LIVRE XV i:is. - CORIJESPONDAiNCE. 4il
(( L'arnu'c resta dans sa position toiit(î la soirée du 18; elle y resta de même pendant toute la journée du 10. L'extrême chaleur et la fatigue qu'on avait éprouvées pendant celle du 18 rendaient nécessaire ce repos pour rassembler les traînards. A quatre heures du soir, l'armée prit les armes et défila par sa gauche pour remonter la Guarena et prendre position en face de l'Olmo. Mon intention était de menacer tout à la fois l'ennemi et de continuer à remonter la Guareùa,afin de la passer avec facilité, ou bien, si l'ennemi se portait en force sur la haute Guarena, de revenir, par un mouvemeut rapide, sur la position qu'il aurait abandonnée. L'ennemi suivit mon mouvement. Le 20, avant le jour, larmée était en marche pour remonter la Guarena. L'avant-garde franchit rapidement cette rivière là où elle n'est qu'un ruisseau et occupa le commencement d'un immense plateau qui se continue sans aucune modulation jusqu'à peu de distance de Salamanque. L'ennemi chercha à occuper le même plateau; mais il ne put y parvenir. Alors il se détermina à suivre un plateau parallèle qui se rattachait à la position qu'il venait de quitter, et qui lui offrait partout une position dans le cas où j'aurais marché à lui. Les deux armées marchèrent ainsi parallèlement avec toute la célérité possible, et tenant leurs masses toujours liées, afin d'être à tout moment en état de combattre. L'ennemi, ayant cru
ii2 Mf'M(iinES nu DUC DE RAGUSE.
pouvoir nous devancer au village de CanLalpino, dirigea une colonne sur ce village, dans l'espoir de pouvoir être avant nous sur le plateau qui le domine et vers lequel nous marchions; mais son attente fut trompée : la cavalerie légère que j'y envoyai et la huitième division, qui était à la tête de la colonne, marchèrent si rapidement, que l'ennemi fut forcé d'y renoncer. Bien mieux, le chemin de l'autre plateau le rapprochant trop du nôtre, et celui que nous avions ayant l'avantage du commandement, quelques pièces de canon, qui furent placées à propos, incommodèrent beaucoup l'ennemi; €ar une bonne portion de l'armée fut obligée de défder sous ce canon, et le reste fut obligé de repasser la montagne pour l'éviter. Enfin je mis les dragons à la piste de l'eimerni. L'énorme quantité de traînards qu'il laissait en arrière nous aurait donné les moyens de faire trois mille prisonniers s'il y eût eu plus de proportion entre notre cavalerie et la sienne; mais celle-ci, disposée pour arrêter notre poursuite, pour presser la marche des hommes à pied à coups de plat de sabre, pour transporter même les fantassins qui ne pouvaient plus marcher, nous en empêcha. Cependant il est tombé entre nos mains trois à «piatre cents hommes et quelques bagages. Le soir, l'armée campa sur les hauteurs d'Aldea-Uubia, ayant ses postes sur la Tormès, 4}t l'ennemi reprit sa position de San Chrisloval.
LIVIIK XV BIS. — rOlîRlvSrONDA.NCE. iiô
« Le '21, ayant cLé informe que Tennenii n'occupait pas Alba de Tormès, j'y fis jeter une garnison. Le même jour, je passai la rivière sur deux colonnes, prenant ma direction par la lisière des bois et établissant mon camp entre Alba de Tormès et Salamanque. Mon objet rtait, en prenant cette position, de continuer le mouvement par ma gauche, afin de •<léposter l'ennemi des environs de Sala manque pour le combattre avec plus d'avantage. Je comptais prendre une bonne position défensive où l'ennemi ne pût rien entreprendre contre moi, et enfin venir assez près de lui pour pouvoir profiter des premières fautes qu'il ferait et l'attaquer avec vigueur. Le 22 au matin, je me portai sur les hauteurs de €alvarossa de Ârriba pour reconnaître l'ennemi. J'y trouvai une division qui venait d'y arriver; d'autres étaient en marche pour s'y rendre. Quelque tiraillement s'engagea pour occuper des postes d'observation dont nous restâmes respectivement les maîtres. Tout annonçait que l'ennemi avait l'intention ■d'occuper la position de Tejarès, qui était à une lieue en arrière de celle dans laquelle il se trouvait dans ce moment, distante d'une lieue et demie en avant deSalamanque. Cependant il rassembla beaucoup de forces sur ce point, et, comme son mouvement sur Tejarès pouvait être difficile si toute 1 armée française était en présence, je crus utile de l'appeler, afin de pouvoir faire ce que les circon-
Stances commanderaient. Il y avait entre nous et les Anglais deux mamelons isolés appelés les Arapilès. Je donnai l'ordre au général Bonnet de faire occuper celui qui appartenait à la position que nous devions prendre; ses troupes le firent avec promptitude et dextérité. L'ennemi fit occuper le sien; mais il était dominé par le nôtre à la distance de deux cent cinquante toises. Je destinai, dans le cas où il y aurait un mouvement général par la gauche et où il y aurait une bataille, ce mamelon à être le pivot et le point d'appui de droite de toute l'armée. La première division eut ordre d'occuper et de défendre le plateau de Calvarossa, qui est précédé et gardé par un ravin large et profond. La troisième division était en deuxième ligne, destinée à la soutenir, et les deuxième, quatrième, cinquième et sixième se trouvaient à la tête des bois en masse derrière la position d'Arapilès, pouvant se porter également de tous les côtés, tandis que la septième division occupait la tête gauche du bois, qui formait un mamelon extrêmement âpre et d'un difficile accès, et que je faisais garnir de vingt pièces de canon. La cavalerie légère fut chargée d'éclairer la gauche et de se placer en avant de la septième division. Les dragons restèrent en seconde ligne à la droite de l'armée. Telles étaient les dispositions ' faites vers le milieu de la journée.
f< L'ennemi avait ses troupes parallèlement à