LIVRE \V. — I811-1S
La maison de Bourbon, appelée, par le testament He (Charles 11 et les droits qu'elle tenait de son sang, à recueillir cet héritage, finit par l'obtenir presque tout entier. On sait quels sacrifices la longue guerre qu'il occasionna imposa à la France; mais l'Espagne, traversée, tour à tour et dans tous les sens, par les armées belligérantes, ravagée et appauvrie, devint le théâtre de dévastations dont les traces existent encore aujourd'hui.
Philippe Y, paisiblement établi sur son trône, lit disparaître les dernières traces de liberté dans la Péninsule, et l'Aragon, qui, jusqu'alors, avait triomphé des efforts des princes autrichiens, perdit ses franchises. A l'enthousiasme religieux qui, pendiuit plusieurs siècles, avait été l'âme de l'inquisition, fut substitué un esprit étroit et méticuleux qui isolait l'Espagne du reste de l'Europe et empêchait les lumières et l'esprit d'amélioration d'y pénétrer. Enhn la faiblesse des princes qui se succédèrent sur le trône amena par degrés un empire riche et puissant à un état inconnu de misère et de faiblesse. Un seul règne, celui de Charles III, suspendit momentanément les maux qui pesaient sur l'Espagne, et sembla devoir rendre la vie à ce pays. De sages ministres rétablirent l'ordre dans l'administration et firent exécuter des travaux utiles; mais leur action fut passagère. Le faible Charles IV déposa son pouvoir entre les mains d'un favori igno-
ranl et corrompu, Emmanuel Godoy, et cet événement mit le comble aux maux qui, depuis deux cents ans, avaient accablé l'Espagne.
Godov, simple garde du corps, fut choisi par la jeine pour l'un de ses amants. La passion qu'il lui inspira le porta rapidement aux premiers emplois^ et, en cinq ans, il avait parcouru tous les degrés qui mènent aux premières dignités de l'ordre social. Il acquit sur l'esprit de Charles IV un ascendant encore supérieur à celui qu'il exerçait sur celui de la reine. Ainsi, amant de Marie-Louise, favori du roi, il fut le dépositaire du pouvoir le plus absolu. x\ucune disposition salutaire ne marqua son administration, et la puissance de l'Espagne retomba promptement au-dessous du point d'où Charles m l'avait tirée.
La guerre éclata en 1705 entre la France et l'Espagne. Charles IV, après avoir employé tous les moyens d'influence en son pouvoir pour sauver la vie du malheureux Louis XVI, crut de son devoir et de sa dignité de venger sa mort. En ce moment, les moyens delà France pour résister à LEspagne étaient nuls, ceux de LEspagne pour attaquer étaient faibles; mais le gouvernement fut puissamment secondé par l'énergie et le patriotisme du peuple espagnol, et soixante-treize millions de dons patiiotiques furent versés dans les caisses du roi d'Espagne. Godoy ne sut ni remplir la noble mis-