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poursuite le général Montbrun, soutenu par un €orps d'infanterie appuyé de forces plus considérables, en suivant la route de Casillas de Florès, tandis que le général Vathier se dirigea, avec sa cavalerie et une division d'infanterie de l'armée du Nord, par Albergaria. A cinq heures du soir, on rencontra l'ennemi en force près d'Aldeaponte; là s'engagea un combat assez vif, qui se termina à notie avantage. Le général Montbrun, ayant quitté brusquement la route d'Alfayatès et marché sur Aldeaponte, l'ennemi, dans la nuit, repassa la Coa, tandis que le général Foy, que j'avais laissé sur les bords de l'Alagon, et auquel j'avais donné l'ordre de faire une diversion, opérait sa jonction avec nous en passant par le col de Peralès.
L'ennemi, dans ces différentes affaires, eut de cinq à six cents hommes hors de combat. Notre perte fut moindre de beaucoup. Rarement une armée a couru d'aussi grands risques que l'armée anglaise dans cette circonstance. Ce qui l'a sauvée, c'est, d'un côté, la pensée où j'étais qu'un général tel que le duc de Wellington ne ferait pas la faute de laisser son armée ainsi éparpillée à l'arrivée de l'armée française, dont il connaissait et voyait la marche; d'un autre côté, la division du commandement, qui lit arriver beaucoup trop tard la division Thiébaud, dans un moment où une heure faisait le destin de la journée et le sort de cette courte
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camj3agne. Noire attaque inopinée causa un tel désordre dans l'armée anglaise, que le premier aide de camp de Wellington, lord Manners, prit des escadrons français pour des troupes anglaises, et vint demander au général Dejean, qui les commandait,. où était le duc de Wellington. Le général Dejeaiï n'eut pas la présence d'esprit de le faire prisonnier, et l'avertit de sa méprise en lui répondant en fureur : « Que me voulez-vous? » Cet officier dut son salut à la vitesse de son cheval. Au milieu de cette confusion chez les Anglais, un autre aide de camp de Wellington, Gordon, officier investi de sa confiance, tué depuis à Waterloo, vint en parlementaire, sous un vain prétexte déchange de quelques prisonniers. Ne voulant pas lui donner l'occasion de faire des rapports utiles à son général, je le retins trois jours à mon quartier général. Noustrouvâmes, à portée de Ciudad-Hodrigo, de grands approvisionnements de gabions, fascines, saucissons, dont j'ordonnai la destruction.
Cette opération terminée, l'armée du Nord rentra à Salamanque et à Yalladolid, et je retournai dans la vallée du Tage. J'occupai par ma plus forte division (la seconde, commandée parle général Clausel) laprovince(l'Avila,qui mefournissaitunegrande partie de mes ressources. Cette province, bien administrée, devait pourvoir aux besoins de cette division et donner de grands secours à celles qui oc-
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ciipaiciit la vallée du Tage. I.a sixième division, commandée par le général Brenier, et ma cavalerie légère, furent chargées d'observer l'Alagon, et devaient se retirer, en cas d'attaque de l'ennemi, sur le Tietar.
Mes postes à Miravete et à I.ugar-Nuevo suffisaient pour assurer, en cas de besoin, un débouché en Estramadure, et de grands approvisionnements de vivres, aussi considérables que le comportaient nos moyens, y furent placés. La première division, ayant beaucoup souffert par les maladies, fut envoyée à Tolède pour se rétablir. Le reste de l'armée cantonna dans la vallée du Tage, et mon quartier général fut fixé à Talavera. Dans ces nouvelles positions, tout annonçait des quartiers d'hiver tranquilles. Je me décidai à aller passer quelques jours à Madrid, visiter cette capitale, que je ne connaissais pas, et revoir Joseph. Depuis mon arrivée en Espagne, je l'avais aperçu seulement un moment en route, se rendant à Paris, lorsque je rejoignais l'armée.
On sait à quel point l'atmosphère des cours agit puissamment sur ceux qui les habitent; mais Joseph m'en donna un exemple extraordinaire. Je trouvai en lui toujours le même esprit, la même amabilité; mais on ne peut se figurer à quel point étaient arrivées son insouciance et la mollesse de ses mœurs. Son penchant pour la volupté le dominait tout en-
lier. Oubliant son origine, ne sentant pas le besoin de justifier par des efforts la faveur dont la fortune l'avait comblé, il semblait né sur le trône et uniquement occupé des jouissances qu'il procure. Enfin on 1 aurait pris pour le rejeton affaibli d'une dynastie usée. 11 avait fait bien du chemin, celui qui, il y avait à peine sept ans, regardait comme une perfidie l'offre qui lui fut faite de prendre le titre de roi.
La possibilité de se livrer à toutes les jouissances dégrade promptement les caractères les meilleurs; et les flatteurs, en exaltant l'amour-propre des souverains, les font bientôt tomber dans les plus étranges aberrations. Joseph, homme d'esprit d'ailleurs, s'abandonnait à de telles illusions, qu'il se crut un grand homme de guerre, lui qui n'avait ni le goût ni l'instinct du métier, lui qui en ignorait les premiers éléments et qui n'était pas à la hauteur des plus simples applications de lart de la guerre. Il m'entretint souvent de ses talents militaires, et osa me dire que l'Empereur lui avait retiré le commandement général en Espagne, parce qu'il était jaloux de lui. Ces propres paroles sortirent plus d'une fois de sa bouche, et les observations gaies et légères que je lui fis à cette occasion ne suffirent pas pour lui faire sentir le ridicule de sa supposition. Il se plaignait beaucoup de son frère, en critiquant sa politique, ses contradic-
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lions, l'anarchie qu'il laissait régner dans les armées françaises en Espagne. 11 avait raison; mais il était curieux de l'entendre ajouter, lui qui ne pouvait dormir tranquille qu'à l'ombre des drapeaux français : « Sans Tarméc, sans mon frère, je serais paisiblement roi d'Espagne et reconnu de toute cette immense monarchie. » Il est donc dans la nature de l'homme de ne pouvoir supporter la prospérité et la puissance, puisque des personnes sorties des simples rangs de la société avaient perdu si vite le souvenir de leur point de départ; et n'est-il pas juste d'avoir alors quelque indulgence pour ceux que la flatterie et les illusions ont entourés dès leur berceau !
Au surplus, Joseph me traitait personnellement très-bien; il avait un fond d'amitié pour moi; ses mœurs étaient éminemment douces, et je trouvai du plaisir à passer quelques moments avec lui. C'est la seule fois que j'aie vu Madrid. Cette ville, située au milieu d'un désert, que rien n'annonce, et qu'on dirait tombée du ciel, n'est point une capitale, mais une simple résidence. Une capitale est l'ouvrage du temps, le résultat des besoins du pays, et Madrid leur est tout à fait étranger. Madrid pourrait cesser d'exister, et l'Espagne ne serait ni plus ni moins ce qu'elle est. Après avoir passé cinq jours à Madrid et vu le peu de choses curieuses que cette ville renferme, je revins à Talavera retrouver
les ennuis et les soucis toujours renaissants que les besoins et la misère de l'armée ne cessaient de me donner.
'Napoléon avait ordonné à Junot, à l'époque où il prit possession du Portugal, d'envoyer en France toute la partie disponible de l'armée portugaise. Ces troupes, formant une division sous les ordres du marquis d'Alorna, le seul général un peu distingué qu'eût le Portugal, avaient combattu en Allemagne en 1800, et nous avions eu des Portugais dans nos rangs à Wagram. Quand Masséna prit le commandement, on lui donna un certain nombre de ces officiers et le marquis d'Âlorna luimême, pour lui fournir des renseignements et exercer de l'influence dans le pays. Le général Pamplona, qui a depuis joué un rôle en Portugal et a été ministre de la guerre, le marquis de Ponte- Lima, le marquis de Valence, allié à la famille royale, étaient de ce nombre. Ces officiers se trouvaient ainsi les auxiliaires d'étrangers qui dévastaient leur patrie et les témoins de ses désastres; triste situation, sans doute, la pire et la plus cruelle au monde! Quand je remplaçai Masséna, le marquis d'Alorna me demanda à rentrer en France, et je ly autorisai. Les autres restèrent attachés à mon état-major. Je les comblai de soins et d'égards.
Les marquis de Valence et do Ponte-Lima fai-
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saienl près de moi les ('onctions d'aides de camp. Pendant mon séjour à Madrid, ces deux officiers (piiilèreiit furtivement mon quartier général et passèrent en Portugal. Ils auiiiieut mieux fait de refuser d'être employés et de demander à être envoyés en France, ce que je leur aurais accordé comme au marquis d'Alorna; mais je compatis à leur situation, et ne pris aucune mesure de rigueur contre eux, les trouvant assez malheureux d'avoir fait par violence, pendant plus d'une année, un métier si opposé à leurs sentiments et à leurs devoirs envers leur pays.