LIVRE XV BIS. — COIIRESPONDANCE
dammentdu même avantage, avait celui rlun commandement immédiat et à portée de canon, et, comme j'étais supérienr en artillerie, je ne manquai pas de profiter de cet avantage; je fis établir des batteries qui écrasèrent tous les corps ennemis qui se tinrent à portée, et ils furent obligés de se retirer ou de se masquer par les obstacles de terrain qui pouvaient les couvrir. L'ennemi, qui craignait pour sa droite, qui couvrait son point de retraite, retraite que je menaçais éminemment, puisqu'en deux ou trois heures l'armée pouvait être portée sur sa communication, renforça sa droite vers le milieu de la journée. Aussitôt que je m'en aperçus, je crus nécessaire d'occuper un plateau très-fort d'assiette qui complétait ma position et d'où, avec des pièces de gros calibre, je pouvais gêner les mouvements de l'ennemi et atteindre à ses lignes. En conséquence, je retirai trois divisions du bois pour l'occuper, et j'y envoyai toute ma réserve d'artillerie.
« Ce plateau était inattaquable, occupé par de pareilles forces, couvert en partie et soutenu à droite par la hauteur d'Arapilès et à gauche par les troupes de la tête du bois et une batterie considérable. L'artillerie occupant ce plateau écrasa une première ligne qui se trouvait sous son feu ; mais les trois divisions, au lieu de se placer comme je leur en avais donné l'ordre et de se concentrer, s'é-
parpillèrent. une d'elles descendit même du plateau sans motif ni raison. A l'instant où je m'en aperçus, je me mis en devoir de m'y rendre afin de rectifier tout ce que cette position avait de vicieux^ et d'avoir une défensive aussi forte que possible et telle que le terrain la comportait; mais, à l'instant où je m'y rendais, je reçus les fatales blessures qui me mirent hors de combat : j'envoyai mes ordres, mais ils ne furent point ou furent mal exécutés. L'ennemi ne fit aucun mouvement offensif pendant trois quarts d'heure; mais, voyant enfin cette gauche toujours mal formée, l'armée française sans chef, ce qu'il ne pouvait ignorer, car, blessé dans un moment de tranquillité à deux cents toises de l'ennemi et dans un lieu où je m'étais tenu longtemps de préférence, parce qu'il me donnait la facilité de voir parfaitement tous les mouvements de l'armée anglaise, il n'est pas douteux que Wellington n'en ait été informé sur-le-champ; c'est cette double circonstance qui l'a décidé à attaquer; si je n'eusse pas été blessé, la gauche eut été formée en moins d'un quart d'heure, comme elle aurait dû l'être d'abord; jamais il n'aurait osé concevoir l'espérance de la forcer, et il est probable que dans la nuit il se serait retiré sur une position beaucoup plus forte en arrière de celle qu'il occupait. Je serais resté le 25 dans cette position, et, le 2i, ayant reçu mes renforts, je me serais porté sur la roule-