IV
L'Espagne, dont Taffranchissemenldans le moyen âge fut le résultat de si longs et de si héroïques efforts, avait dû sa grandeur au caractère du peuple qui l'habite, à son amour inné pour l'indépendance et pour la liberté. L'Espagne avait, sous plusieurs de ses princes, joué le premier rôle en Europe, et acquis dans le monde entier la puissance la plus formidable; mais, depuis deux siècles, elle ne faisait plus que décroître. Sous Charles V, les institutions qui réglaient l'exercice de la puissance du monarque disparurent en grande partie, et ce fut à ce prix qu'elle paya l'éclat que ce règne glorieux jeta sur le nom espagnol. Le sombre Philippe II imprima à son règne son caractère propre; mais le pouvoir royal, en acquérant encore une plus grande intensité, fut dépouillé du brillant que la gloire lui avait donné. La puissance du clergé, ses richesses, le pouvoir tem])orel que lui avait donné l'inquisition, les proscriptions qui en furent la suite, modifièrent le caractère espagnol. Cet esprit d'aventures, qui lui était propre, fit place à une disposition à la crainte, à la gravité, à la tristesse et à l'habitude du silence qu'il n'a jamais perdue depuis. Les mauvais règnes qui suivirent, en faisant disparaître toute espèce d'ordre dans l'administration, engendrèrent partout la misère et l'anarchie. Enhn cette puissante monarchie cessa de jouer un rôle en Europe.