I.E nOI JOSEPH AU MAHKCIIAL MARMOiNT
«Madrid, le 23 imi 181t».
« Monsieur le maréchal, votre aide de camp m'a remis ce matin vos lettres des 18 et 20 mai, et M. le maréchal Jourdan m'a communicpié votre lettre du 10 de ce mois.
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« J'ai envoyé à Talavera le général Darniagnac dans un moment où vous m'annonciez que toute l'armée anglaise s'était portée au nord du Tage, et vous me préveniez que vous seriez sans doute obligé de rappeler la division Foy pour la réunir au gros de l'armée, et il no s'agissait donc j)as alors de faire relever la garnison des forts; mais il fallait encore des troupes pour appuyer ces garnisons et un général pour les commander. J'ai donc envoyé le général Darmagnac avec trois bataillons, deux régiments de cavalerie, des sapeurs, des canonniers, des officiers d'état-major et des administrateurs.
« J'ai envoyé deux convois de subsistances dans la vallée du Tage, avec les chevaux d'artillerie de ma garde. J'ai épuisé les magasins de Madrid; le départ de ces convois a fait hausser considérablement le prix du blé dans ma capitale, et j'ai la douleur d'apprendre tous les jours qu'un grand nombre d'individus meurent de faim dans les rues. J'ai donc du mettre une grande importance à la conservation de ces denrées, et je les ai mises sous la surveillance du général qui était destiné à rester dans la vallée du Tage, et non pas sous la surveillance du général Foy, qui pouvait d'un instant à l'autre recevoir de vous Tordre de se porter partout ailleurs. Ces subsistances ont toujours été destinées à la nourriture des troupes qui seraient appelées à opérer en Esti'amadure, el non à nourrir la
50i MÉMOIRES DU DUC DE HAGUSE.
garnison de Talavera. Si M. le général d'Aultarme a écrit le contraire à M. le général Darmagnac, il a eu très-grand tort, et, si M. le général Darmagnac ;i destiné une partie des convois à cet usage, il est très-répréhensible. Je vais me faire rendre compte de ce qui a été fait a cet égard. Mais M. le général Darmagnac, M. le général Foy, et vous, monsieur le maréclial, vous auriez dû connaître mes intentions sur la destination de ces convois i)ar les lettres de M. le maréchal Jourdan, qui ne laissent aucun doute à ce sujet, et on n'aurait pas dû s'arrêter à une lettre du général d'Aultarme, écrite trop légèrement.
« Le premier convoi a été déchargé à Talavera, non pas pour nourrir la garnison de cette place, mais pour faire revenir plus promplement à Madrid les moyens de transport, afin de faire partir sans délai un second convoi. Je n'ai ])as cru qu'il fût absolument impossible de faire porter peu à peu les subsistances de Talavera à Lugar-Nuevo. L'essentiel était d'en envoyer promptement.
« M. le général Darmagnac et le général Foy ne se sont pas entendus. J"ai donc dû prendre un parti; il fallait donner l'administration à l'un ou à l'autre : il m'a paru plus raisonnable de la confier à celui des deux qui est destiné à rester constamment dans la vallée du Tage et à garder les forts qu'à celui qui, d'un instant à l'aiilre, pouvait recevoir une
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nouvelle destination. Vous dites à cela que. si le gé néral Darmagnac est chargé de l'administration, la division Foy mourra de faim; M. le général Darmagnac en dit autant du général Foy. Je n'ai dû croire ni l'un ni l'autre, et j'ai dû faire ce qui ma paru le plus convenable, surtout ayant la ferme volonté d'exiger de M. le général Darmagnac qu il remplisse mes intentions à l'égard delà division Foy. Je nai jamais pensé que cet arrangement put faire retirer de la vallée du Tage la division Foy, tant que sa présencey sera nécessaire, comme vousscinblez le supposer dans vos lettres.
c( Cependant, monsieur le maréchal, si vous pensez que cette disposition peut contrarier vos opérations, je rappellerai le général Darmagnac à Tolède avec l'infanterie de Farmée du Centre, et nous continuerons à faire garder les forts par vos troupes; cela me convient d'autant plus, que, n'ayant ■aucun secours à attendre du maréchal Suchet, qui ne peut même faire occuper la province de Cuenca, je n'ai pas des troupes pour couvrir Madrid et faire ramasser, à l'époque de la récolte, les grains des provinces environnantes; mais, si vous persistez à croire que la présence des troupes du général Darmagnac est nécessaire dans la vallée du Tage, ce général restera gouverneur de l'arrondissement de /lalavcra: faites- moi donc promptement connaître voire opinion.
« M. le maréchal Jourdaii vous a prévenu que j'ai donné à M. le général Treilhard le commandement de la cavalerie de l'armée du Centre, qui est dans la vallée du Tage. Si vous opérez en Estramadure, ce général sera sous vos ordres; mais, si les circonstances vous rappellent dans le Nord, le général Treilhard ne suivra pas votre mouvement; vous avez aussi été prévenu qu'à votre arrivée dans la vallée du Tage le général Darmagnac doit prendre vos ordres.
(( Au surplus, cette lettre est peut-être inutile dans le moment actuel; car, si l'ennemi s'est emparé des forts du pont du Tage, je devrai faire d'autres dispositions; mais j'ai voulu entrer dans tous ces détails pour vous prouver que, bien loin d'avoir voulu entraver vos opérations, j'ai fait pour votre armée plus que je ne pouvais faire.
« Je pense, monsieur le maréchal, qu'au premier avis du général Foy vous aurez fait soutenir sa division parla division Clausel, et que vous vous serez porté vous-même dans la vallée du Tage, à moins que vous n'ayez la certitude que le gros de l'armée est devant vous. Je n'ai point reçu de nouvelles du général Foy depuis ses trois lettres du 19, dont M. le maréchal Jouidan vous a envoyé des copies. »
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LE MARI'XIIAL MAUMONT AU 1101 JOSEPH.
« Salamnrique, le 24 mai 1812. '
« Sire, je reçois la lettre du 17 et du 18 de ce mois; Sire, Votre Majesté avait daigné m'ordonner, il y a six mois, époque à laquelle j'ai quitté la vallée du Tage, de former un grand dépôt de vivres à Lugar-Nuevo. Je n'aurais pas été dans l'obligation d'envoyer des troupes dans la province de Ségovie pour y réunir des vivres, pour les mettre en état de passer dans la vallée du Tage. Ainsi ce qu'il peut y avoir d'irrégulier dans cette disposition est plus que légitimé par l'urgence de nos besoins.
« La conduite du colonel du 50' régiment est condamnable pour avoir demandé des rations plus fortes que celles qui sont déterminées, et je le punirai en conséquence; mais, certes, il ne l'est pas pour avoir employé les moyens de rigueur, attendu que ce sont les seuls qui donnent des résultats, et qu'il serait méprisable et coupable envers l'Empereur et l'armée s'il n'avait pas pris les moyens nécessaires pour réunir promplement les approvisionnements que je lui ai fait donner l'ordre de former; il n'a eu et ne peut avoir, non plus que moi, l'intention de manquer à Votre Majesté, et j'ai donné assez de preuves du respect que je lui porte pour que toute justification à cet égard soit supertlue; mais il y
a LUI premier devoir à remplir, c'est celui qui se rattache immédiatement à nos succès et à l'honneur des armes de l'Empereur.
« Votre Majesté est la maîtresse de faire, relativement à moi, la demande qui lui conviendra; je n'ai rien fait que ne me commandassent ma conscience, mes lumières et mon amour du bien public; ainsi rien ne saurait m intimider.
c( Votre Majesté trouve que les moyens que l'on emploie sont tout au plus tolérablcs dans un pays nouvellement conquis; mais je ne sais pas dans quelle catégorie on pense placer l'Espagne et si elle connaît des localités où l'on a pu obtenir quelque chose sans les baïonnettes. »