DU CHAPITRE XXI
Rapport du vhef d'escadron Franceschi au général en
chef M asséna.
Le 6 floréal au viii| je partis cVaprès vos ordres , citoyen général, pour me rendre près du premier Consul y et lui faire connaître la situation de Tarmée et celle de la ville de Gènes bloquée; je m'embarquai dans un canot avec six rameurs; mais bientôt, ren contré par des chaloupes canonnières anglaises, je fus obligé de rentrer au port. Le 7, nouvelle tentative, nouveaux obstacles. Le 8, le temps pressait, la nuit était noire, les vents calmes, la mer tranquille ; tout présageait la possibilité de traverser Tarmée anglaise. Je sortis pour la troisième (ois. A hauteur de Vohri, nous fîmes la fâcheuse rencontre d'une fré-
gâte ennemie y sous laquelle Tobscurité nous jeta ; elle fit feu, nous nous éloignâmes ; mais le bruit de son canon donna l'ëveil aux autres navires, qui aussitôt se mirent à notre poursuite. Gagnant de vitesse à la rame , nous faisions un chemin rapide ; déjà nous étions à la hauteur de Finale , et nos avant-postes étaient à la Pietra. Il restait peu à faire ; le courage des matelots , le calme de la mer, Tabsence des vents , tout nous donnait Tespoir d'arriver; et si un vent frais qui survint avec le jour n'eût enflé les voiles d'un corsaire qui nous suivait de près , quoique poursuivis et mitraillés successivement par plusieurs bâtiments, nous serions arrivés à bon port. Mais ce contre-temps nous fit bientôt atteindre; le corsaire nous touchait, et faisait sur nous un feu terrible, qui ne nous laissait que deux partis à prendre : ou celui de nous rendre , ou celui de nous jeter à la mer.
Calculant l'importance de ma mission , «t mesurant de l'œil la distance du rivage, je pris le dernier parti ; et, après un court trajet» je touchai à terre, à l'endroit qui séparait les avant-postes français de ceux des Autrichiens. A la faveur des jardins, j'arrivai parmi les nôtres. Je vis le général Suchet , lui fis connaître vos intentions, montai à cheval, et me rendis à Paris.
Le 15, je parle au premier Consul : il se reiid à l'armée de réserve, et je l'y suis. Au mont Saint- Bernard, le général Bonaparte a des instructions pressantes à vous faire parvenir ; il m'en charge, et
je me mets en route. Arrivé à Antibes, je trouve les Autrichiens au Yar, et en possession de Nice» Les Anglais couvrent la mer^ et personne ne veut^ même pour la somme la plus considérable, tenter de me transporter à Gênes. Je me choisis un canot et six rameurs ; ils reçoivent cent cinquante louis , des vivres pour quinze jours, et sont consignés u bord » sans savoir ce qu^iJs auront à faire. Le lendemain , je m'embarque , accompagné de deux grenadiers armés, afin de maîtriser l'équipage , et nous sortons du port. A deux lieues en mer, je demandera être conduit en Corse; les rameurs s'y refusent^ disant le canot incapable, par sa petitesse, de tenir la pleine mer. J'emploie la force, et, après un pé* nible travail de deux jours et deux nuits , nous touchons à Capraia. Là , je change de direction, pour aller droit à Gênes. Les marins, qui d'abord avaient craint de se noyer, tremblent ensuite d'être pris par les Anglais. Nous les battons ; ils obéissent, et le voyage se continue, non sans voir des bâtiments ennemis, mais sans être vus par eux. Notre canot, sans voiles ni mât, est un point imperceptible.
I^ 6 prairial , au soir, le mer devint grosse, et il s'éleva un vent terrible. Toute la nuit, exposés à périr, nous travaillâmes à vider la barque que les vagues remplissaient à chaque instant, et le jour arriva que nous fûmes étonnés de le revoir encore. Le hasard, qui nous sauva pendant la nuit du naufrage, nous préserva , le jour suivant, des mains des Anglais; car, étant tombés au milieu d'une de leurs
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Art. 3. Les convalescents, et ceux qui ne sont pas en état de marcher, seront transportés par la flotte anglaise , jusqu'à Antibes , et nourris ainsi qu'il est dit dans l'art. V\
Art. 4. I^s soldats français , restés dans les hôpitaux de Gênes , y seront traités comme les Autrichiens ; à mesure qu'ils seront en état de sortir, ils seront transportés ainsi qu'il est dit dans l'art. 3.
Art. 5. La ville de Gênes ainsi que son port seront déclarés neutres ; la ligne qui déterminera sa neutralité sera fixée par les parties contractantes.
Art. 6. L'indépendance du peuple ligurien sera respectée ; aucune puissance, actuellement en guerre avec la république ligurienne , ne pourra opérer aucun changement dans son gouvernement.
Réponse. Les art. 5 et 6, roulant sur des objets purement politiques , il n'est pas au pouvoir des généraux des troupes alliées d'y donner un assentiment quelconque. Cepisndant, les soussignés sont autorisés à déclarer que , S. M. l'Empereur s'étant déterminée à accorder aux habitants de Gênes son auguste protection , la ville de Gênes peut être assurée que tous les établissements provisoires, que les circonstances exigeront, n'auront d'autre but que la facilité et la tranquillité publique.
Art. 7. Personne ne sera molesté pour ses opinions^ ni pour avoir pris part au gouvernement précédant l'époque actuelle. Les perturbateurs du
DU MAHÉCilAL*- GÉNÉRAL SOULT. %d^
rçpos public, après rentrée des Autrichiens claus Géaesy seront punis conforinénienl aux lois.
Art. 8. Il sera libre aux Français, aux Génois et aux Italiens, domiciliés ou réfugiés à Gênes, de se retirer avec ce qui leur appartient, soit argent, marchandises , meubles , ou tels autres effets , soit par la voie de mer ou par celle de terre, partout où ils Je jugeront convenable; il leur sera délivré, à cet effipt, des passe-ports, lesquels seront valables pour 3ix mois.
Art. 9. Les habitants de la ville de Gènes seront libres de communiquer avec les deux rivières, et de c^ontinuer de commercer librement.
Art. 10. Aucun paysan armé ne pourra entrer, Mïi individuellement, ni en corps, à Gênes.
Art. 1 1 . La population de Gênes sera approvidonnée dans le plus court délai.
Art. 12. Les mouvements de l'évacuation de la tiroupe française, qui doivent avoir lieu conformé- ^nent à l'art. V^, seront réglés dans la journée entre Ica chefs d'état*major des armées respectives.
Art. 13. Le général autrichien, commandant à Gênes, accordera toutes les gardes et escortes nécessaires pour la sûreté des embarcations des effets appartenant à Tarmée française.
Art. 14. Il sera laissé un commissaire français pour le soin des blessés et malades, et pour surveil-
1er leur évacuation ; il sera nommé un autre commissaire des guerres pour assurer, recevoir et distribuer les subsistances de la troupe française, soit à GêneSy soit en marche.
Art. 15. Le général Masséna enverra en Piémont, ou partout ailleurs, un officier au général Bonaparte pour le prévenir de Tévacuation de Gênes ; il lui sera fourni passe-port et sauvegarde.
Art. 16. Lies officiers de tout grade de l'armée du général en chef Masséna , faits prisonniers de guerre depuis le commencement de la présente guerre, rentreront en France, sur parole, et ne pourront servir qu'après leur échange.