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Le ministre Alquier au lieutenant général Soult.
Naples, 26 floréal an ix.
Je ne saurais trop me louer, général^ de Tempressement obligeant avec lequel M. le chevalier Âcton a satisfait aux demandes que je lui ai adressées j et j'ai vu , avec satisfaction , que bien peu d'heures ont suffi pour le déterminer en notre faveur. J'aime à vous dire, général , qu'une partie de ce succès vous est due. Votre conduite sage et ferme, dans la province où vous commandez en chef, la discipline que vous faites observer à vos troupes, les rapports du général Burcard et ceux de tous les agents de l'autorité du roi , ont inspiré pour vous au gouvernement napolitain les sentiments d'estime et de confiance qui vous sont si bien dûs, et je sens que j'aurai toujours à vous remercier de la facilité que je trouverai à conclure les négociations, où je pourrai faire valoir votre nom.
ÂLQUIER.
Le lieutenant général Soult au général Maurice
Mathieu.
Tarente, 28 messidor an ix.
Les Auglais, citoyen général , ayant déclaré en état de blocus tous les ports que nous occupons dans le royaume de Naples, pour user de représailles envers eux, j^ai défendu la sortie à tout bâtiment de commerce quelconque. Par ce moyen, j'ai arrêté la contrebande considérable qui se faisait en leur faveur et qui leur servait à approvisionner les escadres qu'ils ont dans la Méditerranée. J'ai encore empêché les pirateries qu'ils exerçaient , en saisissant tous les bâtiments sortant de nos ports qu'ils rencontraient, sans avoir égard au pavillon ni à la cargaison. Sans doute, serez-vous obligé d'en faire de même dans votre partie ; la prise du petit bâtiment qu'ils ont faite, à Cortone, vous donne la mesure de
la mauvaise foi de ces messieurs.
Soult.
Le lieutenant général Soult au général en chef Murât.
Tarente, 7 messidor an ix.
Dans tout le royaume de Naples , mon cher général, un grand parti se forme en faveur des Anglais.
L'or, Targent, la corruption, les mauvaises nouvelles, tout est employé pour indisposer et exciter les habitants contre nous. Des personnes qui occupent les premières places les favorisent. En Calabre, du côté de Cosenza , il y a beaucoup de rumeur parmi les paysans ; une partie a refusé de payer les contributions, et trois percepteurs ont été tués à la suite d'une émeute qu'il y a eu. Ces mécontents crient hautement qu'ils ne veulent ni du roi , ni des Français, et qu'ils se joindront aux Anglais, quand ces derniers feront un débarquement. On parle d'un mouvement qui doit avoir lieu à Naples.
SouLT.
Le lieutenant général S ouït au général en chef Murât.
Tarente, le 25 fructidor an ix.
Tous les rapports, mon cher général, que je reçois des îles vénitiennes, confirment que les Russes en sont partis pour rentrer dans la mer Noire. On aissure que les Turcs qui s'y trouvent ont reçu pareil ordre. Les habitants de ces îles se prononcent, plus que jamais , en faveur des Français , et témoignent hautement le désir de les voir arriver. Ils question* nent tous ceux qui viennent aborder sur leurs côtes^
pour savoir si bientôt n^ arriveront pas les secours qu'ils attendent. Ces dispositions paraissent avoir fait effet sur les Turcs , qui , croyant aussi que les Français feront quelque descente dans cette partie , ont rassemblé à Corfou huit à dix mille hommes pour leur être opposés. Trois mille janissaires ont été envoyés dans la Morée et en Albapie^ pour y contenir les insurgés j qui y ont acquis assez d'audace pour pousser de leurs partis jusque près de Constantinople, où ils se pourvoient de munitions.
Le général en chef Murât au lieutenant général Soult.
Florejice , 16 thermidor an ix.
Je vais faire passer au gouvernement les renseignements intéressants que vous m'avez transmis, sur ce qui se passe dans les îles ex-vénitîennes. Tâchez d'y entretenir des intelligences ^ ainsi qu'en Épire et en Morée , pour y faire des partisans à la France, et y exciter contre les Anglais l'animadver- ^ion qui devrait remplir toute l'Europe. Les moyens que vous avez employés, pour intercepter la correspondance anglaise , rpe paraissent fort bien conçus ; continuez, s'il est possible, à découvrir, de la même manière , les mapœuvres et les desseins de nos eo» nemiç. Je n'ai pas encore reçu de réponse du gouverneiqent, relativement à la demande de secoure
qui vous fut adressée par les Monténégrins ; en attendant y ne négligez pas de corre«pa()dre avec eux j autant que vous en aurez Toccasion ^ en leur faisant espérer que les Français ne les abandonneront pas.
MURAT
Le lieutenant général S ouït au citoyen Alquier^ amba^--
sadeur a Naples.
Tarente , 30 germinal an \.
-Je VOUS f^is porter par le courrier, mon cher ambassadeur, les renseignements que j'ai reçus sur les sept îles ; ces détails peuvent vous intéresser.
.La plus grande agitation règne toujours dans les sept îles ; les campagnes sont en pleine révolte. Le pouvoir établi par les Anglais ne s'étend pas au delà des mers de Corfou; personne ne paye dMmpositions, il n'y a pas un sol dans les coffres du gouvernement. Les Russes sont détestés dans ces îles , malgré les rapports de religion qui existent ; les Corfiotes ne peuvent oublier les horreurs qu'ils commirent, en prenant possession de l'île. Le comte d'Orio , envoyé par l'empereur de Russie pour être prince du Sénat, a été obligé de se réfugier à Sainte- Maure. Les Anglais éprouvent les effets du même ressentiment, mais leur conduite est sage. Toutefois le peuple cortiote les considère comme la cause de
iOO MÉMOIRES^' '
ses malheurs 9 et il ne voit en eux que les allies des Turc) j i&0H bourreaux.
Parmi la noblesse et dans le peuple, on ne trouve que l'expression d*un seul vœu, celui de voir la France les retirer, par son influence , de Tabîme où ils sont , et de les préserver de nouveaux malheurs. Le nom de Bonaparte y est en vénération ; ils Tiniplorent en secret, et ont même fait des démarches auprès du citoyen Romieu, notre chargé d'affaires, pour qu*il fît part de leurs sentiments au premier Consul. Le citoyen Romieu a un beau rôle à jouer, et déjà sa voix seule a arrêté l'eflu&îon de sang et apaisé des chefs de révolte.
SOULT
ir45.
Le gêmèral em cAefMmrai am lieutenant général Soult.
FkNrcnce , 2 floréal an x.
Je suis arrivé hier ict« moo cher général, extrêmement Eiliguê« Je suis convenu, ce matin^ avec le gênénd \cton« dk b manière dVvacuer vos troupes; je voitt Gù$ IraKnKttre les dispositions qui ont été arrkees^ J'^ai onlonnê surtout au payeur de suspendre toule espèce de pavement; les troupes, par ks à-cottple$ rectt$« :ie trouvent plus que payées de ge nni n W . Je cftwr^ m^a aide de camp, qui vous re-
DU MARÉCBAL- GÉNÉRAL SOULT. M)i
mettra cette lettre, de vous faire connaître le motif de cette dernière détermination. Le gcoivtriiement , à qui j'ai rendu compte de la bonne administration de l'avant-garde, m'a autorisé à disposer, «n gratifications, des fonds qui, à l'évacuation, se trouveraient disponibles. Le premier Consul désire également que nous laissions tout à la cour de Naples, et que nous ne ramenions que les pièces de campagne. J'ai donc remis au ministre Acton l'état de tout ce qui a été envoyé de l'Italie, et il l'enverra à l'officier chargé de l'évacuation. Vous sentirez que le système politique, qui a déterminé cette générosité, commande la scrupuleuse remise de tout ; je vous prie de veiller à ce qu'elle soit fidèle , je m'en rapporte entièrement à vous.
Vous avez, mon cher général, acquis des droits à l'estime et à la reconnaissance de la cour de Naples , par la conduite que vous avez fait observer à vos troupes. Vous sentirez qu'ils seraient incomplets, si vous ne faisiez pas observer scrupuleusement la plus exacte discipline et le plus grand ordre dans la marche des colonnes, si vous n'empêchiez pas toute espèce de dilapidations de la part des administrateurs , si on exigeait plus qu'on n'en a le droit, si on ne cessait pas de demander ; en un mot , mon cher général , faites qu'on continue à n'avoir qu'à se louer de vous. Terminez bien vite, et venez à Naples oîi j'aurai beaucoup de plaisir à vous embrasser.
De grâce, je vous le répète, faites que, dans cette
évacuation , on n'ait pas à se plaindre de nous. Le m. 26
premier Consul y met tant d'intérêt , qu'il m'avait envoyé pour tout disposer moi-même et me rendre sur les lieux. Je dois vous prévenir qu'ils nous doivent fournir les moyens d'évacuation , mais pas un sou en argent : ainsi vous ne devez plus rien demander.
Mur AT «
Le lieutenant géniral Soultau commandant d'artillerie
fFaudré.
Tarente , 6 floréal, an x.
Conformément aux instructions que le général en chef m'a données , il vous est ordonné de faire la remise exacte et scrupuleuse^ à MM. les agents napolitains que la cour de Naples a autorisés à cet effet, de toute l'artillerie , munitions, fers coulés, armement des bouches à feu, outils, et généralement tout ce qui dépend de ces divers objets, provenant des différents convois qui nous sont venus d'Italie depuis notre établissement dans ce pays, et qui se trouvent actuellement, tant dans le port de Tarente que dans celui de Brindisi.
SouLT.
Le lieutenant général Soult aux chefs de corps de
Vavant'garde.
Tarente, 10 floréal, an x.
Le général en chef a souvent applaudi, citoyens, à la conduite que vos troupes ont tenue pendant
tout le temps qu'elles ont occupe les Etals de Sa Majesté Sicilienne. Il me charge de vous témoigner la satisfaction que le gouvernement en a éprouvée , ainsi que celle qu'il a lui-même ressentie, toutes les fois qu'il a appris que, par leur discipline et le respect qu'elles n'ont cessé de porter aux propriétés, aux. lois, aux usages, elles s'étaient acquis l'estime et l'amitié générale ; il m'est flatteur d'avoir à vous rendre ces témoignages.
J'ai assuré le général en chef que vos troupes continueraient de mériter son approbation jusqu'à leur rentrée en France, et que , sur le territoire de la République , elles donneraient l'exemple des mêmes vertus militaires qui, dans ce pays, ont excité l'admiration, et les ont fait chérir. Je vous rends garants de ma promesse ; acquittez-la avec le même zèle qui vous a fait servir pendant tout le temps que vous avez été employés à l'avant-garde.
Soult.