant-garde. La canonnade a commencé ^ et en un moment elle devint si vive , et TafTaire si générale, que tous les corps se trouvèrent engagés. Je ne tardai pas à m'apercevoir que ma droite était beaucoup exposée, et que je courais le risque d'être tourné de ce côté. La division des Ardennes, qui devait protéger ma droite, s'était repliée, et avait abandonné la position du Moulin-à-Vent , que son artillerie occupait; de sorte que les batteries qui
faisaient feu sur cette division me prirent alors pai* le flanc y et il me fut très-difficile de me couvrir de ce côté y étant obligé de dégarnir un autre point.
Ma gauche devint dans un instant aussi exposée ; la division Championnet tyant abandonné la position en avant de^Ransart, Tennemî^en profita pour y placer ses batteries , et je fus, dans le moment, enveloppé par une artillerie nombreuse, qui me fit un tort considérable. M^ voici des traits dont riiistoire fournit peu d'exemples d'une bravoure aussi constante et si distinguée :
Par la retraite précipitée de la division des Ardennes, ma droite s'étant trouvée totalement à découvert , le bataillon des grenadiers qui la protégeait, fut chargé deux fois par la cavalerie ennemie, et surtout par celle de Berchiny émigré. Xh bien ! deux fois ce brave bataillon fut au-devant de Peunemi , chargea lui-même la cavalerie, fit mordre la poussière à tout ce qui s'opposa à son passage, et se fit jour, à travei's plusieurs escadrons qui l'entouraient. — Un bataillon de la 13* demi-brigade d'infanterie légèi'e était entouré et chargé par dix escadrons de hussards de Rei*chiny émigré ; ce b itaillon, sans se déconcerter, se forma sur-le-champ en bataillon carré, et soutint vigoureusement la charge de la cavalerie, se fît jour à travci*s elle, cl en fit un carnage terrible. — Le brouillard était si épais, qu'à peine pouvait-on se distinguer à dix pas. La 19* compagnie d'artillerie légère fut chargée par la cavalerie ennemie, sans qu'elle pût re-
connaître son ennemi , -si ce^'est cfuand elle villes hussards de Wurmser et de Berchiuy emmener les pièces et les caissons. Les canonniet^s étaient en batterie; sans perdre de^lmps^ ils montent à cheval, se battent comifie des républicains qui veulent vaincre y et, conjointement avec deux escadrons du i^ régiment de chasseurs à cheval, fls dégagent leurs pièces et contint!^ un feu terrible. Dans cette charge , Tadjudant-général Debelle a été blessé de plusieurs coups de sabre sur la tête. — Le 2" bataillon du 54* régiment était entouré par la cavalerie ennemie; il s'est fait jour à travers, au pas de charge, mais il a été forcé d'abandonner ses pièces et deux caissons : Tennemi avait coupé les traits des chevaux et les avait emmenés. — Le feu prit à un caisson de cartouches d'infanterie, et il y en avait encore de bonnes. Les soldats s'empressèrent d'en retirer celles qui pouvaient servir et qui n'avaient pas été consumées, quoique le feu fût dans les rouages et après le caisson.
Je devrais te citer en particulier tous les corps qui composent Tavant-garde; tous se sont battus avec ce sang-froid qui caractérise le soldat français ; tout le monde était à son poste, et tout le monde a donné. Je le dis avec plaisir, pas un n'a lâché pied ; et , pendant sept heures et demie qu'a duré le combat le plus opiniâtre et le plus vif, personne n'a fait de mouvement pour se retirer.
Enfin j'occuperais encore la position de Campinaire, si j'avais eu des munitions. J'avais tout con- I. i'à
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sommé, et je suis re^fenu avec trente coups à tirer dans mon artillerie légère; Tartillerie de batailllon et de douze avait tout brûlé. Notre perte est grande, car nous avons à regretté*^ de bons soldats; je t'en rendrai compte aussitôt que les rapports des difTérents corps me seront parvenus. Nous avons aussi perdu beaucoup de chevaux d^artillerie et de cavalerie.
L'ennemi a eu beaucoup de monde de tué, surtout en cavalerie; nous lui avons fait quelques prisonnters, dont un chef d'escadron , deux autres officiers et trois hussards de Berchiny émigré , que je t'enverrai. Donne des ordres pour que désormais les munitions ne manquent pas; car rien de plus désolant que de se voir obligé d*abandonner le combat, h*ayant plus rien pour répondre au feu de l'ennemi. Je dois te dire que, hier soir, j'ai fait demander au grand parc des munitions, pour remplacer celles qui avalent été employées ; on n'en a envoyé que la moitié de ce que j'avais demandé , et qui même n'auraient suffi que pour soutenir le feu pendant trois heures. Donne des ordres pour qu*on m'envoie des munitions de tout calibre^ et pour que le petit parc, qui doit m*étre affecté, soit plus considérable, afin de ne plus être exposé au même inconvénient.
Je te prie de donner des ordres aux divisions qui, dans les mouvements qui se feront désormais , devront protéger mes flancs, pour qu'elles aient à suivre mes mouvements , et h s'entendre avec moi sur les opérations qui devront se faire. Lefebvre.