‹ Mémoires du maréchal-général SoultChapitre 28 sur 32 · DU CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE XXIV

Le lieutenant général Soult au général en chef Brune.

Turin , 13 frimaire an ix.

Je parviendrai , mon cher général , à débrouiller le chaos, jusqu'ici impénétrable, de notre administration en Piémont. Tout passait sur notre compte : te;; dilapidations des fournisseurs, les consommations ' effrayantes des parties prenantes, la mauvaise qualité des denrées, et nous étions accusés d^être la cause de Tépuisement de leur trésor public. Depuis plus de deux mois, je cherche à réprimer les abus, mais ils reparaissent sans cesse ; le mal tient à sa racine, je l'y ai attaqué et je vous en rends compte.

On vous a présenté un état de dépenses de plusieurs millions ; mais, mon cher général , ils l'ont fait eux-mêmes, et ils se sont bien gardés de nous le

faire connaître; nous en aurions relevé Tinexactitude. Pour que vous puissiez l'apprécier, je vous déclare que, pendant le mois de brumaire dernier, les dépenses que le pays a faites pour l'armée, en subsistances, y compris les hôpitaux et les troupes de passage, ne s'élèvent pas à cinq cent mille francs. Jugez de la disproportion.

Les fournisseurs ont tout dévoré, et, par générosité, ils disent que c'est Tarmée* Ils nous ont fait payer deux fois des objets d'approvisionnement qui nous appartenaient , par un monopole scandaleux ; ils ont distribué à la troupe les denrées laissées en magasin par les Autrichiens , et ils les portent en compte. Il est des militaires qui les ont favorisés ; je suis à leur poursuite et je vous réponds qu'ils seront traduits au conseil de guerre.

Les denrées ont toujours été d'une si mauvaise qualité, qu'il est arrivé plusieurs fois qu'on a dû faire rejeter des distributions entières. Le pain rempli d'ivraie nous a empoisonné des soldats, beaucoup en sont entrés aux hôpitaux. Des fournitures defauxbons, de signatures contrefaites, etc., etc., j^^i * tranché sur tout cela, et j'ai exigé que les denrées nous fussent remises , nous les manutentionnerons. Cet ordre est mis à exécution, beaucoup réclament ; c'est jiaturel, cette mesure leur ôte la faculté de voler et d'en rejeter l'odieux sur notre compte. Leurs^. plaintes parviendront probablement jusqu'à vous, mais je suis fort de votre justice.

SOULT

Le lieutenant général S ouït au général Morand.

Turin, 23 frimaire an IX.

En prenant toutes les informations nécessaires pour découvrir les coupables des fausses permissions, pour sorties de grains à l'étranger^ veuillez, mon cher général, exiger que Tadjudant commandant, ncm-seulement reproduise les pièces à la charge des auteurs du délit, mais encore restitue la somme de quatre-vingts louis qu'il parait avoir reçue pour mettre en liberté les coupables. De tous cotés ^ je reçois des plaintes; j'ai tous les jours des reproches à faire. L'argent corrompt tout le monde, tout le monde veut en avoir, et plusieurs, pour en obtenir, emploient les moyens les plus vils. Il est bien pénible de n'avoir qu'à punir; au lieu de faire le bien, il faut occuper tout son temps à empêcher le mal.

Veuillez , mon cher général , surveiller avec la plus scrupuleuse sévérité tout le monde. Je compte sur votre manière d'agir, pour prévenir les malversations de ceux à qui la soif d'argent fait tout faire.

SOOLT*

Le lieutenant général S ouït au général Jour dan , /w/nistre de la république française à Turin.

Turin , 4 nivôse aii ix.

Je vous adresse ci-joint, mon cher général, le rapport d'une visite extraordinaire que j'avais or-

donnée, ces jours passes, dans les hôpitaux. Vous y verrez que nos malades sont encore bien éloignés d'avoir ce qui leur est nécessaire, par la grande quantité d'objets les plus essentiels qui manquent pour le couchage ; et que ceux qui y existent sont de la plus mauvaise qualité. Vos démarches^ ainsi que les miennes, auprès du gouvernement piémontais, n'ont produit jusqu'à ce jour aucun résultat satisfaisant à cet égard.

Cependant les hôpitaux , dont le nombre de ma-^ lades augmente tous les jours par l'évacuation de ceux de première ligne , ne peuvent rester, plus longtemps dans cet état de dénûment absolu de fournitures. L'humanité, le bien-être de nos malheureux soldats nous imposent l'obligation de renouveler nos démarches à ce sujet.

SOULT

Turin, 6 nivôse an ix.

Je VOUS ai instruit , il y a deux jours , mon cher général, de la situation des hôpitaux militaires établis à Turin et à Montcallier, et en même temps je vous ai adressé le tableau de leurs besoins. Aujourd'hui je remplis la même tâche pour ceux de Verceil. Lisez le rapport qui vient de m'être fait à cet égard, et dont je vous remets copie ; vous serez indigné de voir l'abandon absolu dans lequel sont laissés nos malheureux malades. La municipalité de

cette ville, qui sait si bien dénoncer, devrait se justifier elle-même, et nous dire pourquoi elle s'est toujours refusée aux invitations, aux prières mêmes, qui lui ont été faites , pour améliorer Tétat de nos soldats que les hasards de la guerre ont forcés d'entrer à rhôpital.

Veuillez, mon cher général, prêter vos soins à ce que notre situation s'améliore sous ce rapport 3 notre dette n'est jamais acquittée envers les braves qui versent leur sang pour la patrie.

SOCLT.

Le lieutenant général S ouït au général en chef Brune,

Turin, 6 frimaire an ix.

Les finances vont de mal en pis dans ce pays ; le payeur divisionnaire n'a pas trois cents francs en caisse, et tous les services souffrent. Les travaux de Tartillerie s'en ressentent. Il faudrait plus de deux cent mille francs pour acquitter ce qui est dû , et aligner la solde de fructidor et de vendémiaire. J'ai vainement pressé et représenté notre situation ; si Ton n'a pas été sourd à mes réclamations, au moins est-il sûr que notre état ne s'est pas amélioré. Les subsistances vont, au jour le jour, et tout fait présager que je serai obligé d'en venir aux réquisitions.

366 BiÉMOIRES

particulièremeat pour rapprovisioanemeiit des plices fortes.

Je vous remets copie d'une lettre <[ue m'écrit le général Lacombe Saint-Michel. Vous y verrez que la commission executive ne fait absolument rien , et n'adhère à aucune des demandes qui hii sont f»tes. Le service est en souffrance ^ les besoins sont immenses. Je vous prie, mon cher général , de presaer le gouvernement piémontais de mettre enfin m terme à ses lenteurs interminables : «lies compromettent la chose publique.

SOULT

Le lieutenant général Soult à la commission exécutîi^'

Turiu y 4 frimaire an ix.

C'est avec la plus vive satisfaction , citoyens, que je vous annonce que les Barbets du Montferrat, et particuUèrement aux environs de Tende, se sott<mettent. Deux de leurs chefs principaux, Violino et Lorenzo, ainsi que trois autres, déposant leui^ armes, ont demandé leur grâce et promis d'ameDe^ dans peu de jouns, cent cinquante de leurs camarades armés de superbes carabines* Voilà le résultat des mesures que j'ai adoptées, et constamment suivies^ pour ramener la tranquillité dans ces malheureuses contrées. On ne peut en désirer un plus aatisfaisjkQt.

Il faut actuellement profiter des heureuses dispositions de ces individus , et faire en sorte de les utiliser. Pour parvenir à ce but, je vous préviens, citoyens, qu^en leur accordant un pardon général pour le passé, je continue des négociations avec eux^ afin d^exciter encore davantage le désir qu'ils manifestent de servir et de faire de nouveaux prosélytes. Mais il faut <5ompléter cette œuvre importante, d'où dépend la tranquillité ultérieure du Piémont» En conséquence, je vous fais les propositions suivantes :

1* Il sera formé trois compagnies de chasseurs, bons tireurs, dans lesquelles seront exclusivement admis les individus jusqu'à présent désignés sous la dénomination de Barbets.

2" L'état-major de ces compagnies sera nommé par le lieutenant général Soult.

3"" La paye sera la même que celle des hommes de cavalerie.

4^ Les armes que les individus , se présentant pour être admis dans ces compagnies, porteront, leur seront payées, ainsi que les munitions.

Soult.

Turin , 14 frimaire an tx.

Vous n'apprendrez pas, sans intérêt, citoyens, les succès soutenus qu'obtiennent les mesures que j'ai adoptées à l'égard des Barbets du Montferrat et des montagnes qui avoisinent le col de Tende. Leur

:iO» MEMOIRES

pacification entière s'opère rapidement, et j'ai l'es* poir que, pour le mois de nivôse prochain, nous les aurons réunis en compagnies.

Les rapports que je reçois à Tinstant portent que, le 9 de ce mois, les chefs des Barbets ont donné un repas et un bal en Thonneur de la République. Ces mêmes chefs parcourent en ce moment les montagnes, y prêchent Tobéissance aux lois, le respect des personnes et des propriétés, et font beaucoup de prosélytes. Ils ont déclaré qu'ils arrêteraient et amèneraient liés ceux qui désormais pourraient se porter au moindre excès. Il est assez curieux de les voir chercher à réprimer les délits qu'ils commet* taient eux-mêmes il y a peu de jours.

I^es passages sont entièrement libres et sans danger. Plusieurs convois ont refusé des escortes, et les négociants de ces contrées qui , depuis longtemps , n'osaient plus sortir, se livrent à présent avec sécurité à leur commerce. Enfin, le calme et la confiance reparaissent dans les provinces de Coni et de Mondovi.

SOULT

La commission executive du Piémont au lieutenant

général Soult.

4 frimaire an ix.

La commission executive vous est infiniment obligée j citoyen général , des soins que vous avez pris pour soumettre promptement les Barbets du Montferrat et du Tende. L'heureux résultat de vos mesures, en honorant votre zèle et votre sagacité , ne peut que redoubler encore Tempressement que nous nous sommes toujours fait de les seconder, ainsi que notre confiance dans tout ce que vous nous proposez.

' \je projet dont nous parle votre lettre ne saurait être plus sage et mieux adapté aux circonstances. La commission executive l'a adopté sur-le-champ , et fera tout ce qui dépend d'elle pour qu'il ait la plus prompte exécution, et qu'elle réponde à vos vues. Elle se borne à vous manifester le désir, qu'aussitôt que lesdites compagnies seront . organisées, elles soient envoyées à l'armée, et employées d'une manière active.

PiULio, président.

Iai commission exécutiife du Piémont au lieutenant

général Soult.

Turin , 16 frimaii« an n.

La commission a appris avec le plus grand intérêt, citoyen général , Theureux résultat des mesures que vous avez adoptées à Tégard des Barbets du Montferrat et des montagnes qui avoisinent le col du Tende.

I^ Piémont, afiligé depuis longtemps par ce fléai) désorganisateur, se souviendra toujours, avec une douce afTection, de celui qui employa les soins les plus infatigables pour les détruire. Recevez-en , citoyen général , par Torgane de la commission executive , les témoignages de la reconnaissance nationale.

Vous trouverez ci-incluse une copie authentique de Parrèté que la commission a pris , relativement à Porganisation de ces Barbets en (x>mpagnies de chasseurs.

Chaeles Botta, président.

îr37.

£# liemiiemimi p^mfr&t Somii an ^nèral en chef Brune.

Tann . 23 nÎTdse an ix.

I/iosurreclioQ du Piémont se manifeste , mon cher géoémi; les prorioces d'Aoste et d^Ivrée se

sont soulevées. Les derniers rapports, que j'ai reçus de cette partie, portent à six mille hommes le nombre des insurgés. A Mondovi, il y a eu des troubles; mais le soulèvement n'a pas encore eu lieu. Quelques otages de cette province, que je retiens, les maintiennent. Dans la province d'Asti, il y a aussi des mouvements.

Cette agitation a pour cause des motifs qui tiennent à un vaste plan d'insurrection ; on veut renouveler dans ce pays les scènes de l'an vu. L'ancien ministre anglais, Jackson, près le roi de Sardaigne, s'est tenu caché à Turin pendant quelques jours. On le suppose le principal agent de cette intrigue. Des bruits alarmants circulent, et le retour du roi est annoncé par ses nombreux partisans qui se mon«trent plus que jamais audacieux.

J'ai, dans ce moment, à peu près deux mille hommes, gardes nationales « cavalerie piémon taise, gendarmerie, et deux pièces de canon, le tout sous les ordres de l'adjudant commandant Werlé. Demain cette troupe sera réunie à Ivrée , y attaquera les rebelles et les détruira ; j'espère que , par ses efforts , cette force suffira. Je réunis d'autres troupes pour marcher à son secours s'il devenait nécessaire, oo ailleurs, si l'insurrectipu y éclatait. Les rebelles nous ont déjà fait des prisonniers, et ils tiennent l'adjudant Merck renfermé dans Chàtillon^ avec les quelques détachements de garde nationale qu'il y avait dirigés,, pour dissiper les premiers rassemblements.

SouLT.

Le lieutenant général Soult au général en chef Brune.

Turin, 27 nÎTÔse an ix.

Les dispositions que j'ai prises, mon cher général, pour soumettre les révoltés des provinces d'Aoste et d'Ivrée^ ont déjà obtenu de grands succès. Dans la nuit du 22 au 23 , les rebelles étaient parvenus à bloquer entièrement Ivrée et à s'emparer d'un de ses faubourgs.

L'adjudant commandant Cacault, qui s'y était renfermé, ayant été prévenu de l'approche d'une nouvelle colonne avec du canon , que l'adjudant commandant Werlé commandait, ordonna une sortie à neuf heures du matin. Elle s'exécuta avec avantage: trois cents révoltés restèrent morts sur place; ils eurent, en outre, une quantité infinie de blessés, et on leur fit quarante prisonniers , parmi lesquek l'avocat Accato, un de leurs chefs. On les poorsoivit jusqu'auprès de Saint - Martin , en leur fusant éprouver de nouvelles pertes.

Les rebelles s'étaient retranchés et barricadés en avant de Saint-Martin, et avaient réuni sur ce point, qui ofire une position importante, une partSe de leurs forces. Malgré ces obstacles , l'attaufoe £at ordonnée, et, après une résistance des plus opiukbes, nos troupes entrèrent dans cette e^)èoe de ivârjaH chement , s'emparèrent du village et potursnrâvait les révoltés jusqu'auprès de Donna, oit ik se rallièrent derrière de nouvelles barricades; la tene resta couverte d'une infinité de morts et de "KVjhhmh:^

Le 25 , Tattaque de Donna s'exëcuta , et avec même perte de la part des insurges. Nous étions près d'entrer dans ce village , lorsque la municipalité vint en députation demander au commandant Werlé la grâce de leurs concitoyens égarés, s' engageant à leur faire mettre bas les armes et à les soumettre j si on leur pardonnait. Trop de sang était déjà versé pour ne pas accueillir leur demande ; en conséquence, et d'après les instructions que j'avais données, le pardon fut accordé en faveur de la masse du peuple, qui n'était que trompée et se* duite; mais les chefs furent demandés et on prit des otages, pour répondre de la tranquillité ultérieure de cette contrée.

Il restait encore, dans la haute vallée d'Aoste, à peu près deux mille hommes insurgés , qui paraissaient vouloir se défendre et avaient, pour exciter le peuple d'Aoste à se joindre à eux, livré au pillage une partie de cette ville ; mais au moment oîi le dernier rapport m'était rendu , on espérait leur voir imiter l'exemple des habitants de Donna.

SouLT.

Le lieutenant général S ouït au général en chef Brune.

Turin, 5 pluviôse an ix.

Maintenant que tout est apaisé, je chercherai, mon cher général , à vous faire connaître les causes qui, je crois, peuvent avoir produit ce soulèvement,

c[ui paraissait devoir embraser tout le Piémont. Mon opinion ne sera pas celle de tout le monde , mais en remettant avec franchise ^ j^aurai peut-être atteint la vérité.

Trois partis bien distincts existent en Piémont : celui des Français ^ qui , quoique le plus faible , deviendrait le plus fort et le plus nombreux, si une partie du Piémont était réunie à la France , parce que tous les riches propriétaires et les gros tenanciers se joindraient à lui, préférant devenir Français que faire partie d*un État indépendant; celui de la Ligue Italique, qui a de nombreux partisans, surtout parmi les hommes en place, et celui du roi qui paraît être le plus nombreux , par T influence de tous les grands propriétaires qui, autrefois, tenaient à la cour.

Chaque parti a un but contraire, et chacun d'eux travaille Tesprit public dans un sens opposé Cette conséquence est naturelle, les partisans du roi croient à son retour et Tannoncent ; la Ligue Italique, avide de pouvoir, veut un gouvernement indépendant, sans le secours des Français, et les partisans des Français désirent, au contraire, avec eux, un rapprochement qui rende leur union plus intime et leur liberté mieux assurée*

De cet état de choses résulte continuellement une contrariété d'opinions, qui produit le mécontentement que tout le monde éprouve ; chacun crie et se croit opprimé ; on s'isole du gouvernement ; sa marche se trouve^ à chaque instant, arrêtée, et ses

mesures administratives j dénaturées avant que de paraître, n'obtiennent aucun effet; la force armée seule les assure.

Ajoutez encore à ces causes Tinconduite de quelques agents piémontais, qui, par des mesures vexatoires j exaspèrent les habitants y et vous aurez une connaissance parfaite des motifs qui , jusqu'à présent, ont porté ou peuvent porter pour Tavenir le peuple à la sédition et à la révolte , qui Téloignent du gouvernement et le retiennent dans l'acquittement des charges qui lui sont imposées.

Un mouvement survient-il dans une commune , un parti s'en empare, agite la province, la soulève, et, proclamant l'insurrection générale, porte la terreur dans tous les esprits. Chacun craint, s^arme pour se défendre , et souvent de ce trouble , dont la cause est ignorée , ou au moins toujours méconnue , résultent de nouveaux germes de discorde, qui aigrissent les esprits et provoquent les mesures rigoureuses auxquelles on est obligé d'avoir recours.

Voilà, mon cher général, le portrait fidèle des Piémontais et les causes de l'insurrection des provinces d'Aoste et d'Ivrée. Des rapports exagérés peuvent vous être présentés; je doute qu'ils contiennent l'exacte vérité ; je vous l'ai présentée dans toute ^a tiudité. Étranger à tous les partis, je ne puis en caresser aucun ; la plus grande impartialité est nécessaire pour pouvoir, dans les agitations, les coniprimer tous. Je froisserai peut-être quelques intérêts particuliers ; mais j'aurai fait mon

devoir et justifié la confiance dont vous m'avez honoré.

SOULT

La commission exécutiife du Piémont au lieutenant

général Soult.

Turin, 27 niyôse an ix.

Les succès que la colonne mobile a obtenus contre les rebelles de la vallée d'Aoste feront sans doute cesser Tégarement funeste auquel les malveillants avaient porté les habitants de cette partie du Piémont. En voyant l'abîme dans lequel on voulait les précipiter y ils apprendront à haïr les perfides qui les ont séduits, et à se méfier de leurs promesses empoisonnées.

Vous qui avez si fortement contribué à ces heureux résultats, agréez, citoyen général^ les assurances d'une reconnaissance éternelle , que la commission vous offre au nom de toute la nation,

Pjulio, président.

Le général en chef Brune au lieutenant général S ouït.

Vérone, 2 pluviâse an ix.

Citoyen général, vous étiez hors ligne ^ et cependant vous avez trouvé l'occasion de vous distinguer d'une manière brillante et bien utile pour l'armée; ainsi vous avez prouvé que le véritable mérite tire

toujours parti des circonstances où il se trouve , et tourne vers lui les regards des braves et des hommes vertueux.

AgrëeZy citoyen gênerai, mes sincères félicitations sur Theureuse fin des troubles du Piémont, entièrement due à vos sages et vigoureuses dispositions. J^attends avec impatience le nom des braves qui se sont distingués.

Salut et attachement.

Brdne.

Le général en chef Brune au général Soult,

Milan, 20 pluviôse an ix.

Vous avez bien fait, mon cher général, d'envoyer vos rapports au ministre, puisqu'il vous les a demandés. Je lui en avais adressé un extrait détaillé avec une dépêche , dans laquelle je publiais la sagesse et la vigueur de vos moyens dans les dernières circonstances ; mais il paraît que ma dépêche n'était pas encore parvenue, le 6 de ce mois. En ce moment, le gouvernement doit connaître ce que vous avez fait, et il doit y donner une publicité convenable.

J'ai lu et relu avec intérêt vos observations vraies sur les espérances et les mouvements des divers partis en Piémont ; il en résulte qu'en attendant un état définitif pour ce pays , il faut beaucoup surveiller.

Salut et amitié.

Brune.

378 MËMOmES

Le général en chef Brune au lieutenant général S ouït.

Villa-Franca , nivôse an Ht.

Mon cher général, je n'ai pas eu le temps de vous écrire le résultat de la bataille du Mincio ; j'ai fait prier le général Jourdan de vous le faire connaître. Dans la journée du 6, on a recueilli encore des avantages. En total, Tennemi a perdu trente-six pièces de canon , trois drapeaux , deux étendards ; nous lui avons fait près de neuf mille prisonniers, il compte sept à huit mille tués et blessés. L'armée est aux portes de Vérone. Le général Oudinot m'apprend que vous venez d'être éch&ngé ; je vous en félicite , mais je ne puis m'empêcher de regretter que cet échange soit venu si tard ; j'aurais eu uti vrai plaisir à vous faire passer convenablement les rivières qui nous séparaient de l'ennemi.

Vous trouverez ci-joint le précis des opérations de l'armée qui se trouve devant Vérone.

BftUïfE.

OPÉIUTIO^S DE J^ÀXAÊE b'iTIIIB.

Le général de dwision Oudinot^ chef de Vétat^major général y au lieutenant général Soult»

Mon cher général , Les mouvements qu'a dû faire l'armée d'Italie de*

puis le 27 frimaire y jour oii elle a commencé ses opérations, ont été si rapides et si suivis, qu'il m'a été impossible de vous instruire régulièrement, comme je Taurais désiré , de tous nos succès et de la position heureuse où elle se trouve dans ce moment. Je profite du premier instant de repos dont je puis disposer pour vous annoncer le résultat de nos attaques et la victoire remportée sur nos ennemis.

. he 30 frimaire ^ le général en chef ordonna une reconnaissance générale sur toute la ligne ennemie ; elle s'exécuta avec ensemble et précision. L'ennemi occupait en force la rive droite du Mincio avec un corps de quinze mille hommes environ. Notre avantgarde culbuta la droite de ce corps en avant de Peschiera ; elle le força à rentrer dans cette place et elle fit ensuite un mouvement à droite , pour soutenir l'attaque que le général Moncey , commandant la gauche , avait ordre de faire sur les hauteurs de Monzembano, Tandis que les troupes du général Moncey attaquaient de front ces hauteurs et en enlevaient à la baïonnette les positions retranchées que l'ennemi défendait avec opiniâtreté, le général Delmas les tournait sur la droite. Au même instant les troupes du général Suchet attaquaient les retranchements de la Yolta, et, enlevant ces positions importantes, coupaient à l'ennemi toute retraite^ On s'est battu plusieurs heures avec acharnement ; enfin l'ennemi , se voyant au moment d'être tourné , se replia dans le plus grand désordre sur ses retranchements

en avant de Borghetto et de Goëto, Nous lui fîmes mille prisonniers ; sans la nuit , nous lui en eussions fait le triple.

Les 1 "^ et 2 nivôse se sont passés en dispositions préparatoires et à faire avancer notre artillerie et nos pontons. I^e 3 , la cavalerie fit aussi un mouvement en avant. Enfin le 4 , devait s'effectuer le passage du Mincio. Le principal point était celui en avant de Monzembano , qui devait être exécuté par l'avant-garde , la gauche , le centre , les réserves d'infanterie et de cavalerie. Un autre passage devait être simulé en avant delà Volta, en face du village de Pozzolo. La droite de l'armée avait ordre de faire des tentatives pour opérer ce passage , si pourtant l'ennemi ne présentait pas devant elle des forces assez supérieures pour l'arrêter.

Des retards inévitables dans la saison actuelle et des motifs de prudence portèrent le général en chef à renvoyer le passage de Monzembano au lendemain 5 ; l'armée devait cependant garder sa position sur les bords du Mincio» L'ordre de ce renvoi fut adressé au général Dupont, commandant la droite, qui , de son côté , avait déjà jeté ses deux ponts et avait fait passer le Mincio à la division Watrin. Le général en chef, informé de cet avantage, ordonna que toute la droite s'établirait sur la rive gauche, en se plaçant cependant de manière à tenir sur ce point, jusqu'au lendemain. Mais l'ennemi, persuadé sans doute que c'était à Pozzolo que l'armée entière effectuerait son passage, y porta une grande partie de

ses forces ; il nous y attaqua, à neuf heures du matin. Nos divisions de droite ont résisté avec un acharnement inexprimable pendant toute la journée à des forces doubles ; le village de Pozzolo a été pris et repris quatre fois ; on se battit des deux côtés avec rage. Le général Suchet, commandant le centre, détacha une de ses divisions sur la droite, pour soutenir les troupes du général Dupont. Ce mouvement décida la victoire : Tarmée ennemie fut battue et repoussée ; nous fîmes deux mille cinq cents prisonniers, prîmes trois drapeaux, cinq pièces de canon, et Fennemi perdit en outre deux mille hommes. tués sur le champ de bataille et autant de blessés. Nous avons perdu sept à huit cents hommes tués ou blessés ; le général Calvin fut dangereusement blessé. Le général Dupont resta en position le lendemain 5 nivôse. Le passage devait s'exécuter à la pointe du jour par toute Tarmée sur le point de Monzembano ; deux ponts furent jetés sous la protection de quarante bouches à feu. Les pontonniers et les canonniers donnèrent des preuves du plus grand courage et de la plus grande bravoure ; en moins d'une heure, les ponts furent prêts , et , sous le feu de l'artillerie ennemie, nos tirailleurs effectuèrent leur passage. L'avant-garde, la gauche, le centre et les réserves les suivirent. L'ennemi voyant déployer nos forces ne voulut pas hasarder de défendre le passage ; les grand-gardes se retirèrent en ordre sur la ligne de déferise , appuyant la droite aux redoutes de Salionzo et la gauche à la position formidable de Va-

leggio. Cette ligne fut attaquée avec fureur ; l'ennemi la défendit de même. Une brigade d'avantgarde j tournant les redoutes de Salionzo , tandis que le restant de ce corps d'armée , soutenu par la division Boudet, forçait la ligne , rejeta Tennemisur les hauteurs de Valeggio. C'est ici quMl opposa une résistance opiniâtre; onze bataillons de grenadiers repoussés d'abord , mais revenant ensuite à la charge^ mirent de l'incertitude à la victoire. .Cependant nos troupes j dont la supériorité fut, ce jour-là, bien démontrée y parvinrent à mettre la déroute dans les rangs ennemis ; ils se retirèrent dans un désordre complet. !Nous leur fîmes quinze cents prisonniers et prîmes sept pièces de canon. La nuit mit fin au combat ; nous restâmes maîtres des hauteurs de Valeggio. La nuit permit aux ennemis d'évacuer le fort. Dans le même jour , la brigade Lesuire , faisant partie du centre et en observation devant Borghctto, força la garnison de ce poste, bien retranché et défendu par sept pièces d'artillerie, à capituler ; mille hommes mirent bas les armes. Le lendemain 6 , les redoutes de Salionzo, quoique bloquées, tenaient toujours. Le général en chef ordonna au général Delmas, qui les avait fait cerner, d'intimer à ces troupes de se rendre à discrétion , ou de les eolever de vive force et de faire passer la garnison au fil de Tépée. La sommation fut faite ; les Autrichiens ne tardèrent pas à mettre bas les armes. Neuf bpuches à feu , huit cents prisonniers de guerre dom un colonel tombèrent en notre pouvoir.

Le même jour le général en chef apprit que le poste important de Goëto , que l'ennemi avait fortifié avec tant de soin sur les deux rives du Mincio,

avait été abandonné. Nous y avons pris dix pièces de canon.

Le 7, l'armée a marché en avant. L'avant-garde et la gauche ont gagné les hauteurs entre le lac de Garde et TAdige ; le centre, la droite, ainsi que la réserve ont pris position en avant de Villafranca où le quartier général est venu s'établir.

L'ennemi s'est retiré en désordre , le gros de son armée derrière FAdige. Il tenait cependant encore une portion de son armée en avant de cette ligne ; mais aujourd'hui nous avons poussé une forte reconnaissance qui l'a obligé de se retirer sous les murs de Vérone. Il a devant cette ville un camp retranché garni de beaucoup d'artillerie, qui ne peut manquer de tomber en notre pouvoir.

Les journées des 30 frimaire, 4 et 5 nivôse ont eu pour résultat de nous donner sept à huit mille prisonniers , dix mille hommes tués ou blessés, trentetrois bouches à feu et sept drapeaux. L^armée ennemie est dans la consternation ; quoique soutenue par une nombreuse cavalerie, elle n'ose plus compter sur elle , et il nous a été impossible de l'attirer à aucune charge marquante, dans les trois jours que nous l'avons battue.

OUDIWOT.

Le général en chef Murât au lieutenant général ^S^mU..

Florence , 8 germinal an ix.

La paix avec la cour de Naples a été signée cette nuit, mon cher génëral. En conséquence , je donne l'ordre à mon chef d'état-major de vous transmettre celui d'aller occuper, avec votre lieutenance, la presqu'île du golfe de Tarente, depuis l'Offanto, suivant la ligne de Gravi na et le Bradamio, jusqu'à son embouchure dans la mer.

Tous les forts qui se trouvent dans cette presqu'île devront vous être remis avec leur artillerie. Je vous envoie le contre-amiral Villeneuve, auquel je donne des instructions sur la mission dont il est chargé près de vous.

Le premier Consul désire qu'il parte, des différents ports du golfe de Tarente, des bâtiments pour l'Egypte, chargés de fusils et de boulets. Je vous prie donc , mon cher général , de favoriser de tous vos moyens ces différentes expéditions auxquelles le Gouvernement attache le plus grand intérêt.

Je fais donner l'ordre au -général Dulauloy d'aller prendre le commandement de votre artillerie, et d'emmener avec lui six officiers de cette arme. Le commandant de génie reçoit aussi celui de vous envoyer six officiers de son arme. Vous ferez armer le golfe de Tarente, de manière à défendre ses ports

et à protéger Tes vaisseaux français. qui y arriveraî^flf.

• ^^ connais, mon cher général , votre amour pour le ^u ordre, et je suis persuadé que, par la discipline que vous maintiendrez parmi vos troupes, vous parviendrez à convaincre les INapolitains et l'Europe entière, que les Français savent respecter et faire respecter les lois des gouvernements qui les reçoivent comme amis. Vous ne permettrez à aucun réfugié napolitain de suivre les mouvements de vos troupes. Avec eux, il serait difficile de conserver la tranquillité des pays que vous occuperez.

Les principes du Gouvernement français vous sont connus, ce sont les vôtres. Us doivent être la règle de votre conduite politique dans le royaume de Naples.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

MURAT

Florence, 23 germinal an ix.

Je vous annonce avec plaisir, mon cher général, que par le mot étape, employé dans les stipulations avec la cour de Naples, le premier Consul a entendu que la solde fût comprise aussi bien que les subs(i«> stances. Faites donc passer une revue de rigueur de vos troupes; faites^en constater le total bien exact, qui servira à les faire payer par la caisse du roi de Naples. Cette intention du premier Consul sera posi- 111. 25

tivement expliquée dans la ratification de la paix. J'écrirai au citoyen Alquier, pour qu'il s'entendip gur cet objet avec le clievalier de Micherou^ç, et j'aspire que vous n'éprouverez aucun obstacle, puisque vous n'avez à réclamer que l'exécution bien entendue du traité de paix. Nous voilà, par ce moyen, sans inquiétude, j'en éprouvais auparavant beaucoup , car j'étais dans le plus grand embarras pour vous envoyer de l'argent. Vous connaissez combien présente peu de ressources le pays que j'occupe, il doit cependant, suivant l'intention du premier Consul, fournir à la solde , à l'entretien et à U subsistance de mon armée ; je ne dois pas recevoir un seul écu de Paris,

Occupez Tareote le plus tôt possible ; fortifie? ç§ port, de manière à ce que notre escad;*^ puisse y trouver un abri, dans le cas où elle serait poursuivie par des forces supérieures. Maintenez parmi vos troupes l^plus sévère discipline ; comprimez tous les partis, que vos troupes soient étrangères à toute espèce de mouvement révolutionnaire. Nous sommes aujourd'hui sincèrement réconciliés avec le roi de Naples. Le premier Consul désire que vous alliez, avec votre état-major, vos troupes et la musique ^ assister à la messe , tous les jours de fête , et qu'il règne entre vous , les prêtres et les ofSciers du roi de Naples , la plus grande intelligence.

Je me repose entièrement, mon cher général, ainsi que le premier Consul, sur votre fermeté, votre zèle et votre activité , et je suis persus^dé que votre

séjour dans les États napolitains va conquérir à la république de nouveaux amis.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

MURAT

Florence , 4 floréal an n.

Mes lettres précédentes vous ont fait connaître, d'une manière bien positive, les intentions du gouvernement sur l'existence politique du royaume de Naples. Vous voudrez bien, mon cher général, vous y conformer strictement; nous ne voulons pas du tout révolutionner ce pays , ni permettre qu'il soit révolutionné. Vous ne devez écouter les chefs d'aucun parti ; en un mot , vous devez , sous le rapport militaire, vous borner à occuper les pays renfermés dans les lignes de démarcation qui vous ont été tracées, et sous le rapport politique, non-seulement ne pas favoriser les mouvements qu'on voudrait faire contre le gouvernement, mais les empêcher, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Vous n'avez aucun ordre à donner dans la Calabre; il vous convient seulement de surveiller tout mouvement hostile qui pourrait être dirigé contre vous. Vous devez aussi vous borner à proposer aux autorités des mesures pour détruire les brigands dont vous me parlez, et n'agir vous-même que de concert avec elles. L'intention de protéger le gouvernement napolitain m'a été si formellement exprimée par le premier Consul, que si vous redoutiez de ne pouvoir

maintenir Tordre, je me transporterais moi-même dans la Fouille.

Je sais, mon cher général, que votre position est délicate; je sais que vous avez à remplir une mission difficile. Si elle n'avait pas exigé beaucoup de zèle et de talent, on ne vous en aurait pas chargé. J'ai la persuasion que le désir de répondre à la confiance du Gouvernement, vous mettra au-dessus de tous les obstacles. Je ne saurais vous exprimer assez combien il serait mécontent, si pendant votre séjour dans les États de Naples, il s'y faisait quelque explosion révolutionnaire.

MURAT

Le général en chef Murât au lieutenant général Soult.

Florence y 28 floréal an ix.

J'ai reçu, mon cher général, vos trois lettres des 13 et 14 floréal ; elles m'ont fait le plus grand plaisir. En vous confiant la mission la plus importante que je pusse donner à un général , je savais bien que je vous imposais une tâche difficile et pénible; mais je savais aussi qu'elle n'était ni au-dessus de votre zèle, ni au-dessus de vos talents. 'Vous avez justifié toutes mes espérances. Votre conduite politique est celle que désirait le Gouvernement, celle que je dési-

rais et que j'attendais de vous. J'en ai instruit de suite le premier Consul, et je vous annonce d'avance qu'il en sera complètement satisfait. Je vais faire connaître, par l'ordre du jour, combien je suis moimême content des troupes qui sont sous vos ordres. Continuez, mon cher général, vos succès m'intéressent doublement, par l'avantage que nous devons en retirer, et par l'attachement que je vous porte.

MURAT

Florence, 29 floréal an ix.

L'intention du gouvernement, citoyen général, est que la ville de Tarente soit mise, le plus tôt possible, à l'abri de toute attaque de la part des Anglais , tant par terre que par mer, et d'en faire une place forte, susceptible d'apporter la plus vigoureuse résistance. Vous vous hâterez donc de former un système de défense du côté de la terre et du côté de la mer, afin que dans le cas où il surviendrait quelque événement extraordinaire, vous fussiez en état de défendre cette place pendant le plus long temps possible. Faites établir des batteries sur tous les points jugés nécessaires, pour défendre la rade et les approches.

Vous devez mettre la plus extrême activité dans l'exécution de ces travaux , parce qu'il est possible qu'une escadre française se présente bientôt devant Tarente, et qu'elle ait besoin d'y trouver protection

390 BIËMOmES

et sûreté. Il est nécessaire surtout qu'elle y trouve au moins les batteries faites y parce qu'il ne lui faudrait que très-peu de temps pour les armer. Je vous préviens qu'en attendant que Tartillerie , qui a dû partir de Naples et qui va vous être envoyée d'Âncône et de Livourne, vous arrive, j'autorise le contreamiral Villeneuve à employer à l'armement des batteries que vous allez faire construire , l'artillerie de la première frégate napolitaine qui lui sera envoyée.

Je dois vous faire sentir, citoyen général, toute l'importance que le gouvernement attache à la prompte exécution des diverses opérations qu'il ordonne pour Tarmement de Tarente. Il faut que , dans les circonstances actuelles, nous trouvions, à la fois^ dans le port de Tarente , un abri sûr pour notrier diarine, qui lui donne de l'influence dans la mer Adriatique et dans la Méditerranée, et une forteresse, une sorte de Gibraltar^ qui puisse au besoin mettre ce port à l'abri des efforts de Tarmée de terre la plus puissante. Vous devez réunir dans cette place deux millions de cartouches et un double approvisionnement pour votre artillerie de campagne. Vous y établirez un arsenal d'artillerie ; commencez ^ dès ce moment ^ la formation de vos magasins. Le général Chasseloup a ordre de se rendre à Tarente avec des officiers du génie, pour y tracer les fortifications les plus urgentes pour la défense de la presqu'île ^ et surtout du prin cipal port. Mais en attendant son arrivée ^ vous de* vez dès cet instant, et même pendant que ce général

exécutera ses premières opérations , faire lever un plan topographique exact des environs de Tarente^ sur lequel il puisse projeter le tracé des fortifications^ Faites également recueillir y dans un mémoire partitulief, les détails les plus circonstanciés sur la popu^lation, les ressources et les moyens de subsistance que présente le pays que nous occupons dans la presqu'île.

Je vous préviens que le gouvernement a fait partir de Paris un officier chargé d'apporter, à Tarente , soixante - dou2e mille francs; quarante -huit en seront versés dans la caisse du génie , afiti de pourvoir de suite aux premiers travaux de la place, et les vingt-quatre mille restants, dans celle de Tartillerie; cet argent doit servir à là construction des batteries et aux premiers besoins de Tarsenal que vous devez établir.

Je charge Tadjudant commandant Dampierre de se rendre près de vous ; vous lui remettrez le plan topographique que je vous demande, ainsi que le mémoire circonstancié des ressources de la presqu'île. Je fais sentir au ministre Alquier combien il est itnportant d'obtenir de la cour de Naples le plus de canons et de munitions qu'il sera possible. Ce moyen nous épargnerait des lenteurs et des sommes énormes, et nous n'exposerions pas nos canons de Gênes, d'Ancône et de Livourne, à être enlevés par les Anglais* Ce ministre obtiendra tout facilement, sous le prétexte d'employer cette artillerie à l'armement des côtes. Le général Dampierre, qui verra, à son passage

39t MÉMOIRES ^ '

à Naplesy le citoyen Alquier, vous fera connaître d'une manière précise ce que la cour de Naples devra vous fournir.

Je n*ai pas besoin, citoyen général, de vous faire observer que cette dépêche est pour vous aeul et que' vous ne devez en confier les détails qu'aux ofBcien supérieurs^ qui seront respectivement chargés de concourir à Tezécution des dispositions qu'elle prescriti en, leur recomnandaD^ de garderie plus profond secret. L'officier qui vous remettra les soixante-douze mille francs, devra repartir de suite pour Paris, et être porteur de votre rapport, de celui du contreamiral Villeneuve et de ceux des officiers du génie et d'artillerie. Il est donc essentiel que ce travail soit exécuté avec la plus grande célérité.

léC lieutenant général Soult au général en chef Murât ^

Tarente, 14 frimaire an x.

Je vous adresse , mon cher général , le plan de la rade de Tarente, contenant le relevé des sondes que le contre-amiral Villeneuve a fait faire, et l'indication que pourrait prendre une escadre. Incessamment je vous en enverrai un nouveau, qui contiendra le système général de défense pour la rade.

Tous les marins pensent qu'il n'existe pas dans la Méditerranée , une rade plus belle y plus sûre et plus avantageuse que celle de Tarente. Elle est couverte par les îles de Saint-Pierre et de Saint-André, par les caps de Saint- Vito et de Bondinello, et les bâtiments de guerre ne peuvent entrer que par la passe qui est à l'est de l'île de Saint-André.

SouLT.

Tarente , 25 prairial an ix.

Je vous rends compte^ mon cher général , que la première expédition d'artillerie, venant de Naples, m'est arrivée hier à Tarente. Elle consiste dans quarante-trois pièces de 33, en fer, sur affûts de côte, avec quatre mille boulets de leur calibre et huit mortiers de diverses grandeurs, avec huit cents bombes. Toute cette artillerie va être immédiatement établie en batterie. Mon arsenal se monte ; dans peu, il formera un bel établissement.

La ville de Tarente ressemble à un grand atelier ; tout le monde travaille, et avec zèle, parce qu'on en sent la nécessité et qu'on veut mériter votre bienveillance et celle du Gouvernement, en remplissant ses vues. Tout est à créer et à faire ; aucun établis- ' sèment n'existait avant notre arrivée, et il faut sortir du chaos ou des décombres tout ce que nous élevons et réédifions.

SouLT.

894 MÉMOmES

Tftrente, 19 thermidot an ix.

Tous nos ouyt*ages de fortificâtiôtis , mon chei* général , seront bientôt terminés. Les travaux ont été longs, malgré la grande activité qu'on y à tiiil^e; mais pour la plupart des batteries, il a fallu ct*eus61* dans le roU , et faire jouer la mine , envoyer en Calabre chercher les buis nécessaires, des fers à Naples, nous forger des outils, et créer tous nos moyens d^exécution. Toutes ces difficultés ont été êurmontées, et aujourd'hui nous avons la satisfaction d'avoir grandement avancé cette fortification importante, qui déjà peut recevoir cent quarante pièces de canon, dont la moitié sera armée dans dix jours.

Le système de défense ^ qui à été adopté pour la rade, procurera l'immense avantage d'assufer le mouillage d'une escadre française, et celui d'offrir à l'ennemi , quel que soit le sens de ses manœuvres, une réunion de feux de côte infiniment meurtriers, qui , réunis à celui de nos vaisseaux , devraient Pobliger à reprendt'e le large, s'il pouvait sortir, ou à se rendre, si le vent était contraire.

SoULT«

DU MAIIÉGBAL-6ÉNËRAL SOULT. 395

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