‹ Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 2)Chapitre 19 sur 139 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

«Paris, le 20 avril 1811.

c( L'Empereur, monsieur le maréchal duc de Race guse, ayant jugé à propos de rappeler à Paris (( M. le maréchal prince d'Essling, vous confie le c< commandement de son armée de Portugal, que « vous remettra M. le maréchal prince d'Essling.

« Le pi'iiice de Wagram et de Neufchâtel, major « général,

« Alexandre. »

le major général au maréchal marmont.

«Paris, le 28 avril ISll.

a L Empereur, monsieur le maréchal duc de Raguse, me charge de vous faire connaître qu'il est nécessaire que vous preniez toutes les mesures convenables pour organiser votre armée. Sa Majesté vous lai.^se le maître de l'organiser en six divisions, sans faire de corps d'armée, et de renvoyer en Fiance les généraux et officiers qui ne vous con-

viendraient pas : vous aurez soin de les diriger d'abord sur Valladolid, où ils attendront des ordres.

« L'intention de l'Empereur est que, aussitôt que le général Brenier, qui commande à Almeida, sera rentré dans la ligne, vous le fassiez reconnaître et remployiez comme général de division, avancement qu'il est inutile de lui donner tant qu'il restera dans la place : c'est un très-bon officier qu'on peut employer utilement. »

LE MAJOR GÉiNÉRAL AU MAP.LGUAL MARMO.M.

« Paris, le 7 mai 1811.

« Je vous envoie, monsieur le maréchal duc de Raguse, la traduction des journaux anglais; vous y verrez que, le 18 avril, lord Wellington avait passé le Tage : ainsi il parait qu'il n'y avait plus, du côté de la Castille, que la moitié de l'armée anglaise.

a f/Empereur pense que les événements qui se seront passés du côté d'Almeida vous auront déjà instruit de ces nouvelles, et vous mettront à même de prendre le parti convenable, d'appuyer sur le Tage.

« Ce que l'Empereur avait prévu est arrivé : on a laissé du monde dans Olivença, et l'on a fait prendre là trois cents hommes. Sa Majesté est étonnée que, depuis le 4 que le duc de Dalmatie était prévenu du passage de lord Beresford, jusqu'au 25

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avril, il n'ait pas pris des mesures pour dégager Badajoz avant l'arrivée de lord Wellington. »

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT

« Paris, le 10 moi 1811.

«Je vous ai fait connaitre, monsieur le duc, les intentions de l'Empereur, pour que vous organisiez votre armée en six divisions, dont le commandement sera confié à six bons généraux de division. Sa Majesté vous laisse le maître, pour cette première organisation, d'arranger ces six divisions comme vous le jugerez le plus utile au bien de son service. L'Empereur considère le général Brenier, qui est à Almeida, comme un homme de mérite et d'un courage remarquable; vous pouvez lui confier le commandement d'une division, l'intention de Sa Majesté étant de l'élever à ce grade. L'Empereur vous autorise à permettre aux généraux de brigade, que vous jugeriez être trop fatigués, de quitter l'armée; vous les dirigerez sur Valladolid, où ils attendront des ordres.

« Vous devez être au fait de ce qui se passe en Andalousie; on ne peut rien vous prescrire dans ce moment, vous devez agir pour l'intérêt général des armées de l'Empereur en Espagne; vos dispositions dépendent do ce qui se sera passé à Alineida.

c( Il y ;i à l'armée du nord de l'Espagne des colo-

nels en second. Vous devez les employer pour les mettre à la tête des régiments qui en manqueraient. Nous attendons un état de situation exact de l'armée et celui des emplois vacants; envoyez-moi des mémoires de proposition en règle, afm que l'Empereur nomme à ces emplois. »

LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL

« Salamanque, le 14 mai 18H.

« J'ai reçu seulement le 10 l'ordre de Sa Majesté, qui me confie le commandement de son armée de Portugal; j'ai déjà pris une connaissance générale de la situation des choses, et, malgré le désordre de l'armée, sa fatigue extrême et l'état de désorganisation où elle est, je trouverais la tâche défensive, que l'Empereur m'a donnée, facile à remplir si l'armée n'était en totalité dépourvue de moyens de transport pour l'artillerie et pour les vivres, et dans un pays où la longue station de l'armée et les sièges de Giudad-Hodrigo et d'Almeida ont détruit tous les bestiaux. Cependant Sa Majesté peut être assurée que tout ce qu'il sera humainement possible de faire sera mis à exécution, et que les intérêts de son service, dans celle circonstance importante, mes devoirs envers sa personne, le besoin de justifier l'honorable choix dont je suis l'objet, me sont beaucoup plus chers que la vie; mais Votre Altesse

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me permettra d'exposer ici mes besoins, fondés sur la situation des choses, et de réclamer les secours qui sont éminemment nécessaires. De quatre mille deux cents chevaux qui composaient l'équipage de l'artillerie de l'armée il y a un an, quatorze cents restent aujourd'hui, et, de ce nombre, quatre cents seulement peuvent être attelés, quatre ou cinq cents pourront l'être dans quelque temps, le reste n'existera plus dans quinze jours. Votre Altesse jugera quel est mon embarras pour rendre l'armée mobile, car enfin il faut des canons et des cartouches à sa suite. Le duc d'Istrie m'a donné cent chevaux de l'artillerie de la garde , et j'apprécie ce secours; mais j'ose supplier Sa Majesté de m'en faire accorder un plus grand nombre. Les chevaux de l'artillerie de la garde sont très-près d'ici et pourraient nous être donnés, tandis que d'autres, venant de France, les remplaceraient.

« L'équipage de lartillerie de l'armée, pour une bonne défensive, devrait être porté à deux mille chevaux ou mulets.

<^ Il est impossible, de même, de se mouvoir dans un pays que la guerre a dévasté, que de nombreuses bandes parcourent sans cesse, où les réquisitions des moyens de transport sont, par cette raison, extrêmement difficiles à effectuer, enfin sans moyen de transports réguliers. Y renoncer serait rendre toujours plus grands des désordres qui peuvent avoir

les conséquences les plus graves. L'armée avait, en entrant en campagne, trois cents caissons de vivres: il n'en existe plus que trente-quatre. Je demande avec instance douze à quinze cents mulets de bât pour les vivres. Ils pourraient, sans doute, être promptement achetés à Bayonne. L'armée anglaise a douze mille bêtes de somme, soit pour l'artillerie, soit pour les vivres ; aussi tous ses mouvements se font-ils avec facilité. Les moyens de transport que je demande sont calculés pour la défensive; l'offensive en exigerait presque le double.

« La destruction des mules et des chevaux que l'armée de Portugal vient d'éprouver est moins encore le résultat de la campagne proprement dite que de l'absence totale d'administration qui a existé à son retour de Portugal, et qui existe encore. Votre Altesse apprendra, avec étonnement, qu'il n'a pas été fait une seule distribution, ni aux chevaux d'artillerie, ni à ceux de cavalerie depuis qu'elle est en Espagne; aussi la division de dragons, composée de six régiments, est réduite à huit cents chevaux pour le service; le reste est incapable d'être monté. Les troupes légères, à l'exception delà brigade Fournier qui est en meilleur état, sont réduites à rien. La brigade Lamotte, composée des 5'' hussards et 15' chasseurs, et qui est la plus forte du corps d'armée, n'a aujourd'hui que deux cent quarante-sept chevaux susceptibles d'être montés. Mes premiers soins ont

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