LIVRE XV DIS. — CORRESPONDANCE. 'k
passer la livière, s'en s'éloigner et se former sans rencontrer un seul ennemi. Le 17. l'armée prit jiosition à Nava del Rey. L'ennemi, qui était en pleine marche sur Toro, ne put porter rapidement que deux divisions à Tordesillas de la Orden; les autres étaient rappelées de toutes parts pour se réunir. Le [S au matin, nous trouvâmes ces deux divisions à Tordesillas de la Orden. (^ommc elles ne croyaient pas toute l'armée rassemblée, elles pensèrent pouvoir gagner du temps sans péril. Cependant, lorsqu'elles virent déboucher nos masses, elles s'empressèrent d'opérer leur retraite sur un plateau qui domine le village, et vers lequel nous marchions. Déjà nous les avions débordées; si j'avais eu une cavalerie supérieure ou égale en nombre à celle de lennemi, ces deux divisions étaient détruites. Nous ne les poursuivîmes pas moins avec toute la vigueur possible, et, pendant trois heures de marche, elles furent accablées par le feu de notre artillerie, que je fis porter en queue et en flanc, et auquel elles purent difficilement répondre; mais, protégées par leur nombreuse cavalerie, elles se divisèrent pour remonter la Guarena, afin de la passer avec plus de facilité.
u Arrivés sur les hauteurs de la vallée de la (îuarena, nous vîmes (pi'une portion de l'armée anglaise se formait sur la rive gauche de cette rivière. Dans cet endroit, les hauteurs de cette vallée sont très-
iiO MÉ.MOIRi:s DU DUC DE RAGUSE.
escarpées, et la vallée a une largeur médiocre. Soit que ce fût le besoin de rapprocher ses troupes de l'eau, à cause de la chaleur excessive qui se faisait sentir, soit pour toute autre raison que j'ignore, le général anglais en avait placé la plus grande partie dans le fond à une demi-portée de canon des hauteurs dont nous étions les maîtres. Aussi, en arrivant, je fis mettre en batterie quarante pièces de canon, qui, dans un moment, eurent forcé l'ennemi à se retirer après avoir laissé un grand nombre de morts et de blessés sur la place. L'armée marchait sur deux colonnes, et j'avais donné le commandement de la colonne do droite, distante de celle de gauche de trois quarts de lieue, au général Clausel. Arrivé sur les lieux, le général Clausel, ayant peu de monde devant lui, crut pouvoir s'emparer de deux plateaux de la rive gauche de la (luareîla et les conserver; mais cette attaque fut faite avec peu de monde. Ses troupes n'étaient pas reposées et à peine formées. L'ennemi s'en aperçut, marcha aux troupes qu'il avait ainsi jetées en avant, et Itîs força à la retraite. Dans ce combat, qui fut diino courte durée, nous avons éprouvé quelque perte. La division de dragons, qui soutenait Tinfa nterie, chargea avec vigueur contre la cavalerie anglaise; mais le général Carrié, un peu trop éloigné du peloton d'élite du \y régiment, tomba au pouvoir de l'ennemi.