‹ Mémoires du maréchal-général SoultChapitre 21 sur 32 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

[^ rédaction que mon père a faite de la première partie de ses mémoires s'arrête à Farmistice de Parsdorf. On regrettera y sans doute y qu'avant de passer à une autre partie, il n'ait pas terminé celle-ci, et surtout qu'il n'ait pas achevé, comme il l'avait commencé, le récit de la magnifique campagne de l'armée du Rhin. Il reste ainsi, entre le point où mon père s'est arrêté , et la fin de la première partie, une lacune que je dois remplir, en m'attachant à ce qui lui est personnel , et en publiant les pièces qu'il avait classées. Cette période, pendant laquelle il n'a pas pu prendre part aux actions de guerre, a été remplie par les commandements qu'il a exercés en Piémont et dans le royaume de Naples, avant d'être appelé à Paris et au camp de Boulogne.

Les quatre mois qui suivirent l'armistice de Parsdorf furent employés à des négociations. Le m. 22

cabinet de Vienne avait envoyé à Paris le comte de Saint-JuUîen pour y porter la ratification de la convention d'Alexandrie. Cet envoyé était aussi porteur d'une lettre de l'empereur au premier Consul qui contenait des ouvertures de paix ; il crut qu'elle pouvait lui tenir lieu de pleins pouvoirs, et, peu de jours après son arrivée à Paris, il signa un projet de préliminaires de paix. Mais ces préliminaires ne furent pas ratifiés par la cour d'Autriche; le comte de Sain t-Jullien fut désavoué et disgracié ; le général Duroc, qui portait avec lui le projet, à Vienne ^ fut arrêté à la frontière, et d'autres négociations continuèrent à Paris, à Vienne et à Londres.

La cour d'Autriche ne voulait pas traiter séparément ; de son côté , le premier Consul était tout disposé à traiter simultanément avec l'Angleterre, mais il exigeait avec raison que , pendant les négociations , l'armistice fût étendu aux opérations navales. Cet armistice, qui avait arrêté la marche victorieuse des armées françaises , était en effet tout en faveur de l'Autriche , et il était juste que la France trouvât sur mer des compensations, surtout pour ravitailler Malte et l'Egypte. Mais le cabinet anglais s'y refusa constamment. La cour de Vienne n'était pas encore assez découragée pour consentir à se séparer de l'Angleterre, ^vec lî^quelle elle venait de conclure ; le 1 5 ju|n 1 800 ,

un pouveau traite de subsides. Elle cherchait à gagner du temps, et elle acheta même une prolongation de Tarmistice, par la cession des trois places de Philipsbourg y d'Ulm et d'Ingolstadt que la conveption de Parsdorf avait réservées ; elle espérait atteindre ainsi la saison qui interromprait les opérations militaires en Allemagne. Retranchée derrière la ligne de Tlnn qui sepiblait ipexpugna*^ ble, et, s'appuyant en Italie sur TAdige et sur Mantoue i TAutriche espérait réorganiser ses armées. Elle comptait encore dans ses rangs l'armée bavaroise qui était restée à la solde de l'Angleterre , quoique la Bavière fût occupée par les Français. Enfin le temps pouvait amener soit un mouvement intérieur en France , soit un accident qui vint dér truire l'autorité du premier Consul. Ep eflTeti plusieurs complots furent tramés contre la vie du général Bonaparte et on en découvrit les ramifications sur plusieurs points, entre autres à Milan. Quelques individus obscurs , rebut des Jacobins , y furent 3eid3 impliqués. Mais quelle que fût l'adhésion enthousiaste que l'armée et la France entière donnaient ^ à juste titre , au premier Consul y quelque biai établie que fût son autorité ^ un crime isolé pouvait 9 d'un moment à l'autre, replonger la France dans Tabime. La providence ne le permit

Cependant le premier Copsul prévoyait )ft fin

de négociations auxquelles on apportait peu de bonne foi. Il ne s'y était prêté, que pour prouver à l'opinion de la France que les obstacles à la paix ne venaient pas de lui ; il en avait déjà donné la preuve à Alexandrie et il continua à montrer la même bonne volonté, pendant plus de cinq mois, jusqu'à ce que les préliminaires de négociations que M. Otto suivait à Londres fussent définitivement rompus. La saison était déjà très-avancée, quand il se décida , à la fin de novembre , à dénoncer l'armistice.

Les armées françaises avaient aussi, de leur côté, reçu des renforts ; mais par leur éloignement de la France, elles étaient moins bien placées que les armées autrichiennes pour se renforcer , et elles avaient en outre de très-longues lignes d'opérations à garder. L'armée principale , commandée par le général Moreau , était toujours en face de la ligne de l'Inn, et sa ligne d'opérations était gardée par deux corps d'observation , aux ordres des généraux Sainte-Suzanne et Augereau. L'un était sur le haut Danube et l'autre sur le Mein. L'armée d'Italie était sur la ligne du Mincio. Entre elle et l'armée du Rhin , la liaison devait être établie par une seconde armée de réserve ou armée des Grisons , commandée par le général Macdonald , qui devait s'avancer par la crête des Alpes , envahir le Tyrol italien et occuper les hautes val-

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lëes de l'Adige et de la Drave, pour tourner la droite de rarmée autrichienne d'Italie.

Aussitôt après la convention d'Alexandrie , le général Masséna avait eu le commandement de l'armée d'Italie ; mais il ne l'avait gardé que quelques semaines, et il l'avait remis au général Brune. Le général Soult était encore souffrant de sa blessure ; il eut recours aux boues d'Acqui , et ce remède énergique acheva sa guérison. Tant qu*il n'était pas échangé , il ne «pouvait reprendre de service actif, et il attendit longtemps , car les Autrichiens y mettaient beaucoup de lenteur , et le général Moreau lui-même réclamait contre un mode d'échange, qui devait lui enlever un général autrichien fait prisonnier par l'armée du Rhin. Après beaucoup de difficultés, l'échange fut enfin conclu, le 10 décembre, avec le lieutenant général Spork ; mais le général Soult n'en reçut l'avis que le 5 janvier, et la guerre se terminait en ce moment. Cependant le général Soult ne resta pas tout le temps que dura son échange , sans rendre des services. Comme rien ne s'opposait à ce qu'il pût exercer un commandement dans l'intérieur , il avait éié chargé , à la fin d'août , du commandément du Piémont. Ses amis qui étaient à Paris , le général Masséna, le général Mortier, le général Lefebvre , le pressaient vivement d'y venir et lui disaient que le premier Consul, quoiqu'il ne le

Ul MÉMOItlES

contiût pas encore , faisait le plus grand fcàs de lui ; mais il tle vdiilut pus faire dé demandé pdtir aller à Paris, et il préféra rester à l'arniëe , eli attendant qu'on disposât de lui.

tmandement Le commandeitient du Piémont eompretiàit Piémont. deux faibles divisions , la plupart dés dépôts de r armée, plusieurs hôpitaux , beaucoup déplaces fortes et un service considérable de matériel. Il y avait beaucoup à faire dans toutes ées bratichés de service ; il fallait tout réorganiser et réformer une grande quantité d'abus. Il y avait deâ levées à faire en Piémont et à créer de tioUveaux dorps ; les ressources du Piémont devaietit faire face à toutes ces charges, pourvoira tous les besoins de l'armée et aligner sa solde arriérée. Pour cela, il fallait être en discussions incessantes avec le gouvernement provisoire piémontais ^ ou plutôt avec la commission executive qui administrait le pays, en attendant que non sort fût décidé. Lé général Jourdan était à Turin avec le titre de ministre de la république française ^ et il entretenait les rapports politiques avec la commission executive. Le commandant militaire agissait de concert avec le ministre pour les rapports tiécessaires avec la commission; mais il avait Tiuitiativé comme l'exécution de tout ce qui se faisait, et tout Texer- Gice du commandement.

Il y avait enfin à contenir le pays et à réprimer

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le brigandage, et cette tâcbe n'était pas la pltlsi facile. La guerre a\ait pesé sur le Piémont et aVait amené à sa suite la misère ; les dotliinatiotis diverses qui s'y étaient succédé dans les dernières années avaient laissé derrière elles des souvenirs irritants ^ des causes de profondes divisions dans les populations et des vengeanées qui voulaient s'exercer. Le parti le moins nombreux était Celui qui s'appelait patriote et qui s'était mis à la suite des armées françaises qu'il compromettait souvent ; il avait besoin d'être contenu. La plus grande partie de la population avait été froissée par la révolution française; elle regrettait ses anciens souverains et elle était hostile aux Français. Lors de la malheureuse campagne de i 799 , des insurrections avaient éclaté dans toutes les vallées des Apennins et des Alpes ; elles avaient intercepté lès communications de l'armée , arrêté les convois, enleré des détachements et des postes , fait éprouver de grandes pertes à l'armée française , et compromis sa sûreté. Ces insurrections avaient été réprimées plus tard ; mais il en restait encore une suite, le brigandage, qui était beaucoup plus difficile à saisir. Toutes les routes étaient infestées de brigands qui , sous le nom de Barbets , arrêtaient les correspondances , assassinaient les hommes isolés, attaquaient ou incendiaient des habitations, pour exercer des vengeances , et enlevaient même

léprpssion % Barbets.

des postes ; la terreur ou la connivence des populations les favorisait.

Telle était la tâche que le commandement du Piémont avait à remplir ; elle exigeait un très-grand travail et autant de décision que de prudence. Ainsi les administrations militaires demandaient une énergique et prompte réforme ; les plus coupables abus , suite des habitudes du Directoire , s'y étaient introduits ; le général Soult les découvrait , les signalait au général en chef et faisait des exemples sévères*. Le premier de tous les services, celui des hôpitaux, était dans un état déplorable ; il fallait, à chaque instant et dans chaque ville , contraindre les autorités locales à venir à leur secours*. La solde des troupes, le service des subsistances, et à plus forte raison l'organisation des nouveaux corps qui avait été ordonnée, étaient dans la même situation, et on n'obtenait rien des autorités piémontaises qui montraient peu de bon vouloir, ou qui elles-mêmes avaient beaucoup de peine à faire rentrer lescontributions'. La répression du brigandage présentait de grandes difficultés. Toutes les troupes disponibles étaient envoyées à l'armée ; il restait à peine quel-

i . Voir à la fin du chapitre , pièce n*» 32.

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