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vernenicrit aiir;iit SOS magasins (le hlé (lu'il disiiibuerail aux troupes. Dans une guerre défensive, il en serait de même. Dans une guerre d'invasion, chaque régiment recevrait journellement de l'administration du pays qu'il parcourt, ou prendrait dans les greniers des habitants, le hlé qui lui serait nécessaire.
Mais il faut que ce soit une habitude contractée et suivie pendant la paix; car. en principe, les usages de la paix doivent se rapprocher, autant que possible, de ceux de la guerre, et cette vérité est surtout incontestable quand il est question de lintroduction d'un nouvel usage.
L'armée, établie comme je l'ai dit plus haut, ne recevait aucun argent pour faire face au besoin de son administration, et les revenus du pays qu'elle occupait ne lui étaient pas dévolus. Chose vraiment bizarre que cette contradiction continuelle dans la- ^juelle l'Empereur tombait déjà constamment, de vouloir la fin sans calculer et fournir les moyens! Après mille réclamations sans cesse renouvelées, on me donna, pour faire vivre, pourvoira tous les besoins (sauf la solde) d'une armée de près de quarante mille hommes, la province de Talavera de la Reyna, celle d'Avila, de Placencia, et l'entrée de cet horrible désert que présente l'Estramadure jusques et au delà de Truxillo, c'est-à-dire ce qui au^ rait été insuffisant pour une armée de quinze mille
hommes; mais c'était une déception qui, pendant tout mon séjour en Espagne, ne s'est pas démentie un seul jour.
Au moment où j'exécutai le mouvement sur la rive gauche du Tage, qui sauva Badajoz, l'armée comptait un grand nombre de malades, de convalescents et d'hommes faibles ou malingres. Ma marche devant être sans embarras et rapide pour être sans danger, je laissai en Castille tout ce qui n'était pas en état de suivre, et je fis former un petit dépôt par chaque régiment pour réunir tout ce qui lui appartenait. Ces dépôts, organisés en divisions, furent mis sous l'autorité d'un officier supérieur. Cette mesure de conservation rallia beaucoup de soldats; mais le profit n'en fut pas pour nous.
Je réclamai l'envoi de ces détachements pendant longtemps sans les obtenir. Le duc d'Istrie me les refusa. Plus tard, le général Dorsenne, qui lui succéda, me les refusa de même, et en abusait de toutes les manières, pour les charger de toutes les corvées pénibles.
En général, l'esprit régnant en Espagne était destructeur des armées, et voici ce qui se passait constamment. Un détachement formé, ainsi que je viens de le dire, ou bien un régiment de marche. comi)osé de soldats appartenant au corps de l'armée de Portugal, et destiné à la rejoindre, a ni-
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vail dans le nord do rEspagiic. Le général qni y commandait^ sons le prétexte de besoins urgents, retenait le régiment. Puis, parce que ce régiment ne devait ))as lui rester et se trouvait accidentellement et passagèrement sous ses ordres, il l'accablait de détachements, de services et de corvées.
Ce corps, composé d'hommes pris au dépôt, commandé par des officiers fatigués et de peu de choix, sous les ordres d'un chef provisoire qui n'avait ni la capacité ni l'autorité d'un véritable chef, était bientôt désorganisé. Les régiments provisoires, n'ayant point d'administration, point de masses, point de secours, tombaient promptement dans un délabrement et une misère à faire horreur. On obligeait les soldats à marcher sans souliers, pieds nus. Les malheureux, bientôt blessés, entraient à l'hôpital pour y végéter et y mourir. Les secours envoyés aux armées de Portugal et du Midi se fondaient ainsi, et les soldats périssaient sans utilité et par milliers; résultat infaillible de la division des commandements en Espagne, de l'anarchie qui régnait partout et des incroyables aberrations dans lesquelles l'Empereur était tombé.
L'état de pénurie dans lequel nous étions décida cependant l'Empereur à ajouter à l'arrondissement de l'armée de Portugal la province de Tolède. Cette province, fertile et riche, avait été ménagée. 11 s'y
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trouvait de grands magasins de blé provenant des dîmes. Dans la circonstance, et eu égard à la position de l'armée de Portugal, à la mission qu'elle ^vait à remplir, ces magasins étaient d'un prix inestimable; mais Joseph, bien plus occuj)é de ses intérêts et de ses jouissances du moment qns^ du grand résultat qui devait être le prix de nos elTorl.s. Joseph, dont la sécurité à Madrid dépendait du succès de nos opérations, refusa d'abord de me remettre cette province. Pendant plus de trois mois, une lutte continuelle et une espèce de guerre exista il cette occasion entre lui et moi. Enfin, forcé de céder par Napoléon, il fit vider et vendre les magasins, comme si, par un traité, il eût dû remettre cette province aux Anglais.
Joseph avait, il est vrai, d'étranges illusions; car il prétendait que nous seuls l'empêchions de régner •en Espagne, et que, sans nous, les Espagnols lui obéiraient avec plaisir. Je voulus envoyer les ouvriers de l'armée à Madrid, seule ville à portée offrant quelques ressources pour leurs travaux; mais il leur fut refusé d'y travailler, et on les renvoya. Telles étaient nos divisions en Espagne. La grande étendue du pays nécessaire à l'armée pour vivre, l'éloignement des grandes villes favorables aux grands établissements, enfin les souvenirs de ce qui m'avait si bien réussi en Dalmatie, me déterminèrent à la formation d'hôpitaux régimentaires.
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Je divisai le plus possible les malades^ el nulle paiL il n'y eut d'encombrement. Placé le plus près possible de leurs corps, ils reçurent tous les soins que comportaient les circonstances. Une exception cependant fut faite pour la première division occupant Truxillo. Cette division tout à fait en l'air devait être toujours prête à marcher et à se retirer, et, le pays qu'elle occupait étant extraordinairement malsain, elle reçut l'ordre de diriger tous ses malades sur la Verra de Placencia, l'un des pays les plus sains du monde.
J'ordonnai, d'une manière réitérée, défaire dans tous les cantonnements des approvisionnements de vivres, et, pour y arriver plus vite, de mettre, s'il le fallait, momentanément les soldats à la demi-ration alin d'avoir quinze jours en biscuit. Dès ce moment, et constamment, cette réserve ne cessa d'être conservée ou remplacée, et l'armée fut toujours en état ■de se mouvoir au moins pendant quelques jours.
Sans cette précaution et sans Tobligation imposée aux soldats de se charger du transport, il eût été inqjossible de faire aucune opération, aucun rassemblement. Cette disposition était pénible; mais avec des soldats tels (pie ceux d'alors on ponviiil, tout exiger, on pouvait tout obtenii-. ils avaient expérieiice, zèle et dévouement. Ils se prêtaient sans murmures à tout ce qui avait le caractère de l'utilité.
Au commencement d'août, l'armée anglaise repassa le Tage en presque totalité, et vint sétablir sur la Coa, ne laissant qu'une division dans lAlenlejo. Les bandes espagnoles de Ballesteros et du comte de Penna, ainsi que de Castanos, prirent poste à Caceres pour observer la première division, occupant ïruxillo.
L'armée anglaise poussa une avant-garde sur la rive droite de l'Agueda, ses avant-postes jusqu'à Tenebron. et bloqua ainsi Ciudad-Rodrigo. Divers biuits coururent alors: les uns annoncèrent qu'elle allait marcher sur Salamanque; d'autres, qu'elle allait faire le siège de Ciudad-Rodrigo; des approvisionnements de siège commencés donnèrent crédit à cette dernière nouvelle. Dans le premier cas, mon devoir était d'aller au secours de l'armée du Nord; dans le second cas, il fallait marcher sans retard, de concert avec elle, au secours de cette place; enfin, dans le cas d'un simple blocus, je devais préparer et combiner une manœuvre pour la ravitailler. Mais alors le mouvement devait être subordonné à la réunion des approvisionnements que l'armée du nord de l'Espagne devait y faire conduire.
Dans tous les cas, des dispositions préliminaires à un mouvement étaient convenables. Je portai ma sixième division au col de Banos, alin de pouvoir dèl)oucher dans le bassin de la Tormès. Je plaçai
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aussi la plus giaude partie de ma cavalerie, avec le général Moutbrun, sur ce point, en le chargeant de pousser de forts partis sur Tamamès et sur Salamanque, et d'entretenir mes communications libres avec cette dernière ville.
J'envoyai un officier de confiance à Valladolid pour concerter avec le général Dorsenne le mouvement à opérer. Je donnai ordre au général Foy d'éloigner et de disperseï', par un mouvement brusque de quelques jours, les troupes espagnoles qui étaient à sa portée, et, après les avoir intimidées et maltraitées, de rentrer à Truxillo et de se tenir prêt à repasser le Tage. Je fis faire un mouvement en avant à toutes mes troupes, que je serrai sur la sixième division et Placencia, et j'allai établir mon quartier général, le '20 août, à Elvillor, village situé entre le col de Banos et Placencia.
Enfin, je demandai au roi d Espagne de faire relever dans la vallée du Tage mes troupes par quelques détachements de l'armée du Centre, afin de -garder les communications; mais, selon son usage, il n'en fit rien, et il fallut, pour la conservation des villes, des hôpitaux et des magasins, affaiblir l'armée de Portugal des forces nécessaires à cet objet. Tous les renseignements qui me parvinrent me firent connaître que l'ennemi ne s'occupait que d'un simple blocus de Ciudad-Rodrigo. En conséquence, je devais attendre l'arrivée des troupes du
général Dorsenne pour mnrcher, et la réunion de son convoi, le but de notre mouvement étant seulement de porter de grands approvisionnements dans cette place et de faire relever la garnison, composée de troupes appartenant à l'armée de Portugal, par des troupes de l'armée du nord de l'I'lspagne.
Je restai dans cette position pendant toute la première quinzaine de septembre. Informé de la marche du général Dorsenne avec son convoi escorté par douze mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux ; sachant de plus que ce convoi et cette escorte devaient se présenter en face de larmée anglaise, qui pouvait faire un mouvement offensif avant son arrivée à Ciudad-Rodrigo, je mis l'armée de Portugal en mouvement pour le soutenir. Toute l'armée se plaça entre le Tage et le col de Banos. La première division repassa le Tage et vint prendre position à Placencia, occupa Gallisteo et les bords de 1 Alagon par une avant-garde; et toute l'armée déboucha, passa le col et prit la route de Ciudad- Piodrigo. Ma cavalerie et une division d'infiuiterie arrivèrent le '1"2 septembre à Tamamès, et, le même jour, l'armée du Nord et le convoi campèrent à Samonos. Je me concertai immédiatement avec le général Dorsenne. 11 fut convenu que je me porterais, avec ma cavalerie et une division dinfanlerie, à Moras-^erdès pour couvrir le convoi contie une di-
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vision anglaise placée dans la Sierra de Gâta, sur la rive droite de l'Agueda, et que, s'il le fallait, l'année appuierait ce mouvement aussitôt que la comnuinicalion avec (liudad-Hodrigo serait étal)Iie.
Ce mouvement s'exécuta le "iT); la communication fut ouverte avec Ciudad-Rodrigo, et le convoi, qui portait des vivres pour huit mois à la garnison de Ciudad-Rodrigo, entra dans la place.
Ce ravitaillement, opéré en présence de l'armée anglaise, ne répondait guère aux espérances des Espagnols, aux promesses qui leur avaient été faites de l'empêcher et d'assurer par un hlocus la chute de cette place.
Nous savions l'armée anglaise dans le voisinage; mais rien n'indiquait sa position précise. Il était important de s'assurer si elle avait fait des approvisionnements pour le siège de Ciudad-Rodrigo. Je me décidai à exécuter deux fortes reconnaissances dans les deux directions de Fuenteguinaldo et d'Espeja. Je proposai au général Dorsenne d'envoyer le général Vathier avec sa cavalerie sur Espeja, tandis que je me porterais avec la mienne dans la direction de Fuenteguinaldo. Toute mon infanterie était restée en arrière et en échelons. Une seule division de l'armée du Nord, très-faible, forte de quatre mille hommes environ, commandée par le général Thiébaud, était entrée dans Ciudad-Rodrigo
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avec le convoi, et je demandiii au général Doi'senne de lui donner l'ordre de me soutenir. .
Airivés en face d'El-Bodon, nous vîmes sur la hauteur des troupes anglaises se former. L'infanterie se composait seulement de deux brigades, et la cavalerie de sept à huit cents chevaux. Les deux brigades, fort distantes entre elles, ne pouvaient se prêter aucun appui. Comme la position des Anglais était très-dominante, je ne pouvais juger quelles forces ils avaient en arrière, et il était possible que ces premières troupes fussent soutenues par d'autres à peu de distance. Ne voulant pas risquer un engagement sérieux en la faisant attaquer par la seule division d'infanterie qui fût à portée, je pris le parti de n'employer à cette attaque que de la cavalerie et de l'artillerie. Si l'ennemi était en force, elle en serait quitte pour se retirer, et il ne pouvait en résulter aucun inconvénient grave.
Le général Montbrun enleva celte position avec intrépidité, prit quatre pièces de canon à l'ennemi, et mit en fuite la cavalerie. L'infanterie anglaise reçut la cavalerie sans se déconcerter, fit un mouvement de quelques toises en avant, reprit ses pièces, et se mit en retraite. Je la fis poursuivie par la cavalerie et par l'artillerie. Elle marcha à grands pas, mais sans se désunir, et deux fois repoussa des charges. Il est vrai (ju'un pays assez difficile gênait les mouvements de notre cavalerie.
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Celte infanterie se dirigeait à tire-daile surFuenteguinaldo, où l'on voyait d'autres corps se rendre pour occuper des retranchements construits d'avance.
Si j'avais eu en ce moment huit ou dix mille hommes d'infanterie sous la main, c'en était fait de Tarmce anglaise. Elle n'était pas rassemblée, et Fuenteguinaldo, point de sa réunion, serait tombé en notre pouvoir. Je demandai au général Dorsenne de faire arriver la division Thiébaud en toute hâte ; mais l'ordre, envoyé lentement, fut exécuté plus lentement encore, et cette division, qui aurait pu nous joindre deux heures avant la nuit, n'arriva qu'à nuit close. Elle aurait suffi pour eidever, dans le premier moment de confusion, le village où se trouvait le nœud des routes menant aux divers cantonnements de l'armée anglaise, et cette faible troupe même, arrivée avant la nuit, rendait sa po sition critique et sa réunion difficile. La division légère, commandée par le général Crawfort, placée sur la rive droite de l'Agueda, rassemblée à Martiago, isolée, tournée, enveloppée par l'armée française, eût été perdue, et il est impossible de calculei" quelles eussent été les conséquences diin pareil succès.
A l'instant où je fis demander la division Thiébaud, j'envoyai Tordre à toute l'armée d'arriver à marche forcée, afin de me mettre à même de faire
plus tard ce que les circonstances comporteraient. L'armée du Nord en fit autant, et, dans le courant de la journée du lendemain, je me trouvai à la tète de près de quarante mille hommes, à une portée de canon de l'armée anglaise; mais celle-ci n'avait pas perdu un moment pour se réunir, sinon en totalité, au moins en très-grande partie, et occupait des positions retranchées. J'étais bien tenté de profiter de la réunion des deux armées pour obtenir un succès sur l'armée anglaise, et je passai la journée à étudier sa position. Les attaques improvisées pendant les campagnes précédentes avaient assez mal réussi pour empêcher d'agir inconsidérément; mais une opposition formelle à une bataille de la part du général Dorsenne, qui n'était sous mes ordres qu'accidentellement et par sa volonté, rendait encore l'entreprise plus délicate : entreprise au surplus sans objet, car nous n'étions pas en mesure de profiter d'un succès et de suivre en Portugal l'armée anglaise battue; aussi dus-je enfin renoncer à l'idée de combattre.
L'armée du Nord se mit en marche avant le jour pour se rapprocher de Ciudad-Rodrigo, et je commençais à suivre le mouvement, quand j'appris que l'armée anglaise, dès le milieu de la nuit, avait décampé et opérait sa retraite par trois routes. J'arrêtai mes troupes et je me décidai à employer la journée à la reconduire jusqu'à la Coa. Je mis à sa