CHAPITRE VI
Nous avons laisse , à la fin de janvier, l'armée MouTemeot
^ de Tannée de le
de la Moselle rentrée dans ses cantonnements sur MoMiie. la Sarre et la Moselle. Trois mois de repos et de soins assidus l'avaient mise dans un parfait état ; au mois d'avril, ses forces s'élevaient à près de soixante mille hommes. L'embrigadement des bataillons de volontaires avec ceux des anciens régiments de ligne , qui s'opérait , donnait plus de consistance et un meilleur esprit aux nouveaux corps. Hoche, sacrifié à l'inimitié de Saint- Just et de Pichegru , avait quitté le commandement de l'armée et emporté ses regrets. Mais Jourdan , relevé de sa disgrâce , était venu le remplacer ; il était connu par un grand dévouement à ses devoirs et par les brillants services qu'il venait de rendre ; ses lieutenants rivalisaient de zèle pour le seconder. La confiance que les troupes avaient dans leurs chefs les rendait sou-
mises y et modérait leur impatience de prendre une plus grande part à la guerre , car elles n'avaient que peu d'ennemis devant elles : les généraux Beaulieu et Blankenstein, chargés de couvrir, avec trente mille hommes , la Forteresse de Luxembourg et Télectorat de Trêves. La guerre de postes et de positions , comme on pouvait la faire sur la Sarre et la Moselle, n'amenait que de faibles résultats. Il en fallait de prompts et de décisifs sur la ligne du nord; il fallait y opérer une diversion puissante, l^es meilleures divisions de Tarmée de la Moselle v furent destinées; elles furent chargées de faire avec Tarmée du Nord ce qu'elles avaient fait, quelques mois auparavant , avec Tarmée du Rhin , lorsqu'elles avaient remis la victoire entre ses mains. Dans le mois de mars, le représentant Caniot en avait arrêté le plan. Cette conception , qui honore sa mémoire, ne fut connue de l'armée qu'au moment où Texécution commença. L'armée l'avait presque devinée au nom de son nouveau général, qui lui rappelait Hondsclioote et Vatignies. Jusque-là cependant , tous les mouvements durent faire croire à l'armée, comme à l'ennemi, que sa seule destination était de prendre Luxembourg ou d'en couvrir le siège. En effet , le 15 mars, Tavant-garde de l'armée, commandée par le général Lefebvre dont j'étais chef
d'état-major, et Taile gauche , composée des divi* sious Morlot et Championnet , aux ordres du général Hatry, levèrent leurs quartiers et se dirigèrent, par ïbionville et Fontoy, sur Longwy. L'avant-garde s'arrêta à Tiercelet , où elle établit son camp; les deux autres divisions se placèrent en arrière; la droite de l'armée des Àrdennes, sous les ordres du général Vincent , qui s'appuyait à Montmédy, devait communiquer avec notre aile gauche. Le 21, un mouvement combiné sur Virton en chassa les ennemis et fit opérer la jonction .
A notre approche, le général Beaulieu avait appelé à lui une partie de la garnison de Luxembourg, et il concentrait son corps d'armée en avant d'Ârlon, la droite à Tornich, la gauche vers Nieder-Elter, ayant une avant-garde à Buvange. Le 7 avril, Jourdan nous fit marcher pour l'attaquer ; ce jour-là on se borna à pousser les postes eimemis et à prendre position entre Tirpingen et Bébange. On ne fit rien les dix jours suivants. L'attaque fut ordonnée pour le 18. L'avant-garde suivit la grande route de Longwy à Arlon, et força le centre des Autrichiens à Weyler et à Sesselig; la division Championnet gagna leur droite au-dessus de Tornich , par Habergy et Ldange, tandis que le général Morlot se détachait sur leur gauche , par Houdelange et Ober-Elter ;
la réserve de cavalerie suivait au centre le mouvement de l'avant - garde. Beaulieu n'attendit point d'être entièrement compromis ; il se retira sur Luxembourg, après avoir perdu un millier dliommes. Mais il revint dix jours après, par le cÀté opposé j surprendre au milieu de la nuit , dans Arlon , la réserve de cavalerie qui se gardait négligemment. L'infanterie était campée en arrière d' Arlon , et ne put qu'au jour remédier à cette échauffourée. La leçon fut utile, et on fit mieux le service à l'avenir.
Le corps d'armée reprit le lendemain ses posi* tions autour de Longwy, et y resta sans rien entreprendre jusqu'au 21 mai , pendant que les divisions de droite , commandées par le général Moreaux dit le Vieux , et échelonnées le long de la Sarre et de la Moselle , entretenaient une guerre d'avant-postes , en avant de Rodemacker, avec ceux que l'ennemi détachait de Luxemboui^, et au-dessous de Sierck ainsi c|ue vers Mertzig, avec ceux qui couvraient Trêves. Ces démonstrations, insignifiantes en apparence, fixaient l'attention de l'ennemi, et servaient à affermir le général autrichien dans la sécurité que lui inspiraient la surprise d'Arlon et l'inactivité de notre gauche. Aussi, confiant dans l'appui que lui donnait la forteresse de Luxembourg, et persuadé qu'il n'avait rien à craindre de ce côté, le
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général Beaulieu s'éloigna , le 1 7 mai , avec une partie de ses forces, pour chercher à surprendre le château de Bouillon ; il ne réussit point, et son armée ne se distingua que par les excès qu'elle conimit. Cependant, des renforts tirés de l'armée du Rhin rejoignaient l'armée de la Moselle, et Jourdan préparait sur la Chiers, au-dessous de Longwy, l'exécution des ordres du comité de salut public , par lesquels il lui était prescrit d'aller, avec cinquante mille honmies , se réunir sur la Sambre aux divisions Charbonnier et Desjardins, en traversant les Ârdennes.
Complètes dans leur organisation et campées , les quatre divisions d'infanterie du corps de gauche de Lefebvre, Hatry, Morlot et Championnet, la réserve de cavalerie du général Dubois, et un train d'artillerie de soixante-douze pièces de canon, formant l'armée d'opération, n'attendaient qu'un dernier ordre pour partir. Déjà le général Moreaux , qui devait rester pour commander sur la Moselle , avait reçu ses instructions ; le 21 mai, Jourdan nous fît marcher sur Arlon. Le lendemain, et les jours suivants, nous continuâmes le mouvement par Habay, Neufchâteau, Saint-Hubert, Nassogne, Marche-en-Famenne, Ciney, Dinan, où l'armée passa la Meuse, et Saint -Gérard. A notre approche, Beaulieu se retira précipitamment de devant Bouillon. Ne
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pouvant revenir sur Luxembourg, il alla passer la Meuse à Naniur, et, remontant la Sambre, il fut se réunir à Tarmée autrichienne , vers Charleroi. Nous joignîmes deux fois Tarrière-garde, qui couvrait sa retraite à Neufcliâteau, et à son départ de Sainl-Hubert; chaque fois elle fut très-maltrailée. Nous arrivâmes à Saint-Gérard, le 3 juin. Le même jour, les divisions des Ardennes, commandées par le général Charbonnier, et celles du général Desjardins, qui, pour la troisième fois, avaient passé la Sambre et investi Charleroi, étaient attaquées et repoussées avec perte , sur la rive droite de la rivière, comme nous Tavons vu. Ce (àcheux événement fit opérer la jonction des deux armées un jour plus lot qu*elle ne devait avoir lieu. Par la réunion des divisions venues de la Moselle , de celles de l'armée des Ardennes, et des trois divisions de la droite de Tarmée (lu Nord, une armée de quatre-vingt-dix mille hommes se trouvait rassemblée, le 3 juhi, entre la Meuse et la Sambre , sous les ordres de trois généraux en chef. Cette divisicm de Tautorité ne pouvait sul>sisler; avant notre arrivée, et lorsque Tannée était partagée entre deux connnandements, elle avait eu de fâcheuses conséquences; un troisième |M)uvoir devait aggmver ses dangers. lies représentants sentirent enfin qu*il était temps d*y remédier et , par un arrêté , ils investirent Jourdan
du commanderaent supérieur. Blus tard , après la victoire, le comité de salut public confirma cette disposition et donna à toute Tarmée la dénomination de Sambre-et-Meuse.
On était pressé d*agir, et, pour la quatrième fois y de passer la Sambre ; mais il entrait dans le projet de prendre Charleroi; l'équipage de siège n'était point airivé; il fallait d'ailleurs donner quelques jours à l'organisation de la nouvelle armée et à établir son administration. Appuyé de l'autorité des représentants, Jourdan prit toutes ces dispositions , jusqu'au 1 2 juin , et , de son quartier de Nalinnes, autour duquel l'armée fut concentrée, il en régla ainsi la distribution : Marceau, avec deux divisions des Ârdennes, eut la droite de Tarmée et fut devant Pont4i-Loup ; les quatre divisions de la Moselle prirent le centre , entre Chastelet et Marchienne; Kléber passa au commandement des divisions de gaucbe^ que le général Desjardius avait si mal dirigées auparavant; le général Scherer, qu'on destinait au siège des quatre places françaises occupées par les ennemis, s'établit depuis Tbuin jusqu'à Maubeuge; enfin^ le général Hatry fut destiné, avec sa division , au siège de Charleroi. En même temps les rapports s'établirent avec Pichegru , à Tarmée du Nord, et l'on connut les mouvements des alliés.
Depuis la bataille de Tourcoing, leurs princi-
pales forces ëta^nt restées concentrées entre Toumay, Saint- Atnand et Orchies, excepté le corps de Clairfayt, qui était toujours séparé sur la rive gauche de la I.ys. Plusieurs affaires sanglantes avaient encore eu lieu, mais avec des résultats balancés. Ainsi, le 22 mai, une attaque, faite par les divisions du général Souham, sur la ligne de l'Escaut, au-dessous de Tournay, avait échoué malgré toute la valeur déployée par le général Macdonald à Pont-à*Chin , et nous y avions encore perdu cinq à six mille hommes. I.e 13 juin, nous fûmes plus heureux devant le corps de Clairfayt, qui (iit battu à Hooglède, en avant d'Ypres. Ce succès fut principalement dû à la ifigueur avec laquelle la brigade Macdonald, qui formait le centre de Tarmée , résista à toutes les attaques dirigées sur elle, et il eut pour résultat la reddition d*Ypres. Cette place était assez insignifiante par elle-même , mais les opérations , sur cette partie de la frontière, avaient au moins, cette fois, l'avantage d'y attirer l'attention des alliés et de faire une diversion utile aux autres opérations qui se préparaient, sur la Sambre. Aussi le prince d'Orange n'avait-il, ù cette même époque, que quorante à quarante -cinq mille hommes en avant de Charleroi , lorsque nous en avions quatre-vingt-dix mille. Nous y aurions eu un succès assuré , si notre ligne n'eût encore eu
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un développement beaucoup trop grand ; il permit au général ennemi , qui tenait ses troupes plus réunies^ et qui prit l'initiative de Tattaque, de se procurer, malgré Vinfériorité de son armée, une supériorité relative sur tous les points d'attaque.
Le 12 juini Jourdan nous fit porter en avants Quatri^
paiMge de
Les divisions Marceau passèrent la Sarabre aux ponts de Tamines et de Temier^ d'où elles furent prendre position, en tête du bois de Lambusart, occupant les villages de Velaine et de Wanfersée. L'avant-garde du général Lefebvre et la division Championnet efTectuèrent leur passage à Pont-à- Loup et à Chastelet ; la première alla se former sur les hauteurs de Campinaire , sa droite appuyée à Lambusart , d'où elle occupa Fleurus par . ses troupes légères ; la seconde prit position en avant de Ransart, et mit des postes à Wagnée et à Heppignies. Les divisions Morlot et Hatry passèrent à Marchienne«au-Pont ; la dernière investit Charleroi, l'autre campa en avant de Gosselies. L'aile gauche du général Kléber, qui avait précédé ce mouvement par la même direction, s'établit sur la rive droite du Piéton , au-dessus de Courcelles , gardant Forchies et Frazegnies.
Il est aisé de voir que, sur quelque point de cet immense développement que les ennemis se
i . Voj,, dans VÂthUy la carte des environs de Gharleroi.
présentassent , ils pouvaient forcer la ligne française d'autant plus facilement, qu'entre le centre et Faile gauche , les défilés du Piéton tenaient les corps séparés, et qu'en cas de revers les divisions devaient encore se séparer, pour aller aux extrémités chercher les passages; la place de Charleroi étant, en outre, au milieu de la circonférence et sa garnison étant toujours prête à inquiéter le côté sur lequel elle cesserait d'être contenue.
il y avait deux moyens de remédier à cet inconvénient de position : le pi'emier, de se retrancher; le second, d'aller aux ennemis. Jourdan les adopta tous les deux à la fois. On commença à travailler, et le 16 une reconnaissance générale fut ordonnée, il se rencontra que, le même jour, le prince d'Orange venait à nous dans la direction des Trois-Bras, que l'avantgarde et les divisions du centre devaient prendre. Le brouillard était très-épais , on allait en tâtonnant ; à chaque instant il fallait s'arrêter pour se reconnaître et se rallier. On se trouve tout à coup en présence; une vive canonnade s'engage; Fleurus est dégarni; les Autrichiens y pénètrent. Forcé d'évacuer Wanfersée, Velaine et le bois de Lambusart, Marceau laisse notre droite à découvert. L'avant-garde et le centre, qui ont dépassé Villers et Frasne, reviennent sur leurs pas; le général Wemeck veut nous poursuivre; Jourdan
àê Cimpiaai
engage sur lui , à Pont-à-Migneloup , sa réserve de cavalerie et lui enlève une batterie avec six à sept cents prisonniers. Kléber obtient aussi des succès en avant de Trazegnies , et il se dispose à tourner la droite des ennemis. Lefebvre ayant repris sa position de Campinaire, fait rentrer ses troupes légères à Fleurus, lorsque vers midi, le brouillard s*étant dissipe , nous laisse voir les divisions de droite en pleine retraite , pour repasser la Sambre, et Beaulieu qui les pousse avec vingt bataillons et une nombreuse cavalerie , faisant effort pour gagner Charleroî.
11 n'était plus possible de rétablir la bataille , ni ComUt même de se maintenir. La division Championnet s*est retirée des hauteurs de Ransart, celle du général Hatry lève Vinvestissement de Charleroi. 11 ne restait qu'à aller se reformer derrière la Sambre, pour revenir ensuite. Jourdan ordonne le mouvement y mais l'avant-garde doit rester en position pour le protéger. Tous les corps qui la composent y environnés d'ennemis , sont successivement obligés de se faire jour; notre infanterie , après avoir repoussé plusieurs charges , va jusqu'à charger elle-même la cavalerie autrichienne à la baïonnette. Le rapport du général Lefebvre < décrit exactement cette action remarquable et
i . Voir, à la fin du chapitre , pièce n* 1 .
donne une idée de ce qu'étaient nos soldats. Les caissons volaient en éclats; mais tant que les munitions durèrent , personne ne songea à quitter ce théâtre de carnage : elles manquèrent cepen* dant à la fin y et il fallut nous retirer. Le soir, Lefebvre ^ après qu'il eut fait repasser la Sambre à son avant-garde, écrivit au général Jourdan : « J'avais tout consommé; j'occuperais encore la position de Campinaire si les munitions ne m'avaient manqué. Je suis revenu avec trente coups à tirer pour mon artillerie légère ; celle de bataillon et celle de douze avaient tout brûlé. » Kléber, sur la gauche, eut constamment l'avantage sur l'ennemi; mais le mouvement général l'obligea aussi à la retraite, et il la fit, en fort bon ordre, sur les hauteurs de Lemes, où il s'arrêta.
Des deux côtés, les pertes furent à peu près ^ales ; il y eut trois mille hommes hors de combat dans chaque armée, mais l'honneur de la journée resta aux ennemis , qui , avec des forces de moitié inférieures, étaient parvenus à nous repousser. Le prince de Cobourg en fut tellement ébloui qu'il crut que le prince d'Orange nous avait mis pour longtemps hors de combat; s'en rapportant ainsi à son lieutenant pour arrêter nos tentatives ultérieures, il crut pouvoir aller au secours d'Ypres et du général Clairfayt, mais il
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arriva trop tard , et revint à Toumay sans avoir rien fait«
L'affaire du 16 était pour nous un mauvais début, mais personne, dans Tarmée, ne tint compte de l'échec que nous venions d'éprouver ; on l'attribua au brouillard et à l'épuisement des munitions* U valait mieux donner cette raison que laisser les représentants Saint-Just et Lebas , qui étaient avec nous, informer sur les véritables causes; ils eussent, à tort ou à raison, exigé des victimes. Jourdan leur promit la victoire , et qu^il irait la chercher dès le lendemain. En effet, ayant pourvu au remplacement des pertes , et fait venir de Maubeuge l'équipage de siège qui devait servir contre Charleroi, il donna ordre que l'armée passât la Sambre^ le 18 juin, pour la cinquième fois, afin de reprendre les positions qu'elle avait quittées deux jours auparavant.
Nous opérâmes le mouvement presque sans Cinqui*ni<
. passage de
voir d'ennemis; à notre approche leurs postes samUre. s'éloignèrent , et ils furent huit jours sans revenir. Ce temps fut mis à profit pour nous fortifier ; les lignes^ les redoutes s'élevèrent; ]e jour, la nuit, les troupes se remplaçaient successivement sur les travaux , et elles ne prirent du repos que quand elles se trouvèrent à couvert. Il n'était pas nécessaire de les exciter; l'utilité des fortifications de campagne leur était démontrée, elles reconnais-
saient que c'était un moyen de sécurité et de victoire, et elles rivalisaient entre elles pour faire mieux et plus vite. Le front de l'avant-garde , en tête du bois de Campinaire, fut particulièrement retranché ; sa droite s'appuyait au village de Lambusart , dont les approches étaient défendues par des redans et des coupures ; sa gauche se prolongeait dans la direction d'Heppignies , où la division Championnet s'était environnée de redoutes armées d'une forte artillerie. Plus à gauche , la division Morlot et les divisions kléber, à la droite, les divisions Marceau, travaillaient toutes également, p,^ Ce fut surtout la division du siège qui déploya
deOttricroi. ^^^ activité dcvaut Charleroi. Le colonel Marescot dirigeait les opéi*alions du génie, sous les yeux des généraux Jourdan et Hatry ; on avait un équipage d'artillerie suffisant, et les représentans Saint-Just et Lebas se tenaient au pied de la tranchée pour presser les travaux. Un jour, ils visitaient l'emplacement d'uire batterie que l'on venait de tracer : « A quelle heure sera-t-elle fmie? demanda Saint-Just au capitaine chargé de la faire exécuter. — Cela dépend du nombre d'ouvriers qu'on me donnera; mais on y travaillera sans relâche, i-épond l'officier. — Si demain, à six heures, elle n'est pas en état de faire feu, ta tête tombera!... » Dans ce court délai , il était impossible que l'on-
vrage fut termiDé ; on y mit cependant autant d'hommes que l'espace pouvait en contenir. Il n'était pas entièrement fini, lorsque Theure fatale sonna ; Saint-Just tint son horrible promesse : le capitaine d*artillerie fut immédiatement arrêté et envoyé à la mort, car Féchafaud marchait à la suite des féroces représentants. Si nous n'avions pas remporté la victoire, la plupart de nos chefs auraient subi le même sort. Nous apprîmes, plus tard, que Saint-Just avait porté sur une liste de proscription plusieurs généraux de l'armée, et qu'il m'y avait compris, quoique je ne fusse encore que colonel. Jourdan devait être sacrifié le premier ; il avait remplacé Hoche dans le commandement , et il avait, comme lui, encouru la haipe du représentant, par la courageuse résistance qu'il opposait à ses volontés, lorsque la présomptueuse ignorance de Saint-Just prétendait diriger les opérations militaires.
L'ennemi ne se montrait pas depuis cinq jours, le feu était ouvert contre Charleroi , et tout faisait espérer que la place serait bientôt réduite à capituler. S'en tenant aux ai^parences et voulant satisfaire Pichegru, qui demandait des renforts, sans aucune nécessité, Saint-Just ordonna à Jourdan de lui envoyer trente mille hommes, par Douai; c'était nous mettre à la merci des ennemis, dont les forces allaient, deux jours après, être considé-
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rablement augmentées par l'arrivée du corps que le prince de Cobourg amenait de Tournay. Jourdan refusa d'obéir; ni la prière ni la menace ne purent le déterminer à mutiler et à perdre ainsi son armée; il répondait du succès si on la lui laissait entière.
Grâce à ce refus , qui eut une importance décisive sur les succès de la campagne , l'armée ne fut point divisée, et elle se tint prête à recevoir l'ennemi. Le siège de Charleroi était poussé avec vigueur; le 25 juin, six jours après Touverture de la tranchée, le feu de la place était éteint. On fit avancer, à dix toises du chemin couvert , les apprêts d'un assaut , eu même temps qu'un parlementaire alla sommer la garnison de capituler. La sommation contenait Tordre suivant, adressé par Saint-Just au général Jourdan : « H est ordonné au général en chef de l'armée sur la Sambre de faire donner l'assaut à la ville de Charleroi et de passer la garnison au fil de Tépée , si cette place n'est pas rendue à discrétion dans une heure. » Le parlementaire revint aussitôt, et amena un major autrichien, porteur d'une lettre contenant des articles de capitulation. Saint-Just refusa de l'ouvrir et dit au major : « Vous avez connaissance de l'ordre que j'ai donné au général en chef; j'avais la puissance de le donner , mais je n'ai pas celle de le rétracter. Il me reste pour son exécution
le courage de Tarmëe et le mien. Portez cette réponse à votre général, et dites-lui de s'en rapporter à la générosité française. » Si le commandant de Cliarleroi eût eu quelque énergie, son devoir lui élait tracé par cette réponse; heureusement pour nous, il perdit la télé, signa la capitulation qui lui était dictée, et se rendit prisonnier de guerre avec deux mille sept cents hommes, au moment où le prince de Cobourg portait une forte reconnaissance sur notre front, devant Fleurus et a la Chapelle d'Herlaymont, pour faire entendre son canon à la garnison et lui annoncer l'approche du secours. 11 était trop tard, nos troupes entraient dans Cliarleroi. Nous profitâmes de Favis, et nous nous attendîmes à être attaqués le lendemain.
En effet, le 26, à trois heures du matin, la ba- Bataille taille commença , et elle se développa successivement, devant le front de nos divisions, dont chacun défendait la position où elle s'était retranchée. La prise de Charleroi avait rendu la division Hatry disponible. Jourdan en porta une brigade au soutien de la droite, en arrière de Lambusart , et une autre brigade , en seconde ligne du centre , à Ransart, avec la réserve de la cavalerie. Pour mieux concentrer Tarmée, il aurait voulu retirer toute sa gauche derrière le Piéton; mais n'ayant pu changer à temps le grand parc qui était à
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Montigny-les-Tigiieux, ni lever les ponts de MarchiennCi il dut maintenir Kléber sur la ligne de Trazegnies à la Sambre, par Forchies. il attendit ensuite Févénement avec confiance.
Par la réunion des corps venus de Tournay , Tarmée alliée se trouvait forte de soixante-quinze mille hommes. Le prince de Cobourg en forma trois corps principaux. Le prince d*Orange resta à la droite, qui fut opposée à Kléber, et se divisa en trois colonnes. Trois autres colonnes, commandées par les généraux Quasdanowich, prince de Kaunitz et archiduc Charles, et dirigées par le prince de Cobourg en personne , formèrent le centre destiné à se porter sur les divisions Lefehvre, Championnet et Morlot , entre Fleurus et la grande route de Bruxelles a Charleroi. A la gauche, le général Beaulieu fut chargé d'attaquer les divisions Marceau, depuis Fleurus jusqu'à la Sanibre.
Devenue générale dés son début, la bataille nous fut désavantageuse pendant douze heures, «ans que personne put prévoir quelle en serait la fin. Marceau, repoussé de Wanfersée et de Nelaine, fait de vains efforts pour retenir ses troupes, en tête du bois de Copiaux; elles Tabandonneut. Les troupes légères de Tavant-garde sont forcées, dans Fleurus, par Tarchiduc Charles, et poussées jusqu'à demi-portée de Lambusart. Le prince de
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Kaiinitz refoule, dans les relrancbemenls d'Heppigiiies et de Wagnée, les avant-postes de la division Championnet. Le prince d'Orange se rend maître du Calvaire d'Anderlues et de FontainerÉvêque, d'où sa colonne de droite doit s'avancer sur Monceaux; mais elle est heureusement arrêtée par la brigade Daurier, entre Rus et le château de Wespe. Le général autrichien Latour dirige les deux autres colonnes de droite sur la division Montaigu , et lui enlève Forchies et ïrazeguies. Ces trois colonnes s'avancent ensuite jusqu'à la Sance-de-Judonsarl , elles menacent Marchienne et y causent du désordre, tandis (|ue Kléber, pour arrêter le mouvement, place ses réserves siur les hauteurs du Piéton , et fait garder, à la rive gauche, le bois du Monceaux, les passages de Roux, et celui qui conduit de Gosselies à (^ourcelles.
Avant six heures du matin, les alliés avaient fait ces progrès, et les divisions des Ardennes repassaient la Sambre, dans un complet désordre, aux ponts de Tamine et Ternier, laissant leur général garder seul, avec ses officiers, et quelques ordonnances, la position qu'elles venaient de quitter. J'avais été envoyé par le général Lefebvre , pour m'assurer de l'état de notre droite, et pourvoir aux dispositions que les circonstances exigeraient. Je joignis Marceau entre le bois de Lepînoy et le I. 11
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hameau de Baulet^ au moment où les ennemii» allaient Tentourer. 11 les défiait, et dans sou désespoir, il voulait se faire tuer, pour effacer la honte de ses troupes. Je l'arrêtai : « Tu veux mourir, lui dis-je, et tes soldats se déshonorent ; va les chercher , et reviens vaincre avec eux ; en attendant, nous garderons ta position à droite de Lambusart. — Oui, je t*eutends, s'écrie Marceau, c'est le chemin de l'honneur! j'y cours; avant peu je serai à vos c6tés. » Deux heures après, il avait ramené les plus braves , et il prenait part à nos succès.
Cependant notre droite restait compromise; Beaulieu dirigeait ses colonnes à l'attaque de Lambusart; les troupes légères de Tavant-garde , qui s'étaient retirées à Fleurus^ défendaient les jardins et l'entrée du village, et, d'après les ordres du général Lefebvre , je venais de placer trois bataillons soutenus par le 1 1 * de dragons , en potence , pour remplir la trouée , depuis Lambusart , jusqu'au bois de ce nom qui donne sur la Sambre ; douze pièces de canon, qu'on avait pu sauver de l'artillerie de Marceau , s'y étaient aussi ralliées. D'un autre côté , l'archiduc Charles se présentait devant nos retranchements de Campinaire; le prince de Kaunitz enlevait à Championnet la grande redoute d'Heppignies , et le général Quasdanowich , qui avait repoussé la division MoHot ,
de Frasne , de Mellet et de Thumeoii , la poursuivait sur Gosselies, où elle s'était repliée. A chaque instant y Faction devenait plus vive et le danger plus pressant. Mais Lefebvre se maintenait sur sa ligne , comme un rocher inébranlable. Des hauteurs de Ransart, Jourdan devait lancer sa réserve contre le centre des ennemis , et Kléber, rassuré sur Marchienne, dont le pont venait d'être coupé, répondait de notre gauche, et se disposait à tourner la droite de l'ennemi , au delà du Piéton , en rentrant dans le bois de Monceaux.
Les troupes, pleines de confiance dans leurs chefs, continuaient à se battre avec la plus grande ardeur. Néanmoins , avant midi , d'autres progrès des alliés rendirent notre situation encore plus critique. Sur la gauche, la division Montaigu, obligée de repasser la Sambre , ne put empêcher qu'une reconnaissance du prince d'Orange ne passât aussi cette rivière, et ne menaçât Montignyles-Tigneux , oii était le grand parc de l'armée. Marchienne fut aussi canonnée, et un parti ennemi parvint même à pénétrer jusque devant Charleroi , dont la capitulation lui était encore ignorée; aussi fut-il très-étonné d'y être reçu à coups de canon.
A notre droite , Beaulieu , après avoir dispersé les divisions des Ardennes , avait aussi envoyé un détachement, le long de la Sambre, pour commu-
ablmës par la mitraille 9 et , à deux reprises , dix escadrons ennemis eurent l'audace de franchir les liaies qui nous couvraient, pour enlever notre artillerie et nous envelopper. Mais ils ne purent réussir à emmener une seule pièce , ni à nous ébranler, et toujours ils furent repoussés en désordre. Le deuxième bataillon du 54' de ligne et le 1 1 ' de dragons, commandé par le brave colonel Neuilly , y firent des merveilles de bravoure. Ce vaillant ofTicier, démonté pour la cinquième fois , donnait toujours l'exemple.
À la faveur de toutes ces attaques, Beaulieu était cependant parvenu à s'établir dans Lambusart , et nous n'avions pu conserver les maisons qui étaient les plus rapprochées de nos retranche* ments , qu'en mettant le feu à des granges du milieu du village. L'incendie , qui ne se communiquait point aux maisons où nous étions restés, arrêta les progrès de l'ennemi sur ce point. Ce fut pour nous l'incident le plus critique de la journée; on crut, au centre, que nous avions quitté la position , et que toute l'avant-garde était en retraite sur Charleroi. Ce bruit répandu k là division Championnet , au moment où le prince de Kaunitz pénétrait dans la grande redoute d'Heppignies , faillit avoir les plus fâcheuses conséquences. On crut , un instant , que tout était perdu; et qu'il fallait aussi se retirer. Déjà le mou«
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H Point de retraite aujourd'hui, point de retraite ! >i Aussi , tout ce qui vint se heurter contre elle fut-il brisé. Environnée de sanglants débris , son tsaap en flammes , la plupart de ses canons démontés , ses caissons faisant explosion à tout moment, des monceaux de cadavres comblant les retranchements, les attaques les plus vives sans cesse renouvelées, rien n'était capable de Tintimider, pas même Fincendie de la campagne, qui nous en\ironnait de toutes parts. Les champs couverts de blés en maturité, avaient été enflammés par notre feu et par celui de Tennemi; on ne savait où se placer pour l'éviter; mais nous étions bien déterminés à ne sortir que victorieux de ce volcan.
Lefebvi*e se tenait aux retranchements de Campinaire ; il avait ordonné qu'on laissât approcher Tennemi à petite portée, sans tirer; alors il donnait le signal d'une décharge générale, et aussitôt la cavalerie légère du général d'Hautpoul, débouchant par une ouverture qu'on avait laissée libre au milieu des retranchements , chargeait sur les Autrichiens en désordre. C'est ainsi que, trois fois dans la matûiée , fut reçue la colonne de l'archiduc Charles; les colonnes de Beaulieu eurent aussi peu de succès devant Lambusart et contre la ligne placée en équerre , entre le village et le bois où Lefebvre m'avait ordonné de rester. Nous étions
Quinze heures de combat le plus acharné que j*aie vu de ma vie avait considérablement aflaibli la force physique des troupes; mais leur énergie était toujours la même ; elles voulaient en finir, et demandaient qu'on les menât aux ennemis, pour fixer la victoire. Lefebvre saisit le moment où les colonnes de Beaulieu et de Tarchiduc Charles confondues, venaient d'échouer, pomr la quatrième fois , à lattaque de. nos retranchements. Elles avaient avec elles beaucoup de cavalerie , entre autres, le régiment de Royal- Mlemand, autrefois au service de France. Cette cavalerie encombrait les colonnes et y produisait quelque confusion. Lefebvre en profite pour faire marcher de front sa réserve sur Lambusart , tandis que la ligne , placée à droite en potence , se ploie en colonnes d'attaque, et va prendre en flanc les Autrichiens, sur la droite du village. Les bataillons que Marceau a ramenés au combat , participent à ce dernier mouvement, qui est soutenu par une brigade du général Hatry. Le choc fut rude et la résistance opiniâtre. Jusque-là Beaulieu s'était cm vainqueur; son illusion se dissipe , il lui est impossible de résister, et il commence sa retraite. En roule, il reçut Tordre du prince de Cobourg de la diriger sur Sombref et Gembloux. Ce prince , après avoir appris la reddition de Charleroi, avait expédié cet ordre , sur toute sa ligne , mais Beau-
lieu De le reçut qu'à six heures du soir, et lorsqu'il était déjà en pleine retraite.
Notre aile droite n'avait plus d'ennemis devant elle, et la victoire lui ëtait assurée comme à l'aile gauche. Pour la compléter, Jourdan prononça son mouvement au centre; il avait pris des troupes dans les divisions Championnet et Morlot pour* former une bonne réserve d'infanterie , qu'il tenait réunie sur les hauteurs de Ransart. Le prince de Kaunitz était encore maître des jardins et du village d'Heppignies ; le général Quasdanowich , placé à sa droite pour le soutenir , se maintenait sur la grande route de Bruxelles , en avant de Uellet; l'un et l'autre restaient en position pour donner aux ailes le temps de se dégager, lorsque la grande redoute d'Heppignies ouvre son feu sur eux et commence à les ébranler. Le général Dubois reçoit l'ordre de s'élancer avec la réserve de cavalerie , et Jourdan produit en personne la réserve d'infanterie. La première ligne des Autrichiens est enfoncée ; cinquante pièces de canon tombent au pouvoir des Français. La seconde ligne est aussi abordée ; mieux protégée par les cuirassiers et les carabiniers impériaux que le prince de I^mbesc commande, elle parvient à reprendre l'artillerie, et elle soutient l'engagement en se retirant. Bientôt , cependant , une nouvelle charge la met en désordre, et lui fait précipiter sa
i70 MEMOIRES
retraite pour gagner les Trois^Bras et ensuite Nivelles.
11 était sept heures du soir. Depuis quelques moments le combat avait cessé aux ailes ; on le laissa finir au centre sans poiursuivre les ennemis. Épuisés de -fatigue et de besrjin , les soldats pouvaient à peine se tenir debout, et ils manquaient aussi de munitions. 11 n'y avait aucune possibilité de continuer la poursuite , quelques avantages qu on eût pu recueillir ; officiers et soldats , tous s'écriaient : a Un pont d'or à Tennemi qui &en va ! V et Ton donna aux troupes un repos absolument indispensable.
Le lendemain il n'y eut point de mouvement ; il fallait se remettre d'une pareille journée et ramasser les débris qui couvraient le champ de bataille. On compta les pertes : les nôtres s'élevèrent à près de cinq mille hommes hors de combat^ et par le nombre des morts, on évalua celles de l'ennemi à plus de sept mille hommes; de part et d'autre il n'y eut que peu de prisonniers. Parmi ceux (|ue nous fîmes, il se trouva des Français, faisant partie du régiment Royale Allemand et de celui de Berchiny hussards , auxquels la loi rendue contre les émigrés pris les armes à la main était applicable. Pas un sodat n'eut la pensée qu'il fût possible de livrer a Véchafaud ceux que noitH venions de combattre face à face. Pendant la nuit,
DU MARÉCHAL-» GÉNÉRAL SOULT. i7i
nous leur facilitâmes les moyens de s' échapper ^ en nous bornant à leur dire qu'ils fussent ailleurs expier Terreur de s'être armés contre leur patrie; plusieurs revinrent plus tard se placer dans nos rangSé On a sauvé ainsi^ dans le cours de la guerre, un grand nombre de Français qui étaient dans le même cas j et ils ont reçu parmi nous protection et avancement; beaucoup d'entre eux ont ainsi obtenu d'être éliminés de la liste fatale et de rentrer dans leurs biens confisqués. Nous devons croire qu'ils en ont conservé de la reconnaissance* Je ne dirai rien de l'aérostat qu'on fit planer pendant la bataille sur la tête des combattants ^ et cette ridicule innovation ne mériterait mémo pas d'être citée si on ne lui avait fait jouer un rôle important* La vérité est que ce ballon fut tout simplement embarrassant. Une compagnie d'aé» rostiers, placée en arrière de nos lignes^ était chargée de le diriger ; au commencement de l'action, un général et un officier du génie montèrent dans la nacelle pour observer , disait-on , les mouvements des alliés; ils devaient en rendre compte en faisant descendre des bulletins le long de la corde qui les dirigeait ; mais à la hauteur où on les laissa monter^ les détails échappaient à leur vue et tout se confondait. On n'en fut pas mieux instruit, et personne n'y fit attention, pas plus les ennemis que nous-mêmes. Les seules causes de
i 72 MÉMOIRES
notre victoire furent la valeur de nos troupes, les bonnes dispositions du général en chef pendant la bataille ec l'inébranlable fermeté des autres généraux, surtout lorsque le malheur arrivé à notre droite nous eut mis dans une situation si critique. Parmi ceux dont l'attitude indomptable contribua le plus au succès de la journée, j'aime à citer le général Lefebvre.
Quant à moi, j'eus le bonheur de rendre des services à la droite de la division, devant Lambusart, où je me tins toute la journée, et où j'eus cinq chevaux tués sous moi. Ma conduite y fut remarquée ; je n'étais alors colonel adjudant général que depuis six semaines.
Livrée sur les mêmes champs que le maréchal de Luxembourg avait déjà illustrés, plus d'un siècle auparavant (en 1690), cette seconde bataille de Fleurus sembla associer les gloires de la monarchie et de la république , et elle fut célébrée dans toute la France. La G)nveution nationale proclama que l'armée avait bien mérité de la patrie , et lui fit prendre lu dénomination de Sambre-et- Meuse. Ce n'est cependant pas que la bataille eut une influence immédiate sur les événements qui suivirent, ni qu'elle fut décisive ; elle ne le devint que par degrés et par ses conséquences ultérieures.
Nous avons vu qu en engageant la bataille, le
pniice de Cobourg avait formé trois attaques sans liaison entre elles; qu'au lieu de les rapprocher pour se soutenir réciproquement, il laissa les commandants de ses colonnes opérer isolément, et qu'il leur donna Tordre de retraite aussitôt que l'avis de la prise de Charleroi lui fut parvenu, quoiqu'à ce moment les progrès de son centre et de ses deux ailes dussent lui donner l'espoir de remporter la victoire. Nous avons encore vu que cet ordre arriva sur la ligne lorsque les affaires y avaient déjà changé de face et que la retraite était déjà commencée. Dans tous* les cas, au moment où le prince de Cobourg donnait cet ordre, il avouait qu'il était seulement venu pour s'assurer de l'état de la place, et qu'après un long combat qui pouvait lui donner l'espoir de la reprendre, il y renonçait : c'était déclarer qu'il se tenait pour battu et prouver qu'il sacrifiait tous ses avantages passés à la crainte de se compromettre. A cette marque de timidité, le prince de Cobourg ajoutait encore une faute.
Partant du Rhin, la base d'opérations de l'armée Retraite autrichienne était couverte par la ligne de la chienoe. Meuse , qui s'appuyait sur Namur. Le prince de Cobourg ne pouvait s'éloigner de cette place sans exposer cette base d'opérations. Jourdan pouvait s'y porter, menacer ses communications, et lui faire abandonner le Brabant presque sans com-
battre. Le prince devait craindre ce mouvement, que son adversaire avait intérêt à faire et qu'il eât entrepris si les représentants ne lui eussent imposé une autre direction. Le prince avait donc im motif très-pressant de concentrer ses masses vers le confluent de la Sambre , et de tirer avantage du triple débouché que lui oflrait la forteresse de Namur, soit pour repousser notre attaque si nous marchions sur lui, soit pour nous prendre en flanc si nous le dépassions.
Ces dispositions étaient clairement indiquées; mais on (it absolument le contraire des deux côtés.
L'aile droite du prince d'Orange se porta à Rœulx pour couvrir Mous; le prince de Cobourg, avec le centre, se plaça entre Nivelles et Genappe; l'aile gauche du général Beaulieu resta aux environs de Gembloux et de Sombref. Ce n'était ni une ligne ni une position ; Jourdan, victorieux, pouvait, à son choix, écraser l'un ou l'autre de ces corps avant que les deux autres arrivassent h son secours. Le restant de l'armée alliée, qui était opposé à l'armée du Nord , continuait à se tenir éloigné, sans s'occuper de ce qui se passait au delà de son horizon.
Après la prise d'Ypres , l'armée du Nord s^était portée sur la Mindel. Pichegru avait détaché Moreau , avec l'aile gauche , pour occuper Bruges et Ostende , et Souham , avec l'aile droite y sur Ou*
denarde, pour y passer FEscaut. À l'approche de ce mouvement, Clairfayt s'était porte sur Gand, où il avait été joint par six mille Anglais , débarqués depuis peu à Ostende sous les ordres du général Moira ; le duc d'York , ayant laissé une brigade à Toumay, campait à Renaix , et le général Rray ramenait d'Orohies à Maulde son corps d'observation.
On voit, par ces détails, que dans cette grande Les deux
armées françaises
occasion les alliés donnaient à nos généraux toute, restent séparées. facilité de rendre décisifs les derniers succès obtenus, et de pousser, d'un trait, la victoire jusqu'au Rhin ; mais , il fallait pour cela que les deux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse reçussent une direction concentrée, afin de porter des forcés prépondérantes sur le point de leur ligne qui était le plus près des communications ennemies. Ainsi, Jourdan devait s'appuyer u la Meuse et faire en sorte de gagner Liège avant que le prince de Cobourg eût ramassé ses corps épars , pendant que Pichegru, passant sur ceux du duc d'York et du prince d'Orange, restés seuls pour lui barrer le passage, se serait élevé à la hauteur de la droite par Oudenarde, Bruxelles et Louvain. A eux deux ils disposaient de deux cent mille hommes, et on ne peut concevoir qu'ils eussent trouvé une résistance capable de les arrêter , s'ils avaient mis de l'accord dans leurs opérations.
H parait , toutefois , qu'en cette circonstance , les deux généraux en chef ne méritèrent point de reproches , car Jourdan avait l'intention de marcher immédiatement contre le corps de Beaulieu, qui se tenait entre Sombref et Gembloux, d'où il l'eût poussé sur Liège, lorsque les représentants lui ordonnèrent de s'étendre par sa gauche et d'attaquer le prince d'Orange à Mons. Il devait même, s'il eût obéi complètement, détacher seize mille hommes poiu* renforcer l'armée du Nord, tandis que Pichegru , qui s'était présenté avec sa droite devant Oudenarde, reçut ordre de changer de direction et de se relever par Deynse, pour conquérir la West-Flandre, occuper Ostende, couvrir les sièges de Kieuport et de l'Écluse , qu'on voulait entreprendre, enfin pour préparer une expédition contre l'ile de Walcheren, dans le but de soulever la Hollande.
Le motif de cette double combinaison que le comité de salut public avait arrêtée , était de séparer les Anglais de la mer et d'assurer la prompte reprise de nos quatre places frontières, que les Autrichiens occupaient , résultat que l'on pouvait obtenir beaucoup plus sûrement par le mouvement inverse. Si le prince de Cobourg eût été plus entreprenant , il lui eût été facile de se porter de nouveau, avec toutes ses forces réunies, sur le général Jourdan , pendant notre mouvement sur
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Mons et pendant que Pichegru s'éloignait dans la direction de la mer. 11 n'en fallut pas moins se coofomier au plan du comité. Jourdan laissa quatre divisions de sa droite sous le général Hatry, pour oliserver Beaulieu devant Sombref, et, marchant avec sa gauche, il se porta, le V juillet, a TaHaque de Rœulx , où les généraux autrichiens prince de AValdeck et I^tour paraissaient être en force, ainsi qu'à celle de Mons, où le prince d'Orange s'était arrêté.
Kléber dirigea cette opération. 11 avait sous ses ComiMii ordres lavant-garde du général Lefebvre, qu'il laissa sur les hauteurs de la Chapelle d'Herlaymont, pour couvrir la trouée entre les deux moitiés de l'armée , la division Duhesme et la réserve de cavalerie du général Dubois, qu'il porta sur Rœulx , les divisions Montaigu et Schérer, qui furent chargées de l'attaque des bois d'Havre, et les troupes du camp de Maubeuge, conduites par le général Ferrand, qui s'avancèrent sur Mons et le Mont-Palisel. Le combat fut assez vif sur les hauteurs de Braquignies. Les généraux prince de Waldeck et Latour, voyant leur gauche près d'être débordée vers Rœulx par la cavaleie du général Dubois , abandonnèrent du canon ainsi que des prisonniers , et se retirèrent en toute hâte sur Braine-le-Comte. Schérer et Montaigu, après avoir
nettoyé les bords de la Haine et les bois d'Havre, 1, 12
enlevèrent le Mont-Palisel. Le prince d'Orange, qui avait paru vouloir s'y défendre, prit la route de Soignies, et le général Ferrand entra dans Mons sans coup férir.
La veille de ce mouvement^ le 30 juin, Pichegru, partant de devant Oudenarde pour aller, par Deynse , à Bruges , où Moreau était entré depuis deux jours, recevait le rapport de Toccupation d'Ostende. N'ayant point trouvé d'ennemis à combattre dans cette direction, il s'était décidé à y laisser Moreau avec deux fortes divisions et à se rapprocher de la Dender avec le surplus de l'armée du Nord. Gand étant sur sa route, il devait le prendre en passant. Cette manœuvre était fort bonne ; elle tendait à une concentration dont l'opportunité était clairement démontrée par les mouvements de l'armée ennemie , et il faut en savoir gré à Pichegru. Jourdan en attendait l'avis avec une extrême impatience. Dès qu'il l'eut reçu , il releva sa gauche, et, portant sur Nivelles les divisions Kléber, l'avant-garde du général Lefebvre et la cavalerie Dubois, il se remit en ligne avec sa droite, qui, pendant notre mouvement sur Mons, avait soutenu divers engagements devant Sombref.
Déjà les généraux Schérer et Ferrand s'étaient détachés de l'armée pour conduire leurs divisions devant les quatre places de Condé, Valenciennes,
Je QuesDoy et Landrecies, occupées par l'ennemi, et en faire l'investissement , de concert avec la division Osten, détachée de Tarmée du Nord pour le même objet. L'accord entre nos chefs était donc im peu mieux établi qu'auparavant , et cette fois ils tendirent au même but , quoique leur mouvement à droite ne fût pas encore assez prononcé pour forcer la gauche des ennemis à Sombref, les prévenir sur la Meuse et marcher snr leurs communications. Cette manœuvre eût mis le prince de Cobourg dans la nécessité de se faire jour à travers toute l'armée de Jourdan , pendant que Picfaegru l'eût pressé de front, ou bien il était rejeté vers la Hollande, et il ne pouvait plus en sortir. De leur côté , les généraux alliés prenaient leurs dispositions pour se dégager du mauvais pas où ils se trouvaient ; mais ils faisaient encore, dans cette occasion, tout ce qu'il fallait pour compléter nos succès.
Ils s'étaient réunis en conseil, le 1*^ juillet, à Braine-la-Leud, pour régler leur nouveau plan de défense : Beaulieu, avec son corps, devait rester entre Gembloux et Sombref, pour garder Namur; l'armée principale autrichienne, sous le prince de Coboui^, avait son camp au Mont-Saint-Jean, en avant de la forêt de Soignies ; le prince d'Orange, en quittant Mons, amena les Hollandais à Turbise, près de Hall ; les Anglais et les Hessois, aux ordres
du duc d'York, prirent successivement leur camp à Grammont, à Ninove et à Assche. En sortant de Gand, Claîrfayt fut alors sur la Dender, et le gëne'ral Walmoden, qui formait Textréme droite, plaça les Hanovriens à Termonde, oii ils s'appuyaient à TEscaut. Cette ligne, beaucoup trop étendue, était en prise de tous côtés, et nous marchions pour l'attaquer. Le prince de Cobourg, voyant sa gauche plus directement menacée, fit replier, sur Braine-la*Leud et le Mont-Saint- Jean, les Hollandais du prince d'Orange, et porta le corps principal , qu'il dirigeait en personne , sur Corbaix , pour se rapprocher de la Meuse et appuyer Beaulieu. Ce n'était encore qu'une demi-mesure. ComiMiu L^ 6 juillet, ce mouvement s'opérait, lorsque
Jean et de Tarméc de Sambre-et-Meuse attaqua. A la droite,
Somliraf.
les divisions Hatry et Mayer, (|ui n'étaient pas assez fortes , renouvelèrent leurs attaques sur le corps de Beaulieu , devant Sonibref , et elles ne firent que de faibles progrès. 1^ général Championnet combattit toute la journée pour s'établir a Marbais. I^ division Morlot s'avança |)ar la route de Genappe, et Kléber, conduisant l'aile gauche, avec Tavant-garde de Lefebvre, la division Duhesme et la réserve de cavalerie du général Dubois, se porta , après avoir forcé les ennemis, à Nivelles^ sur Braine-la-I^ud et le Mont-Saint-Jean. Un corps autrichien s'y était réuni aux Hollandais du prince
DU MARÉCHAL -GÉNÉRAL SOULT. i8i
d'Orange. Ces deux troupes firent bonne contenance pendant quelques heures; elles repoussèrent même une charge de la cavalerie de Dubois, ainsi que Tattaque du général Morlot, qui se portait sur leur gauche. Mais Lefebvre étant arrivé avec sa vaillante avant-garde, culbuta tout eu un instant; la position fut enlevée , et le prince d'Orange forcé de se retirer par Waterloo, pour gagner Bruxelles, après avoir éprouvé beaucoup de pertes.
Ainsi forcés au centre, les ennemis ne pouvaient plus tenir nulle part; cependant le lendemain Beaulieu fit encore résistance devant Sombref ; ce ne pouvait être que pour donner à la droite le temps de prendre une nouvelle ligne de défense ; aussi il entretint vaillamment le combat. Mais débordé par sa gauche et coupé de Namur, il se replia, à la nuit, sur Gembloux, ensuite sur Hotomont, et le 8 , il alla camper à Judoigne, où il se trouva en ligne avec la grande armée autrichienne que le prince de Cobourg avait fait replier sur la Dyle.
Depuis Fleurus et la perle de Mons^ l'accord jj^^rmée^Mié a%ait cessé entre les généraux de la coalition. En ** •*p^°*dépassant Bruxelles, ils tendirent à se séparer, et chaque armée se rapprocha respectivement de sa base d'opérations. Pour les Autrichiens, cette base était sur le Rliin; ils se concentrèrent, en se rap-
duc d'York , tandis que Joiirdan , resté libre de ses dispositions, se prépara a attaquer les Autrichiens à Louvain.
jÊrméeàafiord Eu partant de Gand, sans rencontrer d*ennemi, '""' l'armée du Nord s'était dirigée, par Alost et Assche, sur le canal de Wilworde. Elle y arriva, le 1 1 juillet, étendant sa droite jusqu'à Bruxelles. Le 1 3 y elle passa le canat et marcha sur Malines. Elle comptait un eiTectif de soixante mille hommes. Le prince d'Orange n'avait que quinze mille Hollandais ; intimidé de voir des forces aussi considérables marcher sur lui, il se retira sans combattre sur Bewel et Nylen, derrière la petite Neethe, laissant a découvert le général Dalwig, qui défendait Malines avec la division hessoise. Tourné par sa gauche, celui-ci (it une retraite honorable et fut se réunir aux Anglais en passant la grande Neethe à Waelhem.
Pichegru pouvait enlever la division hessoise à Malines. Cne fois entré dans cette ville, le 15 juillet, il pouvait bien mieux encore.. La retraite des Hollandais sur Breda avait laissé le duc d'York en Tair, entre la Neethe et TEscaut. La supériorité de forces, dont Pichegru disposait, lui rendait très-facile de marcher sur lier et de jeter Tarniée anglaise dans l'Escaut : cette armée eût été infailliblement {perdue. Au lieu de faire un mouvement si évidemment indiqué , Pichegru
resta huit jours dans une inaction complète , et ce fut seulement le 23 j sur Tavis que les Â^nglais étaient en pleine retraite pour gagner Beiç-op- Zoom j qu'il se décida à porter sa gauche à Â.nvers. Il trouva la ville et la citadelle évacuées , et il s'arrêta de nouveau. Toute cette conduite de Pichegru est inexplicable.
Il n'en avait pas été de même à l'armée de Sambre-et-Meuse. I-e 13, en même temps que l'armée du Nord marchait sur Malines , Jourdan s'était niis en mouvement et il avait fait prendre à Kléber, qui commandait l'aile gauche , la direction de Louvain. L'avant-garde de Lefebvre et la réserve de cavalerie , en quittant la forêt de Soignies, passèrent par Wavre pour se porler sur Judoigne, où les divisions Morlot et Championnet , également destinées à former le centre , devaient les joindre et les soutenir. Marceau , avec sa division et celle du général Mayer, s'avança vers Huy, sur la Meuse , et le général Hatry alla investir Namur.
Ce mouvement était bien ordonné, il portait plus directement que les précédents sur la gauche des Autrichiens, et il menaçait de les prévenir sur leurs communications avec Liège. Beaulieu venait d'être appelé , comme chef de l'état-major générai, près du prince de Cobourg; il lui fit sentir le danger de sa position , et il le décida à
concentrer le gros de son armée devant Tirleniont^ laissant deux avant-gardes, Tune à Louvain y pour couvrir sa droite, et l'autre à Judoigne, pour communiquer avec la Meuse. Celleci était sous les ordres du général Latour, qui avait remplacé Beaulieu dans le commandement de l'aile gauche.
Combat Le 1 5 , le général Kléber attaqua les ennemis à
de Tiriemont. , , ^ .^
la montagne de Fer. Apres un vit engagement , il les força dans leur position et les poussa sur Tiriemont. Notre avant-garde rencontra celle du général Latour à Judoigne et trouva moins de résistance. Quand nous parûmes , les Autrichiens commençaient à évacuer leur camp et prenaient la direction d'Orp-le-Grand, pour se couvrir de la petite Geete. 1^ prince de Cobourg ne fit avancer aucune troupe pour soutenir ses deux ailes. Cette inaction rendit probable qu'ayant pris son parti de se séparer entièrement des autres corps de l'armée alliée , il ne songeait plus qu'à s'éloigner. En effet, il marcha par Saint-Trond et Tongres, pour aller passer la Meuse au-dessous de Maéstricht. Le général Latour conduisit l'aile gauche par Warem sur Liège.
Dans la poursuite , il n'y eut que des affaires d'avant-garde contre la cavalerie autrichienne qui couvrait le mouvement , particulièrement du c6té de Tongres et sur la Jaar. Le prince de Co-
l)ourg fit camper pendant quelques jours son cen* tre devant Maëstricht; il retendit ensuite, sous la protection de la fortere^e , jusqu'à Viset ; son aile droite passa la Meuse à Reckem et à Stockem pour se prolonger vers Ruremonde , et Taile gauche occupa le camp retranché de la Chartreuse de Liège, d'où elle détacha un corps pour garder les bords de rOurthe et de TAvwaille.
\jà rive gauche de la Meuse nous était abandonnée, ainsi que la ville de Liège, moins le fau* bourg d'Amercceur, que les Autrichiens continuaient à occuper. Jourdan fit avancer son armée et la plaça dans l'ordre suivant :
L'aile gauche, aux ordres de Kléber, formée par les divisions Montaigu , Duhesme et Priant , en avant de Rixighem , à gauche de Tongres, d'où elle éclairait Bilsen , et communiquait par des partis avec la droite dé l'armée du Nord, placée à Diest; la division Morlol, dépendante du centre, en arrière de Tongres et occupant cette ville ; l'avant-garde de Lefebvre , à Villers-Saint-Siméon , occupant Houtain et Heur-le-Romain , entre la Jaar et la Meuse; la réserve de cavalerie du général Dubois en seconde ligne , pour soutenir l'avantgarde , ^'appuyant à Tongres ; la division Championnet à Voteme , occupant le champ de bataille de Rocour, sur la gauche de Liège; la division Hatry, qui revenait de Namur, àHans, au-dessus
de Liège, occupant cette ville; les divisions Marceau et Mayer à Huy et le long de la Meuse jusqu'à Namur. Le quartier général de l'armée et le grand parc d'artillerie étaient à Warem.
»«pri»e Nous devions attendre dans cette position que
dm quatre places
fronticriti. les quatre places frontières de France occupées par les Autrichiens fussent reprises. Les généraux Scliérer, Ferrand et Osten avaient été, comme nous l'avons dit, en faire l'investissement, i^ comité de salut public voulait délivrer le territoire, avant de nous permettre de pousser plus loin nos conquêtes, et il prescrivait itérativement au\ généraux en chef des deux armées de s'arrêter : la gauche appuyée à Anvers et la droite à la Meuse, vers Namur. C'était mal .comprendre la guerre , car le siège des quatre places eût été beaucoup mieux assuré si l'on avait repoussé les ennemis au delà du Rhin, sans leur donner le temps de se reconnaître ; l'ascendant de la victoire nous en donnait le moyen. Mais il fallut obéir et laisser écouler les deux mois qui suivirent, pour voir revenir les divisions Schérer, qu'on destinait à seconder les nouvelles opérations. Si cette perte de temps fut une faute, nous verrons plus tard qu'elle eut pourtant son utilité. Rappelons auparavant ce qui se passa sur nos derrières, dans la même période. Nos succès avaient continué. Tandis que l'armée du Nord s'emparait de Malines et que Kléber bat-
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tailles Autrichiens à Tx)u\ain, le même jour Hatry prenait par capitulation le château de Namur, dont la garnison se rendait prisonnière de guerre. Schérer, dirigé sur Landrecies, intimidait par ses préparatifs de tranchée la garnison autrichienne, qui se rendait à Tannée du Nord. Le 18 juillet, Moreau terminait de la même manière le siège de Nieu-Port. U marcha aussitôt après sur F Écluse; mais il ne pouvait Tinvestir qu'en occupant Tile de Cadzant. U manquait de moyens pour établir un pont ; ses soldats suppléent à cet inconvénient en se jetant les uns à la nage, les autres dans des nacelles ; ils passent sous le feu des batteries et se rendent maîtres de Tile. Un mois après , le 25 août , le siège de FÉcluse était terminé , et la garnison était prisonnière de guerre.
Des quatre places françaises dont les aliiés s'étaient emparés , Landrecies s'était déjà soumise. Le siège du Quesnoy fut plus long, et Ton usa habilement de ménagements envers la garnison , en ne lui communiquant qu'au dernier moment un décret de la Convention (|ui portait que les garnisons des quatre places seraient tenues de se soumettre vingt-quatre heures après la signification, sous peine d'être passées par les armes. L'effet de ce décret devait être de déterminer une garnison composée de gens d'honneur à se défendre à toute extrémité. Aussi nos généraux, qui le compre-
iOO MÉMOIRBS DU MARÉCHAL-GÉNÉRAL SOULT.
liaient ainsi , ëludèrent le décret avec adresse ^ et Ton fit seulement remplir à la garnison la formalité d'attendre sur les glacis de la place qu'on fût autorisé à la recevoir prisonnière de guerre ; on usa envers elle des meilleurs traitements, l^e Quesnoy s* étant ainsi rendu le 1 5 août , Valenciennc^ se soumit le 29, Condé dans les premiers jours de septembre , et le sol de la France se trouva enfin délivré.
NOTES ET PIECES